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Dr Jacques, Mister Foccart

Mis à jour : juin 15


Jacques Foccart, un nom qui aura fait couler beaucoup d'encre mais surtout beaucoup de sang dans l'histoire de la Ve République. Homme de confiance de la majorité des présidents, du Général De Gaulle en passant par Pompidou, sans oublier Chirac, Jacques Foccart, c'était le "Monsieur-Afrique" de la République. Pendant longtemps, la FrançAfrique a eu pour figure paternelle Jacques Foccart, qui de son vivant (et même après ) mit en place un large réseau mêlant corruption, soutien militaire à des dictateurs, violence et répressions contre des populations qui ne réclamaient qu'une chose la liberté, mais que faire de la liberté quand les enjeux politiques sont prioritaires.


Qui étiez-vous monsieur Foccart ? Un homme politique ? Un homme d'affaires ? Un opportuniste ? ou étiez-vous simplement le bras armé de la France en Afrique et aux Antilles, son pré-carré ? Certains vont sans doute le découvrir, d'autres ont sans doute déjà entendu parler de lui. Le nom de Jacques Foccart est loin d'être méconnu, bien au contraire. Pendant plus de quarante ans, il fut l'homme de confiance de la majorité des présidents, du Général De Gaulle en passant par Pompidou, sans oublier Chirac. Jacques Foccart, c'était le "Monsieur-Afrique" de la République. Son statut officiel : Secrétaire Général aux Affaires Africains et Malgaches. Une position qui n'a pas l'éclat d'un ministère mais pourtant qui concentre toute la notion de pouvoir. A la fin de sa carrière, Foccart régnait sur une centaine de collaborateurs, et fut le cerveau de plusieurs centaines de coup d'états, de tentatives d'assassinats, d'exfiltration de chefs d'état ou de rebelles sanguinaires africains, le tout au nom de la France.

Légendaire homme de l'ombre, il avait entre ses mains le destin de l'ensemble de l'Afrique francophone, qu'il connaissait par coeur. Concernant l'Afrique justement, Foccart savait tout, il avait appris les us et coutumes des différents peuples des pays qui constituaient le "Pré-Carré" français. En Afrique, Jacques Foccart était respecté et, faisait la pluie et le beau temps. Il s'occupait des voyages officiels privés ou publics des chefs d'Etat ou de rebelles africains, organisait les petites ou grandes réceptions en l'honneur des dictateurs africains de passage à Paris. C'était par lui que l'on passait pour gérer la nomination ou de la révocation des consuls et ambassadeurs français en Afrique et enfin Jacques Foccart était le responsable des Services secrets extérieur, qu'il n'hésitait pas à utiliser pour menacer, tuer, ou destituer les chefs d'états africains qui se rebellaient.

Né le 31 août 1913 en France plus exactement à Ambrières-le-Grand, aujourd'hui Ambrières-les-Vallées au sein d'une famille créole guadeloupéenne, (béké) sa mère Elmire de Courtemanche, est une créole guadeloupéenne de Gourbeyre en Guadeloupe, et son père Guillaume Koch-Foccart est un créole qui s'adonnait à la politique, ce dernier sera même maire de la commune de Gourbeyre de 1908-1921. Alors qu'il n'a que trois ans, dans un contexte de deuil, le petit Jacques découvre le "pays" de ces parents, qui à l'époque était une colonie où la minorité blanche dominait l'économie grâce notamment à la banane et la canne à sucre. Il y passe selon ses propres dires les meilleures années de sa vie. A 6 ans, ses parents décident de quitter définitivement l'île pour la France, où il recevra une éducation catholique, rigide et traditionaliste. Le jeune Foccart se retrouve donc au lycée de l’Immaculée-Conception à Laval d'avril 1921 à avril 1935. Élève moyen, mais doué en Histoire et en éducation religieuse ,sa vie comme sa naissance relève du mystère. Enfant adopté par son oncle Guillaume Koch- Focccart, sa mère Suzanne Foccart qui était bonne soeur au Carmel de Laval et son père biologique serait l'ancien curé d'un petit village à côté d'Angers.

