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Les oubliés de la génération Windrush.


C'est l'histoire de milliers d'hommes et de femmes originaires de la Caraïbe anglophone. Ils ont fui la misère de leur île pour le Royaume-Uni entre 1948 et 1971 attirés par le miracle économique d'après-guerre. Là-bas, ils ont travaillé, ils ont fondé une famille. Cependant, aujourd'hui, ils sont menacés d'expulsion vers leur pays d'origine. Ils sont la génération oubliée du Windrush.

A travers cet article, c'est bien l'histoire de milliers d'hommes et de femmes originaires de la Caraïbe anglophone. Ils ont fui la misère de leur île natale et ils ont immigré au Royaume-Uni entre 1948 et 1971, attirés par le miracle économique d'après-guerre. En Angleterre, ils ont travaillé, ils ont fondé une famille, ils ont perdu tout contact avec la Jamaïque, le Guyana, la Barbade, Trinidad & Tobago, la Dominique ou Sainte-Lucie...

Cependant, depuis le durcissement des nouvelles lois sur l'immigration voulu par Theresa May, à l'époque ministre de l'intérieur, environ 50 000 hommes et femmes originaires de la Caraïbes anglophone, vivent sous la menace d'une expulsion vers leur pays d'origine. Si ce n'est pas l'expulsion, ils n'ont pas l'accès aux soins médicaux ou, ils perçoivent moins de retraite que leurs collègues britanniques. Pourtant, ils vivent au Royaume-Uni depuis quarante voire cinquante ans. Ce sont les oubliés de la Windrush Generation.

La Generation Windrush :

Windrush Generation pour le Windrush Empire qui était l'un des bateaux qui a transporté des milliers de Caribéens anglophones vers la métropole en pleine reconstruction. Tout a commencé en juin 1948. Le navire Windrush Empire entrait dans le port de Tillbury, au sud-est de l'Angleterre. A son bord, 492 hommes femmes et enfants venus contribuer à l'effort d'après-guerre. Au total se sont 500 000 caribéens qui ont immigré au Royaume-Uni. Citoyens de pays membres du Commonwealth, ils avaient d'office droit à la nationalité britannique.Au débarcadère, les adultes se sont vu remettre des cartes de débarquement - la plupart des enfants voyageait sur les passeports de leurs parents. Pendant cinq décennies, les enfants et petits-enfants de la génération Windrush ont habité, travaillé, cotisé et voté au Royaume-Uni.

( Des passagers de l’«Empire Windrush», venu de Kingston, attendent de débarquer à Tilbury, le 21 juin 1948. Photo Daily Herald Archive. SSPL. Getty)

En 1971, une loi a donné à tous ces émigrés le droit à rester sur le territoire britannique mais sans formaliser leur statut officiel. Ces caribéens qui n'ont connu que le Royaume-Uni, n'avaient jamais fait la démarche pour en posséder un eux-mêmes sans que cela ne leur pose problème jusqu'ici.

Néanmoins en 2010, le Home Office a décidé de détruire les cartes de débarquement de la "génération Windrush" pour protéger les données des immigrés. Ces cartes attestant de la date d'arrivée des immigrés ne les auraient pas aidés à faire valoir leur droit à rester sur le territoire, selon le Home Office.

Deux ans plus tard, Theresa May, alors ministre de l'intérieur, démarre une campagne agressive pour contrôler l'immigration. En créant ce qu'elle appelle un "environnement hostile" aux immigrants, la loi exige des propriétaires de logements, des institutions de santé et des banques de réclamer aux usagers la preuve qu'ils sont bien Britanniques. Chose difficile à faire dans un pays où la carte d'identité n'existe pas et les seules preuves de présence légale sur le territoire de la génération Windrush ont été détruites par l'Etat lui-même.

Aujourd'hui, 50 000 citoyens britanniques, pour certains présents au Royaume-Uni depuis un demi-siècle, se voient contraints de prouver leur nationalité pour accéder aux services publics. Certains ont témoigné dans les colonnes de plusieurs quotidiens britanniques.

Des histoires qui font froid dans le dos :

Le premier témoignage que nous avons recueilli auprès de l'AFP est celui d' Anthony Bryan 60 ans. Il est arrivé il y a plus de 50 ans au Royaume-Uni, avec la vague d'immigration légale venue aider à reconstruire le pays après-guerre. Mais à l'occasion d'une démarche administrative, Anthony Bryan s'est retrouvé face à un cauchemar bureaucratique et la menace d'être expulsé vers la Jamaïque.

