• ELMS

Maryse Condé à l'Elysée

Dernière mise à jour : 22 avr. 2020


Celle qui se plaignait du manque de reconnaissance de la part de cette France, qu'elle jugeait raciste, colonialiste, est désormais célébrée. Hier soir, la plus célèbre des auteurs guadeloupéens, ultramarins même a été reçue par le président de la République Emmanuel Macron, qui lui a décerné le titre de Grand-Croix de l’ordre national du Mérite lors d’une cérémonie à l’Elysée.

Pendant longtemps, l'auteure de Ségou a été boudée par les autorités françaises, ce malgré le fait qu'elle figure parmi les auteurs français et francophones les plus lu au monde. Présidents après présidents, la guadeloupéenne Maryse Condé était tout simplement " boycottée" des divers gouvernements. La raison étant liée, sans aucun doute à ses prises de position anticolonialistes et anti-impérialistes. Il faut dire que Maryse Condé, au commencement d'une carrière qui semblait chaotique, a séjourné de nombreuses années dans plusieurs pays qui s'opposaient à toutes les formes d'impérialisme, on peut citer la Guinée de Sékou Touré, seul président qui avait eu l'audace de s'opposer au Général De Gaulle suite au Référendum de 1958 ce qui entraîna une relation trouble entre l'ancienne puissance coloniale et son ancienne colonie. Condé vécut également au Ghana à l'époque dirigé par le leader panafricaniste Kwame Nkrumah. De plus, tout au long de sa carrière littéraire, elle n'aura de cesse de s'exprimer ouvertement en faveur de l'indépendance de son île natale la Guadeloupe, une position qui déplaisait, il faut le dire à cette France, pays des Droits de L'homme et du Citoyen et qui pourtant, a encore du mal à parler de son passé colonial violent !

Tout ceci lui valu d'être purement et simplement surveillé, étiqueté comme indépendantiste par les différents présidents qui se succédèrent à la tête de l'Etat français, malgré les nombreux succès littéraires, ce qui ne l'empêcha pas de recevoir plusieurs prix à l'étranger. Par exemple, elle est membre honoraire de l'Académie des lettres du Québec de 1998.

Ce n'est qu'à partir de 2001 que Maryse Condé l'indépendantiste reçoit ses premières distinctions nationales, année où elle fut distinguée du titre Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres par le président Jacques Chirac. D'autres distinctions nationales suivront, Chevalier de la Légion d'honneur en 2004, Commandeur de l'ordre national du Mérite en 2007, Grand officier de l'ordre national du Mérite en 2011, Grand officier de la Légion d'honneur en 2014, Grand-croix de l'ordre national du Mérite en 2019. Sa nouvelle distinction a été publiée au journal officiel le 3 décembre dernier, mais ce n'est que depuis hier que l'auteure de "la Vie sans Fard " a été décorée, en présence de son époux Richard Philcox, de ses enfants, petits-enfants, arrières petits-enfants, de Jean-Marc Ayrault, ancien premier ministre et actuel président de la fondation pour la mémoire de l’esclavage ainsi de ses nombreux amis et connaissances du monde littéraire. La Grand-croix de l'ordre national du Mérite est le plus haut grade de l’ordre national du Mérite.

Paradoxal pour une militante panafricaniste, indépendantiste et afro-centriste qui récemment encore disait qu'elle était guadeloupéenne et qu'elle mourrait en guadeloupéenne indépendantiste mais comme le président Macron l'a souligné dans son discours, elle est l'indépendantiste la plus décorée de la République.

« Je l'ai connu quand j'étais jeune étudiant, je l'ai lue pour la première fois avant de partir au Nigeria, il y a vingt ans. C'était Ségou. Elle m'accompagne depuis des années, j'ai toujours été passionné par l'Afrique et elle fait partie des écrivains qui m'ont appris l'Afrique. Je suis bouleversé par les combats qu'elle a menés et surtout par cette espèce de fièvre qu'elle porte, d'indiscipline, de décalage permanent. Elle est l'une des voix de réconciliation de notre propre histoire, qui est un des sujets qui m'obsèdent. Je pense qu'un des trésors de notre nation, c'est cette histoire fracturée avec ses parts d'ombre absolument terribles, mais, si l'on arrive à la transcender, on peut en tirer quelque chose de profond. Maryse Condé participe de cela. C'est aussi pour cela que je faisais à la fin de mon discours ce lien entre l'indépendantisme et la République parce que je pense qu'il y a quelque chose de la vraie République au fond de son œuvre et de ses combats [...] Elle n'a pas simplement suivi Césaire et Fanon, elle a ouvert les béances de son histoire familiale, elle est la seule vraiment à avoir mené ce combat en passant par l'Afrique, puis les États-Unis, elle a été complètement pionnière. Et je trouve que, par la littérature, elle a montré cette quête d'identité qui n'est jamais finie. Et je pense que nous, nous nous sommes beaucoup perdus dans le sujet de l'identité, en faisant beaucoup d'erreurs. Non pas qu'il ne faille pas le poser, mais il ne faut pas le poser d'une manière figée. Maryse Condé, elle, a construit une identité narrative, elle l'a construite par la langue. Et je ne dis pas cela par fidélité à Ricœur, mais je crois que le fondement de l'identité française, c'est qu'elle est en construction et se fait par la langue et ses recherches. » s'esxprimait le chef de l'Etat aux micros de nos confrères du POINT

