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Les groupes mythiques des Antilles-Françaises.


Ils s'appellent Les Aiglons, La Perfecta, Les Vikings de la Guadeloupe, Super Combo, Akiyo, Kassav, Expérience 7 ou Zouk Machine, leur musique et leur style ont traversé les océans. Des Antilles à la France en passant par l'Europe, l'Afrique, l'Amérique du Nord et l'Océan Indien, ils ont fait danser des foules entières. Malgré l'avènement du tout numérique, ils sont encore présents et donnent des concerts à guichet fermé qui affichent complets. Ce sont désormais des légendes de la musique antillaise.

Au début des années 1970, bien avant que le zouk ne fasse son apparition, bien avant la dance-hall propulsée par Admiral T, KRYS et Saïk ne devienne tendance et bien avant que la Trap ne détrône les musiques locales, plusieurs groupes, La Perfecta, Les Aiglons, Les Vikings, Super combo, Kassav, Akiyo,Expérience 7, Zouk Machine faisaient danser toutes le générations.

Originaires de la Guadeloupe ou de la Martinique, avec leur sonorité de type kadans, ou gwoka, deux styles de musique typiquement caribéen, ils faisaient l'unanimité. Populaires aux Antilles, ils ont su dépassé leur insularité pour atteindre les sommets. Des Antilles à la France en passant par l'Europe, l'Afrique, l'Amérique du Nord et l'Océan Indien, ils ont fait danser des foules entières. Malgré l'avènement du tout numérique, ils sont encore présents et donnent des concerts à guichet fermé qui affichent complets. Ce sont désormais des légendes de la musique antillaise mais surtout de la musique française.

1) Les Vikings de la Guadeloupe :

A la proue de ce "big-band" créole Camille Sopran'n l'un des plus grands virtuoses du saxophones contemporains et Ipomen Leova l'un des plus grands chanteurs de la musique guadeloupéenne et activiste. Il y a cinquante ils s'associent et créent Les Vikings de la Guadeloupe. Comme l'expliquait son fondateur, le nom Les Vikings est un hommage à l'équipe de football locale la "Red-Star" qui à l'époque était surnommé "Red Star Diabla Les Vikings" par Casimir Letang, l’animateur de l’émission La Gazette créole qui donnait les nouvelles sportives tous les samedis après-midi. Le saxophoniste détail l'origine du nom : " D’abord, le père de Fred Aucagos, qui a conçu le groupe, avait envoyé son fils faire des études pour être ingénieur en bâtiment. Et voilà Fred qui lui demande d’acheter un gros livre mais en fait c'était pour acquérir un ampli de sonorisation avec une chambre de réverbération et d’écho ! Quand l’ampli est arrivé, le père a dit à son fils : "C'était donc ce livre que tu voulais, soi-disant ? Un objet qui fait "ah ah ah" quand je dis "ah" ? Hé bien puisque c'est comme ça, il n'y aura plus d'études à Paris.” Ce monsieur était aussi le président du Red Star, l’équipe de football de Pointe-à Pitre qui était surnommée "Red Star Diabla Les Vikings" par Casimir Letang, l’animateur de l’émission La Gazette créole qui donnait les nouvelles sportives tous les samedis après-midi. Parce que quand les joueurs arrivaient, c’était un peu comme le PSG, il y avait de l’ambiance… Du coup, nous nous sommes dits que nous avions aussi l’esprit des Vikings, et que nous pourrions ravager les côtes de la Caraïbe avec notre musique, tout en étant des bâtisseurs. Nous avions le vent en poupe et nous avons été la première formation antillaise à avoir un tel succès en France métropolitaine en 1970."

Ce big-band par lequel sont passés pas moins de 100 musiciens est à l'origine du succès de la musique antillaise à la fin des années 1960. Ce groupe a été aussi à l'origine de cette nouvelle musique au sonorité kadans aujourd'hui nommée : Le zouk. Le groupe se forme à Pointe-à-Pitre au milieu des années 1960, dans une Guadeloupe post-coloniale très pauvre. A l'époque, c'est la valse créole et la biguine qui fait danser les gens dans les bars et les bals de quartier. Inspirés par le rock, le jazz, la musique latine, le funk, le reggae, des musiques en provenance des Etats-Unis, de la France, de la Jamaïque ou d'Haïti, ces jeunes (aujourd'hui grand-père) décident de créer leur propre style pour faire connaître la Guadeloupe. Ils décident de mélanger toutes leurs influences musicales en intégrant le saxophone, les maracas et les solos de guitare électrique. C'est le succès. Les adolescents deviennent de véritables star chez eux mais aussi en France.Influencés par le mouvement des Droits Civiques, ils deviennent les portes-paroles de ces bouts de France en proies aux inégalités sociales et raciales.

