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Déboulonner ou ne pas déboulonner les statues ? La question qui divise

En moins d'une décennie, le phénomène de destruction des statues s'est propagé à travers le monde. Aux Antilles-Françaises, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni ou encore en Belgique les militants anti-racistes s'attaquent à ces symboles qui rappellent le passé colonial ou esclavagiste.




Depuis des millénaires, pour honorer leurs héros ou leurs dieux, les Hommes ont fait construire des statues. Mais, quand ces héros ont été des bourreaux pour d'autres peuples , la présence de ces statues commémoratives devient problématique.


En effet, quand on vit dans un territoire qui a connu la colonisation et, où se pratiquait l'esclavage,l'idée de mémoire est importante. Au fil des années, les descendants de ces individus opprimés ont pris confiance et conscience de leur histoire et peu à peu, la conscientisation a pris le pas sur les " Récits nationaux" omniprésents dans des pays comme la France par exemple. Conséquence, la présence de statues rendant hommage à des personnages " historiques " vénérés par l'ensemble de la nation mais qui pour certains, furent de véritables criminels dans les ex-colonies est très souvent critiquée.


La question a d'abord été soulevée par les associations et les militants se revendiquant de la mouvance " Black Consciousness" ou par des syndicats et partis politiques proche de la gauche radicale. Grâce au développement d'internet, des réseaux sociaux et des sites d'hébergement de vidéos tels que Youtube, la parole s'est peu à peu libérée et la démarche explicative a permis aux citoyens de ces pays de s'informer sur leur histoire et celle de leurs ancêtres. Ainsi, la présence de ces symboles du passé colonial ou esclavagiste est devenue une source de frustration et donc de tension.


Le problème est revenu sur le devant de la scène lors des différentes manifestations anti-racistes de portée internationale, suite à la mort tragique de George Floyd, afro-américain de 46 ans, soupçonné d'avoir tenté d'écouler un faux billet de 20 dollars dans un magasin où il s'était rendu pour acheter un paquet de cigarettes et dont l'arrestation par une équipe de police de la ville de Minneapolis, filmée par des passants a choqué l'ensemble des Etats-unis et bien plus encore, le Monde entier. En effet, dans la vidéo, on y voit Derek Chauvin, agent de police déjà mis en cause dans plusieurs actes de violence, plaqué George Floyd au sol en gardant son genou sur son cou pendant plus de 8 minutes. L'afro-américain appréhendé décédera quelques minutes après les faits.

Au cours des manifestations, les militants sont passés à l'action en s'en prenant à ces symboles d'un temps révolu. Synonyme de libération voire d'émancipation pour ceux dont les ancêtres ont souffert du joug colonial, mais dénoncées par les classes politiques, notamment en France, les destructions des statues rendant hommage à des personnages controversés des siècles précédents, prouvent que le passé ne passe pas et qu'elles divisent la société.


Le déboulonnage des statues gagne du terrain dans le Monde :


Le 22 Mai dernier, sur l'île de la Martinique, des militants se sont attaqués à deux statues de Victor Schoelcher, une dans le bourg de la commune de Schoelcher et l'autre située devant l'Espace Camille Darsière en plein centre ville de Fort-de-France. Considéré dans l'histoire officielle comme un héro national pour son action en faveur de l'abolition de l'esclavage, Victor Schoelcher est tout autant décrié par les militants anti-racistes pour ses positions en faveur de l'indemnisation des anciens propriétaires d'esclaves ( il était aussi sensible à indemniser les esclaves mais, il ne fut pas suivi sur ce point ). Homme de Lumière, mais avant tout homme du XIXe siècle, Schoelcher restait un homme de son temps avec une vision paternaliste à l'égard des afro-descendants des territoires d'Outremer. Par ailleurs, il prônait la "porter de la civilisation" en Afrique et, demeurait malheureusement, l'un des précurseurs de la " mission civilisatrice " européenne ( idée chère à Jules Ferry) afin d'y trouver des débouchés économiques avec " deux cent millions de consommateurs".


