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Fola Gadet : Le choix de la plume


Docteur en Langues et Littérature Étrangère, titulaire d’un DEA ( Diplôme d’Etudes Approfondies) en Sociétés de la Caraïbe et de l’Amérique du Nord et Latine, mention anglophone; Maître de Conférence à l’Université des Antilles, mais aussi conférencier spécialiste de la culture hip-hop, rappeur, écrivain et intervenant au Centre Pénitentiaire de Ducos en Martinique, Steve Gadet plus connu sous le pseudonyme FOLA se confie sur The Link Fwi et revient sur son parcours.

Bien souvent, dès que l'on parle des Antilles-Françaises, on pense aux faits divers qui font les choux gras de la Presse. Sur The Link Fwi, nous aimons mettre en avant des personnalités inspirantes pour notre jeunesse. Aujourd'hui, nous vous proposons en interview, Steve Gadet, connu également sous son nom de MC, FOLA. Docteur en Langues et Littérature Etrangère, titulaire d’un DEA ( Diplôme d’Etudes Approfondies) en Sociétés de la Caraïbe et de l’Amérique du Nord et Latine, mention anglophone; Maître de Conférence à l’Université des Antilles, mais aussi conférencier spécialiste de la culture hip-hop, rappeur, écrivain et intervenant au Centre Pénitentiaire de Ducos en Martinique. Il se confie et revient sur son parcours.

The Link Fwi : Bonjour Fola. Peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs ?

Fola : Je m’appelle Steve Gadet, je suis guadeloupéen marié depuis douze ans et père de trois enfants. Mon boulot, pour faire simple, je suis enseignant-chercheur à l’Université des Antilles sur le Campus de Schoelcher. J’ai une passion que je ne cache pas, c’est le rap qui recouvre encore une autre passion, l’écriture. J’essaie aussi de m’éduquer au niveau politique, je me considère comme un militant politique dont l’engagement prend plusieurs formes, on va dire ça. Si je peux rajouter, le militant que je suis également, est avant tout un militant chrétien. C’est d’ailleurs l’une des bases de mon engagement dans la société. En résumé, je suis donc rappeur, écrivain, militant politique et chrétien. Je pense que c’est tout ( rires)

TLFWI : Quel ton parcours scolaire et professionnel ?

Mon parcours commence tout d’abord en Guadeloupe où j'ai fait une Terminale à dominante Sciences Economiques et Sociales avec option anglais renforcé. Par la suite, je me suis orienté vers des études d’anglais au Campus de Schoelcher en Martinique. Je suis allé jusqu’au Master, donc Bac + 5. Par la suite, je suis parti en Jamaïque où j’ai travaillé pendant un an en tant qu’enseignant à l’Université de la Jamaïque. Après cette année au pays de Bob Marley, je suis revenu au Pays ( Guadeloupe NDRL) où j’ai commencé à travailler tout en faisant mon Doctorat en même temps. Pendant mes études, j’étais “ pion”, donc assistant d’éducation pendant 3-4 ans. Vers 2002-2003, j’ai travaillé dans une entreprise de crédit tout en poursuivant mon Doctorat. C’est à partir de 2008 que j’ai débuté dans l'enseignement à l’Université des Antilles même si ce n’était que temporaire, mais bon, vu que c’était mon choix de carrière, j’ai accepté. Du coup j’ai fais ça pendant 2-3 ans ensuite ça été une phase de chômage. Par la suite, j’ai été sélectionné pour un entretien à l’Université des Antilles, où j’ai décroché un poste de Maître de Conférence en Histoire des Etats-Unis. Comme tout le monde j’ai connu des moments difficiles, avec le chômage, les agences d’intérims, ça été formateur et honnêtement, je ne regrette rien.

TLFWI : Tu es enseignant chercheur spécialiste de l’Histoire Américaine, à l’Université des Antilles on sait également que tu es conférencier, intervenant à la prison de Ducos, et surtout un rappeur. Où puises tu cette force pour mener à bien tes projets ?

