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Covid-19 aux Antilles : L'Etat ne plie pas mais propose des aménagements pour les soignants.

Depuis Juillet, ils crient, ils ne veulent pas se vacciner car ils n'ont pas confiance au vaccin ARN Messager. Depuis, six mois, ils marchent à travers l'ensemble des rues de Guadeloupe, de Martinique et de la Guyane pour dire non à l'obligation vaccinale. La situation a même viré à l'émeute au mois de novembre, pourtant l'Etat n'a aucune intension de plier face aux soignants. A ce jour, le Gouvernement propose aux réfractaires, "s'orienter vers un nouveau métier" via une "cellule d'accompagnement et de reconversion professionnelle", indique le ministère des Outre-mer.



Manifestation contre l'obligation vaccinale. Photos : ELMS Photography


Marches populaires, barrages et violences urbaines, depuis quatre semaines, la Guadeloupe vit au rythme de la grève générale menée par un collectif de trente organisations syndicales et culturelles avec à sa tête une femme, Maïté Hubert M'toumo, qui a succédé au charismatique leader du LKP, Elie Domota qui avait pris la tête de la contestation générale de 2009. Encore une fois, les revendications sont quasi-identiques, à une exception près. Celle de l’obligation vaccinale qui a été l’étincelle de la nouvelle flambée sociale en Guadeloupe et plus largement aux Antilles-Françaises.


“Liberté, liberté... Nou pa vlé vaksin a yo “ depuis le 17 Juillet, ils sont des milliers chaque semaine à arpenter les rues des trente communes que compte l’Archipel français des caraïbes lors des différentes manifestations organisées par l’intersyndicale qui réunit trente organisations parmi lesquelles : FO, Combat Ouvrier, CGTG et le mastodonte : l’UGTG. Syndicat majoritaire, depuis sa création en le 2 décembre 1973, par Jean Théodore, Sonny Rupaire et Rosan Mounien des figures historiques du mouvement nationaliste guadeloupéen, l’UGTG a été de tous les combats sociaux et sociétaux et politique (bien que ces membres refusent l’attache politique) en Guadeloupe.

En 2009, c’est ce même syndicat qui avait fédéré autour de lui et de la figure de son jeune leader de l’époque Elie Domota, une cinquantaine d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles majeures de l’île. Était né le LKP acronyme de Lyannaj Kont Pwofitasyon que l’on pourrait traduire en français par “ Unité contre l’exploitation“. Durant quarante-quatre jours, le collectif avait dénoncé la mainmise sur l’économie guadeloupéenne et plus largement antillo-guyanaise par ces quelques groupes d’entreprises constitués en oligopole et dirigées par une caste sociale, bien établie depuis plusieurs siècles : les Békés, descendants des anciens propriétaires d’esclaves. A cette époque, le LKP avait proposé cent quarante-six revendications pour lutter contre la vie chère, réparties en dix domaines distinctifs : tels que l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, les services publics, la production agricole et ( pêche), l’aménagement du territoire avec les infrastructures, la culture, l’arrêt de la surexploitation ouvrière et le respect des droits syndicaux et les libertés syndicales. Les revendications qui ont le plus retenues l’attention des guadeloupéens ont été :



Elie Domota. Photo : ELMS Photography

  • L’augmentation de 200€ des bas salaires, des retraites et des minima sociaux ;

  • La baisse des taxes sur les carburants, la suppression des taxes sur les produits locaux.

  • Le gel des loyers pour une période indéterminée.

  • La transparence des sur la fixation des prix de l’eau, des transports, des carburants, des loyers, du gaz, de l’électricité, des nouvelles technologies.

  • La baisse du prix de l’eau, des transports de passagers.

