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Aux origines de la population guadeloupéenne.


La Guadeloupe est-elle raciste ? Les immigrés sont-ils acceptés ? Au vu des résultats du premier tour de l'élection présidentielle française, où le front national, parti ouvertement raciste a recueilli un peu moins de 13,5% des voix, dans une île habituée au métissage, la question de l'immigration et du racisme refait surface. Plusieurs électeurs guadeloupéens ont même revendiqué leur vote FN, dans l'espoir de faire partir les haïtiens, les dominicais et les dominicains. Trois communautés décriées,méprisés, détestées, insultées, depuis des décennies.

A elle seule, la Guadeloupe est un microcosme où différentes populations venues de gré ou de force, ont finis par cohabiter sur ce territoire de 1400km2.

Des amérindiens à l'arrivée des premiers colons espagnols en 1492, en passant par la colonisation française en 1635, l'île a vécu au gré des différentes vagues migratoires, toutes liées au besoin de main d'oeuvre pour le milieu agricole. A force, on pensait les guadeloupéens habitués à l'immigration. Pourtant, au vu des résultats du premier tour de l'élection présidentielle française, où le front national, parti politique ouvertement raciste a recueilli un peu moins de 13,5% des voix dans une île habituée au métissage, la question de l'immigration deviendrait-elle une préoccupation pour les guadeloupéens ?

A la question, les guadeloupéens sont-ils racistes ? Si on se base sur le reportage de nos confrères de La 1ère, dans lequel plusieurs témoins se revendiquant électeurs du Front National de plusieurs années avouaient vouloir se débarrasser des immigrés haitiens, dominicais ainsi que ceux de St Domingue, on peut répondre à l'affirmative. De quoi surprendre, dans une région peuplée à majorité de noirs, de métis et de mulâtres.

Alors qu'aux élections régionales le Front Nationale n'enregistrait que 1,41% des suffrages, le parti de Marine Lepen a fait une percée fulgurante lors du premier tour de la présidentielle. Enregistrant 13,5% des voix. Certes, Marine Lepen a été la candidate la moins bien élue, face à Emmanuel Macron et ses 30,2 % de suffrages et Jean-Luc Mélenchon 24,1% des voix. Pourtant, il y a de quoi s'étonner, surtout lorsqu'on sait que les jours qui ont précédés la campagne, les intellectuels locaux, les chanteurs, les journalistes, les politiciens, habitués aux éternels prêches de l'amitié caribéenne scandaient : "Aimons nos frères haïtiens et dominicais" s'étaient mobilisés contre le Front National. On se souvient du buzz de la vidéo de notre confrère Brother Jimmy, dans laquelle, le journaliste invectivait des personnes qui distribuaient des tracts FN au milieu de la zone industrielle de Jarry. Comment ne pas évoquer Entre deux rives le documentaire signé Mariette Monpierre et Christelle Théophile, qui suit le parcours de deux femmes immigrées en Guadeloupe . Pas de quoi inquiéter les électeurs FN qui ont réitéré leur démarche, en votant au 2nd Tour pour Marine Lepen. Heureusement, Emmanuel Macron a remporté les élections. Le candidat En Mache ! a obtenu près de 70% des suffrages tandis que la candidate FN a réalisé 30% des voix.

Pendant longtemps, comme le soulignaient nos confrères de 97land, « il a été d’usage d’expliquer le vote FN en Guadeloupe, comme dans le reste des Antilles et de la Guyane, par l’abstention généralisée dans la population antillaise, mais surtout comme un vote de « métro »…, mais aussi un vote colonialiste chez les descendants de colons ou les pieds-noirs qui ont fuit l’Algérie indépendante. Mais les 15 203 voix (13,51%) du FN au 1er tour et les 33 310 voix (24,87%) du 2nd tour de l’élection présidentielle de 2017 remettent en cause cette seule analyse.En effet, lorsqu’on étudie la carte électorale du vote frontiste en Guadeloupe, on se rend compte que les villes où on retrouve une population blanche et privilégiée, comme le Gosier ou Petit-Bourg, résistent le plus au vote FN alors que ses gros scores se retrouvent dans les villes dont la population est antillaise et précarisée, où le chômage et la part de population travaillant de l’agriculture (paysans, pêcheurs) sont largement supérieurs à la moyenne du territoire : Désirade (plus de 43% pour le FN au 2nd tour et près de 40% de chômage, « record » guadeloupéen), Marie-Galante, Pointe Noire, Capesterre-Belle-Eau, Baillif, Le Moule ou Sainte-Rose.Les pêcheurs, les paysans, et les petits artisans antillais… mettent en avant la précarité…, l’insécurité… et l’immigration de Haïti et de la Dominique… Et le vote Le Pen apparaît donc comme un vote de rejet des autres nations caribéennes, un vote de repli sur soi identitaire d’imprégnation colonialiste, mais aussi un vote de révolte où il faut « tout faire péter » car « la vie est chère », « la France nous oublie ».