Où est-ce que je puise ma force ? On va dire que je suis quelqu’un de bien organisé. J’essaie d’organiser mon temps. Certes, j’ai un métier qui est rigoureux mais, il me laisse la liberté si je suis discipliné. Une fois que mes engagements professionnels sont faits, je peux m’investir dans les questions qui me tiennent à coeur dans la société. J'interviens régulièrement au Centre Pénitentiaire de Ducos , avant j’étais là chaque semaine mais bon, j’ai diminué, pour toujours rester en équilibre. Du coup, je suis à Ducos une semaine sur deux. Quant à la musique, pour moi, c’est une “ respiration”, car ça m’aide beaucoup. Par contre, tous ces projets, je ne les mène pas tous en même temps. Par exemple, j’écris pas des livres en même temps que je produis un album ou en même temps que je fais cours. C’est une véritable organisation. Après les gens se demandent comment il fait etc, mais c’est un travail de longue haleine.

TLFWI : Niveau musical, depuis combien de temps rappes tu ? Quel a été ton parcours musical ? Et quels ont été tes projets ? Fola Gadet en musique ça donne quoi ?

J’ai commencé à rapper en 1998. J'ai attrapé le virus qui depuis, ne m’a jamais lâché. En fait, j’ai participé à de nombreux projets, que ce soit des singles, des feats, des compilations. La liste est longue. A l’époque j’étais membre d’un groupe qui s’appelait REDZONE, ensuite j’ai fait parti d’un autre groupe nommé NEG A RAS avec des amis. Puis, j’ai encore été dans un autre groupe " le Sixième Sens." J’ai arrêté de rapper pendant un an. Mais le rap fait parti de moi, du coup, je suis revenu avec des projets solos. Par la suite, j’ai monté un nouveau groupe “ Benaja” avec mon frère de coeur, Williams Café. Ensemble, nous avons écumé beaucoup de scènes, enregistré beaucoup de projets. sorti des mixtapes, plusieurs albums, la liste est longue, du coup, je vais parler, de la plus récente. C’est une très belle mixtape, qui se nomme “ A la notre”, elle est disponible sur internet, en cherchant sur Google : “ A la notre : Fola" vous trouverez.

Niveau musique, j’aime tout ce qui groove, j’aime le gros Rap ( rires), j’aime la Trap Music aussi, je suis à l’aise sur le Dance Hall. J’aime les sons d’ambiance. J’aime beaucoup la scène. Quand je vais en studio pour enregistrer, je pense à tout ça et c'est ce qui me motive. On dira aussi que je suis un rappeur qui allie spiritualité, politique et intimité. Il peut arriver que je parle de mes expériences personnelles, de ma vie. Je peux également aborder des sujets de société, et parler de ma foi. Voilà, c’est ça le style FOLA.

TLFWI : On sait également que tu es intervenant à la prison de Ducos ( en Martinique) ? Parle nous de cette mission ?

Ce que je fais à Ducos ( la prison NDRL) premièrement de la musique, je vais là-bas pour rapper avec d’autres artistes, puisque la musique c’est un moyen de s’évader légalement ( rires) Deuxièmement, je suis convaincu, que pour les personnes détenues, il doit y avoir un contact avec l’extérieur. Il s’agit d’un contact de bienveillance, un contact humain, un contact qui va favoriser la réinsertion de ces personnes. De plus, j’anime des ateliers d’écriture où j’apprends aux mineurs incarcérés à identifier le potentiel qu'ils ont en eux Je les encourage à écrire car, l’écriture permet l’introspection. Il faut savoir, qu'un détenu qui fait de l’introspection, ne reste pas le même. Je mets aussi un poing d’honneur à connecter ces jeunes aux livres. Je les encourage donc à lire, des histoires qui les touchent. Généralement ce sont des histoires écrites par d’anciens détenus etc. Selon moi, les livres changent ces jeunes. Avec cet engagement, j’essaie d’être un chrétien, c'est-à-dire, quelqu’un qui aime l’Homme peu importe son passé, ses actions, son origine sociale...

TLFWI : Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de t’investir dans cette jeunesse que beaucoup rejettent ?

Ce qui m’a donné l’envie de travailler avec ces jeunes, c’est l’un de mes modèles. Un philosophe noir, chrétien, originaire des États-Unis. Il travaille pour une grosse une Université américaine et pourtant chaque semaine, il va donner des cours en prison. J’ai donc voulu faire comme lui. Pour dire vrai, ce monde-là, m’a toujours intrigué. Je me suis donc documenté dessus, j’ai lu des livres de militants qui ont été incarcérés...