Portrait de Maryse Condé:

Née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Sa scolarité secondaire se déroule à Pointe-à-Pitre avant qu’elle ne vienne à Paris étudier les Lettres Classiques à la Sorbonne. En 1960, elle se marie au comédien guinéen Mamadou Condé et part pour la Guinée où elle affronte les problèmes inhérents aux États nouvellement indépendants. Après son divorce, elle continue de séjourner en Afrique (au Ghana et au Sénégal notamment) avec ses quatre enfants.

De retour en France en 1973, elle se remarie à Richard Philcox, enseigne dans diverses universités et entame sa carrière de romancière. Après la publication de Ségou, son quatrième roman, elle rentre en Guadeloupe. Cependant, elle quitte bientôt son île natale pour s’établir aux USA où elle enseigne dans plusieurs universités notables, Columbia, Berkley ou l'Université de Virginie.

Durant sa carrière, Maryse Condé a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages allant de la pièce de théâtre, au roman :

Heremakhonon (1976) Une saison à Rihata (1981) Segou ( Tome 1 ) ( 1984 )

Segou ( Tome 2 ) ( 1985 ) Les murailles de terre (1984) La terre en miettes (1985) Moi, Tituba sorcière... (1986) Haïti chérie (1986) plus tard devenue"Rêves Amers"(2005) La vie scélérate (1987) En attendant le bonheur (1988) Hugo le terrible (1989) The Children of Segu (1989) Tree of Life (1992) La colonie du nouveau monde (1993) La migration des cœurs (1995) Traversée de la mangrove (1989) Pays mêlé (1997) Desirada (1997) The Last of the African Kings (1997) Windward Heights (1998) Le cœur à rire et à pleurer (1999) Cèlanire cou-coupé (2000) La Belle Créole (2001) La planète Orbis (2002) Histoire de la femme cannibale (2005) Uliss et les Chiens (2006) Victoire, les saveurs et les mots (2006) Les belles ténébreuses (2008) En attendant la montée des eaux (2010).

La Vie sans fards (2012)

La Belle et la Bête : une version guadeloupéenne (2013)

An tan révolisyon : elle court, elle court la liberté (2015), théâtre

Mets et Merveilles (2015).

Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d’Ivana (2017)

Oeuvres littéraires qui ont permis à l'écrivaine guadeloupéenne d'obtenir diverses distinctions au niveau national et international :

  • 1987 - Grand prix littéraire de la Femme : prix Alain-Boucheron, pour Moi, Tituba sorcière... Noire de Salem

  • 1988 - Prix de l'Académie française, pour La Vie scélérate

  • 1988 - Prix LiBeratur (Allemagne), pour Ségou : Les Murailles de terre

  • 1993 - Prix Puterbaugh, pour l'ensemble de son œuvre

  • 1994 - 50e grand prix littéraire des jeunes lecteurs de l'Île-de-France, pour Moi, Tituba, sorcière noire de Salem

  • 1997 - Prix Carbet de la Caraïbe, pour Desirada

  • 1999 - Prix Marguerite-Yourcenar, pour Le Cœur à rire et à pleurer

  • 2003 - Grand prix Metropolis bleu

  • 2005 - Hurston/Wright Legacy Award (catégorie fiction), pour Who Slashed Célanire's Throat?

  • 2006 - Certificat d'honneur Maurice Gagnon du Conseil international d'études francophones (CIEF)

  • 2007 - Prix Tropiques, pour Victoire, les saveurs et les mots

  • 2008 - Trophée des arts afro-caribéens (catégorie fiction), pour Les Belles Ténébreuses

  • 2010 - Grand prix du roman métis, pour En attendant la montée des eaux

  • 2018 - Nouveau prix académique de littérature, institué par la "Nouvelle académie"

  • 2018 - Prix Nobel Alternatif de Littérature.

#littérature #culture #politique #MaryseCondé #antillesguyane #société #Guadeloupe #Outremer

31 vues0 commentaire