La montée du Front national est significative partout en France et dans les outre-mers. Mauvaise politique, abandon des pouvoirs publics, intégration difficile des immigrés. Comme dans l'Hexagone, avec les maghrébins. En Guadeloupe, les haïtiens, les dominicais, les filles de Saint Domingue sont les nouveaux bouc émissaires du désastre économique de l'archipel. Tout serait de leur faute. Une phrase que répètent les moins instruits "ils nous volent notre travail", quand ils n'apportent pas la délinquance, la drogue, la violence, les maladies. L'immigré à bon dos, plus encore quand il est haïtien.

Justement, 97Land écrit à ce propos : " Le vote FN de la population blanche s’est radicalisée et influence aujourd’hui la petite-bourgeoisie blanche de l’administration coloniale (profs, cadres de la fonction publique) dont une des principales peur est la fin des privilèges des fonctionnaires et dont les prises de position sont proches du FN sur la question de la nation, de l’immigration ou du racisme sans pour autant voter pour ce parti. Sensibles aux thèmes du FN -insécurité, immigration- relayés par les médias guadeloupéens, le prolétariat noir, sa majorité peu politisée et non indépendantiste, mais aussi les descendants d’immigrés de la fin 19è-début 20è siècles de Syrie, du Liban, d’Inde ont peur que les quelques acquis -en fait des cadeaux empoisonnés, un « assistanat colonial »- que leur a légués la France (RSA, chômage, sécurité sociale, subventions) disparaissent à cause de la nouvelle immigration, majoritairement haïtienne et dominiquaise. "

Cependant, les connait-on vraiment ? Que savons nous de leur vie, de ce qu'ils vivent.

Quelles difficultés ils endurent pour venir chez nous ? Sans oublier, l'interminable attente à la préfecture ou à la sous-préfecture pour la régularisation de leurs papiers.

Quelle est la différence entre l'étranger, l'immigré et le clandestin ?

Selon l'Insee, " l'étranger est une personne qui réside en France mais qui ne possède pas la nationalité française. L'Insee précise que : ne sont recensés que les étrangers ayant une résidence permanente en France, ceux qui y travaillent et ceux qui y étudient. Sont exclus : les saisonniers et les frontaliers. "

Tandis que l'immigré, selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l'Intégration, " un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l'étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées. À l'inverse, certains immigrés ont pu devenir français, les autres restant étrangers. Les populations étrangère et immigrée ne se confondent pas totalement : un immigré n'est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France (essentiellement des mineurs). La qualité d'immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s'il devient français par acquisition. C'est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l'origine géographique d'un immigré. "

Le clandestin quant à lui, "est une personne cherchant à se cacher ou à cacher sa situation irrégulière dans le pays où il s'installe."

En Guadeloupe et comme partout ailleurs, il y a amalgame entre ces différentes notions. En effet, sur l'île, on confond, le clandestin, l'étranger en situation régulière installé dans l'archipel pour travailler et l'immigré qui possède la nationalité française, qui partage la même culture que ses compatriotes guadeloupéens mais dont les parents sont d'origines étrangères. Pas facile à différencier surtout quand on est insulaire.

La théorie du grand remplacement :

Durant la campagne présidentielle française de 2017, certains membres du parti extrémiste de droite répandaient, l'idée que la France serait menacée par un vaste complot visant à remplacer la "race" blanche au profit des "basanés". Dans les milieux de l'extrême droite, on parle de la théorie du grand remplacement. Cette thèse a été introduite par Renaud Camus, écrivain français engagé à l'extrême droite. Cette théorie de type conspirationniste, prétend qu'il existerait un processus de substitution de population sur le territoire français métropolitain, dans lequel le peuplement européen serait remplacé par une population non européenne, originaire en premier lieu d'Afrique noire et du Maghreb. Ce changement de population impliquerait un changement de civilisation, et ce processus serait soutenu par une majorité des élites politiques, intellectuelles et médiatiques, soit par idéologie, soit par intérêt. Evidemment, elle n'est pas fondée et les principaux arguments de cette thèse, qu'ils soient démographiques ou culturels, sont réfutés par la grande majorité des spécialistes, qui récusent la méthode dont elle émane autant que la logique qui la sous-tend.

