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2019 : une année noire pour la femme en France et en Outremer.


L'année 2019 n'est pas encore terminée que l'on peut déjà la considérer comme une année noire pour la femme française et en particulier pour la femme ultramarine. Cette année, 120 femmes sont mortes sous les coups de leur mari. Une situation qui a interpellé même au plus haut sommet de l'Etat.

En Juillet dernier, Leïla, 20 ans, une autre guadeloupéenne, installée à Paris est elle aussi décédée sous les coups de son compagnon. Ambitieuse, Leïla l'était. Elle avait quitté sa Guadeloupe natale afin de poursuivre des études de sociologie à l'université de Paris-8. « Elle voulait être assistante sociale. Pour arrondir ses fins de mois, les week-ends, elle était auxiliaire de vie auprès des personnes âgées. Le comble de l'histoire, Leïla était enceinte de trois mois. Ce sont les cris de la jeune femme qui ont alerté un voisin de palier. Après avoir entendu des hurlements, celui-ci a sonné chez la victime. Lorsque son conjoint, 22 ans, a ouvert la porte, le voisin a vu le corps inanimé de cette femme et a appelé les secours. La victime portait plusieurs traces de coups. Elle a été ranimée par les secours avant d’être prise en charge à l’hôpital Delafontaine, où elle a succombé à ses blessures, tout comme le fœtus qu’elle portait. La jeune femme tuée, avait déposé la veille une main courante contre son conjoint pour dénoncer de précédentes violences conjugales.

Plus récemment, Berthe Ramalingon, que tout le monde surnommait Natacha, elle aussi de la Guadeloupe, a vu sa vie s'arrêter brutalement, le 3 Octobre dernier. Son meurtrier n'est autre que son ex-conjoint. L'individu, inconnu des services de police n'aurait pas accepté la séparation. Berthe a été poignardée dans la rue, à proximité de son travail, la crèche des Petits pas. Âgée 38 ans, elle était mère de deux filles de 20 et 15 ans. L'agresseur a été interpellé une heure plus tard, dans un parc voisin où il se vidait de son sang. Il avait tenté de mettre fin à ses jours en se sectionnant les veines et en se poignardant la poitrine. Après son hospitalisation, il est depuis incarcéré.

Ces deux jeunes femmes font parti des 113 femmes tuées par leur conjoint depuis le début de l'année 2019. Une situation qui souligne l'extrême vulnérabilité de la femme dans la société française du XXIe siècle. Des affaires de violences conjugales de plus en plus préoccupantes qui ont poussé le gouvernement à lancer en septembre dernier, un grenelle su les violences conjugales.

Pour cause, en France, chaque année, environ 220.000 femmes adultes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Parmi elles, 3 femmes sur 4 déclarent même avoir subi des «faits de violences répétés» et 8 sur 10 auraient également été soumises à des atteintes psychologiques et/ou des agressions verbales. De plus, selon la Fondation Jean Jaurès, quatre millions de femmes déclarent avoir été victimes de viols au moins une fois dans leur vie. 58 % des femmes interrogées ont déjà été exposées à des comportements déplacés, 57 % à des propositions dérangeantes et une sur deux à des insultes ou des remarques à caractère sexiste (50 %). Il en va quasiment de même pour ce qui est des gestes grossiers à connotation sexuelle (45 % des femmes y ont déjà été confrontées) et même des caresses ou des attouchements à caractère sexuel sans leur consentement (43 %). La plupart des femmes concernées par ce type d’atteintes l’ont été de manière répétitive. Ainsi, plus du tiers des femmes déclare avoir été victime « de nombreuses fois » de comportements déplacés ou de propositions dérangeantes. 29 % ont été « de nombreuses fois » l’objet d’insultes ou de remarques à caractère sexiste. 25 % ont de nombreuses fois souffert de gestes grossiers, et 22 % de caresses ou attouchements à caractère sexuel sans leur consentement. Enfin, 7 % déclarent avoir été violées « une fois », mais 5 % l’ont été « plusieurs » ou « de nombreuses » fois.

Des violences qui aboutissent à des meurtres :

2019 n'est pas encore terminée que l'on recense déjà 120 victimes, mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui poursuivent la tendance des années précédentes, 151 en 2017 et 157 en 2016. En effet, en 2018, selon le dernier rapport de la Délégation d’aide aux victimes (DAV) 149 victimes ont été dénombrées. Sur les 149 victimes au sein du couple recensées en 2018, 121 victimes sont des femmes, soit 81,2 %. Les victimes masculines sont au nombre de 28, soit 18,8 %. Parmi ces 149 faits, on en relève 3 au sein de couples homosexuels féminins. Sur 31 femmes auteurs d’homicide, 15 d’entre elles avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 48,4 %. Par ailleurs, en 2018, l’étude a recensé 195 tentatives d’homicides au sein du couple.

L'an passé, 47,7 % des décès liés aux violences conjugales sont survenus au sein de couples mariés, contre 22,1 % au sein de couples en concubinage. La DAV précise aussi que la présence d’alcool est ainsi fréquente au cours des morts violentes au sein du couple, parfois couplée à d’autres substances licites ou non. Par ailleurs, dans de nombreux cas, la violence était déjà installée au sein du couple, que l’auteur de l’homicide en ait été victime ou que la victime ait déjà subi les violences physiques et/ou sexuelles et/ou psychologiques de son partenaire ou ancien partenaire de vie.

