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Chlordécone : les planteurs s'indignent suite à l’annonce d’un éventuel non-lieu

Fortement décriés pour leur long silence et parfois même leur déni. Pointés du doigt pour leur rôle trouble dans l'épineux dossier du Chlordécone. Bien souvent accusés d'être les instigateurs de l'empoisonnement des sols par le pesticide. Les planteurs de banane de Guadeloupe et de la Martinique sont sortis du silence et déclarent partager l'indignation des membres de la partie civile, suite à l'annonce d'un éventuel non-lieu du dossier.



Après le silence et la négation, est venu le temps des aveux et des investigations. Maintenant, place à un nouveau chapitre du scandale de la pollution au Chlordécone, celui du judiciaire, ce que beaucoup attendent et espèrent.


Il faut dire que dans l'histoire contemporaine des Antilles-Françaises et plus largement de la France, c'est le scandale écologique de ces quarante dernières années. Au delà de l'aspect environnemental, c'est surtout un scandale politique, aux accents post-coloniaux qui s'est déroulé en toute impunité durant toutes ces années en Guadeloupe et à la Martinique. Quarante années au cours desquelles les différents gouvernements de droite comme de gauche ont délibérément fermé les yeux sur les pratiques de non respect de l'environnement orchestrées par les planteurs, en grande majorité issus de la caste des békés.


Des planteurs qui ont d'ailleurs eu rôle trouble concernant cet épineux dossier. Comme nous l'évoquions dans l'ensemble des articles à ce sujet, l'histoire du Chlordécone remonte au début des années 1970 lorsque la Commission des toxiques refuse à deux reprises l’homologation de la molécule : elle fait partie de la famille des organochlorés, toxiques. Après vérification, les chercheurs ont constaté qu’elle s’accumulait dans les tissus animaux ainsi que dans l’environnement, où elle est extrêmement persistante. Cela n’empêche pas le ministre de l’agriculture, un certain Jacques Chirac ( qui deviendra président en 1995) de donner son aval en 1972. Il délivre une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) provisoire pour le chlordécone sous la dénomination commerciale de Képone. Trois ans plus tard, le chlordécone est interdit aux Etats-Unis.

A cette période, pour les planteurs locaux, le Chlordécone était le seul pesticide qui parvenait à éliminer le charançon du bananier, ce parasite qui mettait régulièrement en péril les plantations dans les îles de la Martinique et de la Guadeloupe dont l'économie tournait (et reste encore aujourd'hui principalement centrée) autour de la culture de la banane et de la canne à sucre. Une quasi monoculture d’exportation vers l'ancienne métropole coloniale. La molécule miracle n’obtient qu’une autorisation provisoire d’une année. Elle n’a cependant été réexaminée qu’en 1976, pour être prolongée. Pourtant, un an plus tôt, en 1975, un grave accident marque précocement l’histoire du pesticide. Pour la petite histoire, à l’usine d’Hopewell (Virginie), l’une des trois qui fabriquent le pesticide aux États-Unis, plusieurs dizaines de personnes sont victimes d’intoxication au chlordécone. Des employés sont affectés, mais aussi des riverains, du fait des rejets dans les eaux. Les examens établissent un lien de cause à effet avec des troubles neurologiques apparus par la suite (tremblements, nervosité…). Conséquence : les États-Unis bannissent le chlordécone en 1977.

