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Le combat pour l'emploi en Guadeloupe


Selon les derniers chiffres de l'INSEE, il y aurait une légère baisse du chômage au niveau national. Il est en recul de 0,1 point à 8,7% de la population active en France entière (hors Mayotte) au 1er trimestre 2019. C'est le plus bas niveau depuis début 2009. Cependant, en Outremer, il reste stable. Aux Antilles, plus particulièrement en Guadeloupe, trouver un emploi relève du défi.

Le 15 Mai dernier, l'Institut National de la Statistique et des études économiques ( INSEE) a publié sur son site, les récents chiffres du chômage, qui sont plutôt encourageants dans l'ensemble.

En effet, selon l'Institut, le taux de chômage est en légère baisse sur l'ensemble du territoire français. En moyenne sur le premier trimestre 2019, le taux de chômage au sens du BIT diminue de 0,1 point après une baisse de 0,3 point le trimestre précédent. À 8,7 % de la population active en France (hors Mayotte), il est inférieur de 0,5 point à son niveau de début 2018.

De façon générale, le nombre de chômeurs diminue de 19 000 sur le trimestre, soit 2,4 millions de personnes. Néanmoins, il a augmenté pour les jeunes hommes (+2,1 points) alors qu'il diminue pour les jeunes femmes (–1,4 point). Il baisse pour les personnes de 25 à 49 ans (–0,2 point) mais augmente pour les 50 ans ou plus (+0,3 point).Sur un an, le taux de chômage en France métropolitaine diminue de 0,5 point, avec une baisse plus marquée pour les jeunes (–1,7 point), en particulier les jeunes femmes (–3,9 points).

Au premier trimestre 2019, le taux d’emploi des 15-64 ans est stable à 66,1 %, demeurant à son plus haut niveau depuis 1980. Il est supérieur de 0,3 point à son niveau de début 2018. Sur le trimestre, le taux d'emploi des personnes d'âge intermédiaire augmente légèrement (+0 ,2 point), celui des séniors est quasi stable. Au contraire, le taux d'emploi des 15-24 ans diminue nettement (–0,4 point).

Le taux d’emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) des 15-64 ans atteint 49,5 % au premier trimestre 2019. Il est stable sur le trimestre et augmente de 0,3 point sur un an. Le taux d’emploi en contrat à durée déterminée (CDD) ou en intérim est quasi stable (-0,1 point) par rapport au quatrième trimestre 2018. À 7,6 %, il se situe 0,4 point au-dessous de son plus haut niveau historique, qu'il avait atteint fin 2017.

Des résultats qui ont fait réagir à l'époque, le premier ministre Edouard Philippe, enthousiaste : "C'est le meilleur résultat qu'on ait depuis dix ans. C'est une baisse continue depuis deux ans, du chômage en général, du chômage des jeunes. "

Des chiffres différents en Outremer :

Parents pauvres de la République, les régions ultramarines autrefois très riches, sont particulièrement touchées par le manque d'emploi. Sauf que les données diffèrent en fonction de la Région. Par exemple, pour le premier trimestre 2019, la Guyane et La Réunion voient le chômage augmenter.

La Guyane a vu 260 nouveaux inscrits à Pôle Emploi sur le premier trimestre, soit une hausse de 1%. L'an dernier à la même période, la plus grande région de France a connu une baisse de 0,5% par rapport à la fin 2017. La Réunion elle, connaît aussi une hausse de son nombre d'inscrits à Pôle emploi au premier trimestre 2019

Tandis, que la Martinique voit le chômage diminué avec 1% d'inscrits en moins, soit 52 060 demandeurs d'emploi.

Un chômage plus élevé en Guadeloupe que dans le reste des Antilles-Guyane :

On le sait, le chômage est très important en Guadeloupe. Il est 2,5 fois plus élevé qu'en France Hexagonale (9%). Selon le BIT,(Bureau International du Travail) en 2018, le nombre de demandeurs d'emploi avoisinerait les 35 000 personnes soit environ 23% de la population active. Il reste quasiment stable que les précédentes années, 2016 et 2017, où l'archipel comptait 24% et 22% de chomeurs. Cette augmentation s'explique par la baisse de la population active. A ce sujet, l'INSEE souligne qu'en 2018, la population active est estimée à 153 000 personnes âgées de 15 ans ou plus. Elle regroupe 118 000 actifs ayant un emploi et 35 000 personnes au chômage. Le reste de la population de plus de 15 ans constitue la population inactive et s’établit à 161 000 personnes, dont 30 000 élèves, étudiants ou stagiaires en formation.

