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Antilles-Guyane : Les vidés de la contestation.

Dernière mise à jour : mars 9

Bientôt un an que le Monde vit au gré des confinements, des couvres feux liés aux vagues de contamination de l'actuelle pandémie de la Covid-19. Mêmes les territoires d'Outremer n'y sont pas épargnés. Privées des fêtes de fin d'année, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane-Française ont vu la saison du Carnaval être annulée. Une douche froide pour les socio-professionnels du tourisme et de la restauration, mais surtout c'est la colère et l'incompréhension du côté de la population qui est priée de faire des efforts et de respecter les règles en vigueur alors que les touristes eux, ont le droit de venir bronzer sur les plages de sable fin...


A l'image des autres pays du Monde, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane vivent aux rythmes des confinements, des clusters et des couvres feux imposés par les autorités sanitaires qui s'appuient sur les chiffres des contaminations de coronavirus. A ce jour, ont été comptabilisés au total en Guadeloupe 9056 cas, 2242 guérisons et 157 décès. Sur l'île soeur, on recense environ 6370 cas pour 44 décès. C'est en Guyane-Française que les chiffres sont plus affolants. En effet, la plus grande région de France située en Amérique du Sud enregistre 15664 cas, 9995 cas de guérison pour 44 décès.


Face à ces chiffres, les autorités sanitaires ont dû prendre des décisions strictes pour ralentir la propagation du virus. Cependant, elles entraînent le mécontentement de ces peuples dont on demande depuis bientôt un an, des efforts considérables. S'il y a bien une chose à laquelle on ne badine en Guadeloupe, à la Martinique et en Guyane, c'est le carnaval. Plus qu'une période festive, le carnaval est avant tout un lien social où les guadeloupéens, les martiniquais ainsi que les guyanais évacuent le stress et autres éléments négatifs de la vie quotidienne. Autant dire, que c'est l'événement le plus attendu de l'année. Pourtant, l'année 2021 restera une année particulière pour les Antilles-Guyane. Une année sans carnaval, du jamais vu dans l'histoire de ces territoires, mais surtout, il s'agit d'une douche froide pour les petits et moyens commerçants déjà fortement impactés.


Ainsi donc, des oppositions et des tensions commencent à apparaître et certains ont décidé de défier les autorités préfectorales en organisant chaque dimanche, comme le veut la tradition des défilés carnavalesques, bien évidemment illégaux. Dans les trois départements, la même technique. Les participants ne savent pas où aura lieu le vidé, ce n'est que le jour J qu'ils reçoivent un sms ou un message via la messagerie en ligne WhatsApp dans lequel est indiqué le lieu et l'heure du déboulé et surtout l'obligation du port du masque. Par petits groupes ou en grand nombre, ils défient les forces de l'ordre qui bien souvent, (comme se fût le cas en Guyane avec l'usage de chiens), n'hésitent pas à employer la manière forte pour disperser les récalcitrants. Malgré la violence et la dissuasion ( interpellation et une amende de 135€ ), les " mas mawon" comme on dit en Guadeloupe se multiplient chaque dimanche. Celui qui a retenu l'attention des médias locaux, c'est le vidé en pyjama lévé organisé au Lamentin à la Martinique. Comme son nom l'indique, les participants sont invités à courir le vidé ( marcher sous les rythmes des tambours) au saut du lit avec le pyjama, la nuisette la chemise de nuit ou encore la robe de chambre de nos grands-mères. Un autre vidé a eu lieu à Schoelcher à Ozanam et des appels avaient été lancés pour des vidés improvisés au Robert mais cela ne s’est apparemment pas tenu.

















Ainsi pour ces résistants d'un nouveau genre, le déboulé ou vidé mawon devient une forme d'opposition vis à vis de ce qui est demandé à la population et aux socio-professionnels qui sont les premières victimes des politiques sanitaires établies depuis Mars 2020. Alors qu'on leur demande de respecter les mesures barrières, de ne pas fêter Noël et Carnaval, les Antilles ont accueillies chacune plus de 50 000 touristes en moins d'un mois. Il faut dire que depuis bientôt un an, les frontières internationales et mêmes celles entre les pays européens sont toujours fermées et que les remontées mécaniques des stations de ski sont toujours à l'arrêt. Sans oublier les entraves à la vie sociale avec un renforcement du couvre feu par le Gouvernement. Les interactions sociales dans l'Hexagone sont comme qui dirait, mises en suspend.


C'est sans doute pour toutes ces raisons que la Guadeloupe, la Martinique et l'île de La Réunion figurent parmi les destinations favorites des hexagonaux durant ces vacances d'hiver. Bien que la destination Dubaï, ville des Émirats arabes, occupe le haut du classement des destinations les plus populaires, les départements d'Outre-mer ont particulièrement la cote. La Guadeloupe et la Martinique se trouvent même à la 2e et 3e position du classement. De plus, jusqu'à très récemment, il était très facile de se rendre dans ces territoires français ultramarins. Un test PCR négatif réalisé moins de 72 heures avant l’embarquement, et il était possible d'embarquer vers les Antilles françaises et La Réunion. Alors que dans l'Hexagone, les autorités imposent un couvre feu stricte, avec même des interdictions de déplacement et une possible 3e vague en vue qui pourrait entraîner un deux confinement, dans ces territoires, il n'y a ni couvre-feu, ni interdiction de se déplacer, seul le port du masque est obligatoire, pour les personnes de plus de 11 ans lors de rassemblements de plus de 3 personnes ou dans les rues fréquentées (présence d'écoles, de restaurants, d'administration, d'hôtels, ...) et dans tous les établissements recevant du public (administrations, stades, médiathèques, hôtels, restaurants, etc.). C'est donc la ruée vers les îles.


De ce fait, au delà de l'amusement, il y a une véritable volonté de montrer l'absurdité des restrictions émises par les préfectures.



Vidéo directe de Radio Péyi ( Guyane) :


Déboulé mawon en Guadeloupe :