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La Guyane, ce département ignoré par la République.


En ce deuxième jour de grève générale, des manifestations ont eu lieu dans l'ensemble du territoire guyanais. De Cayenne à Kourou en passant par Saint-Laurent du Maroni, des marches réunissant des centaines voire des milliers de guyanais de tous âges, origines, religions confondues étaient organisées à l'appel des syndicats et des 500 frères. Rien qu'à Cayenne plus de 10 000 personnes ont battu le pavé, pour réclamer un avenir meilleur. Sur place, la situation n'évolue guère malgré les dires de la mission interministérielle, qui annonce"avoir initié des échanges constructifs portant sur les principales préoccupations des Guyanais".

De la Guyane nous ne connaissons que la forêt amazonienne, les vestiges du Bagne et le Centre Spatial de Kourou, d'où décolle la Fusée Ariane. Mais la Guyane est le plus grand département fançais d'une superficie de 83.000 km2 pourtant la Région est l'une des moins peuplées avec 244.000 habitants. La Guyane département situé en Amérique du Sud figure dans le triste classement des départements les plus violents, les plus crimogènes de la République. Minée par le chômage et l'insécurité, en dépit d'atouts comme la forêt et le centre spatial, la Guyane est un terrain explosif. Le point sur la situation :

Une population jeune en pleine croissance :

La Guyane est la région française la plus dynamique en termes de population. Elle compte près de 260.000 habitants, presque deux fois plus qu'il y a vingt ans. Si l'immigration a joué un rôle essentiel dans les années 1980-1990, c'est aujourd'hui l'effet combiné d'une natalité élevée et d'une baisse de la mortalité qui explique surtout la croissance de la population (plus de 3% par an). Selon les projections de l'Insee, la population pourrait atteindre 574 000 habitants d'ici 2040. C'est aussi la région la plus jeune de France. Les moins de 20 ans représentent 42,3 % des habitants, contre presque un quart de la population pour la métropole.

Des frontières poreuses :

Parmi les revendications des 500 frères, il y a la gestion de l'immigration clandestine. En effet, située à 7.000 km de Paris, la Guyane est frontalière du Brésil et du Surinam. 98%, la Guyane de part son statut de région française dans le cadre d'une collectivité territoriale unique dirigée par l'assemblée de Guyane est vue comme un îlot de richesse das un continent en proie aux inégalités sociales et à l'extrême pauvreté. Ils sont nombreux à tenter leur chance en Guyane. Qu'ils soient Surinamais, Brésiliens, Trinidadiens, Guyanéens, Haïtiens, Vénézueliens, Dominicains(République Dominicaine), ou qu'ils soient Chinois, Laosiens, Libanais, Syriens, ils aspirent tous à une vie meilleure dans cette région pourtant en grande difficulté. Et des difficultés, en Guyane, il y en a.

Le chômage galopant :

Le taux de chômage en Guyane, de 23% de la population active (contre 9,8% sur l'ensemble du territoire français), grimpe en effet à 44% chez les 15-24 ans (Insee 2016). Huit emplois sur dix concernent le secteur tertiaire (administration, éducation, santé, action sociale).

En 2014, le PIB par habitant en Guyane s'établissait à 16.057 euros, soit moitié moins qu'en France métropolitaine (32.736 euros). Le PIB total s'élevait à 4.076 millions d'euros. Conséquence logique, la pauvreté affecte 87.000 personnes en Guyane, soit un taux de pauvreté de 44,3%(500€/mois) contre 14% pour la France entière (800 à 900€ par mois).

Ce chômage entraîne alors une forte délinquance.

Un département utra-violent :

Autre revendication portée par les 500 frères, l'insécurité.

La Guyane détient en effet le triste privilège d'être le territoire français le plus meurtrier par nombre d'habitants avec 42 homicides (en majorité par armes à feu) commis en 2016, contre 38 en 2015.

