• ELMS

SCANDALE A LA PRISON DE BASSE-TERRE. UN DETENU TEMOIGNE


L'Observatoire International des Prisons, publie le témoignage poignant d'un détenu, sur les conditions de détention à la Prison de Basse-Terre en Guadeloupe. Entre l'insalubrité, les violences, le manque d'espace et la vétusté de l'établissement et le manque de soins, Basse-Terre porte bien son titre de " Prison la plus délabrée de France".

La prison de Basse-Terre n'est non seulement la plus ancienne prison de France, mais elle aussi la plus insalubre. Construite en 1665 pour servir de couvent-hôpital et seront aménagés en prison en 1792, date de la mise en œuvre du premier code pénal. Elle abrite L’établissement est implanté au centre de la ville de Basse-Terre et jouxte le Palais de Justice. Malgré son vieil âge, la prison de Basse-Terre continue de servir.

Entre la surpopulation, le manque d'espace, la violence, la vétusté, les soins défaillants, et le manque d’activité, la maison d'arrêt porte son triste nom de Prison la plus délabrée de France. " Quand elle était encore Ministre de la Justice, Christiane Taubira avait fait la promesse de reconstruire la prison, mais en attendant, les détenus continuent de s'entasser les uns-sur les-autres au détriment du Droit Humain. Face à une telle situation, L'Observatoire International des Prisons, a publié sur Médiapart le témoignage poignant d'un détenu, qui se fait appeler Alain, il a 60 ans, l'homme emprisonné à Basse-Terre, raconte sans tabou les conditions de sa détention à Basse-Terre. Âmes sensibles, ne lisez pas cet article :

- Dans un premier temps, l'homme raconte la promiscuité entre les détenus, qui sont entre dix et treize dans une cellule de 25 m2, mais aussi les conditions d'hygiène déplorables dans lesquels vivent les détenus de Basse-Terre :

" Nous étions en permanence dix ou onze, et certains jours treize, dans cette cellule de 25 m². Treize, ça veut dire que deux détenus dorment par terre sur un matelas. Un jour, un chef est même venu nous voir pour nous demander si certains d’entre nous voulaient bien partir en France, où les prisons sont moins surpeuplées ! Dans les cellules, il n’y a pas d’hygiène. Il y a des mouches, fourmis, rats et scolopendres. La douche du dortoir, c’est un mètre quatre-vingt de moisissures sur les murs. J’ai attrapé une mycose et j’ai perdu un ongle de pied, je me fais soigner maintenant que je suis dehors. A moins de deux mètres du coin repas, les toilettes, avec comme seule séparation un sac poubelle. Pour manger, on avait une table en plastique pour quatre, alors qu’on était onze. En prison, la propriété est très importante, et le gars qui a un lit en bas, il n’est pas question qu’un autre détenu s’assoie dessus. Parce que c’est son lit. Résultat, on mangeait debout. Une nourriture peu variée : viande de porc, igname, riz, parfois petits pois carottes. Des yaourts, périmés un jour sur deux. Certains moisis. Pour améliorer ça, il fallait cantiner [acheter des produits au magasin de la prison]. Mais à Basse-Terre, il n’y a pas de frigidaire et il fait trente degrés en permanence. On peut pourtant cantiner pas mal de denrées périssables, par exemple des YOP, mais ils explosent sous l’effet de la chaleur. "

La Prison de Basse-Terre serait également connue pour l'extrême violence qu'il y a entre ses murs, comme l'atteste le témoignage d'Alain, qui raconte les bagarres et les nombreux faits de violence qui ont lieu à l'abris des regards des citoyens guadeloupéens. De plus, il semblerait qu'un fort communautarisme existerait ce qui serait l'une des principales causes de violence :

"Il y a une violence extrême dans cette prison. Des communautés différentes de détenus, guadeloupéens, dominicains, Saint-Martinois, qui se tapent dessus. Certains frappent d’abord, et après ils discutent. Ils ne comprennent pas les autres et les autres ne les comprennent pas. On m’a tout de suite prévenu qu’il fallait s’imposer, faire sa place pour ne pas se faire racketter. Je recevais des mandats, et comme rien n’est discret, tout le monde le savait, voyait que je cantinais. Sortir dans la cour était impossible. Bagarres tous les jours, je ne connais pas un détenu qui n’était pas armé. Dès mon arrivée on m’a proposé un pic. Certains sont faits avec des pièces de ventilateur aiguisées sur de la pierre, puis enfilés dans un manche. Sinon, le manche d’une cuiller, aiguisé sur le bord de la douche. Quand on sait que tu as un pic, on te respecte un peu. C’est le principe de la bombe nucléaire, dissuasif."