En Guadeloupe aussi, certains propos sont assez similaires des théoriciens du grand remplacement, sauf que c'est le guadeloupéen noir d'origine africaine qui serait menacé de disparaître au profit d'une population blanche, métisse et surtout au profit des haïtiens et dominicais qui sont vus comme des envahisseurs. Cette théorie refait surface régulièrement, notamment lorsque le mois de Septembre arrive et que des milliers de jeunes guadeloupéens quittent leur île pour s'installer en France ou à l'étranger afin de poursuivre leur scolarité.

Une population métissée issue de la violence coloniale :

photo : Cédrick Isham Calvados.

Au début de notre article, nous soulignions le fait qu'en Guadeloupe, l'immigration a des accents particuliers.Différente de celle de l'Hexagone qui n'a connu ce phénomène qu'à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec l'arrivée massive de travailleurs africains, maghrébins, indochinois ou antillais, l'île a toujours vécu au gré des vagues migratoires. Au départ sur l'île, il y avait les amérindiens. On suppose que la Guadeloupe était occupée par des groupes amérindiens dès 1600 avant J.-C. Des traces de culture sur brûlis ont été récemment découvertes sur Marie Galante. Selon la thèse émise par les historiens, Les Arawaks, seraient arrivés en pirogue dans les Antilles depuis le Nord du Venezuela, au début de l’ère chrétienne. Ils y introduisent alors l’agriculture sur brûlis et la culture du manioc, qui constitue avec la chasse et la pêche, les principales sources de subsistance. Pour s’abriter, ils construisent des petits villages constitués de carbets. Cette période sera notamment marquée par la fabrication des céramiques dites « troumassoïde ». Ces céramiques leurs servaient notamment pour contenir le manioc. De nombreux vestiges de ces céramiques ont été retrouvés dans les petites Antilles. L’autre peuple qui aurait envahi les îles de Guadeloupe serait les Kalinagos, également appelés Caraïbes. Selon le mythe, à leur arrivée ils auraient massacrés les Arawaks, mais cela reste à prouver car, il se pourrait bien que les Arawaks et Caraïbes formèrent un seul et même peuple. C’est à cette époque que le nom de « Karukéra », en indien Caraïbes « l’île aux belles eaux », a été donné à la Guadeloupe.

A partir de 1492, l'archipel n'échappe pas aux grandes découvertes européennes. Les premiers a planté leur drapeau sont les espagnols représentés par le marin génois Christophe Colomb, qui baptise l'île "Guadeloupe" en hommage à un monastère espagnol, Santa Maria de Guadalupe. Les espagnols se retrouvent nez à nez avec des indiens peints en rouge qui les combattent, acculés, affaiblis, ils finissent pas quitter l'île en 1604, laissant sur place, des Juifs, qui avaient quitter l'Europe après des siècles de persécutions.

