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ELIE DOMOTA PARLE DE LA SITUATION EN GUYANE


Le porte parole du LKP Elie Domota était interviewé par HuffingtonPost. Elie Domota apporte son soutien aux manifestants et donne une explications aux maux qui frappent la Guyane, département au combien riche en matières premières et où se trouve la Base Spatiale européenne.

Premier jour de grève générale en #Guyane, le plus grand département de France est complètement mort ! Plus rien ne rentre et ne sort. L'aéroport est fermé, les magasins ont baissé leurs rideaux et a Fusée Arianne ne décolle pas. Cette 11e journée de mobilisation a été rythmée par les déclarations de Bernard Cazeneuve, de François Hollande et des revendications des collectifs. Le Premier Ministre défendait devant les médias nationaux à Matignon le bilan et l’action du gouvernement en Guyane. Ce dernier, en présence d’Ericka Barigts la Ministre des Outre-mer, a réitéré son appel« au dialogue, à la responsabilité et à l’apaisement », a affirmé vouloir signer ce « pacte d’avenir » dans « les meilleurs délais». Il a également annoncé l’arrivée en fin de semaine d’une délégation ministérielle, sans toutefois préciser la composition de cette délégation. Le Président de la République a fait une déclaration sur le mouvement social en Guyane depuis Singapour, en Asie où il effectue une visite officielle. « La première priorité, c’est la lutte contre l’insécurité, le renforcement des moyens », avant de rappeler que certains « ont été déployés » et préciser que « d’autres vont arriver.

Les manifestants ont dressé 37 propositions allant de l’éducation et la formation à la sécurité en passant par l’économie, la santé et la reconnaissance des peuples autochtones et l’énergie. Les collectifs ont déclaré avoir pris acte de la déclaration de Bernard Cazeneuve annonçant la venue d’une délégation ministérielle en Guyane d’ici à la fin de la semaine ».

Interviewé par nos confrères d'HuffingtonPost, Elie Domota personnalité du monde syndical, porte parole du LKP qui avait mené 44 jours de grève générale en 2009, s'exprimait sur la situation en Guyane et affirme que "les racines du mal sont les mêmes". Partisan d'une libre détermination des peuples, estime que les Guyanais ont entamé un combat qui doit mener à terme vers "la décolonisation".

La retranscription de l'interview ici :

En quoi vous reconnaissez-vous dans le mouvement social qui touche la Guyane ? :

Les racines du mal sont les mêmes. Le retard de développement, l'illettrisme, l'analphabétisation, le chômage de masse trouvent leur origine dans la même situation. Cette situation, il faut la nommer : c'est la domination coloniale. On peut nous dire que la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane sont des régions françaises, des départements d'outre-mer, ce sont en réalité toujours des colonies et la vocation de la colonie c'est de servir les intérêts de la métropole.

Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais, Guyanais ou Kanaks, nous n'avons jamais été considérés comme des citoyens français. L'histoire est là pour le rappeler. Quand, en 1789, la France promulgue la Déclaration des droits de l'homme, les Guadeloupéens sont esclaves. Quand, en 1848, la France abolit l'esclavage en Guadeloupe, ce sont les propriétaires d'esclave que la République indemnise.

En 2009, à l'issue d'une grève de près de 50 jours, vous aviez tout de même signé un accord...:

Toutes les politiques publiques mises en œuvre depuis toujours en Guadeloupe n'ont qu'un seul objectif: nous maintenir dans la domination et la soumission pour nourrir et entretenir les intérêts de la métropole. Ce qui a été fait en 2009 avait pour seule ambition de calmer le jeu mais le cœur du problème n'a pas été traité.

L'accord signé à l'époque était pourtant très large ?

En 2009, il y a des questions fondamentales qui ont été posées sur le développement économique et social sur l'insertion, sur le transport, sur la santé, sur le développement agricole. Mais aucune de ces questions n'a jamais connu de réponses concrètes. Les accords n'ont jamais été respectés aussi bien par le gouvernement Sarkozy que par le gouvernement Hollande. Les textes adoptés pour lutter soi-disant contre sur la vie chère ont justement fait la part belle aux multinationales et aux importateurs distributeurs, pas aux Guadeloupéens.

Et vous redoutez la même chose en Guyane ?

C'est certain, nous aurons les mêmes effets. Le gouvernement français va annoncer un certain nombre de millions pour faire ceci ou cela mais le cœur du problème repose sur la décolonisation. Pour que nos pays puissent sortir de ce marasme et de ce pourrissement entretenus depuis des siècles, il faut que, un jour, nous puissions décider ce qui est bon pour nous.

Vous appelez donc à voter à la présidentielle pour un candidat comme Philippe Poutou qui est favorable cette auto-détermination ?

Ce sont des élections qui concernent la France. Notre mouvement aura une position sur ces élections françaises mais nous n'appellerons pas à voter pour qui que ce soit.

Quel message souhaitez-vous adresser aux grévistes ?

Nous n'avons rien à leur conseiller. Les Guyanais sont suffisamment grands et forts pour combattre et poursuivre leur lutte comme ils doivent la mener. Mais je leur dis qu'ils ont raison de lutter. Ils ont raison de contester l'ordre établi, de demander que leurs enfants aient la chance d'accéder à l'excellence, à un travail. Ils ont raison de demander à être maître de leur pays, de prendre, en tant que Guyanais, les manettes de leur pays.

Les luttes éclairent les luttes qui éclairent les luttes. Quelle que soit l'issue de ce combat là, les Guyanais ont entamé un combat qui doit mener, selon nous, un jour, vers la décolonisation qui est la seule alternative possible.

Irez-vous en Guyane les soutenir ?

Nous avons été invités mais les Guyanais sont suffisamment responsables et forts pour mener à bien leur mouvement. Nous les soutenons, nous sommes solidaires mais je reste en Guadeloupe.

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