TLFWI : Le contact avec les jeunes détenus est-il difficile ?

En ce qui concerne le contact, je dirai qu'il est moins difficile qu’on le pense. Pas forcément toujours facile, car il ne faut pas arriver avec une posture de jugement parce qu’ils ont des personnalités différentes, ce sont aussi des êtres humains, nous sommes des êtres humains. J’essaie d’être bienveillant, respectueux, en me présentant comme un grand frère qui ne les juge pas mais qui essaie de les encourager.

TLFWI : Tu es aussi écrivain, premièrement qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire ? d’Où vient cette passion ? Tu es l’auteur de combien de livres et quels sont tes thèmes de prédilection ?

En ce qui me concerne, j’ai écrit une vingtaine de livres, avec de la fiction, fortement inspirée par ce qui se passe chez nous dans la Caraïbe, dans la société, dans le monde des églises protestantes. J’écris beaucoup sur des questions de société, de politique, c'est un thème qui me passionne énormément. J’écris sur les relations entre les hommes et les femmes, les relations entre les pères et les enfants aux Antilles. J’ai même écrit sur l’écriture avec mon livre “ Un jour, j’écrivais. “ adressé aux gens qui ont l'envie d’écrire. Je me cantonne pas à un genre particulier.

Selon moi, l’écriture a commencé par le rap, ensuite avec les lettres que j’envoyais à des amis, ou à des copines puis, est venu le rap. Quand j’ai été capable de faire sortir toutes ces choses qui étaient en moi, voir la réaction des gens, ça a été addictif. J’exagère un peu quand je dis ça mais, ce fut le cas. Ensuite, j’ai commencé à écrire pour mes études, tu avec les dossiers à rendre, les mémoires etc. Après, j’ai écrit juste pour moi, des histoires courtes etc. Plus que j’écrivais, plus que je prenais de l’assurance. J’ai donc voulu explorer d’autres champs, d’autres questions et jusqu’à présent je n’ai jamais arrêté. Pour moi, ce qui a nourri cette passion c’est la lecture. Mon père m’a toujours encouragé à lire. Je crois que quelqu’un qui lit, c’est quelqu’un qui peut facilement basculer dans l’écriture.

TLFWI : Où peut-on trouver tes livres ?

Alors, on peut les trouver sur un site Klassikvib.com dessus on trouve des livres de ma maison d’édition que j’ai créé, Café Noir éditions. Pour les gens qui sont aux Antilles, ils peuvent les acheter dans les librairies. Certains d’entre eux sont en vente sur Amazon parce que j’ai publié avec différentes maisons d’éditions. De toutes les façons en cherchant Steve Gadet, ils trouveront. J’ai aussi écrit cinq livres pour un éditeur guadeloupéen, les " Éditions Nestor"

TLFWI : Nous vivons des temps difficiles avec la crise économique que traversent les Antilles et l’Outremer, la démographie qui baisse, la jeunesse sans repère, si tu pouvais donner un conseil à cette jeunesse guadeloupéenne ou ultramarine, quel serait-il ?

Mon conseil pour cette jeunesse guadeloupéenne et Ultramarine. Je suppose que l'on parle de la diaspora, les étudiants . Premièrement, demandez-vous quelle part de progrès vous voulez apporter pour nos Pays. Je crois que les trois prochaines années seront des années charnières. Ce sont des années qui vont transformer le pays. Il y a une énergie. Il y a quelque chose qui se met en place. Pour ceux qui sont hors du pays, “ gardez les yeux sur le pays, pas seulement faire des commentaires sur Facebook, les réseaux sociaux. Demandez-vous ce que vous pouvez apporter pour le pays pour qu’il avance. Le challenge serait que nous maîtrisons ce que j’appelle “ notre cuisine économique”. On le voit, le système départemental s'essouffle et il ne nous permet pas de véritablement maîtriser notre économie, nos problèmes sociaux etc, donc “ Apportez votre pierre à l’édifice” que vous soyez en France, au Canada, aux USA." Qu’ils veuillent rentrer ou pas, il faut qu’ils sachent que le pays les aime, qu’il a besoin d’eux car, tout est à faire. J’espère vraiment que l’on pourra compter sur eux.

Interview de Fola en audio :


FOLA en quelques clips :

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