• ELMS

Affaire Claude Jean-Pierre, déjà 100 jours et aucune avancée.

Mis à jour : mars 15

100 jours et toujours pas de justice. 100 jours et toujours aucune avancée. 100 jours, qu'une famille endeuillée est en attente d'une réponse et pourtant, rien ne bouge. N'y aurait-il pas une volonté de la part des autorités judiciaires d'étouffer cette tragédie comme bien d'autres par le passé ? Nous, nous n'oublions pas et nous continuons de réclamer justice pour Klodo.



La Guadeloupe est-elle en train d'emprunter la même trajectoire que l'Hexagone ou encore celle des Etats-Unis ? A savoir, celle des violences policières et de l'impunité liée à l'uniforme. Vraisemblablement.


En effet, dès que l'on évoque la question des brutalités policières, on pense d'emblée au pays de l'Oncle Sam. Nombreuses sont les affaires qui ont émaillé les rubriques des plus grands médias internationaux ces dernières décennies. Dernière en date, la mort de George Floyd qui a permis la propagation du mouvement civil Black Lives Matter aux quatre coins du Monde. La France, quant à elle n'est pas exemptée. On pense à l'affaire Zyed et Bouna en 2005, l'affaire Adama Traoré, Théo Luhaka et plus récemment l'affaire Cédric Chouvia ou encore le tabassage en règle de Michel Zecler, ce producteur de musique d'origine martiniquaise qui a été véritablement agressé par la police dans son immeuble, (le motif de l'arrestation fut celui du non port du masque alors qu'il rentrait dans les locaux de son studio de musique.) La violente répression du mouvement Gilets Jaunes entre 2018 et le début de l'année 2020 est un autre exemple. Manifestants éborgnés ou amputés dû aux usages excessifs des flashballs, des grenades de désencerclement de type GLIF-4 qui au passage sont des armes proscrites ailleurs en Europe, car considérées par certains fabricants d'armes justement comme des armes de guerre, pourtant elles sont encore utilisées sur le terrain.


Malgré les preuves, une grande majorité de ces affaires, dénoncées par des associations, des journalistes ou par les familles des victimes n'aboutissent pas ou sont classées sans suite. Ou bien souvent, les policiers incriminés sont relaxés ou encore l'affaire traine durant des années sans qu'elle n'aboutisse. Donnant un sentiment d'impunité voire d'injustice, avec un pouvoir régalien du côté des hommes en uniforme.


Eloignée de l'Hexagone, la Guadeloupe s'est longtemps crue épargner par les violences policières; ( à moins que les Guadeloupéens aient oublié) bien que de nombreuses affaires de brutalités policières jalonnent l'histoire de l'archipel. On pense évidemment à la répression de Mè 67 dont le bilan humain fut dramatique et la blessure est jusqu'à présent béante. Autre affaire, celle du lycéen Charles-Henri Salin, assassiné par un gendarme alors qu'il sortait du cinéma Rex. Une affaire qui n'a jamais été résolue puisque le gendarme Maas c'est son nom, coupable de ce crime, a été dans un premier temps acquitté avant d'être déclaré coupable d'avoir «provoqué la mort sans intention de la donner». Cependant, toujours selon le Tribunal, il aurait eu «un motif légitime». Il fut même décoré pour ses états de service. Autre affaire, plus récente celle-là, en 2017, à Trois-Rivières, commune du Sud Basse-Terre, un père de famille appelle les secours pour son fils schizophrène. Au final, ce dernier est abattu par les hommes du RAID. Résultat 8 balles tirées, une famille endeuillée qui a porté plainte contre l'usage excessif de la force et un système judiciaire toujours silencieux, même 5 ans après les faits.



Affaire Claude Jean-Pierre, déjà 100 jours et aucune avancée.


Pour rappel, Claude Jean-Pierre, retraité de 67 ans est contrôlé le 21 Novembre dernier par les gendarmes sur le territoire de la commune de Deshaies.


La suite on la connaît, les sapeurs pompiers sont appelés sur les lieux pour un malaise. Très vite, c'est le SMUR qui se rend sur place et qui prend le relais. L'état de Claude se se dégrade. Conduit au CHU de Pointe-à-Pitre, plusieurs examens sont effectués par le médecin en charge. Ce dernier constate une double fracture des cervicales dont une instable qui compresse la moelle épinière. Par ailleurs, des hématomes sont également présents sur le visage de la victime, qui est entre temps conduite en réanimation. Il est ensuite opéré en urgence. L'opération se déroule le 24 novembre et aurait été un succès selon les dires des médecins du CHUG. Cependant, ils auraient admis à la famille que Klodo ne retrouverait pas une vie normale ou du moins pas avant un bon moment car, il y a une lésion à la moelle épinière mais que son pronostic vital n'était pas engagé. C'est donc le soulagement pour la famille et surtout pour la fille qui a fait le déplacement depuis l'Hexagone où elle réside. Pourtant, le jeudi 03 décembre, il décède. La famille porte plainte. Face à la pression populaire, une enquête est ouverte. Un mois, c'est le temps qu'aura mis la justice pour remettre aux avocats de la famille les résultats de l'autopsie et les images des vidéos de surveillance de la municipalité de Deshaies, qui semble s'être terrée dans un silence assourdissant. Stupeur et incompréhension dans ce dossier, le procureur de la République, Xavier Sicot, censé défendre les intérêts communs semble vouloir atténuer la responsabilité des gendarmes. Il justifie l'interpellation de Claude Jean-Pierre par une conduite hésitante causée par l'alcool. Par ailleurs, l'homme de loi estimait face à la presse que les règles d'interpellation avaient été respectées par les gendarmes mis en cause. Il n'aurait pas auditionné les gendarmes mis en cause et encore moins saisi l'IGGN ( Inspection générale de la Gendarmerie Nationale).


Ainsi, 100 jours sont passés et toujours pas de Justice. 100 jours et toujours aucune avancée. 100 jours qu'une famille endeuillée est en attente d'une réponse et pourtant, rien ne bouge. N'y aurait-il pas une volonté de la part des autorités judiciaires d'étouffer cette tragédie comme bien d'autres par le passé ? Nous, nous n'oublions pas et nous continuons de demander justice pour Klodo. Cette justice doit passer par divulgation des expertises complémentaires à la famille, et la publication de la vidéo au public mais surtout que la commission rogatoire fasse son enquête avec les auditions des gendarmes ou des potentiels témoins et la mise en examen des hommes de loi incriminés.