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Pierre Sainton : Un homme de tous les combats.


Pierre Sainton, membre fondateur du GONG n'est plus. Celui qui fut de tous les combats pour la décolonisation de son île, la Guadeloupe, a donc tiré sa révérence et avec lui, l'histoire révolutionnaire de l'archipel.

La nouvelle génération de guadeloupéens (nes) n'a sans doute jamais entendu parler du Dr Pierre Sainton. Pourtant, depuis Dimanche, les messages d'hommages abondent sur les réseaux sociaux, c'est dire l'importance qu'avait le Dr Pierre Sainton dans le paysage politique guadeloupéen.

Personnalités politiques, intellectuels, et artistes unissent leurs voix pour dire adieu à ce personnage de l'histoire contemporaine de la Guadeloupe.

D’abord instituteur, puis médecin de formation, pour finir écrivain, homme de lettre, Pierre Sainton était surtout connu pour avoir été le membre fondateur du GONG (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG) ) et un farouche partisan de la décolonisation et de l'indépendance de la Guadeloupe. Il avait consacré une bonne partie de sa vie à l'émancipation de son île.

Création du GONG :

La création du GONG est liée à l'ambiance politique qui régnait à l'époque. Créée en 1963, cette coalition est le fait d’étudiants guadeloupéens de la métropole et de jeunes guadeloupéens restés sur place. La période est propice aux règlements de comptes. En effet, le monde, la France particulièrement en tant qu’empire colonial, est secoué par la guerre d’Algérie, la révolution cubaine et la décolonisation. Par ailleurs, en 1963, Michel Debré crée le Bureau pour le développement des migrations (Bumidom). C’est dans ce climat tendu qu’en métropole, les membres de l’AGEG changent de cap. L’association générale des étudiants guadeloupéens, qui militait jusqu’alors pour l’autonomie, exige désormais l’indépendance. Ainsi, certains membres s’allient à des locaux pour fonder le GONG. Ce groupe est très proche de la population guadeloupéenne à travers laquelle elle diffuse ses idées et l’urgence de sortir du rapport colonial entre l’Hexagone et l’île. Peu nombreux au départ, ces activistes sont pourtant très actifs, avec leurs tractes et leurs affiches. L’organisation sera rapidement surveillée par les services de l’Etat,car, la France forcée d’accorder son indépendance n'aurait pu tolérer le départ de ses vieilles colonies, qu'elle considère comme des points stratégiques dans sa géopolitique mondiale. L'indépendance de ces îles est hors de question pour le Général De Gaulle.

Afin d'éradiquer toutes les revendications, le Gouvernement par la voix de Michel Debré créé le BUMIDOM (Bureau de Migration d’Outre-Mer) qui a occasionné de manière directe la venue en France, notamment en région parisienne, de 70 615 personnes nées outre mer auxquelles l’administration faisait miroiter une vie meilleure et qui n’obtinrent que des emplois médiocres de plombiers, servantes, gardiens d'immeuble, facteurs etc

Néanmoins, cette méthode ne se révélera pas très efficace. Lorsque le préfet Pierre Bolotte arrive sur l’île en 1965, les renseignements généraux lui ont fait leur rapport sur ce groupuscule d’activistes indépendantistes, qui sont alors surveillés de près. Le rapport Stora indique que deux éléments de la DST mandatés en Guadeloupe ont pour mission de « déterminer les activités du Groupement d’organisation nationale des Guadeloupéens (GONG) susceptible d’exploiter à leur profit l’émotion que l’émeute a pu créer dans le département et parmi les Guadeloupéens vivant en métropole (…). » Pourtant, l’enquête révèle qu’aucun lien n’a été découvert entre ce mouvement et l’émeute de Basse-Terre ».

Le traumatisme de Mè 67 :

, les 26, 27 et 28 Mai 1967 la Guadeloupe bascule dans une violence sans précédent. Au débat, une grève pacifique durant laquelle les ouvriers du BTP réclamaient 2% d'augmentation. Face au refus des patrons "blancs", la tension monte d'un cran et très vite, ils se confrontent aux forces de l'ordre qui n'hésitent pas à tirer à balle réelle sur eux. Le bilan est lourd, plusieurs dizaines, voire des centaines de morts sont à déplorer du côté guadeloupéen. Officiellement, il y aurait eu huit morts connus parmi eux, Jacques NESTOR - ZADIG-GOUGOUGNAM - PINCEMAILLE - Camille TARET - Guidas LANDREE. Sans oublier, les centaines de blessés civils parmi lesquels des femmes, des enfants, des jeunes, des familles, tous innocents, achevés devant chez eux, dans la rue ou à l'hopital. Sans omettre, les centaines d'arrestations et les tortures.

La tête pensante de ce massacre,Jacques Foccart. Un nom qui aura fait couler beaucoup de sang, dans l'histoire de la Ve République. Homme de confiance de la majorité des présidents, du Général De Gaulle en passant par Pompidou, sans oublier Chirac, Jacques Foccart, c'était le "Monsieur-Afrique" de la République. Pendant longtemps la FrançAfrique aura pour figure paternelle cet homme qui mettra en place un large réseau mêlant corruption, soutien militaire à des dictateurs, violence et répressions contre des populations qui ne réclamaient qu'une chose la liberté.

En Mai 1967, Jacques Foccart ordonne au Préfet Pierre Bollotte de réprimer avec violence la grève de ceux qu'il qualifie : les "indépendantistes" guadeloupéens.

Le Procès des Guadeloupéens à Paris :

A l'issue de cette répression violente, les membres du GONG furent particulièrement pris pour cibles par le préfet de l’époque Pierre Bolotte. Les détenus, considérés comme politiques, sont envoyés en France à la prison de la Santé. Ils voient leur procès débuter le Lundi 19 février 1968. 18 hommes comparaîtront devant la Cour de Sûreté de l’État pour « Atteinte à l’intégrité de la sûreté nationale ». Treize seront acquittés. Les autres seront condamnées à des peines de sursis allant de 3 à 4 ans. Pierre Sainton écopera alors d’une peine de trois ans de prison. Pierre Sainton racontera cette partie de l’Histoire dans ses mémoires publiées en 2008, « Vie et survie d’un fils de Guadeloupe».

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