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Emploi, le Conflit intergénérationnel, autre problème du départ des jeunes antillais.


Revenir au pays est le rêve de beaucoup de jeunes antillais résidant en France ou à l’étranger. Diplômés des meilleurs écoles ou universités françaises ou internationales, ils espèrent apporter leur pierre à l’édifice. Pourtant, une fois sur place, ils sont confrontés à une réalité, bien de chez nous, le conflit intergénérationnel. Ce conflit est omniprésent dans la société antillaise.

Nous antillais, s’il y a bien une chose que l’on déteste, c’est le fait de quitter notre pays, ( comprenez : la Guadeloupe et la Martinique). Malheureusement vient le temps, ou que ce soit pour trouver un emploi stable, ou pour poursuivre nos études supérieures, nous sommes obligés de quitter nos familles ou nos amis.

Que l’on soit de la Guadeloupe ou de la Martinique, nous avons tous eu ce sentiment de tristesse qui nous anime, le jour du départ. On a tous en tête, les larmes de nos proches au moment où on annonce l’embarquement. En deux mots, quitter le pays est véritablement déchirement pour l’antillais.

Une fois en France, on ne pense qu’à une chose, retourner vivre au pays, si possible avant l’âge de la retraite, ou encore mieux, jeune.

Le retour au pays, est loin d’être une question de sentimentalisme. Au contraire. Lorsque l’on part ailleurs pour se former, on espère un jour pouvoir apporter notre savoir, à ce pays qui nous a vu naître et grandir. Emmagasiner des connaissances afin de les transmettre aux nouvelles générations qui, elles-même feront de même, n’a rien d’utopique. Au contraire, il s’agit d’une idée de transmission.

Des chiffres alarmants :

Selon les derniers chiffres de l’INSEE ( Institut National de la Statistique et des études économiques), la Guadeloupe comme la Martinique connaissent une baisse significative de leur population. En l’espace de 5 ans, la Guadeloupe a perdu 10 000 habitants passant de 404 600 habitants en 2011 à 397 000 habitants en 2017, désormais l’île compte environ 394 100 habitants en 2018 soit une baisse de 3000 habitants en une année. Sur l’île soeur, même constat. La Martinique connaît une tendance très accentuée de la baisse de sa population. L’île au fleur aurait perdu 16 000 habitants. Cette baisse de la population va de paire avec la baisse de la natalité. En Guadeloupe malgré une légère augmentation ( + 0,95%), la natalité reste très faible tandis qu’à la Martinique, elle affiche une baisse plus prononcée avec 1,9 naissances par femme en 2016 contre 1,95 en 2015. A l’horizon 2030, la Martinique devrait connaître une baisse de 12% de sa population et la Guadeloupe 8%.

Crise économique, vie chère, chômage, manque de formations, départ pour les études, simple envie de changer de vie, les raisons de cette baisse sont multiples, mais elles en disent long sur le malaise social qui secoue les Antilles-Françaises.

Parmi ces candidats au départ, les jeunes, que l’on présente comme l’avenir de notre pays, pourtant, ils ne parviennent pas à trouver une filière en adéquation avec leur choix de carrière. La solution qui se présente à eux, le départ vers l’Hexagone et laisser derrière eux, famille et amis. Quand ce n’est pas pour les études, ils partent tout simplement pour trouver un emploi stable et acquérir une plus grande expérience professionnelle afin de prétendre à un emploi de rêve, chez eux en Guadeloupe ou en Martinique.

Ceux qui sont diplômés d’un niveau licence, d’un Master ou d’un Doctorat ne doivent surtout pas s’attendre à occuper un emploi à la hauteur de leur niveau d’étude. Aux Antilles-Françaises, le déclassement scolaire est un des de nombreux défi qui se posent à la jeunesse antillaise. Le délassement scolaire consiste à occuper un emploi dont les qualifications attendues sont en deçà du niveau de formation obtenu. En gros, c’est comme si un diplômé de Master en économie travaillait dans un supermarché en tant que caissier ou étalagiste. Malheureusement c’est une spécificité chez nous, en Guadeloupe et à la Martinique. Rien qu’en Guadeloupe, selon l’INSEE, 4 actifs sur 10 soit 40% des actifs connaissent un déclassement au début de leur carrière professionnelle. C’est quasiment la même chose à la Martinique. Ainsi, alors que dans l’Hexagone, plus on est diplômé, plus on a des chances de trouver un emploi en rapport avec notre niveau d’étude, car, les diplômes sont valorisés, chez nous aux Antilles, plus on est diplômé, plus on est exposé au problème de déclassement. Si bien que, nombreux sont les jeunes tentés par le départ à l’étranger. Environ 88% des jeunes antillais envisagent leur avenir professionnel en France ou à l’étranger, cela en dit long sur la crise sociétale que traversent les deux îles soeurs de la Caraïbe.

