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Cuba : fin de l'ère Castro mais pas du communisme

A la tête de Cuba depuis la révolution de 1959, le clan Castro a dirigé la plus grande île des Caraïbe et son parti unique d'une main de fer. Soixante ans de politique faite de confrontation avec le puissant voisin états-uniens symbole de la Guerre Froide et désormais situation anachronique. Avec la mort de Fidel en 2016, puis l'annonce de son retrait de la vie politique en tant que président de l'île en 2018 et désormais son départ du Parti communiste, c'est donc une page historique qui se tourne à Cuba, mais pas celle du Communisme. Miguel Diaz-Canel déjà président de l'île hispanophone prend la tête du parti communiste et entend garder la ligne directrice.




Dès que l'on parle de Cuba, on pense aux plages de sable fin, aux cigares Cohiba que l'on savoure avec un bon verre de rhum Santisima, Pacto Navio ou Eminente avec pour fond sonore la musique salsa qui enflamme les nuits tropicales de La Havane ou de Santiago. Là, on vous plonge dans le décor d'un des livres d'Esnest Emingway. D'ailleurs, au début des années 1930, le célèbre auteur américain avait fait de Cuba sa destination préférée au point d'y posséder une maison.


De plus, lorsque l'on évoque Cuba, on pense aussi à la mafia américaine qui avait fait de l'île le centre névralgique de ses activités illicites notamment durant la Prohibition toujours dans les années 1930. Cependant, de Cuba on retient surtout une part plus historique avec notamment la Révolution de 1959 et l'avènement d'un certain Fidel Castro à la tête d'un groupe de rebelles anti-batista. Un événement qui a changé le cours de l'histoire de l'île caribéenne mais aussi plus largement du continent américain, car celle-ci passa du côté communiste, dès le début des années 1960.


A la tête de Cuba depuis la révolution de 1959, le clan Castro a dirigé la plus grande île des Caraïbe et son parti unique, le parti communiste cubain, d'une main de fer. Soixante ans de politique faite de confrontation avec le puissant voisin états-uniens symbole de la Guerre Froide. On se souvient de l'épisode de la Crise des Missiles de Cuba qui entraîna les deux superpuissances de l'époque, les Etats-Unis et l'URSS au bord d'une guerre nucléaire. Conséquence, le jeune président américain John Fitzgerald Kennedy imposa un blocus, toujours d'actualité à ce jour et désormais anachronique. Cuba sous la houlette des frères castros, c'est aussi soixante de politique Tiers-mondiste avec dès les années 60, un engagement militaire aux côtés des leaders des mouvements de décolonisation en Afrique ( Congo, Angola, Mozambique, soutien à l'ANC de Nelson Mandela, Ethiopie, Zimbabwe etc) ainsi qu'un soutien sans faille aux guérillas marxistes sur le continent américain, par exemple avec les FARCS en Colombie. Cuba s'est également une politique sanitaire interventionniste, avec l'envoie de médecins aux quatre coins de la planète. Les médecins cubains se sont fortement illustrés dans la lutte contre l'Ebola en Afrique de l'Ouest. Dernier épisode en date, La Havane a dépêché des centaines de médecins notamment en Italie pour lutter contre la pandémie de Coronavirus.


Au niveau politique, depuis 2016, Cuba vit un tournant historique. Petit à petit, la page castriste de l'île communiste se referme. Tout d'abord, en 2016, il y a eu la mort du leader Maximò, suivie en 2018 par l'annonce de son frère, Raùl qui était à la tête du pays depuis 2008 et du parti communiste depuis 2009, de quitter le pouvoir afin de laisser une nouvelle génération de dirigeants prendre la place. Le 19 Avril dernier, l'histoire a fait date, puisque désormais, Cuba et le parti communiste sont dirigés par Miguel Diaz-Canel, présenté depuis 2013 comme le successeur de Raùl Castro.






Diaz-Canel est la représentation de la nouvelle génération qui n'a pas connu ni la révolution ni l'ère Batista. Technocrate, véritable apparatchik du parti communiste, il est né le 20 avril 1960 à Santa Clara, il est détenteur d'un diplôme en ingénierie électronique, discipline qu'il a enseigné à l'Université de Las Villas. Il a été à la tête de la branche provinciale du Parti communiste cubain dans sa province natale de Villa Clara pendant dix ans, au cours desquelles il aurait parcouru la province à vélo à la rencontre des habitants. Il dirige ensuite le parti dans la province de Holguín pendant six ans. En 1991, il intègre le comité central du parti au niveau national ; en 2003, il est le plus jeune membre du bureau politique qui dirige le parti. Alors que beaucoup, notamment du côté de Washington voyait en lui un signe d'ouverture du fait de sa jeunesse, il incarne malgré tout la ligne dure du parti.


