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Le Modèle Noir : La représentation de l'homme noir dans l'art occidental.


Depuis le 14 Septembre et ce jusqu'au 29 Décembre prochain, le Mémorial Acte accueille l'exposition le Modèle Noir : de Géricault à Picasso. Après New-York et Paris, Pointe-à-Pitre est la troisième étape de cette exposition à succès. Cette exposition est le fruit d'une collaboration entre les Musées d'Orsay et de l'Orangerie. 110 oeuvres à découvrir pour le plaisir des yeux et l'amour de l'Art.

Depuis son inauguration, le Mémorial Acte accueille des expositions à succès. Après les Zoo Humains, le MActe accueille la célèbre exposition : Le Modèle Noir. Après une première étapes à la Wallach Art Gallery de New York City, puis le musée d'Orsay de Paris, Pointe-à-Pitre avec pour thématique de Géricault à Picasso, est la troisième étape de l'exposition. L'étape française ( Orsay / Mémorial Acte) s'articule principalement de la fin du XVIIIe siècle à l'entre-deux-guerres, tout en faisant un lien avec l'histoire politique de la France, révolution française, Abolition de l'esclavage, Révolte à Saint-Domingue, émergence du concept de négritude. Ainsi, le visiteur peut découvrir comment au fil des siècles écoulés, l'homme noir, en tant que modèle a été représenté dans l'art occidental. L'homme noir comme un sujet regardé, magnifié, représenté par les artistes d'époque.

Sur une surface de 700 m2, les 110 oeuvres parmi lesquels 57 peintures et dessins, 9 sculptures et objets, 28 photos et films 16 documents entre autres des livres, affiches, revues, lettres ou documents officiels d'époque sont déclinés aux visiteurs, déjà très nombreux. Sont donc exposés des artistes allant du XVIe au XXe siècle. On peut citer Louis Gauffier ( 1762-1801), Hyacinthe Rigaud ( 1659- 1743), Louis-Léopold Boilly ( 1761-1845), Guillaume Lethière ( 1760-1832), Carle Vernet ( 1758-1836) Théodore Géricault ( 1791-1824), Théodore Chassériaux ( 1819-1856) ou encore Picasso et tant d'autres artistes de renommée mondiale.

Réparties en 9 sections, les œuvres abordent la représentativité de l'homme noir dans l'art à travers différentes époques. L'exposition s'appuie sur trois moments forts de l'histoire de l'art : la période esclavagiste à la Deuxième Abolition. Au cours de la visite, le visiteur peut admirer les portraits d'esclaves anonymes mais également ceux de personnages illustres que sont Joseph, Chevalier de Saint-George, Guillaume Lethière ou encore Alexandre Dumas père et fils, Jeanne Duval, Joséphine Baker... Connus ou inconnus ces modèles noirs posant pour des peintres de renom, sont en quelque sorte les témoins des évolutions leur époque.

Une représentation de l'homme noir à travers les époques :

A l'heure où les stéréotypes sur l'Homme noir sont plus vivaces que jamais, où les insultes racistes à l'encontre des joueurs de football fusent dans les plus grands stades d'Europe, que les partis d'extrême droite européens érigent l'immigré africain comme la nouvelle menace de la société occidentale, l'exposition amène une nouvelle réflexion sur la représentation de l'individu noir, à travers différentes époques.

Homme parmi les hommes dans l'Antiquité Greco-Romaine, l'homme noir était l'égal du grec ou du romain. Marie Lanvin étudiante en histoire de l'art apporte quelques précisions sur la question :

« C’est sans doute en Egypte que les Grecs rencontrèrent les premiers Noirs qu’il leur fut donné de voir et il n’est alors pas question d’une quelconque infériorité de ceux-ci qui sont globalement regroupés sous le terme générique d’Ethiopiens, peuples éloignés (« aux extrémités du monde »), à la peau foncée car brûlée par le soleil. Au contraire dans le chant I de l’Iliade on lit « Jupiter alla, vers l’Océan, chez les sages Éthiopiens, pour assister à leurs sacrifices, » et Hérodote les décrit comme « les plus grands et les mieux faits de tous les hommes…ils ont des lois et des coutumes différentes de celles de toutes les autres nations, et qu’entre autres ils ne jugent digne de porter la couronne que celui d’entre eux qui est le plus grand, et dont la force est proportionnée à la taille. (Histoire livre III 20)» Donc des hommes grands, plutôt beaux et à la peau noire. Pour des citoyens grecs « le genre humain est un et les différences entre les peuples sont accidentelles » aussi un certain nombre de vases grecs représentent des personnages noirs de dignité comparable à celle des Grecs, ainsi cette aryballe du Louvre, datée de 520 avant JC : Ce vase contenait des huiles parfumées destinées aux soins du corps. La forme de celui-ci suggère le mélange des Noirs et Blancs dont le parfum serait leurs essences métissées(...) Pour les Romains en effet, il en était comme pour les Grecs : pas de préjugés de couleur. Les Noirs sont des étrangers, différents par la couleur de la peau (qui est liée à des « accidents climatiques ») et par d’autres traits physiques : «ils sont, en raison de la proximité, brûlés par la chaleur du soleil. Ils naissent comme s’ils avaient été soumis à l’action du feu; leur barbe et leurs cheveux sont crépus » et leur position sociale ne dépend que de leur statut civique : c’est la citoyenneté romaine et en aucun cas l’apparence physique qui conditionne la hiérarchie sociale. Peu d’entre eux étant citoyens romains ils peuvent être domestiques ou esclaves mais aussi soldats, acteurs ou commerçants. »

