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Guadeloupe : une violence enracinée.


Braquages, cambriolages, violences gratuites, meurtres, les jours, les semaines passent et pourtant se ressemblent en Guadeloupe. La population a peur, l'insécurité est grandissante. La police semble être débordée, quant à la classe politique elle est désarmée, face à des jeunes en colère, perdus, sans repère mais organisés passent à l'action. Ary Chalus en colère s'exprimait sur les ondes de RCI Guadeloupe !

La Guadeloupe est un archipel composé de sept grandes îles et plusieurs dizaines d'îlots. L'île a longtemps été un paradis, avec ses plages de sables fins, ses rivières et ses paysages luxuriants, les îles de Guadeloupe font rêver, mais, depuis une dizaine d'année la Guadeloupe fait parler d'elle pour autre chose : la Violence.

Braquages à main armée, cambriolages, violences gratuites, meurtres, les jours, les semaines passent et pourtant se ressemblent en Guadeloupe. La population a peur, l'insécurité est grandissante. La police semble être débordée. Quant à la classe politique elle est désarmée, face à des jeunes en colère, perdus, sans repère mais organisés, qui passent à l'action. Les faits divers font désormais parti du quotidien d'un peuple qui a toujours vécu dans la tranquillité. La faute à qui ?

Lorsque l'on analyse l'histoire de l'île-archipel, la violence a toujours été présente. Autrefois il s'agissait d'une violence politique, devenue, historique entrant dans la volonté coloniale expansionniste : Le 29 Juin 1635 sur la plage de Cluny, Deshaie (commune du Nord Basse-Terre) débarquèrent un premier contingent de français, qui devinrent les "blancs péyi" ce qui marqua le début d'une confrontation violente avec les habitants originels de l'archipel, les amérindiens-caraïbe dont on connait encore aujourd'hui très peu de choses. Ces derniers furent massacrés en moins d'une décennie. Afin de remédier au manque de main d'oeuvre, on fit venir dans un premier des pauvres blancs, qu'on appellera "les blancs matignon", ces derniers peu résistant au soleil et aux maladies tropicales, le pouvoir colonial fit venir des esclaves en provenance d'Afrique dont le nombre augmentait d'année en année. A cette époque les différentes cultures : indigo, coton, canne à sucre, café et cacao enrichissaient les blancs péyi au détriment des esclaves africains qui eux, travaillaient dans des conditions épouvantables. Avec l'émergence des idées des lumières qui émaillait le Paris du XVIIIe siècle, les milieux intellectuels commençaient à réfléchir sur une possible Abolition de l'esclavage des noirs, dans les îles à sucre. Ce mouvement intellectuel des Lumières permis l’éclosion d’un petit mouvement d’opinion en faveur de l’abolition de l’esclavage ( Pétion, abbé Raynal...).

Le 19 février 1788 se créa la Société des Amis des Noirs comprenant en particulier Condorcet et Mirabeau, qui défendait l'abolition de l'esclavage. Entre-temps, sur l'île, les révoltes d'esclaves étaient de plus en plus nombreuses et l'annonce de la Révolution à Paris renforçaient le désir de liberté des esclaves noirs.

- 11 et 12 avril 1790, révolte d’esclaves en Guadeloupe

- Dans la nuit du 20 avril 1793, soulèvement des esclaves à Trois-Rivières, au sud de la Guadeloupe.

Le 8 Août 1790, face à toutes ces révoltes, les colons s'organisèrent en Assemblée Coloniale, dont le but était de se protéger et de porter leurs droits à Paris. A cette période, les tensions entre les mawons (esclaves en fuite) et colons étaient à leur paroxysme, la violence routinière. Les attaques sur les habitations sucrières étaient sanglantes, en retour les colons craintifs soutenus par le pouvoir colonial réprimaient avec violence les esclaves qui désobéissaient ou qui tentaient de fuir Malgré tous ces événements d'extrême violence, rapportés, la France Métropolitaine restait sourde aux demandes venues des colonies du Nouveau Monde, sans doute trop occupée par sa révolution. Après plusieurs tractations en faveur de l'abolition et plusieurs échecs, il faudra attendre 1794, pour que l 'esclavage soit abolit par la Convention.

1794 sonna le glas de la domination "Blanche" en Guadeloupe. En mai 1794, un ancien corsaire d’origine marseillaise, Victor Hugues, à la tête d’un millier d’hommes noirs et blancs mandaté par la Convention pour imposer l'Abolition de l'esclavage, débarqua sur l'île. S'en suivra une violente répression contre les planteurs qui refusaient de libérer leurs esclaves. On parle de dizaines de milliers de décapitations sur l'île. Pour sauver leur vie, nombreux sont les "blancs péyi" qui immigrent vers la Martinique, à la Dominique ou en Louisiane (à l'époque française).