Quand le journaliste de RFI, demande quel est leur meilleur souvenir, ils répondent : C’était aux Halles de Paris, là où se trouve le centre Georges-Pompidou aujourd'hui. Nous fîmes une arrivé triomphale. Une démonstration. Le samedi de la Pentecôte, à 21 heures, la salle était déjà remplie, ils ont dû la fermer pour raison de sécurité avec 12 000 personnes à l’intérieur. Le lendemain, on a fait 9 000 personnes au même endroit. Puis on va à Bordeaux, Marseille, Lyon, au Havre : 45 000 personnes dans toute la France pendant un mois. C’était bien avant Bob Marley ! C'est pour ça qu'on peut trouver bizarre que les Vikings ne soient pas devenus un groupe international

Autre souvenir que Camille Sopran'n garde, c'est son duo sur scène avec le talentueux Miles Davis qui déclarera que : Le Zouk est l'avenir de la musique noire.

Depuis 1967, les Vikings de la Guadeloupe ont réalisé pas moins de 20 albums studios, fais des milliers de concerts en Guadeloupe, à la Martinique, en Guyane, à la Réunion et en France. Après 25 ans de silence, en 2016, est apparue Enkor on ti tou (1966-2016), la compilation des Vikings de la Guadeloupe.

2) La Perfecta de la Martinique.

Alors que les Vikings connaissent les joies du succès, à la même période à la Martinique se forme un autre "big-band" créole. La perfecta. A la tête de cette nouvelle formation musicale le pianiste, maestro et arrangeur Daniel Marie-Alphonsine qui quittera son groupe en 1982, Daniel et Emmanuel RAVAUD,les chanteurs: Marcel RAVENET et Maurice MARIE-LOUISE, aux timbales:Georges PALIN, les choeurs: Joe EUGENE et Raphael RIMBAUD. Mais l'histoire de la formation est tumultueuse, comme le groupe lui-même le rappelle sur ses réseaux sociaux : " 1963 : La jeunesse culturelle trinitéenne a construit sa paillotte. Elle organise le carnaval de la ville et les soirées dansantes sont animées notamment par l'orchestre de Raymond Sicot et Pierre Blain. Dany Vignon, André Bodza, et Gaston Richer invitent Alex Cayol à former un orchestre qui puisse animer les soirées de vacances. L'orchestre de la J.C.T prend vite naissance .

Après les grandes vacances de 1965, et malgré un grand succès, les musiciens sont contraints de se séparer.Emmanuel Ravaud décide de raccrocher, Daniel Ravaud est appelé sous les drapeaux, Jo Eugène part pour la métropole, Raphaël Rimbaud est convoité par le groupe Malavoi, Georges Palin et Marcel Ravenet sont sollicités par l'ensemble "Calebasse" et Maurice Marie-Louise poursuit son expérience avec " Los Caribes".En 1966 : L'ensemble Abricot naît des cendres de la Jeunesse Culturelle Trinitéenne. Nous y trouvions. Au chant : Maurice Marie-Louise, Marcel Ravenet. Aux timbales : Georges Palin. Au piano : Alex Cayol. A la trompette : Daniel Ravaud. Autour de cette base J.C.T se greffent d'autres musiciens chevronnés tels, Marcel CHANTELLY, Jean BENETO, Raoul LORDINOT en leur qualité de soufflants et Romuald Pinel-Fereol aux congas. L'ensemble se produit à la paillotte "l'Abricot Palace" puis à la "Bananeraie". Après les vacances de 1969, l'orchestre se disloque à nouveau. Il est remplacé à la Bananeraie par les Ryco-Jazz. En 1970, à l'occasion de son anniversaire La Gauloise de Trintié invite une équipe de basket de Barbade. Afin d'accueillir leurs hôtes, Marie-Louise BANGUIO et Léopold Massenya demandent à Daniel Ravaud de réunir les compétences musicales de quelques trinitéens pour animer des soirées dansantes.Ainsi, pendant les vacances de Pâques, la municipalité met à la disposition du groupe une salle de classe. Le même noyau se retrouve : Alex Cayol au piano, Marcel Ravenet au chant, Georges Palin aux timbales et à la batterie, Paul Petit-frère aux congas, Maurice Marie-Louise nous rejoint au chant, Daniel Ravaud à la trompette. Pour compléter l'orchestre nous invitons quelques anciens membres du groupe "El typico" qui vient de rompre.Ti Gus Nodin à la trompette. Fred Norbert à la guitare. Jean-Paul Albin au chant appelé par Marcel Ravenet. Georges Tayalay à la basse. Marcel Chantelly est venu renforcer l'ensemble quelques mois après. Quelques mois après lors d'une réunion "Joujou" Banguio, Marcel Ravenet, Daniel Ravaud, Maurice Marie-Louise cherchent un nom pour fonder un nouveau groupe musical après avoir passé des heures et des minutes. Nous sommes chez "Joujou", Marcel propose le nom "La Perfecta", est adopté. Le nom de la Perfecta fait l'unanimité au sein du groupe. Joujou en sera la marraine, un groupe venait de naître, c'est la naissance de La Perfecta. "

