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Des médecins Cubains à la Martinique.

On les attendait, on se demandait même, s'ils viendraient, ce vendredi, à travers la presse locale, ne délégation de 15 médecins cubains est partit vendredi en Martinique. Il s’agit de la première mission de ce genre sur un territoire français, avec l'objectif d'aider à combler le désert médical.




Dans notre article du 1er Avril , nous évoquions la possible arrivée de médecins cubains vers les territoires français de la Caraïbe. Cet envoie fait suite à l'adoption, en mars, d'un décret autorisant l'intervention de médecins cubains dans certains territoires d'outre-mer (Guyane, Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon) afin de venir renforcer les équipes locales.


La mission en Martinique durera deux mois, servira à couvrir certaines spécialités dont la pneumologie, l'infectiologie, la radiologie ou encore la médecine d'urgence, selon les autorités martiniquaises. Ces médecins pourront aussi aider à lutter contre l'épidémie de coronavirus.


De plus, la mission médicale cubaine à la Martinique répond à un double objecif; celui de faciliter les échanges de pratiques entre les équipes médicales de Martinique et leurs homologues cubains dans le contexte intertional de la gestion du Covid-19 et modéliser une coopération médicale plus active au sein de la Caraïbe.


L'équipe médicale est composée de quinze professionnels de la santé; deux pneumologues, deux médecins polyvalents, deux infectiologues, deux réanimateurs anesthésistes, trois radiologues, deux néphrologues, un hématologue, un radiothérapeute et un médecin urgentiste.


Une histoire de l'aide médicale de Cuba :


Depuis le début de la crise de coronavirus, l'île communiste connue pour la qualité de ses soins, malgré un embargo de plus de cinquante ans, a envoyé des médecins aux quatre coins du monde. Après l'Italie ( Lombardie), l'Espagne et Andorre, c'est la troisième fois que Cuba envoie des médecins dans des pas dits " riches". Dans la région Caraïbe, l'île communiste apporte son aide médicale à plusieurs pays parmi lesquels la Jamaïque où 140 médecins et infirmiers(ières) ont été envoyés, mais aussi au Venezuela qui accueille 130 professionnels cubains, Haïti ( 200 professionnels de la santé), sans oublier le Suriname (51 médecins et infirmiers), le Belize ou encore l'île de Grenade où 5 médecins ont été envoyés.


Cependant, le régime castriste, depuis son avènement suite à la révolution de 1959 s'est érigé en une nation médicale. En effet, dès sa prise de pouvoir, le régime communiste a mis l'éducation et surtout la santé au centre de ces priorités nationales. La plus grande île des Caraïbe est régulièrement citée en exemple par les ONG et par l'Unesco notamment. Education gratuite, services de soins entièrement gratuits. Cuba figure dans les classements des pays ayant les meilleurs IDH ( 67e place en 2016, ce qui la situe parmi les pays à développement humain élevé). des chiffres qui assure à Cuba une certaine réputation internationale mise en pratique par la politique de coopération médicale avec les autres nations, parmi les plus pauvres de la planète. Une politique menée dès les premiers jours de la révolutions castriste lorsque la quasi totalité des médecins et spécialistes de l'île ont préféré quitté Cuba. plutôt que de voir leur niveau de vie baisser. La moitié des 6912 médecins abandonnent alors ainsi l'île. plutôt que de voir leur niveau de vie baisser. La moitié des 6912 médecins abandonnent alors ainsi l'île. Pour faire face à cette fuite des cerveaux, le nouveau gouvernement dirigé par Fidel Castro se tourne vers les campagnes de l'île en recrutant des jeunes campagnards connaissant bien la vie tropicale et met en place un système de formation rapide. Leur première mission se fera en Algérie en 1963. La jeune nation algérienne à la fin de la guerre de décolonisation qui l'opposait à son ancienne puissance coloniale est en déficit de personnel médical à la suite du retrait des médecins français. Des soldats et des enfants blessés sont aussi transférés à Cuba afin d'être traités lors de cette opération, malgré la pénurie de professionnels de la santé, la mission cubaine est un succès. L'expertise médicale des cubains est dès lors reconnue.