Durant quarante-quatre jours, les guadeloupéens ( 30 jours pour les martiniquais) derrière le leader syndical ont marché, crier pour dénoncer les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient. Ces marches pacifiques se sont transformées dans des émeutes au cours desquelles, le syndicaliste Jacques Bino a été abattu sans que l'on ait trouvé le ou les coupables.Une mort inexpliquée qui a conduit à la signature d'un accord éponyme entre l'Etat, les élus locaux de l'époque, les patrons de la grandes distribution et les syndicalistes. Bien des années après, comme une trainée de poudre, la grève s'était répandue à d'autres territoires ultramarins, Mayotte en 2014, Guyane en 2017.


Douze ans après, il semblerait que nous soyons revenus au point de départ. En effet, avec la crise sanitaire liée à la Covid-19, l'augmentation des matières premières, la vie sous les tropiques est devenue un enfer pour les populations " autochtones" qui font preuve d'une véritable résilience et de patience. Le problème vient du fait que la grande majorité des produits consommés proviennent de l'Hexagone ou de l'étranger. Par ailleurs, l'octroi de mer, qui depuis plusieurs années est au centre de plusieurs débats notamment entre l'Etat qui souhaiterait son abrogation et les Collectivités territoriales qui s'y opposent parce qu'elles y voient comme une source de profit puisque, le calcul de l’Octroi de mer varie en fonction des différentes collectivités d’Outre mer. Cela résulte notamment du fait que les taux d’octroi de mer ne sont pas les mêmes dans toutes les collectivités. En effet, chaque Collectivité d’Outre Mer vote ses taux d’Octroi de Mer et d’Octroi de Mer Régional. Elles déterminent également les exonérations à l’importation et à la production locale.


A mi-chemin entre l’imposition et le droit de douane, elle concerne tous les produits importés et même les produits de certaines Collectivités ultramarines, mais quand on sait que les Départements et Territoires d'Outre-mers sont considérés comme des territoires d'exportation donc dépendants des produits extérieurs, la vie est donc très chère.


Chômage endémique et départ de la jeunesse :


L'autre source de tension en Guadeloupe et en Martinique, c'est bien évidement la question du chômage qui est deux à trois plus important que dans l'Hexagone. Etabli à environ 20% de la population active de l'Archipel guadeloupéen (23,4% en 2019, 50% des jeunes) et 14,9% à la Martinique ( 17,70% de la population active, 36% des jeunes). Pourtant, même si beaucoup ne font pas d’études supérieures, les jeunes antillais ont quasiment tous le BAC. Selon les derniers résultats du Bac 2021, le taux général de réussite est de 77% pour l’Académie de la Guadeloupe. En ce qui concerne les résultats du Bac Technologique, ils s'élèvent à 80%. Tandis que pour le BAC Professionnel, les résultats sont au rendez-vous avec 74% de réussite. Les résultats des trois baccalauréats ( général, technologique et professionnel) pour la Martinique sont les suivants : 74% pour le baccalauréat général ( +2 pts par rapport à 2017), 68%% pour le Bac Technologique ( -4,7 pts par rapport à 2017) et 67% pour le Bac professionnel. Une baisse dû notamment à la pandémie de Covid-19.


Diplômés ou non, quand ils arrivent sur le marché du travail local, les antillais sont confrontés à la dure réalité de leurs îles. Chômage, concurrence de leurs semblables également titulaires d’un niveau universitaire et une chose qui est à peine voilée, le filon. . Aussi bien en Guadeloupe qu’à la Martinique, les jeunes diplômés diront la même chose, “ sans filon aux Antilles, il est impossible de trouver du travail “ et ils ont raison, car, le problème des petits pays où tout le monde connaît tout le monde, il est très difficile de trouver un emploi sans passer par une tiers personne qui pourrait favoriser votre CV au détriment d’un autre et, ainsi, il est donc courant, que les parents soucieux de l’avenir de leur progéniture, tentent de faire jouer de leurs relations pour lui garantir un emploi. Pour être honnête, sans filon aux Antilles, il est impossible de trouver un travail décent, sauf si tu es blanc, fonctionnaire et que tu sois muté en Guadeloupe ou en Martinique.