Dans l’immense majorité des cas (124 affaires, soit 83,2%), l’homicide est commis au domicile du couple, de la victime ou de l’auteur. En 2018, 31,8 % des féminicides ont été commis par arme à feu et 31,30 % l'ont été avec une arme blanche. Les coups ne sont avérés «que» dans 7 % des cas.

Une situation tout aussi préoccupante en Outremer :

En Outremer, la question de la violence conjugale est toute aussi préoccupante voire plus. Les régions ultramarines sont d'ailleurs les plus touchées. En 2016, la Ligue des Droits de l'Homme soulignait le fait qu'il était difficile de connaître la situation des femmes en outre-mer car les enquêtes nationales n’y sont pas systématiquement étendues. Les études partielles montrent que la situation des femmes y est bien plus grave que dans l'Hexagone. Des femmes qui sont beaucoup plus exposées aux violences au sein de leur foyer.

En 2018, c'est en Outre-mer que ces crimes ont été les plus fréquents : en Polynésie française, où le taux est le plus élevé, les morts violentes au sein du couple représentent un taux de 14,2 pour un million d'habitants. Vient ensuite la Guyane (7,4), la Martinique (5,2), la Réunion (4,6), la Nouvelle-Calédonie (3,1) et la Guadeloupe (2,5).

En Guadeloupe

, en 2018, 1140 femmes ont été victimes de violence physique et 71 de viols, dont 44 sur des mineures, soit 29,4% de plus qu'en 2017. 71 faits de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle, dont 49 sur des mineures ont été signalés sur l'année soit une augmentation de 36,1%.Depuis le début de l’année 2019, le nombre de violences faites aux femmes déclaré aux services de police et de gendarmerie a augmenté de 5,4%. 244 faits de menaces ou chantages (+35,6%) ; 571 faits de violence physique contre des femmes (-2,9% par rapport aux six premiers mois de 2018) > 32 viols, dont 15 sur des mineures, > 23 agressions ou harcèlement sexuel, dont 13 sur des mineures.Des faits déclarés qui ne montrent pas l’étendue de la réalité des violences faites aux femmes : ils augmentent parce que les femmes portent plus souvent plainte.

En Guyane, malgré de nombreuses demandes, depuis 2013, il n’y a toujours pas assez de structures d’accueil d’urgence pour les femmes victimes de violences au sein du couple et leurs enfants ! Depuis plusieurs années, la vacance du poste de déléguée des droits des femmes, à la préfecture, en est un élément visible, préjudiciable à la cause des femmes.

A la Réunion, de nombreuses associations, dont la LDH, font de la lutte contre les violences faites aux femmes leur priorité, mais les violences persistes, au point de placer l'île de l'Océan Indien en tête des Départements où les femmes, subissent le plus de violence. Cette année, selon Etat4001, l'île des l'Océan Indien a vu une progression des faits de violence conjugale. Depuis le mois de janvier, avec 157 faits signalés de plus que l'an dernier. De Janvier à Septembre 2019, il y a eu 1670 cas de violence conjugale contre 1513 cas de Jnavier à Septembre 2018. Toujours selon Etat4001, le nombre de femmes victimes de violences conjugales de janvier à septembre 2019 est de 1492, tandis que sur la période de janvier à septembre 2018 : 1363 femmes ont été victimes de violence au sein de leur foyer.

Quelles sont les mesures initiées pour la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Comme l'indique nos confrères de LaGazette des Communes : Premier pilier de la Grande Cause du quinquennat, la prévention et la lutte contre toutes les violences sexistes et sexuelles constituent une priorité de l’action du Gouvernement. Une nouvelle impulsion de la politique menée en la matière a ainsi été donnée par le Président de la République à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes le 25 novembre 2017 et, dans la continuité de cette action, un effort sans précédent a été engagé, dès 2018 par le Gouvernement. Le budget dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes n’a jamais été aussi élevé, qu’il s’agisse du budget dédié aux subventions aux associations (avec un renforcement conséquent des moyens financiers alloués aux associations nationales et locales, porteuses de dispositifs d’accueil et d’accompagnement des femmes victimes de ces violences sur l’ensemble du territoire en 2018) ou du budget de tous les ministères concernés par ce sujet (plus de 530 millions d’euros par an) sur tout le quinquennat.

Pour répondre à l’ampleur de ces violences, a été en outre lancé à Matignon le 3 septembre 2019 un Grenelle des violences conjugales par le Premier ministre et son gouvernement, en présence d’acteurs de terrain, de professionnels, d’associations et familles de victimes.

Plusieurs mesures ont été d’ores et déjà annoncées dont, notamment, la création d’un fonds spécial dit « Catherine » contre les féminicides doté d’un million d’euros à destination d’actions territoriales, la création de 1 000 nouvelles places de logement d’urgence pour les femmes victimes de violences, la mise en place du bracelet électronique anti-rapprochement.

Elles seront complétées par des travaux engagés avec l’ensemble des acteurs concernés pour aboutir d’ici le 25 novembre 2019 à une stratégie quinquennale 2020-2025 de lutte contre les violences conjugales. Cette mobilisation générale n’est pas restreinte à une question des moyens. Elle vise un objectif plus ambitieux, celui de la transformation des pratiques professionnelles et de la mise à disposition des acteurs d’une palette d’outils opérationnels adaptés à la protection des victimes et de leurs enfants.

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