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L'EAU CHAUDE DE BOUILLANTE : UNE SOURCE DE DISCORDE


Le 7 Mars 2016, nous vous révélions que l'Etat Français avait vendu la centrale Géothermique de Bouillante au groupe Israélo-Américain Ormat Technologies, pour la modique somme de 52 millions d'euros. Depuis, la "pilule" a du mal à passée pour le peuple. Qui plus est, cette vente divise la classe politique, entre ceux qui approuvent la vente et ceux qui luttent encore. De plus, une pétition tourne sur la toile.

L'information avait été révélée par le site Médiapart le 4 Mars dernier. La centrale géothermique de Bouillante, qui produit de l’électricité renouvelable depuis trente ans, grâce aux réservoirs d’eaux chaudes des sous-sols de la Guadeloupe. Cette centrale produit à elle-seule 6% de l'électricité de l'archipel et donnerait même de l'électricité aux îles voisines serait désormais la propriété de l'entreprise israélo-américaine ORMAT.

L'accord entre l'entreprise et l'Etat Français avec la bénédiction de la ministre de l'écologie Ségolène Royale et du ministre de l'économie Emmanuel Macron, a été fait lors de la COP21 et du débat sur la transition énergétique. L'information aurait pu passer inaperçue si, Médiapart n'avait pas fait un article interrogatif sur le sujet . Article que nous avions développé dans nos lignes éditoriales. Les raisons de la vente de cette centrale qui a longtemps appartenu à l'Etat, et financée en partie par la Région Guadeloupe ? La centrale serait mal gérée, son coût de production trop élevé.

Comme nous le révélions, l'entreprise propriété de l'Etat, a été vendue sans que les guadeloupéens ne le sachent. Au début, on ne parlait pas de vente comme le rappelle Médiapart :

"En 2014, Ségoléne Royal, " l'amie de la Guadeloupe" et aussi ministre de l'Environnement a visité la centrale thermique de Bouillante dans le cadre du projet de loi sur la transition énergétique. Une visite très officielle au cours de laquelle le Pdg, François Demarq a expliqué ses projets et sa stratégie à la ministre, assurant que la géothermie apportait une " contribution majeure à la transition énergétique et qu'il avait des projets de développement ambitieux, notamment une usine " Bouillante 3" à l'étude."

En effet, en avril 2015 la même ministre de l'Environnement annonçait la création d'un fonds de développement de la géothermie ( Geodeep) dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. En perspective de la Cop 21, l'Etat s'engageait à investir 50 millions d'euros pour développer la géothermie. Très vite l'Etat Français avait changé de position, car huit mois plus tard, le fleuron local était mis en vente et c'est l'américain ORMAT-TECHNOLOGIE qui était le potentiel acquéreur.

Pour rappel, ORMAT-TECHNOLOGIE, est leader mondiale de l'industrie géothermique. Elle est implantée aux USA, mais aussi en Nouvelle Zélande, en Afrique, au Guatemala et bientôt - peut-être -dans la Caraïbe. Elle emploie 470 personnes aux Etats-Unis et environ 600 dans ses implantations à l'étranger. Le montant de la vente serait de l'ordre de 52 millions d'euros. Une somme relativement modeste, s'il faut tenter une comparaison, c'est moins que le chantier du Mémorial act.

Ils sont nombreux à reprocher aux politiques de ne pas prendre position contre la vente de cette richesse locale. Ainsi, comme nous l'avions précisé, le premier à s'en être inquiété fut Alain Plaisir, président du Cippa, qui avait diffusé un communiqué dans lequel il reprend l'information et s'en inquiéte : " Pourquoi l'Etat a-t-il choisi de vendre à une entreprise privée, de surcroît américaine, cette centrale qui pourrait servir de modèle d'énergies renouvelables ? Pourquoi EDF s'en désintéresse-t-elle alors qu'elle investit en Indonésie et au Mexique sur des projets similaires" s'interroge le président du Cippa... Autre réaction, celle de l'ancien maire de Bouillante Jean-Claude Malo qui avait constitué un petit groupe, pour faire entendre la voix de la Guadeloupe dans ce dossier. Depuis, ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser contre le rachat de Bouillante, comme c'est le cas de Félix Fleming, secrétaire général du Parti Communiste Guadeloupéen (PCG) qui a manifesté son opposition sur le site de la centrale, réaffirmant qu'il s'agissait d' "une propriété publique de la Guadeloupe". Depuis, la pilule a du mal à passer pour le peuple et certains dirigeants de la classe politique locale. Certains se mobilisent avec des manifestations, d'autres ont choisi l'option de la pétition internet comme celle visible sur le site : Change.Org