Le nombre de vols avec violence augmente régulièrement, passant de 1.694 en 2014 à 2.338 en 2016. Le nombre de "mules" (passeurs de cocaïne) est passé de 183 en 2014 à 371 en 2016. En Guyane il y a à peu près 7,67 cambriolages pour 1000 habitants. En 2015, en terme de vol avec arme, les forces de l’ordre enregistraient 666 vols avec armes (armes à feu, armes blanches ou par destination) en Guyane . En terme de vols violents sans armes, la Guyane était le département de tête, avec 1 500 vols violents sans arme en 2015, soit 6,3 pour 1 000 habitants, le 973 affichait un taux de vols violents sans arme 4 fois plus élevé que la moyenne métropolitaine.

Le département de Guyane a longtemps été épargné par le trafic. Ce n'est que depuis à peu près quatre ou cinq ans que des saisies de cocaïne se font et elles sont en constantes augmentation. En effet, la position géographique du plus grand département français favorise l'essor d'un trafic et l'implantation d'importants réseaux de stupéfiants.enclavé entre le Suriname et le Brésil, avec lequel il partage plus de 1 200 km de frontières terrestres, la Guyane, située non loin de la Colombie et du Venezuela, et dotée d’une large façade maritime s’ouvrant sur l’Atlantique, est affectée par le développement du trafic de cocaïne dans la région. La topographie du département pré- sente en outre de multiples avantages pour les trafiquants, notamment un réseau fluvial très dense, vecteur traditionnel des échanges commerciaux et humains dans la région, comme c’est le cas avec le Suriname par le fleuve Maroni. En outre, la forêt équatoriale – couvrant près de 90 % de la superficie du territoire – est un lieu idéal pour l’implantation d’aérodromes clandestins.

Autre source d'insécurité, l'orpaillage illégal dont les conséquences sont avant environnementales mais également économique et sécuritaire : agressions, prostitution, contrebande. Les orpailleurs clandestins sont estimés aujourd'hui par les autorités à environ 6.500, contre 5.500 il y a un an. Un peu plus de 3 kilos d'or ont été saisis en 2016 en Guyane pour une production illégale estimée à 3,6 tonnes. Depuis 2008, l'opération militaire "Harpie" est en charge de la lutte contre cette activité pourtant les Garimpeiros continent de travailler illégalement et il est courant qu'ils attaquent les policiers, les gendarmes et les légionnaires français mobilisés contre l'orpaillage ou orpillage.

Une économie sous perfusion publique :

Les financements publics extérieurs, l'État et les institutions publiques représentent près de 90% du PIB de la Guyane selon l'AFP. L'économie de la Guyane dépend des fonds publics par le biais des dépenses d'investissement, des dépenses de solidarité et des salaires des agents publics. Ceci est d'autant plus vrai que l'industrie spatiale en est elle-même largement dépendante.

Une activité économique précaire :

Selon les Comptes économiques rapides de l'Outre-mer (Cerom), le Produit intérieur brut guyanais atteint 3,9 milliards d'euros en 2014 avec une croissance de 4%. Mais elle est jugée atone pour 2015 selon l'INSEE. En revanche, le PIB par habitant dans les territoires d'outre-mer est structurellement inférieur à celui observé en métropole. En Guyane, il s'établit ainsi à près de 50,4 % du niveau national. La croissance du PIB est en grande partie absorbée par la croissance démographique.

Un actif sur trois travaille dans la fonction publique :

Avec le très faible taux d'activité en Guyane, la proportion d'emplois publics est élevée. En 2014 selon l'Insee, 25 600 personnes travaillent dans la fonction publique en Guyane. Les agents publics représentent ainsi plus de 31 % de la population active (18,7% en métropole). La rémunération des fonctionnaires en poste en Guyane est 40% plus élevée qu'en métropole. Cette particularité combinée au poids de la fonction publique dans l'ensemble de la population active fait que le salaire moyen en Guyane est paradoxalement plus élevé que la moyenne nationale (1.980 euros nets par mois contre 1.778 euros).