La destruction de ces deux statues, a porté un coup à l'ensemble du " Roman National", consacré à la question de l'abolition de l'esclavage. Au plus haut sommet de l'Etat, l'action des activistes martiniquais, a fait réagir le président de la République :


"Je vous le dis très clairement, mes chers compatriotes, la République n'effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire. Elle n'oubliera aucune de ses œuvres. Elle ne déboulonnera pas de statue", a-t-il affirmé. "Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre histoire, toutes nos mémoires, notre rapport à l'Afrique en particulier pour bâtir un présent et un avenir possible d'une rive à l'autre de la Méditerranée, avec une volonté de vérité" a répondu Emmanuel Macron,président de la République Française lors de son allocution officielle. Déclaration qu'il a réitéré à plusieurs reprises.


Autre réaction, celle d'Edouard Philippe, interrogé sur le sujet à l'Assemblée Nationale. Face au membre du gouvernement, il s'est dit profondément choqué. Voici ses propos rapportés par nos confrères de La 1ère : " Notre Histoire est glorieuse et compliquée. Vouloir procéder à une forme d'épuration mémorielle me parait aussi dangereux que de vouloir procéder à d'autres sortes d'épurations. Nous devons regarder notre Histoire en face [...] J'ai été profondément choqué parce que cela traduit quelque chose qui ne va pas, j'ai été profondément choqué qu'à Fort-de-France on déboulonne les statues de Victor Schoelcher. A Fort-de-France ! ". Cependant, le chef du Gouvernement a expliqué qu'il avait été "déçu que la République ne reconstruise pas la statue au général Dumas qui a été fondue par les Nazis en 1940. Le général Dumas qui dit beaucoup plus de choses sur ce qu'est l'idéal républicain."


Schoelcher n'est pas le seul personnage historique controversé. Plusieurs " Grands Hommes" de l'Histoire nationale divisent encore la société. On peut parler de Louis XIV dit le Roi Soleil qui a fait la France entrée dans le cercle des nations esclavagistes mais qui reste dans l'histoire comme un souverain bâtisseur. C'est aussi le cas pour son ministre Jean-Baptiste Colbert, Contrôleur général des Finances, secrétaire d'Etat à la Maison du Roi et figure emblématique de la modernisation de la politique intérieure et extérieure de la France, et de son service des Impôts fut aussi le rédacteur du " Code Noir" texte régissant les droits mais surtout les devoirs des esclaves dans les Îles à Sucre. Malgré ce fait, dans l'Hexagone, plusieurs établissements scolaires, des places, des statues sont érigés à la mémoire de Colbert. Autre personnage qui sème la discorde, le Général Gallieni. Héro militaire, il reste célèbre pour son action lors de la Première Guerre Mondiale, où il avait ordonné la réquisition des taxis parisiens pour apporter du renfort à la bataille de l'Ourcq. Il a joué un rôle beaucoup plus sombre dans l'Histoire de France. En effet, administrateur colonial dans sa jeunesse, il mena plusieurs expéditions coloniales en Afrique au nom de la France. Il est tristement connu pour la répression à Madagascar ( 1896-1900). Il est d'ailleurs à l'origine du massacre de Menalamba sur la grande île africaine, ce qui a eu pour conséquence le maintien de l'esclavage sur l'île et la fin du pouvoir monarchique local.


Jeudi dernier, les militants antiracistes se sont attaqués à sa statue Place Vauban dans le VIIe Arrondissement de Paris. Dans la vidéo ( publiée ci-après), on y voit, deux hommes escaladés, le socle où repose la statue avant de la couvrir d'un immense drap noir. Alertée de l'opération en cours, la police est rapidement intervenue sur place pour les faire redescendre. Les deux individus ont été appréhendés et menottés.