Pour rester " au péyi", de nombreux jeunes antillais, occupent des postes bien éloignés de leurs compétences et occupent donc un emploi inférieur à leur qualification. Tandis que ceux qui ont le courage et le soutien, se lancent dans une activité indépendante. On appelle cela, le déclassement, et, c'est c'est d'ailleurs aux Antilles que l'on trouve le plus fort taux de déclassement de France.


Autre problématique, qui a longtement été un tabou mais qui a été révélée au grand jour, celle de la discrimination à l'embauche qui concerne principalement les jeunes antillais afro-descendants chez eux. C'est ce qu'a révélé France-Guyane qui relatait l'étude commandée par SOS Racisme et présentée au ministère des Outre-mer en début décembre à Elisabeth Moreno, ministre en charge de l'égalité entre les hommes et les femmes, de la diversité et de l'égalité des chances. Mais pour revenir au test, celui-ci, consistait à à faire candidater trois candidats fictifs du même âge et avec un niveau de formation et d'expérience équivalent dans quelque 1200 restaurants répartis en Guadeloupe (287), en Martinique (238), à la Réunion (331) et à Paris (300). Le premier candidat est né, a été formé et vit dans le territoire où il postule. Le deuxième candidat diffère du premier du seul fait qu'il vit dans un quartier défavorisé, relevant de la politique de la ville. Quant au troisième candidat, il est né, a été formé et vit à Paris. L'enquête a révélé que les candidats originaires d'outre-mer sont discriminés par rapport au candidat d'origine métropolitaine. Les taux de réponse les plus élevés sont ceux de Paris. Les plus faibles, ceux de Guadeloupe. Et, dans les quatre territoires, le taux de réponse est toujours plus élevé pour le candidat venu de l'Hexagone.


Il est vrai que le test, réalisé en mai dernier, a ciblé le secteur de la restauration et la profession de serveur, et que les entreprises visées sont dirigées par des patrons d'origine européenne, mais combien d'autres secteurs sont concernés et combien de patrons antillais préfèrent embaucher des hexagonaux au détriment de leurs congénères ? Beaucoup.



Face au manque de perspectives économiques, nombreux sont les jeunes à faire le choix du départ. Conséquence, chaque année, la Guadeloupe et la Martinique perdent des habitants, recensement après recensement. En l’espace de 5 ans, la Guadeloupe a perdu 10 000 habitants passant de 404 600 habitants en 2011 à 397 000 habitants en 2017, désormais l’île compte environ 394 100 habitants en 2018 soit une baisse de 3000 habitants en une année. La Martinique, quant à elle, connaît une tendance beaucoup plus accentuée de la baisse de sa population. Selon l’INSEE, l’île aux fleurs aurait perdu 16 000 habitants en cinq ans. Cette année, malgré la crise Covid-19, le départ s'est accentué au point que la population de la Guadeloupe atteigne les 390 000 habitants et celle de la Martinique les 370 000. Une baisse de la population qui en dit long sur la crise économique et sociale que traversent ces territoires autrefois prospères. A noter que, la Guadeloupe et la Martinique sont les seuls territoires français à connaître une si forte baisse de leur population.


La problématique de l'eau source de vives tensions :


A cela s'ajoute la question de l'accès à l'eau potable notamment en Guadeloupe, où une habitant sur deux doit vivre au gré des tours d'eau. Certains habitants peuvent rester 24h, une semaine, voire deux semaines et même au delà d'un mois sans eau. Quand, ils en eau, elle est tout simplement impropre à la consommation, car non lipide ou présente des traces de chlordécone.Comme le rappelle Force Ouvrière, " Pendant des années, les autorités ont inventé des prétextes farfelus pour expliquer cette situation scandaleuse. Un coup, c’était les touristes, nombreux à certaines périodes, qui consommaient beaucoup d’eau. Une autre fois, c’était à cause de la sécheresse… dans cette île de la Caraïbe où il pleut bien plus qu’en région parisienne et où des dizaines de rivières coulent à flot. "