A 20 ans, il se découvre une passion pour l'Afrique noire. A cette époque, la France possédait des colonies, coupées en deux zones l'AOF (Afrique Occidentale Française), et l'AEF (Afrique Equatoriale Française), ce qui permettait à la Métropole de gérer la moitié du continent et ainsi mener sa politique d'assimilation aux peuples colonisés. C'est à cette période qu'il entre dans la vie professionnelle comme « prospecteur commercial » chez Renault, puis employé dans une société commerciale d'import-export qui traite avec l'Outre-mer. Par la suite, il entre dans l'armée où il devint sergent de réserve. Il est mobilisé à Chanzy-sur-Marne en août 1939 comme sous-officier à l'état-major de l'aviation. Démobilisé en août à Agen après l'armistice de juin 1940, il regagne Paris. A la défaite de 1941, Foccart ne fait pas partie de ceux qui prennent le maquis, au contraire, lui, il se lance dans les affaires. La même année, il créé sa première entreprise d'Import / Export vers les Antilles-Françaises avec qui il conservera d'étroits liens commerciaux, jusqu'à sa mort. Les Antilles où son nom apparaîtra lors de la nomination du Préfet Pierre Bollotte, ancien directeur de cabinet du préfet d’Alger, celui-là même qui donna l'ordre de tirer sur les guadeloupéens en Mai 1967.

A la fin de l'année 1941, avec une de ses relations rencontré lors de son service militaire, Henri Tournet, il monte une importante affaire d'exploitation de bois à La Forêterie, lieu-dit de la commune de Rânes, dans l'Orne. Pour la coupe de soixante hectares de bois, il fait travailler une équipe importante : le bois est en particulier destiné à la production du charbon de bois, carburant des véhicules à gazogène, indispensable pendant cette période de restriction. L'entreprise travaille d'abord avec Citroën afin d'alimenter ses gazogènes, et étend son domaine forestier avec cent hectares, achetés à un minotier à l’automne 1942, puis avec l'achat d'une grande coupe de bois, vendue par le châtelain local Claude Richard en proie à des problèmes économiques. En 1942, il commença même à travailler avec les Nazi qui occupaient la moitié de la France. Suspecté d'escroquerie par ces derniers, il est arrêté et est écroué avec son associé en août 1943 à Argentan et Saint-Malo. Ils sont libérés sous caution, moyennant une transaction mystérieuse d'un million de francs et la réquisition de leur entreprise.

Sans doute pour se donner bonne conscience, Jacques Foccart entre en contact avec la résistance, dès la fin de 1942. En 1943, sous le nom de Binot, il monte sa propre équipe de résistants. Durant ses années de guerre, il échappa de peu à la mort,ses compagnons moins chanceux moururent, on parla d'une hécatombe. Sa bravoure et son énergie au combat, lui valurent la Croix de Guerre et la Médaille de la résistance et ce avant la fin de la Guerre. Par la suite, il est envoyé à Londres où il rejoint le BCRA (Service secret de la France Libre) ancêtre du SDECE et de la DGSE. Il est initié au combat rapproché, infiltration, étranglement, récupération de renseignements. En 1944, il rencontre pour la première le Général De Gaulle, figure emblématique de la France Libre et de la résistance, Foccart restera fidèle au Général,jusqu'à la mort de celui-ci. A la fin de la guerre, Jacques Foccart participa à la création du RPF parti gaulliste et prendra la charge du SAC (Service d'Action Civique) qui était en quelque sorte le bras armé du RPF du Général De Gaulle, alors écarté du pouvoir. Durant ce passage à vide, De Gaulle le charge de trouver des soutiens politiques en Afrique. Là, il rencontra à Abidjan un dénommé Félix Houphouët-Boigny, qui sera le premier président de la République de Côte d'Ivoire. Les deux hommes entretiendront une longue amitié et ensemble, ils seront les deux figures de la FrançAfrique. Jusqu'à présent, cette expression d'ailleurs, sonne de façon assez péjorative. Pour beaucoup, il s'agit d'un système néo-colonial, d'une politique d'ingérence menée par la France dans ces anciennes colonies africaines et de Madagascar, mais ce terme récurrent, sert plus généralement à désigner les relations spéciales entre la France et ses anciennes colonies africaines.