"En 2015, mon épouse a fait une demande de passeport pour moi. Elle est rentrée et elle m'a dit ‘tu es en situation irrégulière.. "Je lui ai répondu, qu'est-ce que tu veux dire, en situation irrégulière ? Ce n'est pas possible, je suis ici depuis que j'ai huit ans".

Face à une administration qui lui réclame des preuves de sa vie au Royaume-Uni, ce jeune grand-père, qui lit avec difficulté, ne dispose que de très peu de documents, n'ayant par exemple jamais ouvert de compte en banque. Considéré comme sans papier, il perd son droit à travailler ou à recevoir des prestations sociales. Anthony est même passé par la case prison deux fois pour situation irrégulière.

La première fois, à l'automne 2016, il reste emprisonné trois semaines. Après quoi, il doit se présenter tous les quinze jours devant les autorités. "C'était le pire, sortir pour aller pointer, sans savoir si j'allais pouvoir rentrer", dit-il. En novembre dernier, il est de nouveau placé en détention et risque d'être expulsé vers la Jamaïque dans les deux jours. Au dernier moment, un avocat spécialiste des questions d'immigration parvient à interrompre la procédure et à le faire libérer.

Après une longue et coûteuse bataille administrative, Anthony Bryan obtient finalement en février l'autorisation de rester au Royaume-Uni. Mais rien ne pourra effacer l'épreuve qu'il a dû endurer avec sa famille. "Cela a brisé la confiance que j'avais envers les Britanniques"

Dès qu'il aura son passeport britannique, Anthony Bryan a hâte de se rendre en Jamaïque, où est installée sa mère. Et il réfléchit à réclamer des compensations financières pour les frais engagées dans les procédures, et pour détention arbitraire. "S'il n'avait pas eu de famille ou d'amis, il serait dans la rue aujourd'hui", résume son épouse, Janet McKay-Williams.

Le deuxième témoignage réalisé par nos confrères du Guardian, est celui d'Albert Thompson 63 ans arrivé au Royaume-Uni quand il était adolescent. Il n'aurait jamais pensé qu'un jour on lui priverait de ses droits en tant que citoyen britannique.

Alors qu'il se présentait à l’hôpital pour sa première séance de radiothérapie pour traiter un cancer de la prostate. La séance n’a pas eu lieu ce jour-là, il n'aurait pas les papiers lui permettant d'accéder aux soins médicaux. Cinq mois plus tard, il n’a toujours pas commencé son traitement. L’hôpital lui réclame 44 000 livres (51 000 euros) pour payer le traitement, parce qu’il ne peut prouver qu’il est britannique. Albert Thompson qui vit au Royaume-Uni depuis quarante-cinq ans, n’a pas cet argent. Au micro de nos consœur Amelia Gentleman, Albert exprimait sa colère : " Je suis très en colère contre le gouvernement ! Je suis ici légalement, j'ai fais ma vie ici, aujourd'hui on me demande de prouver que je suis britannique. Sans accès aux soins médicaux, je risque de mourir !! "

Le troisième cas est celuis de Sara O'Connor 57 ans qui a quitté sa Jamaïque natale il y a 51 ans. Sarah avait tout d'une britannique normale. Elle est allée à l'école, elle est allée au lycée, elle a obtenu des diplômes. Elle a passé son permis de conduire. Elle a été mariée 17 ans à un britannique, ensemble ils ont eu des enfants britanniques. Sauf que, l'été dernier, Sarah perd son travail dans un magasin de matériels informatiques et bureautiques. C'est alors que l'agence pour l'emploi refuse de lui verser les allocations chômage sous prétexte qu'elle n'est pas citoyenne britannique. Quand elle demande du travail, les employeurs ne l'embauchent pas car, elle n'a pas de passeport britannique.

Incapable de trouver du travail et sans allocations chômage, elle a dû vendre sa voiture...Après la publication de l'histoire le mois dernier, le Home Office a promis de renoncer aux frais habituellement facturés pour une demande de carte biométrique.

Le témoignage de Renford McIntyre est tout aussi poignant. A 64 ans, Renford est sans abris, il dort sur un vieux canapé dans la zone industrielle de Dudley. Renford vit au Royaume-Uni depuis cinquante et un ans. Il avait 14 ans quand il a quitté la Jamaïque pour rejoindre sa mère qui travaillait comme infirmière sur Londres. Il a travaillé et payé des impôts en Angleterre pendant 48 ans, en tant que chauffeur-livreur, mais en 2014, une demande de documents mis à jour par ses employeurs a révélé qu'il n'avait pas de documents prouvant qu'il avait le droit d'être au Royaume-Uni. Il a été licencié. Dès lors ça a été la descente aux enfers pour lui. Il a perdu le logement qu'il occupait depuis des années parce qu'il n'avait pas les documents nécessaires. Il n'a plus eu droit aux prestations sociales. Entre lui et l'administration s'est engagé un véritable bras de fer. Renford a réuni des documents attestant de 35 années de cotisations d'assurance nationale, mais le Home Office a renvoyé la demande demandant des informations supplémentaires. En attendant, il continue de dormir dehors.