Tout le monde reconnaît maintenant que la pénurie est due à la vétusté du réseau d’adduction en eau potable. Plus de 60 % de l’eau produite se perd, car les tuyaux fuient à tous les niveaux et 90% d'entre-elles sont localisées sur les branchements. Derrière ce scandale sanitaire, se cache une affaire politico-financière où pendant plusieurs décennies, personnalités politiques, médiatiques et même des acteurs importants de la vie culturelle ont bénéficié des largesses de la Générales des Eaux, devenue Véolia qui d'ailleurs a quitté la Guadeloupe en 2017, laissant à la nouvelle classe politique la charge de la rénovation du système d'approvisionnement de l'eau, grâce au transfert de cette compétence aux collectivités locales. Ces dernières, déjà lourdement endettées, sont bien sûr incapables de financer les travaux de rénovation nécessaires, dont on estime le coût réel à 900 millions voire un milliard d’euros, malgré une aide l'Etat, la rénovation relève du défi.


Le Chlordécone, une épidémie silencieuse :


La question de la pollution au Chlordécone a déjà fait couler beaucoup d'encre. Il faut dire que dans l'histoire contemporaine des Antilles-Françaises et plus largement de la France, c'est le scandale écologique de ces quarante dernières années. Au delà de l'aspect environnemental, c'est surtout un scandale politique, aux accents post-coloniaux qui s'est déroulé en toute impunité durant toutes ces années en Guadeloupe et à la Martinique. Quarante années au cours desquelles les différents gouvernements de droite comme de gauche ont délibérément fermé les yeux sur les pratiques de non respect de l'environnement orchestrées par les planteurs, en grande majorité issus de la caste des békés.


En effet, l'histoire du Chlordécone remonte au début des années 1970 lorsque la Commission des toxiques refuse à deux reprises l’homologation de la molécule : elle fait partie de la famille des organochlorés, toxiques. Après vérification, les chercheurs ont constaté qu’elle s’accumulait dans les tissus animaux ainsi que dans l’environnement, où elle est extrêmement persistante. Cela n’empêche pas le ministre de l’agriculture, un certain Jacques Chirac ( qui deviendra président en 1995) de donner son aval en 1972. Il délivre une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) provisoire pour le chlordécone sous la dénomination commerciale de Képone. Trois ans plus tard, le chlordécone est interdit aux Etats-Unis.


A cette période, pour les planteurs locaux, le Chlordécone était le seul pesticide qui parvenait à éliminer le charançon du bananier, ce parasite qui mettait régulièrement en péril les plantations dans les îles de la Martinique et de la Guadeloupe dont l'économie tournait (et reste encore aujourd'hui principalement centrée) autour de la culture de la banane et de la canne à sucre. Une quasi monoculture d’exportation vers l'ancienne métropole coloniale. La molécule miracle n’obtient qu’une autorisation provisoire d’une année. Elle n’a cependant été réexaminée qu’en 1976, pour être prolongée. Pourtant, un an plus tôt, en 1975, un grave accident marque précocement l’histoire du pesticide. Pour la petite histoire, à l’usine d’Hopewell (Virginie), l’une des trois qui fabriquent le pesticide aux États-Unis, plusieurs dizaines de personnes sont victimes d’intoxication au chlordécone. Des employés sont affectés, mais aussi des riverains, du fait des rejets dans les eaux. Les examens établissent un lien de cause à effet avec des troubles neurologiques apparus par la suite (tremblements, nervosité…). Conséquence : les États-Unis bannissent le chlordécone en 1977.