Les français débarquèrent en 1635. Dès leur arrivée, ceux-ci s'attaquent aux Indiens Caraibes qui sont exterminés ou chassés de l'île. De 1643 à 1656, un certain Charles Houël est gouverneur de la Compagnie des isles d'Amérique. Lorsque la compagnie des îles d'Amérique, fait faillite. elle revend la Guadeloupe à Houël qui devient ainsi propriétaire de la Guadeloupe et des îles environnantes. Houël désire développer l'activité économique de l'île. Il se lance dans la culture de la canne à sucre. Culture qui nécessite de la main d'oeuvre. Afin de remédier au manque de main d'oeuvre, on fit venir dans un premier temps des pauvres blancs, qu'on appelait "les blancs matignon", ces derniers peu résistants au soleil et aux maladies tropicales, mouraient par centaines. Dans ce cas de figure, le pouvoir colonial fit venir des esclaves en provenance d'Afrique dont le nombre augmentait d'années en années. Les esclaves sont capturés en Afrique, transportés en bateaux (négriers), et livrés comme prisonniers aux planteurs blancs. Beaucoup d'entre eux meurent au court de ces abominables traversées. A cette époque les différentes cultures : indigo, coton, canne à sucre, café et cacao enrichissaient les blancs péyi et la France, au détriment des esclaves africains qui eux, travaillaient dans des conditions épouvantables. Avec l'émergence des idées des lumières qui émaillait le Paris du XVIIIe siècle, les milieux intellectuels commençaient à réfléchir sur une possible Abolition de l'esclavage des noirs, dans les îles à sucre. Ce mouvement intellectuel des Lumières permis l’éclosion d’un petit mouvement d’opinion en faveur de l’abolition de l’esclavage ( Pétion, abbé Raynal...). Le 19 février 1788 se créa la Société des Amis des Noirs comprenant en particulier Condorcet et Mirabeau, qui défendait l'abolition de l'esclavage. Entre-temps, sur l'île, les révoltes d'esclaves étaient de plus en plus nombreuses et l'annonce de la Révolution à Paris renforçaient le désir de liberté des esclaves noirs. - 11 et 12 avril 1790, révolte d’esclaves en Guadeloupe - Dans la nuit du 20 avril 1793, soulèvement des esclaves à Trois-Rivières, au sud de la Guadeloupe.

Le 8 Août 1790, face à toutes ces révoltes, les colons s'organisèrent en Assemblée Coloniale, dont le but était de se protéger et de porter leurs droits à Paris. A cette période, les tensions entre les mawons (esclaves en fuite) et colons étaient à leur paroxysme, la violence routinière. Les attaques sur les habitations sucrières étaient sanglantes, en retour les colons craintifs soutenus par le pouvoir colonial réprimaient avec violence les esclaves qui désobéissaient ou qui tentaient de fuir Malgré tous ces événements d'extrême violence, rapportés, la France Métropolitaine restait sourde aux demandes venues des colonies du Nouveau Monde, sans doute trop occupée par sa révolution. Après plusieurs tractations en faveur de l'abolition et plusieurs échecs, il faudra attendre 1794, pour que l 'esclavage soit abolit par la Convention en 1794 sonna le glas de la domination "Blanche" en Guadeloupe. En mai 1794, un ancien corsaire d’origine marseillaise, Victor Hugues, à la tête d’un millier d’hommes noirs et blancs mandaté par la Convention pour imposer l'Abolition de l'esclavage, débarqua sur l'île. S'en suivra une violente répression contre les planteurs qui refusaient de libérer leurs esclaves. On parle de dizaines de milliers de décapitations sur l'île. Pour sauver leur vie, nombreux sont les "blancs péyi" qui immigrent vers la Martinique, à la Dominique ou en Louisiane (à l'époque française).

Pourtant, par la loi du 20 mai 1802 (30 floréal an X), le jeune Consul Napoléon Bonaparte fort de ses victoires militaires et politiques, arrivé au pouvoir par un Coup d'Etat, maintient l'esclavage partout où la loi du 4 février 1794, n'a pas encore été administrée (aux Mascareignes : La Réunion, l’île de France - Maurice - et Rodrigues, mais aussi, à La Martinique, Tobago, Saint Martin et Sainte Lucie, îles récemment restituées à la France par l'Angleterre, avec le traité d'Amiens du 25 mars 1802). Après ces territoires, le premier consul déjà opposé à Toussaint Louverture alors Gouverneur de Saint Domingue, décrétera le rétablissement de l'esclavage à St Domingue et en Guadeloupe. Sans doute dans un but stratégique, car la guerre entre la France et l'Angleterre grondait. S'en suivit, une guerre, qui opposera l'Armée Napoléonienne aux officiers noirs attachés aux idées républicaines. En Guadeloupe Ignace, Delgrès, prirent la tête d'une armée d'hommes noirs, libres ou anciens esclaves et tentent de résister aux hommes du Général Richepance, dont le but était de reprendre le contrôle de la colonie, et les désarmer. La guerre contre le rétablissement de l'esclavage, fera des milliers de morts sur l'île papillon. Les révoltés se rendirent après les batailles sanglantes de Baimbridge et de Matouba , où les deux leaders noirs trouvèrent la mort. Après ces événements d'une violence inouïe, l'esclavage et la traite négrière furent rétablis et perdura jusqu'en 1848, où l’esclavage fut légalement abolit sur l’ensemble du territoire français. Par exemple, en 1847, la Guadeloupe totalisait une population d'environ 82 000 esclaves.