Lors de la manifestation des soignants, mardi 16 juin,la statue du militaire avait déjà été vandalisée. Elle avait été recouverte d'inscriptions (Déboulonnons le récit officiel", "Dans un musée", "État responsable"). Le lendemain, le mercredi 17 juin,la station de métro Gallieni, située à Bagnolet, a été brièvement débaptisée par des militants communistes et écologistes, qui l'ont renommée Josette et Maurice Audin, figures communistes et militants anticoloniaux, originaires de la ville.


Samedi, à Lille, au cours d'une manifestation antiraciste rassemblant entre 200 et 300 manifestants, l'image d'un autre personnage très controversé de l'Histoire Nationale, le général Louis Faidherbe, a été écornée. Aux cris de " Faidherbe doit tomber" les militants réclamaient le retrait de la statue ou au moins l'ajout d'une plaque explicative sur le rôle dans la colonisation du Sénégal. Si la manifestation n'a occasionné aucun débordement apparent, dimanche dernier, la statue a été retrouvée taguée avec deux mots " colon " " assassin". Pour l'heure, la mairie de Lille a été sollicitée pour effacer les inscriptions. Né à Lille en 1818 (1818-1889), Faidherbe, Héro de la guerre Franco-Prussienne de 1870 à laquelle il prit part en préservant sa région natale de l'invasion prussienne, est aussi tristement célèbre pour sa participation à la colonisation du Sénégal qui fut particulièrement violente.

Napoléon Bonaparte est lui aussi sujet à controverse, tant son héritage dans l'Histoire nationale divise. Sauveur de la France les dernières années de la Révolution, génie militaire qui a brillé par son talent sur différents champs de bataille sur Terre comme sur les mers, fin stratège,réformateur, architecte de l'administration française, l'Empereur des français est aussi vu comme un tyran sanguinaire qui a mené de terribles campagnes à travers l'Europe. Son image est aussi associée au rétablissement de l'esclavage ( aboli une première fois en 1794) dans les colonies françaises d' Hispaniola (aujourd'hui Haïti), la Guadeloupe, Bourbon ( La Réunion), Isle de France ( Maurice) ce qui eu pour conséquence l'indépendance de la Première République Noire dans l'histoire occidentale, Haïti.

On pense aussi à Jules Ferry, Victor Hugo, Voltaire autres figures littéraires et politiques adulées pour avoir marqué l'histoire française mais qui ont eux aussi tenu des propos négrophobes.


La lutte contre le racisme passe par la destruction des statues :


Alors qu'en France Hexagonale la question du déboulonnage divise, dans le reste du Monde, des pays ont emprunté le chemin de la réconciliation nationale en détruisant les souvenirs douloureux du passé. L'Afrique du Sud est le premier exemple. En 2015, la nation arc-en-ciel a déboulonné des statues de Cécil Rhodes, colonisateur britannique de l'Afrique du Sud, de la Zambie et du Zimbabwe, fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers, devenu par la suite le tout premier premier ministre de la colonie du Cap de 1890 à 1896. Plusieurs statues de l'ancien administrateur colonial trônaient devant l'université du Cap depuis 1934, de même que celles de la Reine Victoria, de Paul Kruger ou de Louis Botha. Trois personnages historiques ayant joué un rôle majeur durant la clonisation et l'établissement du régime de l'Apartheid. Le retrait de ces statues traduisait la frustration d'une grande partie de la population sud-africaine.

Ailleurs dans le monde, en Guadeloupe en 2015, une stèle bâtie sur le site de la Pointe Allègre à Sainte-Rose, rendant hommage à l'arrivée des premiers colons européens dans l'archipel fut détruite par plusieurs personnalités et organisations anticolonialistes dont le LKP. Son installation avait provoqué l'indignation de nombreux guadeloupéens qui voyaient en cette stèle la célébration de l'esclavage et du génocide des premiers habitants de l'Archipel, les Amérindiens.

