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Chlordécone 3 : Indemniser les Antilles-Françaises.


On y arrive, le gouvernement projette d'indemnisé les planteurs des Antilles Françaises, victimes du Chlordécone. Ce violent pesticide, toxique utilisé pendant 30 ans sur les différentes bananeraies des îles. Le nom de ce plan : Chlordécone 3 ! Déjà une polémique entre la Guadeloupe et la Martinique au sujet de la hauteur des indemnisateurs.

Il aura fallu battailler plus d'une décennie pour qu'enfin le gouvernement aborde la question des indemnisations, concernant la pollution des sols au Choldécone. Six ans après les premières mesures d'interdiction de pêche aux abords des zones touchées par le pesticide, l'Etat a enfin présenté son plan de remboursement baptisé : Chlordécone 3. Le plan a été présenté Mardi 15 Décembre, en Guadeloupe.

La circulaire du 3 décembre détaille l’aide sociale allouée aux marins de Guadeloupe et Martinique touchés par cette pollution dans le cadre du plan chlordécone III (2014-2018). Les marins d’au moins 50 ans ou avec au moins 25 annuités Énim bénéficieront d’une aide plafonnée à 30 000 euros s’ils quittent le métier. Certains trouve l'indemnisation dérisoire face aux investissements qu'ils ont dû faire pour maintenir leurs activités.

En Guadeloupe, l’État mobilise 1,74 million d’euros pour indemniser 58 professionnels, sur un total de 164 pêcheurs. Le conseil régional ajoute 1,19 million d’euros pour ceux ne répondant pas aux critères, qui percevront 15 000 euros ou 10 000 euros.

En Martinique, l’État accorde 1,5 million d’euros. « Mathématiquement, cela ne permet d’indemniser que 50 pêcheurs, déplore Olivier Marie-Reine, président du comité martiniquais. Or 506 ont été recensés. »

En Guadeloupe, l’État et les collectivités locales s’engagent aussi à hauteur de 8,3 millions d’euros pour cinq ans pour créer dès janvier des « brigades bleues », chargées de surveiller les zones d’interdiction de pêche. Elles seront composées des marins indemnisés pour cesser la pêche. Ce dispositif rencontre un accueil sceptique. Toujours en Guadeloupe, un fonds d’investissement dédié au financement de navires de pêche pourrait être créé avec le concours du Crédit maritime. Bien doté (3 millions d’euros selon des sources concordantes), il ferait appel à des contributeurs privés. Enfin, les pêcheurs de Guadeloupe et Martinique souhaitant se diversifier ou se reconvertir pourront bénéficier des aides européennes (Feamp) : 1,8 million d’euros sont mobilisables d’ici à 2020.

Malgré les sommes pharaoniques, les pêcheurs martiniquais se trouvent léser au détriment de leurs confrères Guadeloupéens. C'est ce qu'affirme le président du comité régional des pêches de la Martinique, Olivier Marie-Reine, la Guadeloupe est favorisée par rapport à la Martinique dans la mise en œuvre du plan chlordécone 3.Olivier Marie-Reine accuse le ministère des Outre-mer de privilégier la Guadeloupe alors que la zone impactée par le pesticide est plus importante en Martinique. Ce qui a poussé Jean-Claude Yoyotte, le président du comité régional des pêches de la Guadeloupe à réagir sur les ondes de RCI Guadeloupe ce jeudi 17 décembre : "(…) Il va falloir que le président du comité des pêches de la Martinique mette un petit peu d’eau dans son vin et qu’il cherche à savoir ce qui s’est passé auparavant".