Une fois l'esclavage aboli, sous l'influence des "blancs péyi", le pouvoir colonial importa de nouveaux travailleurs, qui venaient de contrées lointaines. Les tamouls et les hindous constiuaient le gros de ces nouveaux travailleurs. Ils débarquèrent le 24 Décembre 1854. Environ 42 326 s'installèrent en Guadeloupe. Ces travailleurs indiens étaient employés dans les plantations,comme travailleurs libres. Sous-payés, exploités, parfois violentés et sous-alimentés, leurs conditions de vie étaient plutôt des conditions de semi-liberté pas très éloignées des conditions de l'esclavage.. Comme les noirs à l'époque, ils étaient nombreux à fuir les habitations pour se réfugier dans des zones inaccessibles. Quand ils se révoltaient, on les réprimait. 10 000 d'entre eux moururent dans ces conditions de travail inhumaines. Il faudra attendre 1923 avec le combat d'Henry Sidambarom(1853-1952), descendant d'hindou, né à Capesterre-Belle-Eau et premier indien a entré en politique en Guadeloupe, pour qu'enfin ces travailleurs soient reconnus comme des citoyens français à part entière. A la même période, on importa des travailleurs d'origines diverses, des travailleurs libres africains parmi lesquels certains provenaient du territoire belge du Congo, territoire de prédilection des Américains, Portugais et Brésiliens qui s'adonnaient au commerce d'esclave en direction du Brésil, des Etats-Unis et de Cuba, où l'esclavage continuait.

Malgré l'arrivée massive de ces nouveaux travailleurs, (on estime à 6651 travailleurs africains en Guadeloupe) les exploitations manquaient toujours de main d'oeuvre. Pour ce faire, vers 1862, l'administration coloniale française multipliait ses recherches de main d'œuvre. Elle espérait détourner un certain nombre de travailleurs noirs américains qui quittaient le sud des États-Unis pour se réfugier au Nord. Selon le Washington National républicain, organe du Président Lincoln ces noirs devaient être exportés vers Haïti, l'Amérique centrale et la Guadeloupe. Cette même Amérique qui venait d'abolir l'esclavage, commençait à craindre la grande et subite augmentation de la population noire désormais libre. Ces derniers peu nombreux n'étaient pas suffisants, il fallait d'autres ouvriers engagés. La France se tourna vers l'Asie, plus particulièrement la Chine et le Japon de l'empereur Meiji qui s'ouvraient au monde.

Les libano-syriens, ces nouveaux étrangers :

À partir des années 1860-1870, une nouvelle émigration est venue s’ajouter aux différents groupes humains constituant la population des Antilles et de la Guyane françaises. Elle provenait du Proche-Orient et était la conséquence directe des conflits confessionnels, de la politique des autorités ottomanes et des difficultés liées à l’économie et à la croissance démographique.Persécutés, massacrés par les druzes et les musulmans, les chrétiens de l’Empire Ottoman choisirent le chemin de l'exil.Quelques familles s’installèrent aux Antilles et furent à l’origine d’un courant migratoire qui fonctionna de la fin du XIXe siècle à nos jours. Comme le souligne le site kréolwestindies, " Cette imigration n'est pas liée à la culture de la canne. A leur arrivée, ils rencontrent des conditions de vie difficiles, car il ne faut pas croire qu'ils sont devenus des commerçants de la rue principale de Pointe-à-Pitre du jour au lendemain. Colporteurs, ils se déplacent de campagne en campagne et ne sont pas toujours bien accueillis. Peu nombreux, ils constituent cependant une minorité très concentrée et donc très visible."

Une deuxième vague d’émigration se distingue avant la seconde guerre mondiale. La création des Etats Syriens et Libanais, sous tutelle française, pousse les syro-libanais à choisir leur nationalité, ce qu’ils font en choisissant de devenir Français.Chassés des îles anglaises mais aussi de Haïti et Saint-Domingue, ils se réfugient auprès de leurs familles installées aux Antilles Françaises, où le problème d’intégration ne s’est jamais posé.Les dernières vague d’émigrations libano-syriennes correspondent à la période de la guerre du Liban (1975-1990) et de l'actuelle guerre civile syrienne.