Cette baisse est liée au départ de 5 000 personnes soit une baisse de 3 %. Selon Elie Domota, porte parole du LKP, la durée de leur chômage est souvent longue voire très longue. Certains attendent un an, un an et demi voire deux ans ou plus, avant de trouver un emploi convenable.

Les jeunes premières victimes du chômage :

Région vieillissante, en 2030, la Guadeloupe sera, selon les statistiques, la région avec le plus de personnes âgées de France. Une situation qui s'accentue avec le départ massif des jeunes, mais principalement des jeunes hommes.

En effet, en l’espace de 5 ans, la Guadeloupe a perdu 10 000 habitants passant de 404 600 habitants en 2011 à 397 000 habitants en 2017. Désormais l’île compte environ 394 100 habitants en 2018 soit une baisse de 3000 habitants en une année. Ces départs concernent évidemment les jeunes, qui, lassés par le manque de perspective économique préfèrent partir vers l'Hexagone ou encore le Canada, pays qui s'impose depuis une décennie comme le nouvel El Dorado pour les jeunes antillais et principalement pour les jeunes guadeloupéens.

Selon la dernière enquête de l'INSEE, 37 % des personnes âgées de 15 à 64 ans, insatisfaites de leur situation, seraient prêtes à quitter la région pour un emploi ou une formation qualifiante. Ce désir de mobilité est encore plus important chez les actifs âgés de 15 à 29 ans (42 %) et de 30 à 49 ans (44 %) que chez les actifs de 50 ans à 64 ans (25 %), en fin de carrière. Ainsi, travailler ou se former hors de la Guadeloupe est une solution envisagée par beaucoup.

Ceux qui font le choix de rester ou de rentrer chez eux après des années passées hors du département, sont confrontés à des problématiques spécifiques à la Guadeloupe. Parmi elles, le déclassement scolaire ou les " bullshit jobs".

Le déclassement scolaire consiste à occuper un emploi dont les qualifications attendues sont en deçà du niveau de formation obtenu. En gros, c’est comme si vous étiez diplômé d’un master en économie et que vous travailliez dans un supermarché en tant que caissier ou étalagiste. Rien qu’en Guadeloupe, selon l’INSEE : 4 actifs sur 10 soit 40% connaissent un déclassement au début de leur carrière professionnelle. A la Martinique, la situation est quasi similaire.

Alors que dans l’Hexagone, les diplômes sont valorisés, aux Antilles, plus on est diplômé, plus on est exposé au déclassement. Toujours selon les données de l’INSEE, ce déclassement touche principalement les catégories socioprofessionnelles les plus modestes tels que les ouvriers et les employés. Viennent ensuite, les artisans, les agriculteurs, les commerçants, les chefs d’entreprise. Du fait de ce déclassement, une bonne partie des plus diplômés occupe donc un emploi inférieur à sa qualification ou se lance dans une activités indépendantes. Ceux qui n’ont pas la chance ou l’ambition de lancer leur activité, s’envolent vers l’Hexagone, le Canada ou ailleurs dans le Monde pour y saisir de plus grandes opportunités de carrière, surtout en lien avec leurs études.

Point positif; si aujourd’hui le taux de déclassement professionnel est en augmentation c’est dû au fait que la jeunesse a un niveau scolaire plus élevé que les précédentes générations. Ainsi, il s’établit dans les entreprises locales, une sorte de concurrence entre les jeunes diplômés et les plus anciens qui, jadis, n’avaient point besoin d’étude pour occuper un poste. De plus, les titulaires de Bac +3 ou Bac +4 sont les premiers à bénéficier de cette spécificité ultramarine : les postes offerts par la catégorie des professions intermédiaires - les métiers intermédiaires entre employé et cadre - concordent avec leur diplôme, ce qui se traduit par un taux de déclassement très faible (6%).