Pourtant aux Antilles Françaises, les pulvérisations se sont poursuivies trente ans après les premières mises en gardes. D'aucun ne pourra dire, qu'il ne savait pas ou qu'il ignorait les recommandations. En effet, de forts indices de pollution et des preuves locales de contamination des écosystèmes ou des aliments ont été cités de manière récurrente depuis la fin des années 1970, notamment par les rapports suivants : le rapport Snégaroff (INRA, 1977) ;le rapport Kermarec, 1979-1980 ;une étude de l’estuaire du Grand Carbet (UNESCO, 1993); le rapport Balland-Mestres-Faget, mission d’inspection diligentée par les ministères de l’environnement et de l’agriculture (1998).


D'autres rapports suivront dans les années 2000, mais aucune interdiction n'est engagée par le Gouvernement, bien trop aveuglé par l'argent du Lobby (béké) des producteurs de banane. Lobby qui a tenu pendant longtemps les mêmes discours pour que les pulvérisations se poursuivent : Concurrence avec la Banane Dollar (banane sud-américaine), les intempéries, les ouragans mais surtout le charaçon. Dans le reste du Monde, le pesticide est interdit. En France, en 1990 le Chlordécone est finalement interdit sur le territoire hexagonal pour protéger la santé de la population. Sauf aux Antilles-Françaises, où le pesticide est utilisé jusqu’en 1993, date où il perd enfin son autorisation. Malgré son interdiction complète et définitive, l'insecticide est toujours présent dans les sols où il peut persister environ 700 ans. De plus, on sait qu'un trafic de Chlordécone aurait eu lieu dès l'année de son bannissement. Des révélations portées par le chercheur Eric Godard, ancien fonctionnaire de l'ARS de la Martinique. Des trafics de chlordécone qu'il supputerait étant donné le très bon état des sacs du pesticide saisis en 2002. Plus probant encore, il expliquera avoir été témoin de plusieurs échanges de mails entre la DIREN (Direction de l'environnement) et la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) faisant état de fraudes, de trafics organisés. Un trafic, sans doute pensé par les puissants planteurs de bananes regroupés que depuis 2003, au sein de l'Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Martinique et de Guadeloupe (UGPBAN) avec la complicité d'anciens membres des gouvernements précédents.


Pour rappel, le scandale sanitaire a débuté en 2002, avec l’arrivée des patates douces de Martinique au port de Dunkerque. L'analyse confirmant la présence de Chlordécone dans les tubercules a rendu l’affaire publique. Sans aucune hésitation, au nom de la santé de la population française, elles ont été détruites. Cette révélation marque le début de la médiatisation du scandale scanitaire. Ainsi, après des années de silence de déni et plusieurs procédures, ce n'est qu'à partir de l'année 2019 que le gouvernement par la voix du président Emmanuel Macron a finalement reconnu ses erreurs dans ce dossier. Malgré le mea culpa, le dossier du Chlordécone est menacé de prescription. Un sentiment d'injustice que vivent les antillais qui y voient une nouvelle forme de discrimination à leur encontre, citoyens de seconde zone. Pour rappel, aux Antilles ( Guadeloupe et Martinique), le taux d'incidence du cancer de la prostate est d'environ 220 cas pour 100 000 habitants par an. En France Hexagonale, il est d'environ 90 cas pour 100 000 habitants par an.


Concernant la mortalité, alors que l'on observe une diminuion dans la plupart des pays dits développés, ce qui pourrait être expliqué par les avancées significatives sur le plan thérapeutique mais aussi, selon certains auteurs, par le dépistage individuel. En France, le taux de mortalité est de 7,9 pour 100 000 personnes-années, soit environ 8 000 décès par an tandi qu'aux Antilles-Françaises, il est de 23 pour 100 000 pers/an.


