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Au secours, notre maternité est en danger : Une sage femme témoigne ( 2/3 )


Depuis environ une semaine, les agents de pôle parents-enfants du CHUG de Pointe-à-Pitre sont mobilisés. Incompris par leur direction, ils ont entamé une grève illimitée afin de tirer la sonnette d'alarme, sur les conditions de travail et les conditions d'accueil difficiles des patientes qui viennent pour mettre au monde leur enfant.

Malgré les nombreuses tentatives de dialogue de la part de la direction, la situation au Pôle parents-enfants de l'Hôpital Ricou de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe est toujours au point mort.

Excédés par leurs conditions de travail, les agents du pôle parents-enfants du CHUG sont au bord de la crise de nerf. En effet, depuis deux ans, soit depuis l’incendie qui a touché le Centre Hospitalier Universitaire, ils voient une dégradation du service et principalement l'accueil des patientes venues mettre au monde leur enfant. Aujourd'hui, le service sature ! Une sage-femme a décidé de parler, tout en gardant l'anonymat !

The Link Fwi : Où en est la situation du Pôle parents-enfants ?

Victorine : Depuis l'incendie qui a touché le CHU, il faut savoir que la maternité, le Pôle parents-enfants a été délocalisé dans un premier temps sur la Polyclinique et la Clinique les Eaux Claires à Baie-Mahault et maintenant, ils ont regroupé tout le Pôle parents-enfants sur la Polyclinique depuis un peu plus d'un an.

TLFWI : Pourquoi vous mobilisez vous depuis une semaine ?

Victorine : Nous sommes mobilisés depuis une semaine, afin de sensibiliser les guadeloupéens et guadeloupéennes sur la situation de cet établissement qui les accueille dans le plus beau jour de leur vie, à savoir mettre au monde, leur enfant. Comme je l'ai dis précédemment, depuis l'incendie de 2017 qui a touché le CHU, nous avons été parachutés à la Polyclinique, c'était la décision la plus rapide. Au début, nous étions sur deux sites, Les Eaux Claires puis la Polyclinique, jusqu'à ce qu'ils décident de tout rassembler à la Polyclinique. C'est une décision qui a été prise par la Direction et évidemment par l'ARS.On ne nous a pas laissé le choix. Nous nous sommes adaptés et faire avec, puisque des patientes étaient à notre charge à ce moment là. Cependant, selon les mots de la direction, cette situation était temporaire.

TLFWI : Qu'en est-il de l'accueil des patientes, des familles et surtout des locaux ?

Victorine : Aujourd'hui, deux ans après, nous sommes encore là. Or, tout le monde sait que la Polyclinique est un très vieux bâtiment, très vétuste donc, les locaux ne sont pas en bon état. Bientôt deux ans, et nous constatons que les choses se dégradent au fur et à mesure. Ces locaux ne sont pas adaptés à notre activité. Il faut savoir que nous sommes passés de 80 lits d'hospitalisation à une vingtaine de lits où sont mélangés, les patientes enceintes et qui vont accoucher, celles qui ont perdu un bébé, celles dont les bébés ont des malformations. Notre gros problème actuellement est le manque de place. Nous passons notre temps à faire de la logistique, à compter les places disponibles. Quand nous n'avons pas de place, nous sommes obligés de donner un rendez-vous ultérieur aux patientes, les faire patienter des heures car, nous ne savons pas où les mettre. Par moment, nous sommes obligés de déplacer certaines en pleine nuit, pour en placer de nouvelles. Le bâtiment est tellement vétuste que nous sommes obligés de fermer une chambre sur deux, puisqu'il y a en plus des problèmes de plomberie, l'eau sale remonte dans les douches, les climatisations qui coulent au dessus des prises électriques, avec tous les risques que cela peut engendrer, pour les nouveaux-nés, leurs mères et même pour nous, le personnel. Nous avons également des problèmes d’ascenseur. Vu l'âge du bâtiment, celui-ci ne possède qu'un seul ascenseur par lequel tout le monde passe et qui, en outre est régulièrement en panne. De plus, nous ne partageons que deux salles d'accouchements que nous partageons avec la Polyclinique, sachant que nous avons plus d'accouchements qu'eux, nous sommes à chaque fois obliger de demander la permission de faire notre travail et par moment, il y a des conflits entre nous et le personnel de la Polyclinique.

En outre, en période cyclonique, nous avons alerté à plusieurs reprises la direction, sur le fait que nos services n'étaient pas conformes, principalement en cas de catastrophe naturelle; puisque dans chaque chambre, il y a des persiennes, comme par le passé. Donc aucune sécurité pour les patientes dans les chambres. D'ailleurs, un responsable, nous a répondu qu'il n'avait pas à gérer ça par le passé, car, l'étage était évacué en cas de catastrophe mais aujourd'hui, nous l'occupons.

TLFWI : Qu'en est-il de l'accueil des personnes en situation de handicap ? Comment font-elles pour venir accoucher ou venir voir leur parent hospitaliser

Victorine : Le bâtiment n'est clairement pas adapté. A l'entrée de la Polyclinique, il n'y a aucune passerelle d'accès, ni pour les brancards, ni pour les personnes en situation d'handicap, ni pour les patientes en chaise roulante. Ce qui fait que lorsqu'une patiente arrive, elle ne peut pas être reçue à notre niveau, elle est obligée de descendre au sous-sol avec ce fameux ascenseur défectueux, ce qui entraîne un retard à la prise en charge et une prise de risque supplémentaire. Sans oublier que les locaux de nos urgences sont vraiment très petits, ce qui fait que nous sommes incapables de faire entrer un brancard sur lequel se trouve une patiente en situation d'urgence. Nous sommes donc obligés de descendre afin d'accéder à une table d'examen.

TLFWI : Et en ce qui concerne le stockage du matériel etc, comment faites-vous ?

Victorine : Bien entendu, les locaux sont beaucoup trop petits pour envisager du stockage de matériel. Nous empilons le matériel, les produits les uns sur les autres, comme nous pouvons, ce qui nous empêche de visualiser sur le stock, du coup, nous avons des difficultés pour approvisionner le stock, l'acheminer etc. Bien que nous soyons près du CHU, pourtant, cela pose problème pour l'acheminement des médicaments en urgence ou les prescriptions d'urgence.

TLFWI : Qu'en est-il des services de réanimation et celui du néo-natal ?

Victorine : Nous vivons une situation difficile, nous avons des problèmes au niveau de ces services qui se trouvent au niveau inférieur. Nos collègues déplorent des pénétrations d'eau dans les chambres ou dans les couloirs. De l'humidité au niveau des plafonds. Ils sont obligés d'utiliser des seaux pour récupérer l'eau qui coule. Sans compter, les odeurs d'égout qui remontent alors que ce sont des lieux où sont hospitalisés des bébés fragiles car, beaucoup sont prématurés. On parle même de plusieurs risques d'infection pour ces nouveaux nés.

TLFWI : Avez-vous des vestiaires décents pour vous reposer et surtout quel est l'état d'esprit général des services ?

Victorine : Le personnel ne dispose ni de vestiaire ni éventuellement de salle pour pouvoir se reposer. Nous faisons cela dans les couloirs, assis sur des brancards, ou dans les salles d'accouchement, par moment, nous nous restons des heures debout. Face à toutes ces mauvaises conditions de travail, nous sommes à bout. Au début, la Direction disait que cette situation serait temporaire, aujourd'hui, on constate qu'elle dure, qu'elle perdure et s'aggrave même. A force de donner avec le peu que nous avons, nous tous fatigués, découragés et épuisés, mais nous continuons car, il faut assurer le service.

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