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Zoos Humains, la nouvelle exposition au Mémorial Acte


Alors que les puissances coloniales abolissaient l'esclavage dans les vieilles colonies d'Amérique, ailleurs dans le monde se développait la colonisation reposant sur des préjugés racistes. Les habitants de ces nouvelles possessions territoriales étaient considérés comme des sous-hommes. Afin montrer leur grandeur, ces puissances organisaient des Expositions coloniales durant lesquels des êtes humains étaient exhibés à la vue de tous. Ainsi de 1810 à 1940 près de 30 000 hommes, femmes et enfants ont été exposés comme des sauvages dans des Zoos Humains. Zoos humains c'est la nouvelle exposition du Mémorial Acte.

Pour les antillais, la colonisation est principalement liée à l'esclavage. Durant près de quatre siècles des êtres humains ont été emmenés de force, arrachés à leur Afrique natale pour travailler jusqu'à épuisement dans les champs de coton, de canne à sucre, de café ou d'indigo. Propriété de leur maître, ils n'avaient aucun droit. Ce système a perduré jusqu'en 1848 pour les colonies françaises, 1865 pour les Etats-Unis, 1886 à Cuba, 1888 pour le Brésil etc.

Loin de finir avec la tragédie humaine, les puissances européennes se lancèrent dans la conquête de nouvelles terres. De la Conquête de l'Ouest aux Etats-Unis et au Canada en passant par l'expansion coloniale en Asie et dans le Pacifique, sans oublier l'Afrique, terre de toutes les convoitises et rivalités. L'heure est à la colonisation.

Afin montrer leur grandeur, ces puissances organisaient des Expositions coloniales durant lesquels des êtes humains étaient exhibés à la vue de tous. Ainsi de 1810 à 1940 près de 30 000 hommes, femmes et enfants ont été exposés comme des sauvages dans des Zoo Humains. De Hambourg à Berlin, de Berlin à Paris en passant par Londres, Barcelone, Madrid, Genève, New York, Budapest, Milan etc, toutes les capitales européennes en plein essor économique ont abrité des zoos humains. Par exemple, l'une des plus grandes expositions coloniales a été organisée à Paris en 1889 à l'occasion du centième anniversaire de la Révolution Française. Outre la tour Eiffel, flambant neuve, l’attraction principale offerte aux 28 millions de visiteurs de l' Exposition universelle est le « village nègre » et ses 400 Africains, exhibés sur l’esplanade des Invalides, au milieu des pavillons ­coloniaux.

Qu'ils soient sénégalais, indochinois, nord-africains, lapons, indiens, nubiens, caribéens, amérindiens, kanaks et autres peuples dits exotiques, ils sont présentés dans un environ­nement évoquant leurs contrées, souvent dans des costumes de pacotille et aux côtés de bêtes sauvages. Conscients ou non, ils sont devenus les acteurs des fantasmes de l'Occident parmi lesquels, le mythe du bon sauvage avec l'idéalisation de l'homme à l'état de nature.

Le succès de ces exhibitions ethnographiques dans les jardins zoologiques se trouve à la conjonction de plusieurs phénomènes. D'abord, le public est avide de spectacle, de nouveauté, et de savoir. Le fait de venir dans ces jardins d'acclimatation contempler la différence, c'est faire preuve d'éducation. Le paradoxe dans la démarche anthropologique, c'est que, en voulant instituer une hiérarchie des races, dans la tête des anthropologues et notamment du public, le fait de voir des " races" différentes derrière des barreaux, suffisait pour expliquer le sens de la hiérarchie. Animés par la curiosité, attirés par la différence, le public se déplaçait en nombre, on comptera près d'un milliard d'entrées, c'est dire le succès de ces expositions.

Le lien avec la colonisation :

La fin du 19e et début XXe siècle, c’est l’époque où se construisent, en Europe, les identités nationales, jusque-là assez floues, et ce sur le mythe de la modernité. Toutes les différences doivent être gommées au profit de la citoyenneté. « Dans les expositions françaises, il y aura donc aussi des villages bretons et savoyards, régions que l’on juge urgen­tes à moderniser, tout comme l’Afrique ou n’importe quelle colonie de l’époque ! » selon Gilles Boëtsch dans CNRS Le Journal.

Il y a donc un lien entre les zoos humains et la colonisation. « Si les États choisissent d’intégrer ces exhibitions dans leurs grandes expositions, financent le voyage de milliers d’hommes et de femmes et délivrent des autorisations, ce n’est pas un hasard. Cela sert la politique qui vise à convaincre que la colonisation, dont l’entreprise explose dans les années 1860-1880, est légitime. » selon Pascal Blanchard lors du Vernissage au Mémorial Acte.

En somme, si l’on propage l’idée que le sauvage existe, la population sera toute disposée à soutenir la course aux Empi­res coloniaux.

L'exposition Zoos Humains au Mémorial Acte :

L'exposition Zoos Humains actuellement visible au Mémorial Acte est le fruit de douze ans de recherche et de collaboration entre l'historien, documentariste Pascal Blanchard qui est en autre spécialiste de l'Empire colonial français et de l'ancien footballeur international, Lilian Thuram connu pour sa lutte contre le racisme à travers sa Fondation Lilian Thuram-Éducation. De par cette exposition, leur objectif est de montrer au public des images de zoos humains afin qu'elles ne tombent dans l'oubli. Visible jusqu'en décembre, au Mémorial ACTe, elle raconte cette histoire.

Les zoos humains et les expositions coloniales ont contribué à fabriquer une forme de racisme. L'autre objectif de cette exposition est de montrer comment ce stéréotype a été mis en oeuvre, a fonctionné et a pu toucher tout l'espace public mais aussi, expliquer comment la science a inventé ce concept de race et l'a imposé dans les imaginaires collectifs. Passant d'un racisme scientifique à un racisme populaire généralisé.

( Pascal Blanchar répond à nos questions )

( Lilian Thuram répond à nos questions )

Le Vernissage de l'Exposition en photos :

Jeudi 28 Juin, a eu lieu le vernissage de l'exposition au Mémorial Acte, en présence de représentants de la Région Guadeloupe, du Mémorial Acte, de Lilian Thuram et de Blanchard. Un Vernissage qui a précédé la projection du documentaire « SAUVAGES. AU CŒUR DES ZOOS HUMAINS » suivi d'un débat avec Thierry L’Etang, directeur scientifique et culturel du Mémorial ACTe, l’historien Jean Moomou et Pascal Blanchard le 29 Juin.

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