Les détracteurs n'ont pas tout à fait tort, en effet, une fois arrivé au pouvoir en 1958, De Gaulle se donna pour mission de décoloniser l'Afrique et Madagascar tout en gardant un contrôle sur ces jeunes républiques indépendantes, avant que certaines ne tombent dans le giron communiste. Pour cela, le Général, mit en place un Référendum imposant deux choix aux colonies d'Afrique : OUI à l'indépendance tout en restant alliées de la France, dans un grande Communauté, "Non" pour une indépendance totale vis-à-vis de l'ancienne métropole. Sous la pression de Foccart, de nombreux leaders africains, se rangèrent du côté de la France, et le "Oui" l'emporta dans la quasi totalité de l 'Afrique francophone, à l'exception d'un seul pays, la Guinée-Conakry représentée par Ahmed Sékou Touré, qui pendant longtemps paya cher sa volonté d'indépendance totale à la France.

Pour protéger son pré-carré, la France utilisait Jacques Foccart. Sa mission était simple maintenir l'influence française sur le continent noir par tous les moyens, quitte à utiliser de la la violence, l'une de ses armes favorites. Elimination purement et simplement de chefs d'états réfractaires. On lui prête la quasi totalité des assassinats et des coups d'états en Afrique francophone : tentative de déstabilisation de la Guinée de Sékou Touré, l'assassinat de l'opposant camerounais Félix Moumier empoisonné en Suisse, intronisation d'Omar Bongo sans oublier l'assassinat à Paris de l'opposant tchadien Outel Bono. Le nom de Jacques Foccart apparaît dans l'opération Mar Verde qui était une opération monté par les services secrets portugais en vue de l'assassinat du leader indépendantiste cap-verdien Armical Cabral etc Sur place, "Monsieur-Afrique" pouvait compter sur ses amitiés, parmi lesquelles Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Omar Bongo au Gabon, Hassan II du Maroc, Etienne Gnassingbé, au Togo, Modibo Keïta au Mali, Hamani Diori au Niger que Foccart n'hésita pas à aider lors de la lutte pour le pouvoir qui l'opposait à Djibo Bakary du Sawaba.

Parallèlement à ses collaborateurs officiels, Jacques Foccart s’appuyait sur un réseau plus secret, jusqu’à la limite de la légalité républicaine. Et notamment ce que Foccart lui-même appelait les « circuits courts ». Il place auprès de certains chefs d’Etat amis de la France des collaborateurs qui deviennent leurs conseillers politiques et devaient faire la navette entre Paris et le continent. Autre moyens utilisé par Foccart, ses "barbouzes", d'anciens résistants, ou d'anciens soldats français des Guerres d'Indochine et d''Algérie qu'il envoyait pour protéger ses "amis" en difficulté, mais aussi pour menacer, tuer ceux qui refusaient l' "aide" de la France. Pour Jacques Foccart, seule la mission que lui confiait le Général De Gaulle comptait, d'ailleurs, il ne devait rendre de compte qu'au Général. Au parfum pendant de longues décennies, Jacques Foccart quitte l'Elysée en 1974 après la victoire de Valéry Giscard-D'Estaing pour revenir sous le premier mandat de Jacques Chirac qui lui remit la médaille de grand officier dans l'ordre de la Légion d'honneur en 1995. Malgré sa mort le 19 Mars 1997, la FrançAfrique perdure.

Combien de personnes ont été tuées, des centaines, des milliers ou des millions ? Personne ne peut vraiment estimer. Dans cette "realpolitik", la vie ne compte pas, seul l'intérêt de la France est privilégié au détriment des populations africaines, qui aujourd'hui encore continue de souffrir, en silence. Personne n'ose dire tout haut, ce que les africains disent tout bas.

Archives d'Afrique émission de RFI consacré à Jacques Foccart





Jacques Foccart, l'homme qui dirigeait l'Afrique :





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