Les Juifs de retour :

Au cours du XXe siècle, les événements politiques en Europe, poussent les juifs, déjà victimes de pogroms à fuir les pays d'Europe de l'Est pour s'installer à l'Ouest. Après la défaite de la France en 1940, les plus chanceux se dirigent vers les Etats-Unis, le Brésil,le Maroc et la Caraïbe. A l'indépendance du Maghreb, ils sont des centaines à s'installer en Guadeloupe déjà habituée à leur présence. Pourtant, il faudra attendre Février 1980, pour que la première synagogue sorte de terre. En juin 1988, c'est l'inauguration de la synagogue actuelle et du centre communautaire. Les membres de la communauté sont originaires d’Afrique du Nord, les offices sont célébrés selon le

rite sépharade.

Les haïtiens et les dominicais population ségrégée :

Durant les années 1960-70, Haïti premier pays indépendant de la région caraïbe en 1804, est dirigée d'une main de fer par François Duvalier surnommé "papa doc " puis par son fils "baby doc". Ils sont des centaines voire des milliers d'haïtiens, opposants ou simplement à la recherche d'une vie meilleure, à prendre fuir la misère et la répression des tontons macoutes. Certains choisissent les Etats-Unis, le Canada, tandis qu'un bon nombre préfèrent s'installer dans les territoires français d'Amérique pour des raisons historiques, culturelles et linguistiques. Selon le service de l'état civil et de l'immigration de Pointe-à-Pitre, environ 23 000 Haïtiens résident en Guadeloupe. Ceci, sans compter l'île de Saint-Martin, longtemps dépendance administrative de la Guadeloupe, qui abrite aussi des milliers d'Haïtiens. Sur les 23 000, 11 000 seraient en situation irrégulière. Ces derniers travaillent clandestinement dans l'agriculture sur les plantations de canne à sucre, de bananes ou autre. La discrimination à l'égard des Haïtiens est beaucoup plus marquée en Guadeloupe et elle est perceptible dans toutes les strates de la population, y compris dans l'administration publique et de la part des autorités de l'immigration. Cette discrimination se manifeste de manière latente ou patente, selon les périodes. De manière patente, elle se manifestait entre les années 2000 et 2002 avec le journaliste Ibo Simon dans son émission à la télévision du Canal 10 où il traitait les Haïtiens de tous les maux. Puis, en décembre 2004, Monsieur Henri Yoyotte, l’animateur de la Radio Contact, a relancé la campagne de discrimination contre les Haïtiens. La situation a pris une telle ampleur que les Conseils régional et départemental ont dû organiser un congrès avec tous les élus et acteurs sociaux de la Guadeloupe pour envisager des mesures à prendre afin d’endiguer l’immigration clandestine. Cette discrimination se manifeste d’abord dans la société civile par des mauvais propos qui stigmatisent les Haïtiens. En Guadeloupe, il y a une tendance à considérer les Haïtiens comme des « êtres inférieurs ». Il arrive souvent qu’une personne voulant insulter une autre, l’appelle : « espèce d’Haïtien », ou encore, elle se défend d’une autre en précisant : « Je ne suis pas ton Haïtien ».

Discriminés, pourtant,la majorité des Haïtiens, surtout les clandestins, vivent dans une situation de misère. Ils habitent chez d’autres Haïtiens ou des Guadeloupéens. Ils payent leur hébergement en espèce ou avec leur force de travail. Pour vivre, ces personnes en situation illégale travaillent clandestinement, surtout dans les champs de canne, dans les bananeraies, dans les cultures maraîchères et vivrières. Certains vivent dans des situations infrahumaines, c’est-à-dire sous des cases ou baraques couvertes de plastiques, en absence de toute condition d’hygiène. Certains d’entre eux nous ont confié qu’ils ont l’habitude de travailler de 6 heures du matin à 13 heures pour un salaire de 20 euros, ou de 6 heures du matin à 18 heures pour un salaire de 30 à 40 euros la journée. Normalement, une journée de travail d’un ouvrier agricole coûte entre 50 et 70 euros. En outre, ces travailleurs clandestins acceptent pour un bas salaire les besognes que les travailleurs guadeloupéens ne veulent plus faire. Une minorité d’Haïtiens, surtout des résidents, travaillent dans la construction des bâtiments et dans le petit commerce. A ceux-là s’ajoutent quelques professionnels qui travaillent dans différents services sociaux de la Guadeloupe. Ainsi, les immigrés haïtiens apportent une part considérable dans l’économie de la Guadeloupe.