Pourtant, par la loi du 20 mai 1802 (30 floréal an X), le jeune Consul Napoléon Bonaparte fort de ses victoires militaires et politiques, arrivé au pouvoir par un Coup d'Etat, maintient l'esclavage partout où la loi du 4 février 1794, n'a pas encore été administrée (aux Mascareignes : La Réunion, l’île de France - Maurice - et Rodrigues, mais aussi, à La Martinique, Tobago, Saint Martin et Sainte Lucie, îles récemment restituées à la France par l'Angleterre, avec le traité d'Amiens du 25 mars 1802). Après ces territoires, le premier consul déjà opposé à Toussaint Louverture alors Gouverneur de Saint Domingue, décrétera le rétablissement de l'esclavage à St Domingue et en Guadeloupe. Sans doute dans un but stratégique, car la guerre entre la France et l'Angleterre grondait. S'en suivit, une guerre, qui opposera l'Armée Napoléonienne aux officiers noirs attachés aux idées républicaines. En Guadeloupe Ignace, Delgrès, prirent la tête d'une armée d'hommes noirs, libres ou anciens esclaves et tentent de résister aux hommes du Général Richepance, dont le but était de reprendre le contrôle de la colonie, et les désarmer. La guerre contre le rétablissement de l'esclavage, fera des milliers de morts sur l'île papillon. Les révoltés se rendirent après les batailles sanglantes de Baimbridge et de Matouba , où les deux leaders noirs trouvèrent la mort. Après ces événements d'une violence inouïe, l'esclavage et la traite négrière furent rétablis et perdura jusqu'en 1848, où l’esclavage fut légalement abolit sur l’ensemble du territoire français.

Une fois l'esclavage abolit, sous l'influence des "blancs péyi", le pouvoir colonial importa de nouveaux travailleurs, qui venaient de contrées lointaines. Les tamouls et les hindous constiuaient le gros de ces nouveaux travailleurs. Ils débarquèrent le 24 Décembre 1854 Environ 42 326 s'installèrent en Guadeloupe. Ces travailleurs indiens étaient employés dans les plantations,comme travailleurs libres. Sous-payés, exploités, parfois violentés et sous-alimentés, leurs conditions de vie étaient plutôt des conditions de semi-liberté pas très éloignées des conditions de l'esclavage.. Comme les noirs à l'époque de l'esclavage, ils étaient nombreux à fuir les habitations pour se réfugier dans des zones inaccessibles. Quand ils se révoltaient, on les réprimait. 10 000 d'entre eux moururent dans ces conditions de travail inhumaine.

Il faudra attendre 1923 avec le combat d'Henry Sidambarom(1853-1952), descendant d'hindou, né à Capesterre-Belle-Eau et premier hindou a entré en politique en Guadeloupe, pour qu'enfin ces travailleurs soient reconnus comme des citoyens français à part entière.

Malgré l'abolition de l'esclavage et l'intégration des travailleurs asiatiques (tamouls et hindous), la question du travail ne fut jamais résolue par Paris. Cette même question resurgira tout au long de l'histoire contemporaine de l'île.

La Guadeloupe post-coloniale à l'heure de la Départementalisation, ne parvenait pas à nourrir ses enfants. Le marasme économique, le chômage, l'accroissement de la population, l'absence d'alternatives économiques, plongeaient la société guadeloupéenne dans une misère, ce qui augmentait les tensions sociales et favorisait l'émergence de syndicats ouvriers de gauche et de mouvances indépendantistes. Plusieurs manifestations furent réprimées dans le sang, (Massacre de la Saint Valentin) mais surtout Mè 67 événement durant lequel 200 guadeloupéens (87 morts officiellement) perdirent la vie. En réponse aux problèmes sociaux, le gouvernement créa le BUMIDOM. L'organisme créé par Michel Debré en 1963, en période de chômage lié à la crise de l’industrie sucrière aux Antilles, favorisait l’émigration de près de 17 000 guadeloupéens, vers la France, mais cela ne régla pas le chômage, toujours endémique dans l'archipel.

La preuve, en 2009, durant quarante-cinq jours, ils étaient entre 50 000 et 70 000, jeunes comme vieux, dans les rues avec le LKP, à battre le pavé, à revendiqué l'amélioration de leur conditions de vie mais surtout la question du chômage revint sur le devant de la scène. Les patrons, le préfet et le gouvernement de Nicolas Sarkozy refusaient de négocier et faisaient la sourde oreille et préférant laisser la situation s'envenimée, au point que la grève pacifique se transforma en émeutes violentes où l'on dénombra, un mort(Jacques Binot, syndicaliste mort dans des conditions étranges) et plusieurs centaines de blessés. La télévision française en quête de sensationnel diffusait des scènes de pillage, d'affrontements entre les jeunes et les forces de l'ordre, sans pour autant pointer du doigt les réels problèmes de l'île. Durant cette période, plusieurs armureries, armureries furent dévalisées, certaines armes ne furent jamais retrouvées.

