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En Guadeloupe, l'Histoire se dévoile aux Abymes.

Loin du Covid et de sa folie ambiante. L'histoire s'est une nouvelle fois dévoilée pour le plus grand plaisir des passionnés, des archéologues de l'INRAP qui ont mis à jour une centaine de sépultures dans la zone de Petit-Pérou. Une fouille préventive aux Abymes dans la zone de Petit-Pérou, en amont de la construction d’un lotissement. La fouille débutée fin 2020 s'est poursuivie dans le cadre d’une découverte exceptionnelle.




On le sait, la Guadeloupe et plus largement, l'archipel caribéen et le continent américain n'ont pas été découvert par le navigateur Christophe Colomb, comme on a pu nous l'enseigner tout au long de notre scolarité. Les recherches scientifiques de ces dernières décennies font remonter à 6 000 ans av. J.-C. l'arrivée des premiers habitants en Guadeloupe. Des vestiges archéologiques ont déjà été trouvés plus à l'ouest, sur la commune des Trois-Rivières. Un parc archéologique dit des roches gravées a d'ailleurs ouvert sur place en 1975. Il abrite une vingtaine de roches ornées de près de 230 gravures, pour certaines datées du IVe siècle après notre ère. Des témoignages laissés par les Indiens arawaks.


Nous savons également qu'en 2006, plus à l'est, dans le secteur de Dothémare, la direction régionale des affaires culturelles (Drac) avait conduit un autre programme de fouilles sur le site de Belle Plaine. Les traces d'un village assez important daté entre 1 000 et 1 200 apr. J.-C avaient été découvertes. Sept ans plus tard, le passé amérindien de ce secteur des Abymes avait été précisé. Lors du diagnostic archéologique, réalisé en amont du chantier de construction du centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre (en cours), des traces de poteaux attestant l'existence sur place de bâtiments en bois précolombiens avaient confirmé qu'un hameau préexistait au bourg des Abymes, dont la fondation officielle remonte, quant à elle, à 1691.


La nouvelle découverte archéologique réalisée en Guadeloupe nous conforte dans cette réalité.


En Guadeloupe, l'Histoire se dévoile aux Abymes :


Découverte exceptionnelle pour les professionnels. Emerveillement des passionnés. Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient. Un enthousiasme à la hauteur des résultats des fouilles conduites par les archéologues de l'INRAP ( Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), qui ont découvert aux Abymes, plus précisément au coeur de la zone artisanale de Petit-Pérou un site archéologique incroyable renfermant cent treize sépultures datant de la période précolombienne. Ces nouvelles traces prouvent qu'en Guadeloupe, nul besoin d'aller loin pour découvrir des traces archéologiques. Par moment elles sont bien plus proches qu'on ne le pense.


Que savons-nous ?


Les historiens nous apprennent que tout avait commencé début Septembre 2020 par une fouille préventive aux Abymes dans la zone de Petit-Pérou, en amont de la construction d’un lotissement. Au final ce sont pas moins de 113 sépultures ainsi que des fosses, des trous de poteau qui ont été mis à jour par les archéologues. Découverte inédite dans l'archipel.


La datation des corps fait remonter la nécropole avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb en 1492. Ces tombes ont en effet été creusées entre les XIe et XIIIe siècles de notre ère. Une époque de l'ère précolombienne que les spécialistes désignent sous le nom de « troumassoïde », terme désignant un style de céramique qui correspond à cette période.





En ce qui concerne les trous de poteaux, les scientifiques apportent une explication : " Quelques centaines de trous de poteau correspondent à des structures d’habitat et une cinquantaine de fosses sont liées à des activités domestiques. Le comblement de certaines fosses a livré de nombreux tessons de poterie, des outils en pierre, des blocs chauffés, des ossements de rongeurs, reptiles, oiseaux et des restes de crabes et de coquilles, rejetés après consommation. Ces vestiges domestiques sont associés à 113 inhumations, un chiffre jusqu’alors sans pareil en Guadeloupe."


Au regard des inhumations : " elles concernent aussi bien des adultes que des enfants, disposés sur le dos, semi assis, assis ou sur les côtés. Les corps ont été inhumés repliés sur eux-mêmes : les bras souvent fléchis, sur l’abdomen ou le thorax, les jambes comprimées sur les avant-bras, les coudes ou le thorax. Des liens ou des sacs garantissent cette position. Des manipulations après inhumation sont perceptibles."


Les recherches se poursuivent :


L’étude des nombreuses données issues du site, l’examen du mobilier archéologique, les datations radiocarbones et les analyses de l’ADN ancien permettront d’identifier les différentes phases d’occupation, d’appréhender l’organisation spatiale des vestiges, de renseigner l’état sanitaire de la population inhumée et ses liens de parenté. Ces découvertes contribueront à faire avancer les connaissances sur la période du Néoindien récent. Cette période est caractérisée par des changements économiques et culturels dans tout l’archipel des Petites Antilles, qui résultent d’un processus de régionalisation des cultures, en lien avec la dispersion des groupes dans l’ensemble de l’archipel caribéen.


Les modes de vie restent globalement fondés sur la sédentarité et l’agriculture, cependant des évolutions apparaissent dans les domaines de la production artisanale (la poterie notamment), de l’habitat, ou de l’alimentation ainsi que dans l’organisation socio-politique des groupes.






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