Au cours de la période dite du Moyen-Âge, l'Afrique tombe dans l'oubli. Il faudra attendre la fin du XIIIème pour que les connaissances s’améliorent, ainsi l’Atlas Catalan de 1375 montre une Afrique qui commerce, avec un « seigneur de Guinée » très riche du fait de « la grande abondance d’or qu’on recueille sur ses terres » Du fait de cette grande ignorance comme du « système chrétien de valeur où la beauté est entièrement construite sur l’éclat et la lumière » Marie Lanvin rajoute, " la peau claire est celle des saints, des nobles, des bons chrétiens, tandis que la peau noire, sombre, a en ce Moyen Age occidental une connotation négative, elle est, après l’an Mil, en premier lieu associée aux Ténèbres, donc à l’Enfer et, partant, à Satan, au Diable. L'homme y est dépeint comme un être fourbe, méchant.

A partir du XIVe siècle et du XVe , qui rappelons est sont les siècle des grandes découvertes pour les Européens. L'image de l'homme noir change. En effet, comme le souligne Marie Lanvin, " parce que les liens avec l’Afrique se développent un peu, que l’on en connaît mieux la cartographie et les habitants et que certains d’entre eux acceptent le baptême, se développe l’idée que tous ont droit au salut puisque le christianisme est universel. " L'homme devient un personnage raffiné, noble, limite chevaleresque. Cette image " positive " du noir change à la fin du XVe siècle, au moment où les Portugais entament des échanges commerciaux avec les royaumes africains. Le noir est déshumanisé, il devient une marchandise. Une image qui va traverser les siècles suivants, XVIème XVII et XVIII ème siècles. Les représentations de cette période tragique de l'histoire des noirs, montrent un homme ( ou une femme) soumise, liée à son maître ou à sa maîtresse. A l'image de la photographie d'illustration dans les articles de presse, ces images témoignent du terrible sort réservé à l'individu noir mis en esclavage. Ainsi, le Noir quand il n’est pas cantonné dans un rôle d’esclave travaillant dans les plantations est relégué au rang de domestique. Les représentations de personnages noirs dans un tel rôle sont innombrables, déjà fréquentes au XVIème siècle, elles deviennent pléthoriques au XVIIIème où il est de bon ton de se faire représenter avec un serviteur noir. D'autres artistes, sans doute proches des courants abolitionnistes, font de l'esclave noir, l'objet de leur lutte pour la dignité. De ce fait, à contre courant du symbolisme tragique, dès la fin du XVIIIe siècle début du XIXe apparaissent des oeuvres d'art magnifiant l'individu africain, l’érigeant au même rang que son bourreau, l'homme blanc.

Au cours du XXe siècle, l'image de l'homme noir dans les arts changent de nouveau. Ils sont nombreux à vouloir peindre, sculpter des personnages noirs. Il faut dire que c'est dans l'ère du temps. Plusieurs modèles noirs apparaissent. Paris, ville Lumière devient une ville de tolérance où la représentation du noir, n'est plus un tabou. Entre racisme et adulation, la représentation du noir dans les arts s'accroît. Cet être longtemps considéré, à tort bien évidemment, comme différent a pu repousser et en même temps fasciner. Les images les plus crues ont côtoyé les plus raffinées. Le Noir intrigue, inquiète ou est magnifié par de savantes mises en scène. La peinture a défié, voire devancé l’histoire en participant activement à l’émancipation des populations noires. C'est donc par ce cheminement que l'exposition " Modèle Noir " aborde le sujet.

Ils ont dit :

Il s'agit de la troisième étape d'une grande exposition nommée " Le Modèle Noir " de Géricault à Picasso pour l'étape de la Guadeloupe. C'est une exposition que nous avons organisé au Musée d'Orsay à Paris, de manière très vaste comme un sujet tout à fait inédit pour un musée Beaux Arts Parisien. A travers cette exposition, nous souhaitions montrer la petite communauté noire installée à Paris depuis le XIXe siècle et même un peu avant, comme elle a pu être portraiturée, peinte, par les plus grands artistes de l'art français à cette période. Avec une approche sociologique, nous vouloir savoir les raisons qui ont poussé ces artistes à peindre ces figures noires. Ils s'agissait aussi pour nous, de s'adresser à un public qui venait très rarement à un musée des Beaux-Arts. Notamment les jeunes. Pour moi, la consécration de cette exposition, c'est cette étape à Pointe-à-Pitre. C'est le directeur du Mémorial Acte, Jacques Martial qui a exprimé l'envie de la voir en Guadeloupe, en la réadaptant pour le public guadeloupéen. Cette collaboration pour nous est unique. C'est la toute première fois que nous travaillons avec une institution dans les Antilles et plus largement dans les Outremers. C'est aussi la première fois qu'autant de chefs d'oeuvres sont présentés ici. Je pense que part le sujet, c'est très symbolique que l'étape se fasse en Guadeloupe. C'est en quelque sorte l'aboutissement de cette réflexion.

Cécile Debray, directrice du Musée de l'Orangerie et Co-commissaire de l'exposition à Paris d'Orsay.

L'exposition en photos :

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