Depuis 2009, la Guadeloupe vit avec les faits-divers. Les journaux se frottent les mains car, entre les meurtres (45 assassinats en 2015), les cambriolages(12,4 cambriolages pour 1000 logements), les vols avec violence, les violences volontaires, l'archipel figure dans le trio de tête des départements les plus violents de France, juste après la Guyane,Mayotte et juste avant le département de la Seine-Saint-Denis, comme l'atteste notre article du 20 Mai 2016, En 2015, les forces de l’ordre ont enregistré 704 cas de vol avec armes en Guadeloupe. C'est le centre de l’île, autour de Pointe-à-Pitre, qui concentre la vie économique et culturelle de l’île, ainsi que ses quartiers difficiles, mais surtout la « Riviera », zone touristique sur la bande côtière allant du Gosier à Saint-François, très prisée par les touristes, que les phénomènes de violence ont lieu. C'est d'ailleurs dans cette même zone que sont apparus, voici une vingtaine d'années des gangs à l'américaine, avec des signes, des couleurs et des cris distinctifs. Il y a les Chien Lari, les Sektion Kriminel, les Bloods, Zone 6, Black Gang, Orange Gang pour ne citer qu'eux. D'autres bandes sont apparues hors de la région pointoise : les hyènes (HKM) de Sainte Rose, Moul Dogz-TDM du Moule etc. Très souvent se sont des "gamins" âgés de 15 à 21 ans. Qui n'hésitent pas à s'afficher dans les divers clips "Trap" qui circulent sur Youtube, sans jamais être réellement inquiété par la justice :

Ces derniers s'affrontent dans la rue mais aussi en prison. Une rivalité qui a pour source, la musique. Comme le rappelle nos confrères de France-Antilles. " À la base, il y a souvent des groupes de musique. Des jeunes qui ont grandi ensemble, qui ont voyagé, ont connu la galère en Métropole, se sont serrés les coudes, et se retrouvent en Guadeloupe et créent des labels...Ceux-ci génèrent un business en diffusant un maximum leur musique et en organisant des concerts....Ce sont des labels qui évoluent en sous-marin. Ils sont très organisés, ont des agents qui prospectent pour eux de l'autre côté de l'Atlantique. Il n'y a aucun accord écrit, c'est le respect de la parole donnée qui prévaut. Comme chez les anciens ! "

Attention, autour de ce "business" anodin, gravite une véritable bande sans chef, dont certains membres vivent du trafic de drogue, de braquages et même de proxénétisme. Ce fut le cas pour un certain Jimmy Laurent alias Gambi G membre fondateur du groupe Chien Lari, accusé de trafic de stupéfiants et de proxénétisme. Citons le cas du chanteur Miky Ding La, membre du groupe HKM, accusé sans preuve, d'avoir tiré sur des gendarmes, ou encore le cas d'un chanteur de la Sektion Kriminel, qui purge une peine de 15 ans de prison pour meurtre. Certains sont alliés comme c'est le cas des Hyènes HKM et les Chien Lari, qui sont en rivalité avec les Sektion Kriminel qui regroupent la plupart des bandes de la Région Pointoise mais surtout de la Grande-Terre.

De plus la Guadeloupe et plus spécifiquement les Antilles-Françaises ne sont plus seulement des zones de consommation de cocaïne base (crack), mais jouent un rôle de plus en plus important dans l’alimentation du marché métropolitain.

En effet, les services de police estiment qu’entre 15 % et 20 % des 5 tonnes de cocaïne saisies annuellement en moyenne depuis le début des années 2000 sur le territoire français proviendraient de Martinique et de Guadeloupe. (source : LES ANTILLES-GUYANE AU CENTRE DU TRAFIC DE COCAÏNE )

" La Guadeloupe et la Martinique deviennent de manière croissante, à l’instar de la Jamaïque et de la République dominicaine, des États « entrepôts » où la cocaïne est stockée.." Cette situation est favorisée par un chômage important, 30% de la population active est sans emploi, et 60% de chômage chez les jeunes qui sont donc tentés par le trafic et les vols à main armée.

Et des armes il y en a en Guadeloupe. Pendant longtemps, l'Etat a refusé d'admettre que des armes entraient illégalement, mais selon nos sources (à prendre au conditionnel), il y aurait à peu près 10 000 armes à feu illégales en circulation dans les rues. Les itinéraires empruntés pour introduire chez nous ces armes de poing et fusils de guerre, sont les mêmes que les routes du narcotrafic : la Colombie, le Venezuela, et la Dominique, côté sud ; la République dominicaine et Haïti, côté nord, avec comme point de transit, Saint Martin puis, l’île d’Antigue (à 80 km au nord de notre archipel).