Une santé négligée :

Etant une région française, les Guyanais bénéficient des mêmes droits que les français de l'Hexagone, pourtant sur place, tout laisse à désirer. Certains évoquent même d'une défaillance du système de santé, du manque chronique de moyens pour les hôpitaux, de services d’urgences saturés. En Guyane, il n’y a que 47 médecins généralistes pour 100.000 habitants, contre 106 en métropole. Conséquence directe de cette pénurie de médecins : les trois hôpitaux sont surchargés et les Urgences peinent à faire face à l’afflux de patients. Le Centre hospitalier de Cayenne est déficitaire. L'hopital n'a tellement pas d'argent, que les fournisseurs refusent de livrer des marchandises, des médicaments, du matériel médical. Certains bâtiments sont à refaire mais il manque les moyens financiers.

A Kourou, troisième grande ville de la région, Le Centre Médico Chirurgical géré par la Croix Rouge est lui aussi en déficit. La Croix Rouge Française souhaite vendre l'établissement au groupe Rainbow Santé, ce qui inquiète le personnel de santé et les habitants. Aujourd'hui ils étaient dans les rues à dire "non à la vente" de leur hôpital.

Le SIDA autre grand fléau en Guyane est important. En effet, la Guyane est le département français le plus touché par la maladie. La Guyane est le seul département français où l’épidémie de sida est "généralisée". Le taux de contamination y est près de neuf fois supérieur à la moyenne nationale : 147 contaminations annuelles pour 100.000 habitants en Guyane, contre 17 au niveau national. En 2016, le nombre de personnes qui ignorent leur séropositivité « était le plus élevé en Guyane (66 pour 10.000 habitants),et le nombre de nouvelles infections au VIH était le plus élevé en Guyane (18 pour 10.000).

Les manifestations continuent :

Ainsi, en ce deuxième jour de grève générale, des manifestations ont eu lieu dans l'ensemble du territoire guyanais, de Cayenne à Kourou en passant par Saint-Laurent du Maroni des marches réunissant des centaines voire des milliers de Guyanais de tous âges, origines, religions confondues étaient organisées à l'appel des syndicats et des 500 frères. Rien qu'à Cayenne plus de 10 000 personnes ont battu le pavé, pour réclamer un avenir meilleur. Sur place, la situation n'évolue guère malgré les dires de la mission interministérielle qui annonce "avoir initié des échanges constructifs portant sur les principales préoccupations des Guyanais". Il est vrai que Jean-François Cordet a annoncé le renfort de "25 policiers, 23 gendarmes", ainsi que "la fidélisation d'un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne". Il a annoncé également une enveloppe d'urgence de "60 millions d'euros supplémentaires" pour le centre hospitalier de Cayenne, fortement endetté, ainsi que le déblocage des aides de l'Europe pour les agriculteurs.

Dans leur communiqué diffusé lundi soir, les ministres de l'Intérieur et des Outre-mer ont également confirmé que les travaux de préparation du terrain du commissariat de Cayenne commenceront cette année. Un échographe portable sera installé à l'aéroport de Cayenne dans les plus brefs délais. Des barrages volants par la gendarmerie seront mis en place et la surveillance des fleuves sera intensifiée de jour comme de nuit.

Le Premier ministre a lui annoncé, lundi après-midi, qu'un "centre pénitentiaire et un tribunal de grande instance" seraient "construits à Saint-Laurent-du-Maroni". Bernard Cazeneuve a ensuite annoncé dans la journée la venue d'une délégation ministérielle en Guyane "avant la fin de la semaine".

En espérant que toutes ces promesses deviennent des mesures concrètes car, les élections approches et les guyanais sont excédés, par ces années d'indifférences où ils ont été livrés à eux-mêmes par les gouvernements successifs. Pour le moment, tous ensemble, nous disons :

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