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La Réunion, l'île intense sous tension.


Voitures incendiées, centre commerciaux pillés, écoles fermées, vols perturbés, depuis cinq jours l’île de la Réunion, d’habituel si calme connaît des troubles sans précédent. A la manifestation des Gilets jaune a succédé des émeutes populaires, symboles de cette colère longtemps cachée.

Généralement quand on pense à la Réunion, on pense à la douceur de vivre sous les tropiques. On pense également aux paysages luxuriants, au Volcan et aux Cirques qui ont fait le succès de cette destination de l’Océan Indien. Breff, on pense à tous ces clichés doudouistes évidemment loin de la réalité.

Depuis cinq jours, l’île intense est secouée par des émeutes populaires, symbole de cette colère longtemps cachée. Tout a commencé, samedi. A l’instar des français de l’Hexagone, sur l’île de la Réunion, des citoyens se sont regroupés pour dire non à la mise en place de taxes sur les carburants qui aura des conséquences sur le coût de la vie.

Il faut dire que l’île française de l’Océan Indien, située à près de 10 000 km de la France Hexagonale, la vie est chère pour les 843 617 habitants. Avec 29% de la population active au chômage dont 60% de chômage chez les jeunes et 42% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. A cela s’ajoute, l’arrivée massives de fonctionnaires hexagonaux ( blancs) qui bénéficient de prime de vie chère, vestige du passé colonial, où à l’époque, dans les années 1950, pour encourager l’installation d’hexagonaux dans les territoires d’Outre-mer, l’Etat a mis en place, un bonus sur le salaire de tous les fonctionnaires ( à l’époque, la prime de vie chère était réservée uniquement aux blancs). Cette surrémunération à la réunionnaise, est composée de deux éléments : une prime de vie chère et, ( à la différence des Antilles), une indexation créée à l’époque pour assurer la parité entre le France CFA et le France français. Conséquence, soixante ans après, les inégalités salariales et sociales se sont creusées et faire des courses pour le réunionnais de base devient difficile.

Autant dire que, la Réunion est un véritable charbon ardent et il a suffit d’une étincelle pour que tout s’embrase et de mémoire de réunionnais une manifestation d'une telle ampleur est historique.

Bien que plusieurs émeutes aient déjà secoué l’île, comme ce fut le cas en 1991 avec les émeutes de Freedom, lorsque le CSA décida de suspendre Télé Freedom qui émettait illégalement sur l’île depuis 5 ans. Pendant plusieurs semaines, c’est le chaos dans les rues, mais au delà de cette suppression, c’est bien la colère des réunionnais qui s’exprimait. En 2003, avec la réforme des retraites sous le gouvernement Raffarin, les agents du services public bloquent la Route du Littoral, axe principal de l’île. Durant plusieurs jours, la Réunion est paralysée, des émeutes éclatent aux quatre coins de l’île, toutes réprimées par la matraque et les lacrymogènes.

Les gilets jaunes, expression de la colère populaire :

Alors, quand les manifestations et les blocages pacifiques des routes ont commencé samedi, il fallait s’attendre à ce que la colère et la frustration du réunionnais s’expriment. Routes barrées, véhicules incendiés, biens publics cassés, grandes surfaces pillées, bâtiments officiels attaqués, les mouvements citoyens se sont laissés rapidement déborder par les émeutiers, généralement des jeunes, en manque de repère, déscolarisés, au chômage pour la grande majorité. En réponse aux gaz lacrymogènes, des jets de pierre. Débordé par le préfet a demandé des renforts de gendarmes mobiles venus de Mayotte. Pour contenir, les émeutes, le représentant de l’Etat a également ordonné un couvre feu sur 14 communes de l’île jusqu’à vendredi. Malgré toutes ces mesures sécuritaires, les affrontements se sont poursuivis cette nuit entre bandes de casseurs et policiers. Le bilan côté police fait état de neuf blessés dont un, qui pourrait perdre sa main. De source sûre, il s'agirait du commandant du GIPN, en poste depuis deux ans à la Réunion. La grenade de désencerclement a explosé accidentellement dans un véhicule de police.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin a dénoncé une "situation intolérable" sur l'île de La Réunion, avec des "violences urbaines[...] Ces violences sont le fait de bandes de jeunes gens qui n’ont rien à voir avec les gilets jaunes [...] Il y aura une réponse ferme de l’Etat”

Plusieurs propositions politiques :

Didier Robert qui affirme avoir reçu le feu vert de l’Etat par la voix de la ministre des OutremerFace à la colère populaire, plusieurs élus sont montés au créneau, c’est le cas du Président de la Région, , pour un gel de la taxe des carburants pour les réunionnais. La prochaine Assemblée plénière validera ce nouveau dispositif qui permettra de bloquer l’augmentation de la taxe carburant pour tous les automobilistes Réunionnais en 2019, en 2020 et en 2021.