De surcroît, leur niveau de diplôme plus élevé leur permet de faire valoir un meilleur niveau de qualification face aux Bac +2, qui sont aussi éligibles à ces postes, au moment de décrocher leur premier emploi.

Le Conflit intergénérationnel, autre problème du départ des jeunes antillais :

Dans notre article daté du 26 Avril 2019, nous abordions un problème bien de chez nous, le conflit intergénérationnel, auquel beaucoup de jeunes sont confrontés dans les entreprises locales.

Pour ceux qui ont pris la décision de rentrer au “ pays “ pour s’accomplir professionnellement, ils trouvent leur place sur le marché du travail plutôt rapidement, néanmoins, ils avouent tous avoir du mal à s’adapter avec le monde professionnel local. L’une des raisons évoquées, le conflit intergénérationnel. En France, au gré des gouvernements, l’âge du départ à la retraite a été repoussé à plusieurs reprises. Depuis 2018, il faut attendre les 62 ans pour partir en retraite (pour les personnes nées à partir de 1955). L’arrivée sur le marché du travail local des jeunes diplômés issus de la génération Y ou Z, engendre une sorte de rivalité entre collègues, puisque les personnes de 50-60 ans sont soucieuses de perdre leur place au profit de la nouvelle génération, plus diplômée et plus qualifiée.

Il faut dire que notre société antillaise repose sur un principe majeur, celui de vouer un profond respect aux aînés. Ils sont d’ailleurs au centre de toutes les préoccupations politiques et sociales ( au détriment de la jeunesse). Pour rappel, aux Antilles, l’aîné a toujours raison ( même quand il a tort). Le jeune ne peut couper la parole d’un adulte ou il ne peut répondre à un adulte, même quand il est dans son bon droit. Qui plus est, l’avis du jeune ne compte pas. Ce profond respect peut même paralyser les relations humaines à différents degrés de notre société. C’est le cas dans le monde professionnel où, nombre de ces personnes de 50 ans voire plus, refusent de se faire diriger par un jeune d’à peine 30 ans qu’ils voient comme une concurrence directe. Par peur, par pure jalousie ou par orgueil, certains n’hésitent pas à mener des actions “ fann tchou “ contre les jeunes, comme par exemple, leur demander des années d’expériences pour occuper un poste qui vient d'être créer, embaucher un hexagonal au détriment du local, favoriser l’embauche des proches au détriment d’un jeune plus qualifié ou simplement refuser le partage des connaissances avec la jeune génération de travailleurs. La raison de tout cela, est dû au fait que toutes ces personnes se sentent simplement dépassées face la marche du progrès. C’est la raison pour laquelle, elles tentent d’étouffer la jeunesse dans son épanouissement personnel et avant tout professionnel.

Toutes ces actions négatives conduisent à une détérioration de la relation professionnelle et, elles poussent les jeunes au départ.

Concurrence venue de la France et de l'étranger :

La Guadeloupe tout comme le reste des territoire de l'Outremer français, est une région française mais également une région ultrapériphérique de l'Union Européenne. La Région bénéficie d'une aide financière très accrue de l'Organisation Européenne. Pour la période 2014-2020, la mobilisation des fonds européens intervient à travers quatre programmes opérationnels : FEDER, FSE, FEADER, FEAMP. Le montant de l'enveloppe globale de ces fonds européens est de plus d'un milliard d’euros.

Membre de cette organisation, la Guadeloupe est entrée de plein pied dans la Mondialisation, en l'espace de 30 ans. Depuis une décennie, de plus en plus de travailleurs originaires des pays européens ou de la France Hexagonale s'installent dans l'Archipel soit pour des CDD ou des CDI. Ils sont ingénieurs, cadres, médecins, dentistes, chirurgiens, commerciaux, professeurs, ouvriers du BTP etc ils sont envoyés pour palier officiellement au manque de main d'oeuvre en Guadeloupe. Cependant, ils constituent une forme de concurrence déloyale vis à vis des travailleurs guadeloupéens. Certaines entreprises locales ou nationales n'hésitent pas à faire appel à ces travailleurs détachés. L'arrivée de ces ouvriers accentue, une forme de tension raciale dans l'Archipel.