Le Chlordécone un poison autorisé :

L'Histoire du Chlordécone remonte au début des années 1970 la Commission des toxiques refuse à deux reprises l’homologation de la molécule : elle fait partie de la famille des organochlorés, toxiques, on a vérifié qu’elle s’accumule dans les tissus animaux ainsi que dans l’environnement, où elle est extrêmement persistante.Cela n’empêche pas le ministre de l’agriculture de donner son aval en 1972 : c’est en effet le seul pesticide qui vient alors à bout du charançon du bananier. Or il y a péril dans les îles : relent de l’économie coloniale, la Martinique et de la Guadeloupe sont dédiées à la banane, une quasi monoculture d’exportation vers la métropole française. La molécule miracle n’obtient qu’une autorisation provisoire d’une année. Elle n’a cependant été réexaminée qu’en 1976, pour être prolongée.Un an plus tôt, un grave accident marque précocement l’histoire du chlordécone. À l’usine d’Hopewell (Virginie), l’une des trois qui fabriquent le pesticide aux États-Unis, plusieurs dizaines de personnes sont en 1975 victimes d’intoxication au chlordécone en raison de mesures de précaution insuffisantes. Des employés sont affectés, mais aussi des riverains, du fait des rejets dans les eaux. Les examens établissent un lien de cause à effet avec des troubles neurologiques apparus à la suite (tremblements, nervosité…). Conséquence : les États-Unis bannissent le chlordécone dès 1977.

Pourtant aux Antilles Françaises, les pulvérisations se sont poursuivies trente ans après. A croire qu'ils étaient sourds ou aveugle. D'aucun ne pourra dire, qu'il ne savait pas. A cette époque, de forts indices de pollutions et des preuves locales de contamination desécosystèmes ou des aliments ont été cités de manière récurrente depuis la fin des années 1970, notamment par les rapports suivants :le rapport Snégaroff (INRA, 1977) ;le rapport Kermarec, 1979-1980 ;une étude de l’estuaire du Grand Carbet (UNESCO, 1993) ;le rapport Balland-Mestres-Faget, mission d’inspection diligentée par les ministères de l’environnement et de l’agriculture (1998).

D'autres rapports suivront dans les années 2000, mais aucune interdiction n'est engagée par le Gouvernement, aveuglé par l'argent du Lobby (béké) des producteurs de banane. Lobby qui tient les mêmes discours pour que les pulvérisations se poursuivent : Concurrence avec la Banane Dollar et les intempéries. Dans le reste du Monde, le pesticide est interdit , aux Antilles-Françaises, il sera utilisé jusqu’en 1990, date où il perd enfin son autorisation.

Les Conséquences du Chlordécone :

Le chlordécone est connu pour provoquer des atteintes neurologiques, des perturbations du système hormonal, des troubles de l’appareil reproductif, des retards cognitifs chez l’enfant, et un accroissement du risque de survenue de certains cancers. Plusieurs études sanitaires ont été menées aux Antilles françaises pour tenter de cerner les impacts sur la population de deux décennies d’exposition continue. On y relève notamment un taux de cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde. L’étude Karuprostate de Luc Multigner et Pascal Blanchet au Centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre a conclu en 2010 que parmi les hommes âgés entre 45 et 75 ans, 22 % des plus imprégnés en chlordécone « présentent un risque augmenté de 77 % de survenue de cancer de la prostate » par rapport au groupe le moins contaminé, indique le rapport, qui a été remis à la juge d’instruction.

« Au cours de la dernière décennie, du fait de l’emploi du chlordécone dans les bananeraies, une fraction de la population des Antilles présentait des situations dites à risque », poursuit le document. C’est par exemple le cas de 15,6 % des plus de 16 ans en Martinique au cours de la période 2003-2004.

En 2012, l’étude dite Ti-Moun met en évidence une corrélation entre des retards de développement chez des nourrissons et le degré de contamination de leur mère au moment de la grossesse. Et d’autres investigations sont en cours. Les experts soulignent que toutes ces conclusions sanitaires concernent la décennie 2000 : le manque de données ne permet pas de se prononcer sur les périodes antérieures, en particulier lorsque le chlordécone était encore utilisé. Sans surprise, ils estiment vraisemblable que les travailleurs des bananeraies, leur familles et les riverains aient été plus massivement affectés.

Dès lors, la mise en place d'une indemnisation pour les marins pêcheurs est une première, faire une comparaison entre Guadeloupe et Martinique ne serait pas la bienvenue.

E.L.M.S pour TheLinkFwi@l'Actualité en un clic !!

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