Ce mercredi 22 décembre la question de la pollution au Chlordécone a franchi une nouvelle étape, puisque le décret reconnaissant comme maladie professionnelle les cancers de la prostate liés à l’exposition d’un pesticide toxique largement utilisé pendant plusieurs années en Guadeloupe et en Martinique est paru au Journal officiel. Il permettra de faciliter l’indemnisation des victimes. Une nouvelle que les Martiniquais et les Guadeloupéens attendaient depuis longtemps. Le gouvernement en avait fait l’annonce un mois auparavant. Le décret précise la liste des “travaux exposant habituellement aux pesticides” : lors de la manipulation ou l'emploi de ces produits, par contact ou par inhalation” et “par contact avec les cultures, les surfaces, les animaux traités ou lors de l'entretien des machines destinées à l'application des pesticides”.


Déjà en 2013, l'Inserm, dans son expertise Collective avait avait conclu à la présomption forte d’un lien entre l’exposition aux pesticides, sans distinction de familles chimiques ou de substances actives, chez les agriculteurs, chez les applicateurs de pesticides et chez les ouvriers de l’industrie de production de pesticides et le risque de survenue du cancer de la prostate. De plus, l'Expertise soulignait que " pour le chlordécone, le risque de survenue de la maladie était également plus élevé chez les sujets déclarants des antécédents familiaux de cancer de la prostate parmi les apparentés au premier degré et plus élevé chez les patients présentant une forme agressive de la maladie au moment du diagnostic."



Néanmoins, on apprend que les indemnisations se feront sous certaines conditions. salariés agricoles, qui pourront demander ce statut à deux conditions : qu’ils aient été exposés au chlordécone pendant au moins dix ans, et que le délai de prise en charge (entre la dernière exposition et le diagnostic de la maladie) soit de moins de 40 ans. Le ministère de l’Agriculture précise que les personnes exposées moins de dix ans pourront néanmoins également faire une demande au niveau d’une commission régionale... Selon les estimations du ministère de l’Agriculture, les indemnisations s’élèveraient entre 1 000 et 19 000 euros par an environ pour un exploitant agricole. Les enfants exposés pendant la grossesse pourraient aussi en bénéficier. “On ne peut pas préjuger en amont du nombre de victimes”...



Six mois de contestation générale :


Une avancée qui est loin d'apaisée les tensions très vives sur l'île depuis que le Gouvernement a institué l'obligation vaccinale par la Loi du 5 Août dernier après abrogation du texte par le Parlement et à la suite de la décision rendue par le Conseil Constitutionnel.


Sont concernées, les personnes exerçant au sein :

  • Des établissements de santé et hôpitaux des armées ;

  • Des centres et maison de santé ;

  • Des dispositifs d’appui à la coordination des parcours de santé complexes mentionnés aux II et III de l’article 23 de la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé ;

  • Des centres et équipes mobiles de soins ;

  • Des Centres de Lutte Antituberculeuse (CLAT) ;

  • Des Centres Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD) ;

  • Des Services de Médecine Préventive et de Promotion de la Santé ;

  • Des services de prévention et de santé au travail ;

  • Des établissements ou services d’enseignement qui assurent, à titre principal, une éducation adaptée et un accompagnement social ou médico-social aux mineurs ou jeunes adultes handicapés ou présentant des difficultés d’adaptation : IME, IEM, ITEP, EEAP, IDA, IDV, INJA, INJS, SESSAD, SAFEP, SSEFS, CMPP ;

  • Des centres d’action médico-sociale précoce (CAMSP) ;

  • Des établissements et services d’aide par le travail (ESAT) et centres de pré-orientation (CPO) et réadaptation professionnelle (CRP) : ne sont concernés que les professionnels de ces structures, et non les personnes en situation de handicap bénéficiaires d’un contrat de soutien et d’aide par le travail ;

  • Des établissements et services qui accueillent des personnes âgées ou leur apportent une aide à domicile (EHPAD, PUV, RA, USLD, SSIAD, SPASAD, SAAD, centres d’accueil de jour) ;

  • Des résidences-services ;

