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Vers une commission d'enquête sur la pollution au Chlordécone ?


Allons nous vers une commission d'enquête sur la pollution au Chlordécone ? C'est en tout cas, le combat du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale. Les députés socialistes de Guadeloupe et de la Martinique ont annoncé vouloir engager leur « droit de tirage » (une commission d’enquête par groupe et par session) pour obtenir des réponses sur « les responsabilités dans l’autorisation de ces produits »

Cette semaine, les députés de Guadeloupe et de Martinique, apparentés au groupe socialiste sont une nouvelle fois montés au créneau concernant le dossier du Chlordécone. Déboutés en Janvier dernier par l'Assemblée Nationale, au sujet de l'indemnisation des victimes potentielles du pesticide. ils sont décidés à ne pas abandonner leur croisade pour la vérité.

Cette fois, Hélène Vainqueur-Christophe et les autres députés du groupe PS ont annoncé mardi, vouloir engager son « droit de tirage » (une commission d’enquête par groupe et par session) pour obtenir des réponses sur « les responsabilités dans l’autorisation de ces produits », l’évaluation « des politiques publiques de recherche et de décontamination » et « les modalités d’indemnisation » des victimes. Selon nos confrères d'Outremer 360, le président de l'Assemblée a saisi la garde des Sceaux pour s'assurer que les faits visés ne faisaient pas l'objet de poursuites, seule condition qui rendrait la demande irrecevable.

Serge Letchimy ancien Président du Conseil Régional de la Martinique et actuel Député de l'île soeur s'exprimé sur la question :

« Nous sommes face à un drame sanitaire. Depuis 1976, les conséquences catastrophiques du chlordécone étaient connues, sa fabrication a été interdite aux Etats-Unis, pourtant la France a donné une autorisation du pesticide en 1980 qui a duré jusqu’en 1990 avec une prolongation jusqu’en 1993. Plusieurs années après, nous constatons que 50% des terres martiniquaises et guadeloupéennes sont polluées. Une étude récente a montré que les risques de récidive du cancer de la prostate sont trois fois supérieurs pour quelqu’un touché par le chlordécone et des institutions nationales (dont Santé publique France, ndlr) disent que 95% des Martiniquais et Guadeloupéens sont contaminés. La moitié des côtes antillaises sont interdites à la pêche", »

Cependant, cette demande pourrait ne pas aboutir ( dans sa totalité) car, il semblerait qu'une information judiciaire ait été ouverte en novembre 2007 depuis Paris. Elle porterait sur les chefs de « mise en danger de la vie d’autrui par violation manifeste et délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence », « administration de substances nuisibles » et « tromperie sur la qualité substantielle et le risque inhérent d’une marchandise ». Si, pour l’heure, il n’y a pas eu de mise en examen, une expertise relativement complexe est en cours.

Un empoisonnement sur sept cent ans.

Le Chlordécone. pesticide ultra-toxique, utilisé massivement dans les bananeraies en Guadeloupe et en Martinique pendant plus de trente ans à partir de 1972 pour lutter contre le charançon de la banane, un insecte qui détruisait les cultures, Ce pesticide ultra-toxique est un perturbateur endocrinien reconnu comme neurotoxique, reprotoxique (pouvant altérer la fertilité), et classé cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé.

La France a fini par l’interdire en 1990. Malgré sa toxicité, le chlordécone a toutefois été autorisé aux Antilles jusqu’en 1993 par deux dérogations successives, signées par les ministres de l’agriculture de l’époque.

Les Antilles sont contaminées pour des siècles, car la molécule est très persistante dans l’environnement − jusqu’à sept cents ans.

A partir du début des années 2000, on a découvert que le chlordécone, qui passe dans la chaîne alimentaire, avait non seulement contaminé les sols, mais aussi les rivières, une partie du littoral marin, le bétail, les volailles, les poissons, les crustacés, les légumes-racines... et la population elle-même.

Ainsi c'est la quasi-totalité des antillais soit 800 000 personnes ( Guadeloupe / Martinique) qui sont contaminées, du fait l'intoxication qui se fait par voie alimentaire.

Pour ce qui est des effets, pour rappel, en 1975, les ouvriers de l’usine Hopewell (Virginie), qui fabriquait le pesticide, ont développé de sévères troubles neurologiques et testiculaires après avoir été exposés à forte dose : troubles de la motricité, de l’humeur, de l’élocution et de la mémoire immédiate, mouvements anarchiques des globes oculaires...Ces effets ont disparu par la suite, car le corps élimine la moitié du chlordécone au bout de 165 jours, à condition bien sûr de ne pas en réabsorber. Mais l’accident fut si grave que les Etats-Unis ont fermé l’usine et, ils ont fini par bannir le produit dès 1977.

Selon une étude menée en 2012 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le chlordécone augmente non seulement le risque de prématurité, mais qu’il a aussi des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons. Il est aussi fortement soupçonné d’augmenter le risque de cancer de la prostate, cancers dont le nombre en Martinique tient le record du monde. La Guadeloupe fait aussi partie des zones les plus touchées par cette maladie. Le cancer de la prostate est deux fois plus fréquent et deux fois plus grave aux Antilles qu’en France Hexagonale.

En matière de prévention et de protection des populations, le Gouvernement a tardé, préférant mener la politique de l'autruche. Niant les effets dévastateurs du Chlordécone pour la santé et l'environnement. Par exemple, il aura fallut attendre 2004 pour qu'un préfet prenne la décision d'interdire la consommation de fruits de mer aux environs de Capesterre-Belle-Eau. Par la suite, des sources d’eau ont été fermées, d’autres traitées, et des zones entières ont été interdites à la culture, étendues par la suite à la pêche.

C'est finalement Emmanuel Macron qui, de passage à la Martinique soulignera la responsabilité de l'Etat dans ce scandale environnemental, tout en refusant les demandes d'indemnisation formulées par les associations des victimes.

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