Dans notre article traitant de la jeunesse guadeloupéenne, nous évoquions le fait que la Guadeloupe figure parmi les départements, où la mort frappe le plus les jeunes. Entre les causes naturelles, les accidents et les homicides l'île est très marquée par la mortalité. Sur une période de 2008 à 2012, 42 jeunes âgés de 15 à 24 ans sont décédés, en moyenne chaque année, en Guadeloupe ce qui correspond à un taux standardisé de 82 décès pour 100 000 jeunes par an. La part de ces décès représente 1,5 % des 14 343 décès domiciliés en Guadeloupe sur cette période. Les homicides font parti des principales causes de décès des jeunes.

La violence n'a pas lieu qu'à l'extérieur, même en Prison, nul n'est à l'abris. C'est surtout au centre pénitentiaire de Baie-Mahault que les agressions se font. Pour une dette, pour un racket, ou par vengeance, les détenus répartis en fonction de leur "gang" se font violence. Paroles d'un ex-détenu, "il faut toujours être armé à l'intérieur, sinon on te marche dessus". Même les gardiens ne sont plus à l'abri. Comme ce fut le cas d'un gardien agressé avec violence par un détenu, vexé que son portable entré illégalement dans l'enceinte de la prison, soit confisqué. Ce dernier se vengea en jetant de l'eau bouillante sur le gardien avant de le poignardé avec son "pic". Evoquons aussi l'histoire d'un policier qui s'était lancé à la poursuite d'un groupe de braqueurs : l'un deux se retourna et asséna des coups de coutelas au policier. Son coéquipier tira trois balles sur le malfaiteur afin de sauver son collègue.

Face à tant de violence, la police semble être surpassée, la classe politique est totalement désarmée. Entre les lettres envoyées aux différents ministères, les interventions télévisées et les campagnes "Déposons les armes" initiées par l'ancien Président de Région Victorin Lurel et poursuivies après son départ de la Région, la situation ne s'améliore guère.

Ary Chalus, nouveau président de la Région Guadeloupe, très populaire auprès de la population s'exprimait, sur les ondes de nos confrères de RCI, menaçait ce week end (Samedi) de "soulever la population" et "descendre dans la rue", pour dénoncer la montée de la violence et la délinquance et réclamer de l'État des renforts de police.

"S'il faut descendre dans la rue, il faudra le faire, il n'est pas normal aujourd'hui qu'on puisse rire de la Guadeloupe, que l'on puisse, moi je le dis, se foutre des Guadeloupéens...Nous avons alerté à plusieurs reprises le gouvernement sur la montée de la violence et la délinquance. Il n'est pas normal que j'entende aujourd'hui que suite au meurtre d'un Chinois, l'État prend des dispositions pour pouvoir mettre plus de moyens à Aubervilliers et que la Guadeloupe, qui attend une augmentation de ses effectifs n'est pas entendue..c'est l'Outre-mer qui a permis au président actuel de la République de sortir en tête des présidentielles, et pour la première fois de l'histoire le Sénat a basculé à gauche grâce au nombre de sénateurs ultramarins et aujourd'hui on se rend compte qu'on est laissé pour compte...On a blessé un policier dans l'hexagone et tout de suite il y a une réaction des ministres; et (face au) nombre de policiers et pompiers qui se font agresser en Guadeloupe, on n'entend personne".

En mai dernier, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait annoncé à l'Assemblée nationale un renfort de 16 policiers et gendarmes supplémentaires en Guadeloupe d'ici septembre. Mais nous savons tous que 16 policiers et gendarmes ne seront pas suffisants face à tant de faits-divers. Il faudrait trois à quatre fois plus d'hommes de loi pour maintenir l'ordre dans l'Archipel.

Avec une violence omniprésente, la solution serait plus éducative, sociale et économique que répressive, car, on le sait, la Guadeloupe est un territoire où le chômage, la misère ainsi que les inégalités sociales sont légions. Nombreux sont celles et ceux qui, se tournent vers le narcotrafic afin de nourrir leur famille et qui tombent dans une violence aveugle, dû à une addiction, ou tout simplement par jalousie. Point positif, la Guadeloupe est le département où il y a le plus d'associations (10 000) dont plus de la moitié se consacre à la réinsertion. De plus, le RSMA, alternance entre vie militaire et apprentissage professionnel recrute chaque année, sans oublier l'école de la deuxième chance, qui fait des émules auprès de cette jeunesse au passé difficile qui souhaite s'en sortir. De quoi garder espoir pour l'avenir !

E.L.M.S pour TheLinkFwi@l'Actualité en un clic !!

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