Pourtant aux Antilles Françaises, les pulvérisations se sont poursuivies trente ans après les premières mises en gardes. Malgré les nombreuses mises en garde issues des nombreuses études scientifiques internationales et nationales, parmi lesquelles, le rapport Snégaroff (INRA, 1977) ;le rapport Kermarec, 1979-1980 ;une étude de l’estuaire du Grand Carbet (UNESCO, 1993); le rapport Balland-Mestres-Faget, mission d’inspection diligentée par les ministères de l’environnement et de l’agriculture (1998). D'autres rapports suivront dans les années 2000, mais aucune interdiction n'est engagée par le Gouvernement, sans doute aveuglé par l'argent du lobby (béké) des producteurs de banane. Un lobby qui a tenu pendant longtemps les mêmes discours pour convaincre de la nécessité de poursuivre les pulvérisations de chlordécone : Concurrence avec la Banane Dollar (banane sud-américaine), les intempéries, les ouragans mais surtout le charançon. Dans le reste du Monde, le pesticide est interdit. En France, en 1990 il est finalement interdit sur le territoire hexagonal pour protéger la santé de la population. Sauf aux Antilles-Françaises, où le pesticide est utilisé jusqu’en 1993, date où il perd enfin son autorisation. Malgré son interdiction complète et définitive, l'insecticide est toujours présent dans les sols où il peut persister environ 700 ans. De plus, on sait qu'un trafic de Chlordécone aurait eu lieu dès l'année de son bannissement. Des révélations portées par le chercheur Eric Godard, ancien fonctionnaire de l'ARS de la Martinique. Des trafics de chlordécone qu'il supputerait étant donné le très bon état des sacs du pesticide saisis en 2002. Plus probant encore, il expliquera avoir été témoin de plusieurs échanges de mails entre la DIREN (Direction de l'environnement) et la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) faisant état de fraudes, de trafics organisés. Un trafic, sans doute pensé par les puissants planteurs de bananes regroupés que depuis 2003, au sein de l'Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Martinique et de Guadeloupe (UGPBAN) avec la complicité d'anciens membres des gouvernements précédents.

Pour rappel, le scandale sanitaire a débuté en 2002, avec l’arrivée des patates douces de Martinique au port de Dunkerque. L'analyse confirmant la présence de Chlordécone dans les tubercules a rendu l’affaire publique. Sans aucune hésitation, au nom de la santé de la population française, elles ont été détruites. Cette révélation marque le début de la médiatisation du scandale scanitaire. Ainsi, après des années de silence de déni et plusieurs procédures, ce n'est qu'à partir de l'année 2019 que le gouvernement par la voix du président Emmanuel Macron a finalement reconnu ses erreurs dans ce dossier.


Désormais, un nouveau chapitre du scandale de la pollution au Chlordécone, s'est ouvert, celui du judiciaire, avec les auditions des membres de la partie civile ( l'avocat et homme maire écologiste Harry Durimel, les associations écologistes représentées par leurs avocats, les syndicats du monde agricole qui représentent les ouvriers agricoles qui ont été de près comme de loin en contact avec le pesticide ou encore les avocats des régions impactées), les mercredi et Jeudi 20 et 21 janvier.


Une lueur d'espoir se profilait, avec enfin une justice qui aurait pu se mettre du côté des victimes. Néanmoins, l'espoir a été balayé par les juges du Pôle Santé du Tribunal de Paris qui ont évoqué la prescription de certains faits. De plus toujours selon les hauts magistrats, des pièces manqueraient au dossier. Elles auraient vraisemblablement disparu. La menace d'une possible prescription du scandale du Chlordécone indigne à la fois la société civile et même au niveau de la classe politique des deux îles concernées.



Les planteurs de banane partagent l'indignation générale suite à un possible non-lieu :



Alors que l'on ne s'attendait à aucune réaction de leur part, les producteurs de banane disent partager l'indignation générale suite à un possible non-lieu. Dans le communié qu'ils ont adressé à la presse, ils souhaiteraient que la procédure se poursuive : « La procédure doit se poursuivre »


Comme nous l'indiquent nos confrères de PeopleBokay : Dès 2013, les producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique, réunis au sein de l’Union des groupements de producteurs de bananes – UGPBAN, se sont portés partie civile dans l’affaire de la Chlordécone. Selon eux, ils ne savaient pas la dangerosité des produits et que s'les producteurs de l’époque avaient su les conséquences attachées à l’utilisation de cette molécule, ils ne l’auraient pas employée. Les producteurs d’aujourd’hui regrettent cette situation et comprennent l’émotion légitime qu’elle engendre dans la population.


Ils tiennent toutefois à souligner que l’utilisation de ce produit a cessé depuis près de 30 ans. L’essentiel des producteurs en activité, regroupés depuis 2003 au sein de l’Ugpban, n’a donc jamais manipulé de Chlordécone. La production de bananes a très profondément évolué depuis 1993, pour répondre désormais aux plus hauts standards environnementaux du monde.


Compte-tenu de l’importance de ce dossier, en Guadeloupe comme en Martinique, les producteurs appellent les autorités publiques à tout mettre en œuvre pour que la justice puisse continuer son travail de recherche active de la vérité.


Une réaction qui peut susciter l'interrogation, compte tenu de leur rôle trouble dans ce dossier...




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