Ces dernières années, plusieurs médias locaux ont tiré la sonnette d’alarme en évoquant le nouvel exode de la jeunesse. Ils ont ainsi rejoint, les différentes associations ou organisations politiques nationalistes qui dénoncent depuis des décennies ce nouveau BUMIDOM. On constate surtout qu’aux Antilles, il y a un manque de volonté de la part des dirigeants d’améliorer la situation de la jeunesse. Il faut le dire, en Guadeloupe comme en Martinique, les politiques publiques à destination de la jeunesse sont quasi inexistantes. Les structures chargées d’aider la jeunesse sont très rares sur le territoire. Celles qui existent, manquent tout simplement de moyens financiers pour mener à bien leur mission auprès de la cette jeunesse.

Beaucoup arborent l’étendard de la jeunesse à des moments cruciaux. Pourtant, tout au long de leur mandat, ils oublient la jeunesse, sauf en période électorale, là, elle redevient le centre d’attention de cette classe politique sourde aux plaintes des jeunes. Admettons le, c’est de la pure hypocrisie.

Une rivalité intergénérationnelle flagrante :

Fort heureusement tout n’est pas si noir, il n’y a que de la violence, de la précarité et du chômage aux Antilles. De plus en plus de jeunes veulent revenir chez eux pour travailler, créer une entreprise, fonder une famille. Revenir au pays, c’est le rêve de beaucoup d’antillais. Selon la récente enquête “ Alé Viré “ initiée par la sénatrice Catherine Conconne de la Martinique, 8 Martiniquais sur 10 souhaitent revenir chez eux. En Guadeloupe, aucune enquête n'a été menée en ce sens pour le moment.

Pour ceux qui ont pris la décision de rentrer au “ pays “ pour s’accomplir professionnellement, ils trouvent leur place sur le marché du travail plutôt rapidement, néanmoins, ils avouent tous avoir du mal à s’adapter avec le monde professionnel local. L’une des raisons évoquées, le conflit intergénérationnel que l’on retrouve dans la quasi totalité des entreprises locales. En France, au gré des gouvernements, l’âge du départ à la retraite a été repoussé à plusieurs reprises. Depuis 2018, il faut attendre les 62 ans pour partir en retraite (pour les personnes nées à partir de 1955). L’arrivée sur le marché du travail local des jeunes diplômés issus de la génération Y ou Z, engendre une sorte de rivalité entre collègues, puisque les personnes de 50-60 ans sont soucieuses de perdre leur place au profit de la nouvelle génération, plus diplômée et plus qualifiée.

Il faut dire que notre société antillaise repose sur un principe majeur, celui de vouer un profond respect aux aînés. Ils sont d’ailleurs au centre de toutes les préoccupations politiques et sociales. Pour rappel, aux Antilles, l’aîné a toujours raison ( même quand il a tort). Le jeune ne peut couper la parole d’un adulte ou le jeune ne peut répondre à un adulte, même quand il est dans son bon droit. Qui plus est, l’avi du jeune ne compte pas. Ce profond respect peut même paralyser les relations humaines à différents degrés de notre société. C’est le cas dans le monde professionnel où, nombre de ces personnes de 50 ans voire plus, refusent de se faire diriger par un jeune d’à peine 30 ans qu’ils voient comme une concurrence directe. Par peur, par pure jalousie ou par orgueil, certains n’hésitent pas à mener des actions “ fann tchou “ contre les jeunes, comme par exemple, leur demander des années d’expériences pour occuper un poste qui vient d'être créer, embaucher un hexagonal au détriment du local, favoriser l’embauche des proches au détriment d’un jeune plus qualifié ou simplement refuser le partage des connaissances avec la jeune génération de travailleurs. La raison de tout cela, est dû au fait que toutes ces personnes se sentent simplement dépassées face la marche du progrès. C’est la raison pour laquelle, elles tentent d’étouffer la jeunesse dans sa marche en avant de son épanouissement personnel et avant tout professionnel.

Toutes ces actions négatives conduisent à une détérioration de la relation professionnelle et, elles poussent les jeunes au départ. Fort heureusement, il y en a qui restent. Cependant, ils doivent redoubler d’efforts pour se faire une place confortable dans la société, mais comme dit Axelle Kaulanjan dans son récent article sur Linkedin :

" cette Génération Y guadeloupéenne est loin d’être une génération d’enfants gâtés comme certains qui ne la comprennent pas l’accusent de l’être. Le temps où les diplômés et jeunes professionnels rentraient au pays pour trouver une planque dans l’administration ou intégrer une entreprise au filon est révolu. Notre Génération Y guadeloupéenne, elle, elle se met debout, fait face à ses défis et est assertive. Elle crée des solutions là où poussent des problèmes. Elle innove pour créer de la valeur ajoutée quand on lui ferme les portes au nez."

Nous sommes la jeunesse de Guadeloupe, de Martinique et nous sommes déterminés.

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