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B.Bird, la jeunesse et le talent.


B.Bird, des initiales, une signature derrière lesquelles se cache un jeune artiste talentueux. Il fait parti de cette nouvelle vague d'artistes qui subliment l'art guadeloupéen. Fier de ses origines, il puise dans ses cultures pour faire de ses oeuvres des valeurs sures de l'art contemporain "made in gwada".

B.Bird, des initiales, une signature derrière lesquelles se cachent un jeune artiste talentueux. Vous n'avez sans doute jamais entendu parler de lui, pourtant plusieurs de ses fresques sont visibles dans différentes communes de la Guadeloupe et même de la Martinique.

Ronald Cyrille, c'est son vrai nom. Il fait parti de cette nouvelle vague d'artistes qui sublime l'art guadeloupéen. Fier de son origine, il puise dans ses cultures pour faire de ses oeuvres des valeurs sures de l'art contemporain "made in gwada" que dis-je " made in West Indies".

Pendant un mois, Ronald Cyrille a séjourné en résidence d'artiste à L'Habitation La Ramée. Durant sa retraite, l'artiste a produit une quarantaine d’œuvres, allant de la peinture à la sculpture, en passant par le dessin.

C'est dans ce cadre idyllique qu'avait lieu, vendredi 23 Mars, le vernissage de l'exposition "Traces d'hier et empreintes d'aujourd'hui" de l'artiste. En présence de personnalités politiques et de grands noms de l'art guadeloupéen, B.Bird présentait sa nouvelle collection de l'année 2018.

TLFWI : Bonsoir Ronald Cyrille, bienvenue sur TheLinkFwi. Premièrement, pour nos lecteurs, qui est Ronald Cyrille, peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ?

Je suis Ronald Cyrille alias B.Bird, jeune plasticien de la Guadeloupe avec l'héritage culturel de la Caraïbe, puisque ma mère est originaire de l'île de la Dominique où j'ai grandis. Du coup je suis ici depuis bientôt 20 ans en France (Guadeloupe). J'ai fais mes études en Martinique où j'ai pu obtenir mon Master 2 en 2012. J'ai également été lauréat d'un prix en Martinique. Arrivé ici en Guadeloupe, j'ai été lauréat d'un prix "Start" qui était organisé par le Conseil Départemental. Depuis, je vis de mon art. Les choses avancent petit à petit. Je réussis à avoir une visibilité. Je participe également à des événements à l'extérieur. Les choses sont en bonne voie.

TLFWI : Comment qualifierais-tu ton art ?

Ronald Cyrille : Généralement on aime ranger les choses dans des tiroirs. Moi, je suis artiste, beaucoup disent plasticien, je suis également street artist, je fais du dessin, comme vous avez pu le voir, je fais aussi de la sculpture, des installations, d'autres techniques comme du découpage. Ce qui m'intéresse c'est de m'exprimer et de dire aussi bien ce qui me mine et ce qui m'anime. Je m'intéresse aussi beaucoup à tout ce qui attrait à la culture, la langue, le créole, les métaphores que la langue comporte, mais aussi les contes, les histoires et légendes des Antilles. Je suis vraiment curieux de toutes formes d'expression. Mon art est une sorte de conscience de qui je suis mais aussi de qui nous sommes.

TLFWI : Peux-tu nous dire, d'où viennent tes inspirations ?

B.Bird : Comme je disais, de mon vécu dans un premier temps. C'est un peu un mythologie personnelle, mais aussi de tout ce qui m'entoure. J'aime bien l'idée du bestiaire caribéen particulièrement. Par exemple, dans mes peintures, il n'y aura pas de girafe, de lion etc, car ces animaux ne font pas partis de mon univers et ce ne sont pas des animaux que l'on trouve dans nos régions. Je préfère utiliser les "mythes" et aussi il y a des questionnements derrière. J'aime bien le chien, car je m'intéresse beaucoup à l'idée du vagabondage et de l'errance. Ce sont des métaphores plastiques et c'est une manière comme on a pu le trouver dans les Fables De La Fontaine. En quelque sorte, c'est une manière de parler de l'Homme, de faire une critique de la société dans laquelle nous vivons. A la différence de la poésie qui utilise les mots, moi j'utilise les couleurs, les lignes, les traits, les dessins, l'espace. Mes œuvres me permettent de m'exprimer, de m'affirmer, de transmettre mes peurs, mes doutes, mes sentiments, mes émotions et mes ambitions.

TLFWI : Qui t'a donné l'envie d'être artiste ?

B.Bird : Dans un premier temps, depuis petit je dessine. J'ai commencé par les Picsou, les Dragon Ball Z. C'était d'abord à partir des dessins animés que je voyais. Puis, je me suis éloigné, afin de pouvoir trouver ma propre écriture plastique, pour donner ma vision du monde. Dire ce qui me minait et m'animait. Il fallait que je prenne une certaine distance avec tout ce que j'avais pu observer et surtout absorber, donc à partir de là j'ai trouvé que c'était une forme qui me convenait pour m'exprimer. Puis, j'ai fais les carrières artistiques au Lycée de Baimbridge avec monsieur Sicard qui a formé beaucoup de plasticiens et qui m'encourageait à poursuivre dans les études d'art. C'est aussi quelque chose qui me plait. Les choses se sont naturellement "esquissées". Après j'ai fais les Beaux-Arts en Martinique, où j'ai obtenu mon Master.