Comme le soulignait, le sociologue Franck Garain dans les pages du France-Antilles DU ' Juin 2019 : " Je crois qu'il est nécessaire que s'instaure une forme de protectionnisme et ce en raison de l'argent injecté dans la formation. Dans certains régions, cela existe. Par exemple, la région PACA ( Provence-Alpes-Côte-d'Azur) est claire à ce sujet " priorité doit être donnée aux gens de chez nous. " En Nouvelle-Calédonie, les accords de Nouméa sont aussi clairs à ce sujet [...] Ce protectionnisme est nécessaire pour la cohésion et la stabilisation de notre société. Il s'agit de protéger nos enfants. Faut-il encore qu'on les insère quand ils cherchent, par exemple, un contrat d'apprentissage afin d'éviter qu'ils partent. Un changement de paradigme s'impose.... "

Echec des politiques d'emploi depuis 30 ans :

Le 26 Mai dernier, les guadeloupéens se sont rendus dans les bureaux de vote dans le cadre des élections européennes. Cette année, chose historique pour cette région restée longtemps hostile aux idées radicales et racistes du Front National, ( aujourd'hui Rassemblement National), la majorité des électeurs votants ont placé le Rassemblement National en tête de ses suffrages. Ce que Jean-Marie Lepen n'a jamais pu faire, sa fille Marine l'a réalisé. Bien qu'il y ait eu une très forte abstention (14,35% de participation). Un peu plus de 44 000 électeurs se sont déplacés dans les bureaux de vote sur les 308 000 inscrits. La liste menée par Jordan Bardella a recueilli 23,5% contre 18% à la République en Marche. La troisième place revient à la France Insoumise, qui est créditée de 12,96% des suffrages. Une première historique pour le parti de Marie Le Pen dans l'archipel, qui avait placé la guadeloupéenne, Maxette Grisoni-Pirbakas en 12ème position sur sa liste.

Les résultats à la sortie des urnes ont montré une certaine lassitude du peuple vis à vis de ses dirigeants.

En 2020, les guadeloupéens seront invités à renouveler leurs maires au pouvoir pour certains depuis plusieurs décennies. Cette élection pourrait prendre la même tournure que les élections européennes. Il faut dire qu'en Guadeloupe, la politique est une affaire familiale. C'est le cas dans plusieurs villes ou communes de l'Archipel, où le pouvoir se partage, se transmet de père en fils, de mère en fille, d'oncle à neveu, de tante à nièce etc. Une situation qui entraîne une certaine forme de népotisme.

Au pouvoir, ces dirigeants ne parviennent pas à endiguer le problème du chômage et du départ des jeunes. Au contraire, ils l'accentuent, car, il y a la tendance chez ces dirigeants à favoriser l'ascension des membres de leurs familles dans la hiérarchie qu'ils dirigent, au détriment des processus de sélection ordinaires, du mérite et, le plus souvent, de l'intérêt général. Ce cas est courant dans les mairies où l'on constate que des membres d'une même famille sont à des postes clés. Les récents problèmes judiciaires de Lucette Michaux-Chevry ou les problèmes politico-financiers à Pointe-à-Pitre en sont des exemples comme beaucoup d'autres en Guadeloupe.

Depuis la loi sur la départementalisation en 1946, en période électorale, les candidats quelque soit le bord politique auquel ils appartiennent, ils promettent d'endiguer le chômage. Pourtant depuis les années 60, il est toujours aussi important en Guadeloupe. Ce problème social a même fait le lit des nationalismes et des indépendantistes qui ont été violemment combattus par la France, mais l'idée d'indépendance ou d'autonomie n'a jamais disparu. Au contraire, elle est encore plus forte qu'auparavant.

Cinquante ans plu-tard, le problème du chômage est toujours d'actualité et constitue encore à ce jour un enjeu décisif pour l'avenir des îles de Guadeloupe.

source : INSEE

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