En Octobre 2016, au Ghana, c'est la statue du Mahatma Gandhi; considéré comme le chantre de la non-violence, a été retirée de l'université de Accra. C'est un collectif de professeurs et d'étudiants qui s'est mobilisé en faveur du déboulonnage de la statue du père de l'indépendance de l'Inde. Cette statue était un cadeau du gouvernement indien au gouvernement ghanéen en signe d'amitié. Une pétition en ligne avait dénonçant le raisme de Gandhi fut lancée, les auteurs exigeaient que la statue soit démontée. La controverse serait venue du fait que dans ses écrits, le Mahatma, qui dans sa jeunesse a vécu en Afrique du Sud entre 1893 et 1814, faisait référence aux noirs du pays en tant que " Kaffir", terme péjoratif utilisé par les blancs afrikaaners à cette époque, pour les qualifier de " d'indigènes non civilisés". Il écrira :


" Les Kaffirs sont en règle général non civilisés, ils sont condamnés plus encore. Ils sont gênants, très sales et vivent presque comme des animaux. Chaque salle commune contient près de 50 à 60 d'entre eux. Ils commencent souvent les disputes et se battent entre eux. Le lecteur peut facilement imaginer le sort du pauvre indien jeté en cette compagnie là."


Aux Etats-Unis, il existerait plus de 1500 symboles confédérés. Depuis 2016, les monuments et autres symboles à la gloire des généraux ou des hommes politiques des anciens Etats confédérés esclavagistes du Sud sont régulièrement pris pour cible par les manifestants anti-racistes. L'un des plus décriés est évidemment le drapeau confédéré, emblème de ralliement et objet de fierté des sudistes, il est aussi considéré comme un symbole d'oppression notamment par la communauté afro-américaine dont les ancêtres ont été esclaves. En 2015, le drapeau qui flottait sur le mat du capitole de la Caroline du Nord où il flottait a été retiré par la jeune activiste afro-américaine Bree Newsome, cinéaste, musicienne et conférencière, pour qui cette bannière était inextricablement liée aux exactions commises durant l'esclavage. De plus, cette action s'inscrivait dans le cadre d'une campagne visant à retirer le drapeau ainsi que d'autres icônes confédérées des bâtiments gouvernementaux fédérés et fédéraux. Depuis, le mouvement s'est propagé à plusieurs états du Sud. En 2017, la polémique a été ravivée lors des événements de Charlottesvilles, au cours desquels, une manifestante fut percutée par une voiture conduite par un militant d'extrême droite. Dans la foulée, plusieurs statues à la gloire des généraux sudistes furent détruites. Par exemple à Baltimore où la municipalité a décidé d'elle-même de déboulonner deux statues de soldats confédérés à l'aide d'une grue. A Lexington dans le Kentucky, le maire de la ville a pris la décision de déplacer deux statues confédérées, un mois avant les événements, la municipalité avait acté pour le retrait du drapeau confédéré. A Durham en Caroline du Nord, la statue d'un soldat confédéré érigée en 1924 a été abattue lundi par des manifestants et, le même jour, une autre a été déboulonnée à Gainesville en Floride. A Nashville dans le Tennessee, des dizaines de manifestants ont réclamé le retrait du Capitole d'un buste de Nathan Bedford Forrest, général confédéré et fondateur du Ku Klux Klan. Dans d'autres villes telles que Baltimore (Maryland), la Nouvelle-Orléans (Louisiane) ou encore Austin (Texas), plusieurs statues érigées en l’honneur de généraux esclavagistes sont démolies les jours suivants. Même scénario à Richmond (Virginie) où la statue de Williams Carter Wikham, un autre général des confédérés, est mise à terre et taguée lors d’une manifestation contre les violences policières.


Depuis la mort de George Floyd, de nombreux monuments ou statues représentant des personnalités controversées ont été détruites. Dans la soirée de lundi, des manifestants ont justement tenté, à Washington D.C., là où se trouve la Maison Blanche, de mettre à terre une statue. Elle représente l’ancien président des États-Unis Andrew Jackson, qui occupa la Maison Blanche de 1829 à 1837, est un personnage controversé notamment pour son passé esclavagiste et parce qu’il est également resté dans l’histoire pour avoir massivement fait déporter les tribus indiennes. Sur un côté de la statue, située sur Lafayette Square, le mot “assassin” (“killer”) a été écrit en lettres noires.  Des actions condamnées par l'actuel locataire de la Maison Blanche en pleine campagne pour sa réélection. Donald Trump comme pour réconforter son électorat blanc a demandé des peines de prison extrêmement sévère pour celles et ceux qui détruisent les statues.