Suivront plusieurs dizaines de missions à l'étranger. Guerre Froide oblige, Cuba propagera à travers la coopération médiale sa vision du socialisme. Guinée-Bissau, Cap-Vert, Guinée Equatoriale, Congo, Mozambique, Ethiopie partout où de jeunes nations accèdent à l'indépendance dans des luttes acharnées contre les puissances coloniales européennes on retrouvera non seulement des militaires cubains mais aussi des médecins et autres spécialistes cubains. C'est d'ailleurs durant les guerres d'indépendance et civiles angolaises que l'on retrouvera à la fois des personnels militaires mais aussi des milliers de médecins et infirmières. En 1979, Fidel Castro envoya des médecins cubains aux côtés des Sandinistes qui venaient de prendre le pouvoir au Nicaragua. Plus récemment, c'est en Haïti que l'expertise des médecins a été reconnue lors de l'épidémie de Choléra qui a frappé la première république noire entre 2010 et 2013. On a pu aussi voir des médecins cubains intervenir dans les favelas au Brésil mais également au Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Salvador, Guatemala, dans les quartiers pauvres d'Afrique du Sud, ou encore dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, lors de l'épidémie d'Ebola. Ainsi, pendant quatre décennies, Cuba a envoyé 67 000 professionnels de la médecine dans le cadre de programmes de coopération, généralement pour une période d'au moins deux ans dans 94 pays une moyenne de 3 350 professionnels travaillant à l'étranger chaque année entre 1960 et 2000. Selon les derniers chiffres de 2016, les médecins cubains sont présents dans 62 pays : 24 pays d’Amérique latine et des Caraïbes, 27 d’Afrique subsaharienne, d’Asie orientale et du Pacifique, deux du Moyen Orient et d’Afrique de l’Est, ainsi qu’en Russie et au Portugal. Aujourd'hui on dénombre 29 071 médecins cubains opérant à travers le monde ( voir la carte ci- dessous).





A la chute de l'Union Soviétique, au début des années 1990, l'île communiste fortement liée à son ancien allié russe, a été confrontée à une grave crise économique. Beaucoup d'experts internationaux, pariaient même sur la chute du régime castriste qui pourtant s'est rapidement adapté à la situation. Le régime communiste a entamé une métamorphose de son économie " socialiste". Ces dernières années, La Havane a misé sur le tourisme pour booster son économie moribonde, frappée depuis 1959 par les sanctions américaines. En moins de deux décennies, le tourisme est devenu une manne financière considérable pour la plus grande île de la région. En 2016, année du rapprochement avec le puissant et ennemi américain, quatre millions de touristes ont visité l'île. En 2017, ils étaient environ 5 millions ( dont 619.523 visiteurs américains) à se rendre à Cuba. Des chiffres plutôt encourageant pour un pays sous embargo. Mise à part le tourisme, Cuba mise également sur la santé comme un vecteur économique. Selon José Luis Rodriguez Garcia, ancien ministre de l’économie, la coopération médicale internationale rapporterait 11 milliards de $ en moyenne par an à Cuba, qui facture la coopération dans 35 des 63 pays bénéficiaires. En 2018, l'île socialiste enregistrait 6,398 milliards de dollars de recettes de la coopération médicale. Une baisse considérable liée principalement à la fin de plusieurs de ses programmes au Brésil, en Equateur ou encore en Bolivie, d'anciens alliés qui ont basculés à droite. Malgré cela l'internationalisme médicale reste la première ressources de l'île, loin devant le tourisme, qui ne rapporterait ( selon les chiffres de 2016) que 3 milliards de dollars. On peut donc dire que l'envoi de médecins à l'étranger reste la principale source de revenus externes pour l'économie. Très controversée, accusée même d'esclavagisme par les Etats-Unis, les bénéfices (75 à 89% du montant des salaires) de la coopération médicale permettent selon les autorités cubaines de financer l'éducation et la santé.


Suite à la politique hostile de Donald Trump avec Cuba, des pays ont décidé de renvoyer les médecins à la Havane, dont la Bolivie, l'Equateur, le Salvador ou encore le Brésil. Ce qui n’a pas empêché de nombreux pays, en difficulté avec la propagation fulgurante du nouveau coronavirus, de faire appel à la Havane. Par ailleurs, en venant en aide à des pays occidentaux comme la France ou encore l’Italie, La Havane espère également renforcer ses liens avec ces pays à l'avenir. Entre l’embargo américain et les multiples sanctions prises à son encontre, les finances cubaines sont étouffées depuis des décennies. Nouer des liens sur chaque continent peut avoir un retour diplomatique aussi important que le côté financier.


De plus, obéissant à la doctrine castriste, ces soldats en blouse blanche vont démontrer que la coopération médicale entre pays, peu importe le système politique est possible. C'est d'ailleurs ce que Fidel Castro avait souligné en 2003, lors d'un voyage officiel en Argentine : « Notre pays ne lance pas de bombe contre d'autres peuples. Il n'envoie pas de milliers d'avions bombarder des villes. Notre pays ne possède pas de bombe nucléaire, ni d'armes chimiques, ni d'armes biologiques. Les dizaines de milliers de scientifiques que comptent notre pays, ses médecins, ont été formés pour aider et sauver des vies. Vive la Fraternité entre les Peuples ! Vive l'Humanité ! Hasta la Victoria Siempre ! »




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