Pour les détracteurs du projet de vente, l'Etat est tout simplement entrain de brader la richesse naturelle locale à un américain : "Nou pé pa ni on richès, ki pé pèwmèt nou dè dévelopé nou é ou ka bradé-y pou dé intérè ekstéryè".

Harry Durimel président de Caraïbe Écologie Les Verts Guadeloupe, dans un texte assez long posté sur son site, tente d'apporter une dose de réalisme au débat, mais s'il convient que l'appropriation de nos richesses naturelles serait une chose "idéale" mais, comme il le dit lui-même, dans un Etat de Droit Français capitaliste, ce n'est pas possible. Comme il le rappelle, la Guadeloupe n'est pas la seule île de la Caraïbe a posséder de l'eau chaude naturelle, mais tout l'arc caribéen, mais à noter que la Guadeloupe est le seul pays a avoir développer une exploitation industrielle de cette richesse : " L’arc Caraïbes est, par essence, volcanique et présente un important potentiel géothermique, notamment à la Dominique, Montserrat, Grenade, Saint Kitt et Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent… Mais l’unité géothermique de Bouillante en Guadeloupe demeure la seule unité en fonctionnement de toute la Caraïbe insulaire. La géothermie est pour la Caraïbe une richesse et une condition de son autonomie énergétique. Parce qu’elle permet de produire une électricité propre et à un coût moindre que les filières classiques (entre 100 et 200 € du MWh, contre 250 € du MWh en moyenne pour l’électricité produite à partir d’énergies fossiles), elle constitue un facteur déterminant du développement économique régional. Les investissements liés au développement de la géothermie sont, d’une part, d’un montant très élevé et, d’autre part, risqués, au moins dans les premières étapes de développement de projet, raisons pour lesquelles cette ressource a été délaissée dans notre région."

De plus, à travers les lignes de son texte, Harry Durimel revient sur l'histoire économique, écologique et sociale de l'usine, qui selon lui, est loin de faire l'unanimité : " Depuis la première exploration réalisée en Guadeloupe par le BRGM en 1963, la réalisation des premiers forages par la société EURAFREP en 1969, et jusqu’à aujourd’hui, l’usine de Bouillante a connu un parcours mouvementé, comme tout projet expérimental et novateur. La centrale géothermique de Bouillante est constituée d’une unité de production d’électricité de 4,5 MW (Bouillante 1 ou B1) mise en service par EDF en 1986, et d’une deuxième unité construite sur le même site (Bouillante 2 ou B2) qui a commencé à produire en 2004. Ces deux unités, implantées dans le bourg, affichent une puissance nette totale de 14 MW environ. En 2009 et 2010, les installations B1 et B2 de l’usine de Bouillante ont connu de multiples difficultés techniques, mais aussi sociales, qui ont fait chuter la production et ont détérioré les agrégats financiers des sociétés impliquées du groupe de 2009 à 2012. Devant les très grandes difficultés de trésorerie et de financement pour le groupe, nées des problèmes rappelés ci-dessus, et parce que ce n’est pas son cœur de métier, le BRGM ne souhaite pas demeurer l’exploitant de l’usine. Sa volonté, ainsi que celle de l’État dont il est l’émanation, est d’en confier l’exploitation à un industriel. En janvier 2011, dans le cadre d’une consultation sur l’ouverture du capital lancée par GB auprès d’entreprises ayant manifesté leur intérêt pour elle, trois dossiers de candidature étaient en cours d’examen. "