"Le combat des Gilets Jaunes est un combat légitime que je soutiens pleinement. Je me suis clairement exprimé sur le sujet. J’entends, je le redis de manière claire et sans ambiguïté les revendications liées aux questions du pouvoir d’achat des familles réunionnaises, à l’activité des entreprises. Je connais les difficultés qui frappent La Réunion, et je travaille et participe, avec les acteurs de terrain depuis 2010, à apporter des solutions pour l’économie d’une part et pour plus d’égalité des chances d’autre part. Jamais la Région n’aura été aussi présente auprès des Réunionnais que depuis 2010. Je continuerai avec détermination à porter la voix de chacun d’entre eux auprès des Gouvernements [...] Nous devons avancer ensemble, travailler ensemble dans un esprit d’unité et de responsabilité pour obtenir du Gouvernement des mesures nouvelles suffisamment fortes pour répondre à la hauteur de la désespérance de beaucoup de familles. J’ai ces dernières semaines, davantage encore depuis le 17 novembre dernier, écouté et entendu les principales alertes, les principaux appels de tous ceux qui, de parfaite bonne foi, aspirent à plus de justice et d’équité [...] Je veux aussi mettre en garde contre le risque d’instrumentalisation et de manipulation par certains des souffrances et de la détresse des plus fragiles [...] l’impact de ces violences sur l’économie locale et l’emploi, sur le risque d’aboutir à une augmentation du chômage technique pour des centaines de salariés, sur le risque enfin de fragiliser l’image du vivre ensemble et de cohésion de notre île."

Nadia Ramassamy, députée LR s’exprimait sur la question, au micro de nos confrères du Figaro;

“ La situation est plus dégradée à La Réunion qu'en métropole parce que le taux de chômage y est bien plus important -autour de 30% - et le taux de pauvreté est de l'ordre de 42%. L'essence qui augmente, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase [...] il n'y a pas d'emplois, les contrats aidés comptent énormément à La Réunion. Or, le gouvernement a préféré s'en détourner pour opter pour des formations. Lesquelles ne débouchent jamais sur l'emploi, du fait de la situation économique difficile. En plus de ce qui pénalise déjà tous les Français -taxes sur l'essence, CSG qui augmente- les Outre-mer voient certaines compensations remises en cause. Comme l'abattement fiscal de 30% sur l'impôt sur le revenu dont le plafond a été rogné, la suppression de la TVA non-perçue récupérable, ou encore la taxation du rhum qui a été augmentée. Comme on l'a vu avec le Document de politique transversale, La Réunion va perdre 500 millions d'euros de crédit de paiement alors que nous sommes parmi les territoires les plus pauvres de France. Ajoutez à cela les taxes sur l'essence, c'est grave, les gens sont pris à la gorge[...] Les Réunionnais qui ont voté pour Emmanuel Macron pensaient qu'il prendrait des mesures de bon sens. Et finalement, ils ont subi une succession de mauvaises décisions qui aggravent les choses. “

Malgré les promesses politiques, notamment celle du Président de Région, les réunionnais ne décolèrent pas. Au delà de la manifestation contre l'augmentation des prix du carburant, c'est bien un ras le bol général qui s'exprime.

A l’heure où nous publions cet article, les gilets jaunes sont une nouvelle fois mobilisés et des barrages sont de nouveau érigés sur les principaux axes routiers de l’île. Tous les établissements scolaires sont fermés, les stations services également car, hier, la rencontre avec une délégation de représentants de gilets jaune qui devait avoir lieu à la préfecture a vite été écourtée. L'absence du préfet a en effet fait capoter le rendez-vous. Alors qu'un espoir d'avancement était né au quatrième jour de blocage de la Réunion, aucune condition n'est aujourd'hui réunie pour que des négociations se tiennent. La désorganisation du mouvement des gilets jaunes, pour qui chaque décision est un casse-tête, due à l'absence de référent officiel a une fois de plus compliqué la donne.

Image source : IPR ( Imaz Press Réunion )

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