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Quand Mè 67 s'invite dans le Carnaval


Vous l'aurez remarqué, depuis le début du Carnaval, plusieurs groupes Mas a po se sont associés pour commémorer les événements tragiques de Mè 67. Des conférences et des expositions sont organisées par ces groupes en marge des défilés du dimanche. Par la culture, ils véhiculent une histoire tragique pour que le devoir de mémoire se perpétue mais aussi pour demander des réponses à l'Etat.

Quoi de mieux que le Carnaval pour véhiculer des messages. En Guadeloupe, le Carnaval a toujours été la période où le peuple se défoule tout en pointant du doigt les injustices et les travers de la société.A travers l'histoire contemporaine du carnaval ce sont les mas a po ou gwoup a po qui depuis la fin des années 1960, jouent de leur poids culturel pour transmettre ces messages.

Comme nous le notions, c'est dans un contexte social difficile : répression de 1967, grèves des ouvriers, crise de la canne à sucre, apparition des mouvements indépendantistes, qu'apparaîtront dans les quartiers populaires de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre, les premiers "Gwoup a Po" , Akiyo et Voukoum (aux sonorités bien distinctes) devenus depuis, les piliers du "Mas" traditionnels. Pour ces groupes, il s'agissait d'affirmer la culture guadeloupéenne, par des instruments tels que le "Ka" et des masques rendant hommage à la lointaine Afrique mais également aux peuples amérindiens qui jadis peuplaient les îles de l'Archipel. Longtemps réprimés, car contestataires, les "Gwoup a Po" se sont imposés dans le paysage carnavalesque guadeloupéen. Ils sont même devenus incontournables, au point de jouer un rôle socio-culturel majeur.

Cette année, marque le cinquantième anniversaire des événements tragiques de Mè 67. Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire de Mè 67, les 26, 27 et 28 Mai 1967 la Guadeloupe bascule dans une violence sans précédent. Au débat, une grève pacifique durant laquelle les ouvriers du BTP réclamaient 2% d'augmentation. Face au refus des patrons "blancs", la tension monte d'un cran et très vite, ils se confrontent aux forces de l'ordre qui n'hésitent pas à tirer à balle réelle sur eux. Le bilan est lourd, plusieurs dizaines, voire des centaines de morts sont à déplorer du côté guadeloupéen. Officiellement, il y aurait eu huit morts connus parmi eux, Jacques NESTOR - ZADIG-GOUGOUGNAM - PINCEMAILLE - Camille TARET - Guidas LANDREE. Sans oublier, les centaines de blessés civils parmi lesquels des femmes, des enfants, des jeunes, des familles, tous innocents, achevés devant chez eux, dans la rue ou à l'hopital. Sans omettre, les centaines d'arrestations et les tortures.

La tête pensante de ce massacre, Jacques Foccart. Un nom qui aura fait couler beaucoup de sang, dans l'histoire de la Ve République. Homme de confiance de la majorité des présidents, du Général De Gaulle en passant par Pompidou, sans oublier Chirac, Jacques Foccart, c'était le "Monsieur-Afrique" de la République. Pendant longtemps la FrançAfrique aura pour figure paternelle cet homme qui mettra en place un large réseau mêlant corruption, soutien militaire à des dictateurs, violence et répressions contre des populations qui ne réclamaient qu'une chose la liberté.

En Mai 1967, Jacques Foccart ordonne au Préfet Pierre Bollotte de réprimer avec violence la grève de ceux qu'il qualifie : les "indépendantistes" guadeloupéens.

Sujet tabou pendant de nombreuses années, il faudra attendre l'élection de François Mitterrand, dix-huit ans après les événements pour qu'un chiffre approximatif apparaisse : 87 morts selon George Lemoine Ministre des Outremers du Gouvernement Mitterrand. Selon, les données de l'époque, et les témoignages des locaux, la répression aurait fait entre cent-dix et deux cent morts. En 2012, François Hollande, en campagne avait promis une commission d'enquête, avec à sa tête Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire coloniale. Sa mission s’étend d’ailleurs à d’autres événements, 1959 en Martinique et 1962 en Guadeloupe.

En attendant que l'Etat fournisse une réponse, sur l'île, en cette cinquantième année, la mobilisation a débuté et elle s'illustre par le Carnaval.

Parmi ces gwoup a po, on note AKIYO, MAS KA KLE, NASYON A NEG MAWON, MAS AN NOU, MAS A WOBE, KLE LA, RESTAN LA, TI KANNO, MAS BOKO KA, Le ?, MANGROV LA, RADIKAL MAS, 50/50, VOUKOUM, KONT GOUT, MK BOULA... et bien d'autres...A l'unisson, ils honorent les morts et réclament justice pour les disparus. En marge des défilés du dimanche, des conférences et des expositions sont organisées par ces groupes.

Le 1 Février 2017 était organisé au lokal du groupe Mas ka Klé une conférence avec des acteurs et témoins de cette époque. A cette conférence on pouvait compter sur la présence, de Raymond Gama, Roland Minatchy, Frank Garin, Luc Reinette et Joël Nankin.

Intervention de Frank Garin.

Intervention de Roland Minatchy :

Les photos de la conférence chez Mas Ka Klé : (source Joël Nankin)

Le dimanche est l'occasion de mener le combat mémoriel dans la rue. A travers les chants, les costumes et la passation de drapeau entre les groupes, comme l'illustre cette vidéo de nos confrères de Yarma Vidéos : où le groupe Mas a Wobè transmet l'étendard à Nasyon a Neg Mawon, en scandant des chants dans lesquels ils réclament justice.

Les autres vidéos :

Reportage sur Mè 67

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