Durant son témoignage, l'homme y décrit le manque de soin qu'il a connu et que tous les détenus connaissent.

"Je suis entré en prison avec un problème médical sérieux, détecté par mon médecin trois ou quatre mois plus tôt. Je devais être opéré une dizaine de jours après la date de mon incarcération. Bien que je leur aie fourni les documents médicaux, il a fallu sept mois avant que je sois extrait une première fois à l’hôpital. Le médecin de l’UCSA [Unité médicale] envoyait régulièrement des demandes d’extraction, mais l’administration les rejetait, faute d’escorte disponible. Quand j’ai enfin vu le médecin à l’hôpital, il m’a dit « je ne vous opère pas tant que vous serez en détention ». Il fallait également me poser une sonde, ce que le docteur a jugé impossible vu les conditions d’hygiène à la prison. Le médecin de l’UCSA a finalement fait une attestation stipulant qu’avec mon problème et les retards d’extraction, mon état devenait incompatible avec le maintien en détention."

Face à la saturation, le manque de personnel, les prisonniers sont livrés à eux-mêmes, aucune activité ne leur est proposée. Les détenus plus âgés joueraient même le rôle de professeur, pour les jeunes qui souhaiteraient passer des examens.

"La première chose qui marque, c’est qu’il n’y a pratiquement rien pour occuper les détenus. Quasiment aucune formation, alors qu’il y a tellement de gars qui ne savent rien faire. La bibliothèque, on ne pouvait pas y aller parce qu’il n’y avait pas assez de personnel. C’est suite à un courrier de l’OIP à la direction qu’on a pu y avoir accès toutes les semaines. Mais les livres sont anciens et en très mauvais état. Autrement, on peut jouer aux échecs une fois par semaine, faire de la musculation deux fois par semaine. C’est le seul truc qui marche en prison. Travailler les muscles pour la force. Sinon, avant que j’arrive il y avait eu un atelier d’arts plastiques. Une dame leur faisait peindre des calebasses, ils faisaient également des émaux, des tableaux. Mais un jour elle n’est plus revenue. Et puis l’atelier musique, deux heures tous les quinze jours. Mais chaque activité ne concerne que quelques détenus, il n’y a pas de place pour tout le monde. Le manque est criant pour les activités intellectuelles. Quelques cours de l’éducation nationale pour une poignée de détenus, des cours de français pour les étrangers. Les trois derniers mois, le SPIP [Service pénitentiaire d’insertion et de probation] m’a demandé si je voulais bien faire prof bénévolement pour aider deux jeunes qui voulaient passer le bac. J’ai accepté, ça allait m’occuper. C’était bien d’être à la bibliothèque l’après-midi. Et les deux gars étaient motivés pour y arriver."

En outre, Alain évoque les erreurs administratives, qui seraient légions à Basse-Terre. Le détenu prend l'exemple, d'un co-détenu qui a fait 6 mois de prison en plus de sa peine, sans que personne ne s'y aperçoive.

"Au greffe, Il y avait un gros problème de compétence. J’ai demandé à consulter ma fiche pénale, ils m’ont dit que c’était interdit. Il a fallu prendre un avocat en métropole pour que le greffe me laisse la consulter. Des erreurs étaient faites régulièrement. Un de mes codétenus a fait six mois de détention de trop. Alors qu’il devait être dehors, personne ne s’était occupé de lui, le greffe n’avait pas vu l’erreur sur le fichier. Six mois de détention arbitraire. Finalement il ne s’est pas plaint, il était juste content de sortir."

Actuellement, à la Maison d'Arrêt de Basse-Terre 215 détenus s’entassent dans 130 places, réparties dans 46 cellules dont la superficie va de sept à quarante mètres carrés..Autant dire que la situation est intenable pour eux.

Pour lire la totalité de l'article : cliquez sur : ici

#Guadeloupe #antillesguyane #société #justice

108 vues

© 2023 by Success Consulting. Proudly created with Wix.com