  • Des établissements et les services, y compris les foyers d’accueil médicalisé, qui accueillent des personnes handicapées : MAS, FAM, foyers d’hébergement, foyers de vie, foyers occupationnels, SAMSAH, SAVS, SSIAD, UEROS ;

  • Des établissements dits « médico-social spécifique » (LAM, LHSS, CSAPA, CAARUD, ACT) ;

  • Des établissements et services expérimentaux ;

  • Des logements foyers seulement lorsqu’ils sont dédiés à l’accueil de personnes âgées ou handicapées (ce qui inclut les foyers logements pour personnes âgées, résidences accueils pour personnes souffrant de handicap psychique, mais exclut les foyers de travailleurs migrants) ;

  • Des habitats inclusifs.

Sont également concernées les personnes exerçant en tant que :

  • Professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique (médecins, sages-femmes, odontologistes, pharmaciens, préparateurs de pharmacie, physiciens médicaux, pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, ergothérapeutes et psychomotriciens, orthophonistes et orthoptistes, manipulateurs d’électroradiologie médicale et techniciens de laboratoire médical, audioprothésistes, opticiens-lunetiers, prothésistes et orthésistes, diététiciens), aides-soignants, auxiliaires de puériculture et ambulanciers, etc.) ;

  • Psychologues ;

  • Ostéopathes ;

  • Chiropracteurs ;

  • Psychothérapeutes ;

  • Personnes travaillant dans les mêmes locaux que les professionnels mentionnés ci-dessus ;

  • Les étudiants ou élèves des établissements préparant à l’exercice de ces professions.

Ainsi que les salariés de particuliers employeurs bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et de la prestation de compensation du handicap (PCH) ;

Sont également concernés :

  • Les sapeurs-pompiers et marins pompiers ;

  • Les personnels navigants et personnels militaires affectés de manière permanente aux missions de sécurité civile ;

  • Les membres des associations agréées de sécurité civile (pour leurs seules activités de sécurité civile, par ex. les personnels et bénévoles de la Croix Rouge Française intervenant sur activités hors sécurité civile ne sont pas concernés par l’obligation) ;

  • Les personnes en charge des transports sanitaires et transports sur prescription médicale (dont les taxis pour les trajets effectués dans le cadre du L. 322-5 du code de la santé publique) ;

  • Les prestataires de services et distributeurs de matériel mentionnés à l’article L.5232-3 du code de la santé publique


En revanche, ne sont pas concernés par l’obligation vaccinale les professionnels des crèches, des établissements ou services de soutien à la parentalité ou d’établissements et des services de protection de l’enfance.

Les personnes justifiant d’une contre-indication à la vaccination seront exemptées de l’obligation vaccinale. Les personnels non vaccinés avaient jusqu’au 15 septembre 2021 pour se faire vacciner, voire jusqu’au 15 octobre 2021 s’ils ont déjà reçu une première dose de vaccin, et sous réserve de présenter un test négatif. Un certificat de statut vaccinal leur sera alors délivré et s'ils ne l'ont pas fait, ils sont suspendus.

Conformément aux avis des autorités scientifiques, les femmes enceintes peuvent se faire vacciner dès le début de la grossesse.





Depuis le 15 Juillet, chaque samedi, les personnels soignants rassemblés autour du Collectif de l'intersyndicale, battent le pavet pour crier leur refus à l'obligation vaccinale car ils n'ont pas confiance au vaccin ARN Messager. Blocages des principaux axes routiers, meetings avec des prises de parole des leaders de mouvements syndicaux, marches au son du tambour rassemblant chaque semaine, plusieurs centaines de personnes dans les principales villes de Guadeloupe et de Martinique. L'opposition à l'obligation vaccinale est forte et semble ne pas faiblir.