Pour le président des verts Guadeloupe, le débat coupe court car au moment de la mise en vente de l'usine, aucune entreprise française ou guadeloupéenne n'a voulu entrée dans le capital de Bouillante. Il rappelle que seule l'ancien maire de la commune Jean-Claude Malo s'était manifesté pour que sa commune puisse bénéficier de plein droit de cette richesse qui se trouve sur son territoire avec l'idée de crée une SEM-Entreprise pour pouvoir entrer dans le capital de l'usine : " En janvier 2011, dans le cadre d’une consultation sur l’ouverture du capital lancée par GB auprès d’entreprises ayant manifesté leur intérêt pour elle, trois dossiers de candidature étaient en cours d’examen. Aucune entreprise guadeloupéenne, ni aucun collectif citoyen, ne se sont manifestés, bien que la consultation ait été ouverte à tous les investisseurs, sans discrimination de nationalité ou de couleur de peau. Seul l’ex-Maire de Bouillante, Jean Claude MALO, a revendiqué que sa commune puisse légitimement tirer avantage de la présence de l’usine de géothermie sur son territoire. Il réclamait, dès cette époque, que la commune de Bouillante puisse bénéficier d’une redevance minière et suggérait la création d’une SEM Energie afin de pouvoir faire partie du tour de table de l’entreprise, savoir ce qui s’y passe et bénéficier des retours sur investissement."

Dans une autre partie du texte, Harry Durimel souligne le fait que EDF donc l'Etat se désengageait au fur et à mesure en réduisant sa participation dans l'usine : " Quant à EDF, dont l’Etat est l’actionnaire majoritaire, elle a régulièrement réduit sa participation dans Géothermie Bouillante SA : 40 % en 1995, puis 30 % à partir de 2008, 5,8 % en 2010 et finalement 2,2 % en 2011, marquant ainsi clairement sa volonté de se désengager. "

Selon lui, l'entrée d'ORMAT Technologies serait bénéfique pour en autre reprendre le niveau de production de l'époque et même accroître la production, car, il faut le dire,elle est au plus bas et elle permettrait aussi de sauver les emplois : " La technologie et l’expertise d’ORMAT lui permettront d’optimiser rapidement les installations existantes, pour atteindre l’objectif de développement initialement prévu de 14,75 MW de puissance installée dès 2017. Egalement, les améliorations prévues sur les installations existantes et le développement futur de la ressource, au travers de B3, permettront à ORMAT de porter progressivement la puissance installée à 45 MW d’ici 2021.... grâce à l’apport d’ORMAT, Géothermie Bouillante SA se présentera comme suit : o 22 M€ versés à SAGEOS (holding) + 10 M€ d’investissements d’ici 2017 pour atteindre une prise de participation de 85% au capital de Géothermie Bouillante SA, o 14,75 MW, en production dès 2017 suite à l’investissement de 10 M€, o 45 MW de puissance installée en 2021, suite à l’amélioration de B1+B2 et au développement de B3 (nord de la baie de Bouillante) pour environ 16% de la production électrique de Guadeloupe. Nous n’avons pas de désaccord idéologique avec ceux qui ont fait opportunément de l’investissement d’ORMAT dans la géothermie en Guadeloupe, leur cheval de bataille. "

Vous l'aurez compris, ce débat divise les guadeloupéens et la classe dirigeante qui, elle souligne le désengagement clair et net de l'Etat Français dans cette richesse d'avenir, qui permettrait à la Guadeloupe, à la Dominique mais à toute la Caraïbe de moins dépendre du pétrole, comme le dit lui-même Harry Durimel : Le système néolibéral impulsé par l’hégémonie américaine et la Commission européenne a déjà sonné le glas des systèmes préférentiels, tels les quotas dont bénéficient encore les producteurs de banane, sucre et rhum ultramarins. Le surendettement de l’Etat français, couplé à l’inexorable privatisation généralisée de l’économie, augure de jours difficiles pour les entreprises et les ménages guadeloupéens si nous ne sortons pas de la dépendance au fuel et au charbon

E.L.M.S pour TheLinkFwi@l'Actualité en un clic !!

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