Les généraux sudistes ne sont les seuls dans le collimateur des militants de la cause noire. En effet, Christophe Colomb est lui aussi au coeur de la controverse. Longtemps célébré comme « celui qui a découvert l'Amérique », Christophe Colomb est aujourd'hui vu par certains comme le symbole de l'arrivée des Européens et de leurs violentes revendications sur des terres ne leur appartenant pas. Dès lors, au pays de l'Oncle Sam, plusieurs Etats ont décidé de retirer les statues et monuments à la gloire du navigateur génois. ans plusieurs villes, des statues ou effigies de l'explorateur européen ont été vandalisées, écrasées ou peintes avec de la peinture rouge. Des dizaines de villes américaines ont remplacé la célébration en octobre du « Columbus Day » devenu jour férié fédéral en 1937 – par une journée d’hommage aux peuples indigènes. Des pétitions ont été aussi lancées pour demander le retrait complet des monuments à la gloire du navigateur.


La mort de George Floyd aura eu pour conséquence de réveiller les consciences même au delà des frontières des Etats-Unis. La traque des statues symboles d'un passé esclavagiste ou colonial gagne désormais les autres continents. C'est au Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale que le mouvement a connu une forte ampleur. A Bristol, le 7 Juin, des manifestants ce sont attaqués à la statue d'Edward Colston, érigée en 1895. Personnage emblématique de la ville, Edward Colston fut de son temps un personnage influent et extrêmement riche. Sa fortune fut bâtit grâce au commerce des esclaves. Issu d’une famille marchande prospère, il se consacre jusqu’à sa mort à développer Bristol par le mécénat et la charité, ce qui lui vaut d’être élu député tory de 1710 à 1713. Après sa mort, il est durablement célébré comme un bienfaiteur de la cité portuaire. Mais, depuis la fin des années 1990, cette mise en avant de Colston est remise en question dans le cadre des débats mémoriels liés à l’esclavage. Le 7 Juin dernier, sa statue a été déboulonnée à l'aide d'une corde avant d'être jetée dans le canal du centre-ville. La pétition réclamant qu’elle soit retirée par le Conseil municipal de Bristol avait recueilli plus de 10.000 signatures.







Dans la foulée, en Belgique au cours des manifestations anti-racistes, c'est la place de Leopold II dans l'histoire qui a été dénoncée. Plusieurs statues érigées à la gloire de son règne ont été déboulonnées, certaines vandalisées ou couvertes de peinture avec des inscriptions " raciste", " criminel". Depuis quelques années, l'omniprésence du roi dans la société belge, fait débat. L'ancien monarque dont le règne a fait entrer la Belgique dans le rang des grandes nations est fortement décrié. En 2008, la statue du roi située à côté de la place du Trône à Bruxelles a été couverte de peinture rouge. C'est une action de l'écrivain contestataire Théophile de Giraud qui, jusqu'à présent qualifie l'ancien Roi des Belges de criminel contre l'humanité.