Le nouveau président entend suivre les traces de ses mentors, Fidel et Raùl et garder le cap initié par les deux frères Castros. A savoir, la lutte pour la souveraineté et continuer la résistance face à l'impérialisme américain grâce au socialisme tout en étant ouvert au dialogue avec Washington. Pourtant, Miguel Diaz-Canel a beaucoup à faire. Son pays est miné depuis deux décennies par une crise économique et sociale en partie liée à la chute des cours du sucre, la fin de l'Union soviétique qui a été pendant de nombreuses années le créanciers de La Havane mais également l'embargo imposé par les Etats-Unis. Par ailleurs, depuis l'année dernière, à l'image du reste du Monde, Cuba, est elle aussi concernée par l'actuelle pandémie qui a fait les millions de touristes annuels désertés cette destination caribéenne de premier choix. Les conséquences se déjà font ressentir pour les cubains qui avaient vu leur condition de vie s'améliorer ces dernières années.


Raùl Castro de l'ombre à la lumière :



Raùl Castro a longtemps été dans l'ombre de son charismatique frère et père fondateur du socialisme cubain. Les Etats-Unis ont longtemps sous-estimé, le " chinois" surnom qu'on lui a attribué, référence à son potentiel père biologique, qui n'aurait été autre que Felipe Miraval, un métis chinois et mulâtre qui aurait entretenu des relations avec sa mère Lina Ruz González. Contrairement au futur leader de la révolution, licencié en droit et docteur en sciences sociales puis avocat, Raùl qui a pourtant suivi le même cursus n'a pas de diplôme universitaire. A l'âge de 22, il part derrière le " Rideau de Fer" et visite plusieurs pays socialistes d'Europe de l'Est. Il adhère aux idées marxistes et, une fois de retour à Cuba, en 1953, il entre au Parti communiste, ce qui ne l’empêche pas le 26 juillet de la même année de lancer avec Fidel une attaque armée contre la caserne Moncada, à Santiago de Cuba et partir avec son frère en exil au Mexique puis aux Etats-Unis d'où ensemble, avec un certain Che Guevarra, il réorganise la rébellion à Batista. Parmi ses faits d'arme, il y a l'épisode durant lequel, alors qu'il est aux commandes de la région de Santiago de Cuba, il capture en 1958 des Américains à l’extérieur de la base de Guantánamo, si bien que Washington interdit à Batista tout bombardement aérien et toute action mettant en péril la vie des otages. Quelques mois plus tard, le 8 janvier 1959, la révolution triomphe : Fidel Castro prend la tête du pays et Raùl, quant à lui, devient Ministre de la défense de 1959 jusqu'à 2009.






Dans l'ombre de son charismatique frère ainé, Raùl a été pendant sous estimé principalement par Washington. Pourtant, c'est bien lui qui a initié Fidel au Marxisme et c'est encore lui qui a permis à Cuba de se rapprocher de Moscou dès le début des années 1960. Il est notamment vu comme la cheville ouvrière de la transformation du M-26, mouvement d’intellectuels et de paysans armés, en parti révolutionnaire, puis en parti communiste. Comme le rappellent les historiens, c'est Raùl, à la tête du Ministère de la Défense qui va se rendre à Prague et à Moscou pour avoir du soutien militaire face aux menaces persistentes des Etats-Unis. Les forces armées de Cuba sont rapidement équipées d’armes tchèques et soviétiques, et les officiers cubains sont formés dans les académies militaires de l’URSS. On sait aussi que c'est Raùl qui a créé et organisé le puissant service de renseignement Direcciòn de Inteligencia ( DI) qui a soutenue le président chilien Salvador Allende, aidée les FARCS et qui a menée de brillantes missions d'infiltration au sein des opposants anti-castristes basés à Miami ou même au coeur de l'appareil de l'Etat américain ( affaire des cinq espions cubains Cuban Five ou encore l'affaire des époux Myers.) En 1976, il devient Premier vice-président de Cuba.


Homme de confiance de l’URSS au sein du PC de Cuba, Raúl Castro est cependant le premier à tirer les enseignements de l’effondrement de l’empire communiste, en 1991. C'est lui qui a va insuffler à Fidel, l'idée de réformer les institutions du pays. Il prône alors une réforme économique, mais sans les réformes politiques qui ont précipité la chute de Gorbatchev. Il entend s’inspirer du modèle chinois lancé par Deng Xiaoping.


Fidel affaibli par la maladie, laisse Raúl lancer quelques timides réformes. Il devient président en 2008 puis chef du Politburo du Parti Communiste la même année, il entend faire de son pays, la petite Chine de la Caraïbe. Sous sa présidence, on retiendra sa volonté de briser l'isolement de Cuba, qui figure encore à ce jour parmi les derniers états socialistes; mais aussi, son rapprochement avec Moscou dont les liens avaient été rompus en 1991 à la chute de l'URSS et rétablis depuis, ainsi que sa volonté d'améliorer ses relations avec Washington. Barack Obama, président des États-Unis, lève partiellement l’embargo et effectue une visite historique à Cuba. Mais cette embellie tourne court quand Donald Trump rétablit les sanctions. L'avenir de Cuba se joue en partie du côté de Washington où la nouvelle administration Biden semble vouloir gommer les erreurs de la précédente administration. Raúl Castro quitte le pouvoir, sans violence ni crise, à l’âge de 90 ans mais le bilan reste tout du moins mitigé.