A 66 ans, Michael Braithwaite ne pensait pas vivre une situation si difficile dans le pays où il vit depuis 56 ans. Il a quitté la Barbade avec ses deux parents quand il avait neuf ans. Il a passé toute sa vie au Royaume-Uni. Il a été à l'école, il a obtenu des diplômes, il occupait un poste d'assistant d'éducation spécialisé dans une école primaire. Tout se passait bien quand, l'année dernière, quand une vérification de routine de ses papiers par son employeur a révélé qu'il n'avait pas de document d'identité à jour. On lui a demandé de soumettre une preuve documentaire qu'il avait le droit de vivre au Royaume-Uni. Il n'avait jamais demandé de passeport et était incapable de prouver qu'il était là depuis cinquante six ans. Il a été licencié. Peu après la publication de son témoignage, le Bureau d'Immigration (Home Office) a envoyé un courriel à son avocat pour lui dire qu'on lui avait accordé une carte biométrique.

Le cas très médiatisé de Paulette Wilson a ému les britanniques. A 61 ans Paulette est passée par la case prison pour situation illégale.Elle a quitté sa Jamaïque natale quand elle avait 10 ans pour rejoindre son grand-père et sa grand-mère qui travaillaient comme ouvrier et aide soignante. Au Royaume-Uni elle a eu une fille et elle est grand-mère d'une petite fille née elle aussi à Londres. Durant 35 ans, elle travaillée comme cuisinière au restaurant de la Chambre des Communes( équivalent de l'Assemblée Nationale), servant des repas aux députés et au personnel de sécurité parlementaire. Plus récemment, elle a fait du bénévolat à son église locale, faisant des repas hebdomadaires pour les sans-abri.

En 2015, elle reçoit une lettre lui informant qu'elle séjournait illégalement sur le territoire britannique. Toutes les aides qu'elle bénéficiait ont été coupées. Paulette est même devenue SDF. Avec l'aide de son assistant social, elle a rassemblé des documents prouvant qu'elle est dans le pays depuis 50 ans. Parmi ces papiers, une demande de placement à la Maison de l'enfance, faite par ses grands-parents qui avaient du mal à s'occuper d'elle durant son adolescence. Ce document prouve que Paulette réside au Royaume-Uni depuis toutes ces années.

Cependant rien n'y fait, en Octobre 2017, la jeune grand-mère, est arrêtée et envoyée au Centre de Rétention de l'aéroport de Heathrow pour situation illégale. Elle est menacée de renvoie vers la Jamaïque où, elle n'a plus de famille... Depuis la publication de son témoignage dans le Guardian, sa situation a évolué. En effet, le Bureau de l'Immigration lui a accordé un passeport biométrique et désormais elle peut séjourner au Royaume-Uni légalement, mais elle devra présenter une nouvelle demande en 2024 et s'inquiète déjà du processus. Evidemment, elle n'a eu aucune excuse du Bureau D'Immigration (Home Office).

Des Excuses de la part de Theresa May :

La semaine dernière, étaient réunis à Londres, les chefs de gouvernement des 53 pays membres du Commonwealth. Les ministres de ces territoires britanniques, ont été reçus lors d'un dîner donné à Buckingham Palace par la reine Elisabeth II qui est à la tête de l'organisation. Avant la réunion, la première ministre May s'est entretenue avec douze dirigeants des Antilles Britanniques, où elle a été contrainte de s'excuser face au tollé soulevé par les menaces d'expulsion pesant sur les immigrés caribéens," Je veux m'excuser auprès de vous aujourd'hui. Nous sommes vraiment désolés de la moindre anxiété causée " aurait déclaré la première ministre. Elle a aussi annoncé que ceux de la génération WIndrush ne seraient plus expulsés.

De son côté, la ministre de l’Intérieur, Amber Rudd, a présenté ses excuses pour «l’inquiétude provoquée qui n’a pas lieu d’être… Les enfants dits de la "génération Windrush ont le droit légal d’être ici» et annoncé la création d’une équipe uniquement consacrée à la régularisation, de ces cas, gratuitement.En revanche, elle a reconnu que ses services au Home Office étaient dans l’incapacité de dire si certains membres de la «génération Windrush»ont déjà été expulsés.

source : The Guardian

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