TLFWI : C'est quoi le style B.Bird ?

Ronald Cyrille : Alors, le style B.Bird est très varié, à la fois singulier, mais très riche. On peut y voir beaucoup d' "hybridations " avec des couleurs souvent très vives. C'est à dire des animaux que l'on retrouve chez nous dans la Caraïbe mais qui sont dans une figuration libre puisque ce sont les fruits de mon imaginaire. Je refuse de produire ce qui existe déjà, par exemple : je peins à partir de mes souvenirs et généralement ils sont souvent toujours un peu flous, un peu comme à l'image des rêves. De ce fait, ça me laisse la liberté de faire les choses comme je veux, comme je les vois,les imagine et les interprète, comme si je les vivais. Ainsi, il n'y a pas d'erreur, car dans la manière que je peins, l'erreur est une posture à partir du moment qu'on l'accepte, ce n'est pas une erreur. A partir de là, ça me laisse une liberté de spéculer, de m'engager. C'est un jeu pour moi.

TLFWI : En tant qu'artiste, quelle est ta vision de la Guadeloupe et de la Caraïbe ?

B.Bird : Alors, la vision de la Guadeloupe, est évidemment compliquée. On se veut être un pays, mais en même temps nous n'en sommes pas un, mais j'essaie quand même de la penser comme tel, même si nous sommes insulaires car avec les nouvelles technologies on ne peut pas dire que nous sommes isolés. Il suffit d'un clic pour être à Paris, New York etc. Avec mon héritage culturel de la Dominique, je suis né en Guadeloupe mais j'ai grandis à la Dominique, j'ai aussi une vision, une conscience de la Caraïbe, aussi bien de nos similitudes que nos différences. Il y a souvent des échos avec nos histoires, et ce qui se passe autour de nous. Je parle aussi bien de l'héritage culturel de l'Afrique mais aussi de l'Occident. Exemple, quand j'étudiais, mes références de cours étaient Picasso, Matisse, ce n'étaient pas des caribéens. A partir de là j'ai dû faire mes choix et me positionner. A savoir de quoi je veux parler et comment je vais en parler. Je pense que ça a été déterminant puisque il ne s'agissait plus pour moi de faire comme les autres ou de plaire. Bien souvent on cherche à plaire. C'est une forme de résistance finalement. Une résistance qui cherche à démocratiser un peu les choses et qui nous met en face de nous-mêmes.

TLFWI : Sur quelles expositions as-tu déjà travailler ?

B.Bird : Plus le temps passe et plus les choses avancent. J'ai de plus en plus de références. Je vais parler de mes dernières années. J'ai déjà fais de nombreuses expositions solos. J'ai eu l'honneur d'être inviter par la Fondation Clément en 2015. J'étais l'un des plus jeunes à proposer une expo solo. J'ai pu aussi faire la résidence d'artiste Caribean Linked à Aruba avec onze autres jeunes artistes de la Caraïbe. J'ai pu aussi exposer au Volta Fair New York. J'étais le seul franco-caribéen à y participer en 2016. Barthélémy Toguo, artiste international camerounais est venu ici, il a fait l'acquisition de quatre de mes oeuvres, qu'il a exposé dans une célèbre galerie d'art MARIO MAURONER CONTEMPORARY ART à Vienne en Autriche. J'ai exposé à Mémoire Caraïbes à Paris aux cotés de grandes figures parmi lesquels Hervé Télémaque, artiste haïtien et en tant que jeune artiste, ce fut un honneur. La ville de Bagneux a d'ailleurs fait l'acquisition de plusieurs pièces. Il n'y a pas si longtemps j'étais à Miami pour le Festival du "Tout Monde" en rapport avec Edouard Glissant. En ce moment, je participe à l'exposition consacrée à Edouard Glissant et Gabriel Garcia Marquez au Mémorial Acte. Je vais pas tout énumérer, car je suis de plus en plus demandé. Je crois pas en la chance, je crois simplement que c'est le travail qui fait que les choses se dessinent petit à petit et que l'on s'intéresse à mon art et que les gens veulent de plus en plus collaborer avec moi, parce qu'ils me sentent investit. Je le suis vraiment et de ce fait il y a des propositions et j'accepte quand il y a des intérêts communs. Pour moi, il n'y a pas de petits projets ou de gros projets, tout est une question de contribution et de posture. L'essentiel c'est que l'on puisse avoir un intérêt commun.

TLFWI : Que conseillerais-tu à un jeune artiste qui débute ?

Ronald Cyrille : Premièrement, de ne pas avoir froid aux yeux. D'être audacieux. Ne pas chercher à plaire car bien souvent on se perd en cherchant à plaire à l'autre et après il devient difficile de se retrouver. Deuxièmement, de travailler et de ne pas être trop presser, de se dire qu'à un moment les choses vont se révéler à soi-même et puis on va se révéler aux autres. Troisièmement, d'être dans une recherche perpétuelle, de se questionner, de savoir savoir se remettre en question.Selon moi, il est important de savoir, ce qui nous anime et quel est notre centre d'intérêt. Il s'agit de trouver la forme qui nous convient le mieux pour la partager avec le monde.

Les oeuvres de B.Bird sont à découvrir à l'Habitation La Ramée de Sainte-Rose.

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