Certains observateurs considèrent que les Haïtiens ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer dans la société guadeloupéenne. Ils vivent entre eux, ne participent pas dans les associations et les activités collectives en Guadeloupe. De leur côté, certains Haïtiens disent quand ils font l’effort pour s’intégrer avec les Guadeloupéens, ils se sentent rejetés ; alors ils se replient sur eux-mêmes pour éviter des déceptions. Cela laisse entendre qu’il existe une certaine incompréhension entre les Haïtiens et les Guadeloupéens. Cependant, en observant de près, on peut déceler différentes initiatives d’intégration des immigrés haïtiens en Guadeloupe et de solidarité entre les deux communautés. D’abord, on peut relever l’apprentissage rapide du créole guadeloupéen et l’adoption des comportements locaux par les nouveaux arrivants. Les travailleurs haïtiens sont souvent recherchés par les patrons pour leur sérieux et leur dévouement au travail. Quant aux commerçants haïtiens dont beaucoup sont des marchands ambulants, ils se distinguent par leur débrouillardise et leur réussite dans les affaires. Sur les marchés de Pointe-à-Pitre ou de Basse-Terre, certains marchands et cultivateurs se regroupent en associations pour mieux s’organiser et défendre leurs intérêts. Ces initiatives sont un indicateur de l’adaptation des immigrés haïtiens aux structures de la société guadeloupéenne. Le rôle des associations dans l’intégration et la défense des migrants en Guadeloupe s’illustre à travers l’expérience de la Coordination Tèt Kole dont les sections se réunissent une fois par semaine et qui font un travail d’accompagnement quotidien des gens en difficulté. Depuis 2007, des associations haïtiennes et franco-haïtiennes comme Tèt Kole, Tanbou Ginen, Ha-Gua Caraïbe, Haïti vaillante, Amnesty internationale- section Guadeloupe- se sont mises d’accord pour former la Fédération d’associations franco-haïtienne de la Guadeloupe (FAFH-G). Depuis, elles ont mené ensemble des actions pour faire connaître la culture haïtienne et pour défendre les droits des immigrés haïtiens.

Cependant, les haïtiens ne sont pas les seuls à subir le racisme. Les dominicais, originaires de l'île anglophone de l'île de la Dominique, sont arrivés après le cyclone Hugo. Pauvres, sans ressources ils émigrèrent par centaines chez leurs voisins francophones, où aujourd'hui, ils seraient environ 8 000. Alors que les haïtiens sont vus comme des "sous-hommes", les dominicais, eux sont la source de tous les maux de la société guadeloupéenne. En effet, ils sont voleurs, braqueurs, dealers, violeurs et très violents. Pourtant, comme les haïtiens, ils sont nombreux à travailler dans clandestinement dans l'agriculture, dans les espaces verts, dans le petit commerce ou dans le ménage chez les guadeloupéens.

Les chinois, nouvelle population :

Parler de la population guadeloupéenne sans évoquer les chinois serait une erreur. Déjà présents dans les années 1870, la Guadeloupe a vu, une nouvelle vague de migration s'installer en son sein à la fin des années 90, début des années 2000. Fuyants le régime communiste chinois, ils se sont installés dans un premier temps en Guyane avant de partir en Guadeloupe.Très discrets, les chinois commencent à jouer un rôle important dans l'économie guadeloupéenne. Ils sont restaurateurs, commerçants, leurs enfants s'intègrent à la société guadeloupéenne, grâce à l'école. A coup sur dans quelques années, nous parlerons des grandes familles guadeloupéennes d'origines chinoises ou tout simplement de sino-guadeloupéens.

A chaque vague de population son lot de méfiance, de mépris, de racisme de la part de ceux déjà installés sur place. A force de persévérance, de combativité, l'intégration aboutit et cela enrichit la société guadeloupéenne. Loin des discours haineux de l'hexagone, nous, guadeloupéens nous sommes tous originaires d'un ailleurs que nos ancêtres ont quitté ou de gré mais surtout de force pour choisir de se fixer dans ce petit archipel où le monde entier cohabite.

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