En novembre dernier, face à l'intransigeance de l'Etat, la situation a même viré à l'émeute au mois de novembre dernier, où durant près de trois semaines, des scènes de pillage, de violences urbaines organisées par des bandes jeunes souvent très jeunes qui n'ont pas hésité à tirer à balles réelles sur les forces de police et même des journalistes, résultant de l'arrivée sur le territoire guadeloupéen et martiniquais de membres du GIGN et du RAID, pour ramener le calme, avant la visite de 48h ( 24h en Guadeloupe, 24h en Martinique) du Ministre des Outre-mers, Sébastien Lecornu qui a sitôt renvoyé la balle des revendications du Collectif dans les pieds des élus locaux, qui faut le souligner, ont durant tous ces mois, brillé par leur silence. Renvoyant dos à dos, élus et syndicats, le Gouvernement s'est complètement déchargé du débat relatif aux problématiques locales, qui effectivement relèvent des compétences locales dont, des élus locaux.


Depuis, un calme précaire, (sans doute lié aux fêtes de fins d'années) règne mais, en Guadeloupe, les différentes rencontres entre les élus et les syndicats se sont soldées encore une fois par des échecs. Ce qui a eu pour conséquence, un retour à la case départ avec des meetings, des marches et des mobilisations d'ampleur.


Instances d’écoute et de dialogue pour les professionnels de santé non-vaccinés en Guadeloupe et Martinique | cellules d’accompagnement et de reconversion professionnelle

En ce qui concerne la situation des personnels soignants réfractaires, depuis le début, la position du Gouvernement n'a pas changé. En effet, selon le ministère des Outre-mer, ce dernier leur propose de "s'orienter vers un nouveau métier" via une "cellule d'accompagnement et de reconversion professionnelle".


Nous apprenons également que, les instances d’écoute et de dialogue pour les professionnels de santé non-vaccinés dans les Antilles, annoncées par Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer et Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé le 26 novembre dernier, sont opérationnelles. En Guadeloupe, depuis le 6 décembre, 270 personnes se sont déjà inscrites sur la plateforme, une centaine de rendez-vous est programmée et 33 ont déjà été réalisés. En Martinique, la plateforme de prise de rendez-vous a été ouverte le 15 décembre.

Ces instances d’écoute et de dialogue permettent d’accompagner de manière individuelle chaque professionnel de santé concerné par une suspension pour non-conformité à la loi en vigueur. Dans les deux territoires, les intéressés ont jusqu’au 31 décembre pour s’inscrire. La suspension de salaire éventuelle est interrompue sans reprise d’activité pour celles et ceux s’inscrivant dans ce processus de dialogue. Ils ont ensuite 8 jours après leur rendez-vous pour faire connaître leur choix. Pour les personnes qui acceptent la vaccination, il est mis fin à leur suspension dès la première injection et la reprise des fonctions sera immédiate. Une aide en trésorerie pourra être accordée à ceux ayant subi une interruption de rémunération. Pour les personnes refusant la vaccination à l’issue de la phase de dialogue, elles sont suspendues et une cellule d’accompagnement et de reconversion professionnelle est mise en place dans les deux territoires pour orienter les intéressés vers un nouveau métier. Un dispositif de rupture conventionnelle de même qu’un accompagnement vers une reconversion professionnelle avec un placement en congé de formation seront proposés. En Guadeloupe, Florus Nestar, directeur général de Ladom, y coordonne la cellule d’accompagnement et de reconversion professionnelle. En Martinique, Antoine Denara, ancien directeur de Pôle emploi est le préfigurateur de la cellule. Ces cellules seront composées d’agents des ARS, des établissements hospitaliers, des DEETS et des centres interinstitutionnels de bilan des compétences. Les préfets de la Martinique et de la Guadeloupe, et les directeurs généraux des Agences régionales de santé, présenteront, dans les jours qui viennent, les détails du dispositif.



Preuve encore une fois que l'Etat ne reviendra pas sur sa politique vaccinale pour aucun territoire.









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