Entre 1885 et 1908, l'administration belge du roi Léopold II a orchestré un système d'exploitation qui a fait des millions de morts au Congo. Léopold II, roi des Belges, obsédé par l'idée de posséder une colonie, se voit attribuer le Congo comme "propriété personnelle" et se prévaut d'une mission civilisatrice et humanitaire. Il modernise la région, développe des infrastructures, favorise le commerce et l'agriculture, crée des villes. Dans le même temps, il fait main basse sur les richesses locales, le caoutchouc et l'ivoire, s'arrogeant dès 1891 le monopole de leur exploitation. L'administration de "l'Etat indépendant du Congo" organise alors un système répressif, brutal et sauvage, pour faire travailler les populations autochtones. Massacres de masse, tortures et châtiments corporels, asservissement, villages rasés, rien ne fut épargné aux indigènes qui cherchaient à se soustraire au travail forcé, ne récoltaient pas assez de caoutchouc ou ne rapportaient pas suffisamment de pointes d’ivoire. La punition la plus répandue était la section de la main. Si les villages ne rendaient pas la quantité de caoutchouc dont on avait besoin, on prenait les hommes mâles adultes et on leur coupait la main. La deuxième fois, on leur coupait l'autre main. Si la famille continuait à ne pas donner le caoutchouc, on tuait. 




Toujours à la Martinique, le 6 Juin dernier, des manifestants ont détruit, deux plaques commémoratives,aux Trois-Ilets, l’une dédiée à Joséphine de Beauharnais et l’autre à Léon Papin Dupont qui étaient apposée sur la façade de l’église de Notre-Dame de la Bonne Délivrance aux Trois-Îlets. Classée monument historique en 1993, la façade de l’église a été taguée d’une inscription rouge, en créole, disant « Respé » qui signifie « Respect ».



Dans d'autres pays tels que l'Australie ou l'île de la Réunion où la question coloniale est d'ordinaire passée sous silence, le déboulonnage des statues de personnages controversés, est désormais au centre du débat. Ces dernières années, dans les Mascareignes (île de La Réunion; Maurice; Seychelles) c'est la place accordée à Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais qui est dénoncée. Déjà en 2015, la statue de l'ancien gouverneur avait été taguée. Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais fut connu pour sa cruauté envers les noirs marrons :


« La Bourdonnais organisera la lutte contre les Noirs marrons qui représentent un danger constant pour les colons […]. La Bourdonnais va mettre sur pied de grandes battues. […] Le gouverneur leur portera l’estocade par la création de milices constituées des colons les plus valides. Mahé de La Bourdonnais sera aidé dans ce travail par François Mussard qui n’aura de cesse jusqu’à sa mort, de traquer les marrons » ( dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes », Dureau Reydellet, 1994, page 49-50 ).


Pour avoir jouer un rôle majeur dans l'implantation des premiers esclaves à l'île Maurice et leur utilisation dans la construction des infrastructures publiques :


« Vous mettrez deux cents Noirs à la disposition de la Compagnie […] Si après distribution faite, il reste des Noirs, on les vendra au prix taxé par la Compagnie » (dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes », Dureau Reydellet, 1994, page 51-52, extrait d’une missive envoyée par Mahé de La Bourdonnais au commandant de Bourbon en 1736).


« Ce fut pour faire des ouvrages très pressants et ordonnés par le ministère que, par une délibération du conseil de 16 août 1736, il fut arrêté que les habitants qui avaient des noirs en fourniraient un sur vingt. Cela fut exécuté, et ces noirs furent en effet employés à la construction de la batterie de Saint-Paul et de la loge Saint-Denis. » (dans « Mémoires historiques de B.F. Mahé de La Bourdonnais, gouverneur des îles de France et de Bourbon », Pélicier et Chatet, 1827)





En Australie, c'est l'aspect positif des actions de James Cook, navigateur, cartographe, militaire et explorateur britannique. Premier européen à avoir mis un pied sur l'île continent, James Cook est célébré comme un héro national. Mais son expédition a mis un terme à la civilisation aborigène et aux autres civilisations du Pacifique ainsi que la mise en place d'un régime colonial ségrégationniste en Australie, avec des aborigènes considérés comme des citoyens de seconde zone ayant subi massacres, sévisses et humiliations pendant des siècles.Dans tous ces cas de figure, l'heure de la vérité est arrivée et la réconciliation est impérative, mais pour qu'elle se fasse il faudrait que l'Histoire, la vraie soit enseignée aux générations futures, pour que plus jamais, le racisme, la négrophobie, ou l'intélorance ne soient des sujets du passé.




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