Le nom de "La Perfecta " serait un hommage à « La Perfecta » d'Eddie Palmieri. Le style du groupe est similaire à celui des Vikings de la Guadeloupe. Du Kompa originaire d'Haïti à la Kadans antillaise, en passant par la Salsa, la Biguine guadeloupéenne, la Mazurka, et le Boléro, la jeune formation est influencée par diverses musiques originaires aussi des Etats-Unis, de la Caraïbe anglophone et de la France. C'est à la fin des années 1970 que "La Perfecta" connaît le succès. D'abord au niveau local, par la suite le groupe se lance à la conquête du public ultramarin en donnant des concerts à la Guadeloupe, en Guyane à La Réunion et en France Hexagonale où la formation martiniquaise jouent dans des salles mais également dans des stades. Malheureusement, l'histoire de La Perfecta a été entachée par des dissensions sont apparues entre les membres, mais aussi les départs successifs des membres historiques, forceront la formation, (le canal historique) a arrêté la musique en 1982.

Après des années de silence, et quelques soubresauts en 1984, 1990 et 1998, l'orchestre est reparti en 2002 avec sa vieille garde de 1970-1978 assorti d'un apport de jeunes musiciens aficionados qui se sont vite adaptés au style du groupe. En 2011, La Perfecta fête ses 40 ans de scène à l'Atrium, à Fort-de-France, sur la base d'un dernier opus reprenant les meilleurs morceaux qui ont forgé cette légende. 2015 marque l'arrivée de Claude Cesaire aux Claviers ainsi qu'à la direction musicale en remplacement de Ronald Tulle. La Perfecta sortira un Album intitulé "45 ans d'harmonie" avec notamment les titres "La vi nou" et "Zanfan la vi". Malgré ce retour fracassant en fin 2015, La Perfecta connait une nouvelle période de turbulences entrainant les départs de Paulo Albin remplacé par Thierry Saint-Honoré, ainsi que les musiciens Tintin Laplume à la Batterie et Vico Charlemagne à la Basse.

En dépit des problèmes entre ses membres, La Perfecta est l'un des seuls si ce n'est le seul groupe antillais de l'époque (années 1970) à pratiquer un chœur harmonique et régulier de trois voix masculines, tour à tour lead vocal, en fonction des titres ou des phases musicales. Ce groupe a également été initiateur dans maints domaines, comme l'introduction du créole dans les textes musicaux, l'un des premiers groupes a utilisé le terme « zouk » à l'instar de « bal » (ex : La Divinité, Baille Chabon, sur le 9e album paru en 1979), a utilisé la langue anglaise sur une création musicale (Getting Out Of The Darkness, sur le 10e album paru en 1979), de la vision marketing autour de la musique, de l'appui musical à l'un de ses membres pour un album solo (1975 et 1977), de la conception d'un « méga concert » en Martinique en 1980 pendant toute une nuit, de l'enregistrement d'album ailleurs qu'aux Antilles (Studios Barclay en 1982).

3) Les Aiglons :