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Eric Julienne, artiste verrier depuis 38 ans.

Il y a 38 ans, alors qu’il n’est qu’un jeune chauffeur livreur chez des négociants en verre à Paris, Éric Julienne se découvre une passion pour le travail de ce matériau. Depuis, elle ne l’a jamais quitté. En véritable autodidacte, il a su développer son style artistique où trophées, boîte à bijoux et autres sculptures monumentales font partie de ses réalisations. Portrait de cet artiste verrier à connaître.




Éric Julienne fait partie de ces personnes qui lorsque vous les croisez, vous en gardez un bon souvenir. Cerise sur le gâteau, l’homme est un artiste talentueux. Mais attention, il n’est ni peintre, ni plasticien et encore moins performeur. Il est tout simplement artiste sculpteur mais là encore, il se différencie des autres artistes de ce domaine qui eux travaillent le bois, le fer ou la pierre. Éric, lui, travaille une matière bien particulière : Le verre. En véritable autodidacte, il a su développer son style artistique où trophées, boîte à bijoux et autres sculptures monumentales font partie de ses réalisations.


Tout aurait commencé selon ses propres mots à Paris, en 1983. Alors, jeune chauffeur livreur chez des négociants en verre de la capitale, il fait sa rencontre avec cette matière dont il se prend d’affection : “ Tout a commencé en 1983, ma rencontre avec cette matière et la découverte de mon expression artistique a commencé de façon particulière. J’étais chauffeur livreur. Je n’étais pas verrier.”



Éric se passionne vite pour ce matériau, dont il est aujourd’hui passé maître. C’est avant tout le côté décoration qui le marque et grâce auquel, il se découvre un talent. “ Lorsque j’ai touché cette matière pour la première fois, je l’ai trouvé intéressante. C’est du verre, ça coupe et peut se casser, mais, il y a une noblesse dans le verre, dans sa brillance, la transparence. Je me suis laissé guider par cette communication avec cette matière et, on m’a appris à couper. “


Au sujet de la création, c’est une rencontre qui lui permettra de franchir le pas et de commencer à réaliser ses premières pièces : “ Dans l’atelier où je faisais mes découpes, il y avait ce jeune garçon, qui s’appelait Sylvain, il faisait déjà des créations en verre, il me conseilla de faire pareil, donc, de faire des créations. Il y a toujours une rencontre qui est en quelque sorte une clé et qui déclenche quelque chose chez toi et qui te propulse. ”


Dans ses souvenirs, il y a évidemment des expositions notamment à ses débuts : “ Je me suis senti bien lors de mon exposition au Forum des Halles à Paris. Sans doute était-ce le lieu mais quand même, j’étais vraiment bien. C’est une très bonne galerie dont le Secours Populaire avait l’usage, et là-bas, j’ai fait de belles sculptures que j’ai installé dans la galerie et, cela m’a fait plaisir de voir les visiteurs venir et regarder les œuvres. J’ai vraiment aimé alors que j’ai galéré pour l’installation, comme les pièces étaient longues et lourdes, fallait les porter etc. Mais, j’en garde un bon souvenir, car il y a une énergie qui transporte l’artiste quand il expose et j’ai ressenti cette énergie qui fait partie de tout ce mouvement artistique qui nous transporte et qui nous permet de nourrir notre passion. J’étais vraiment heureux de vivre cet instant-là. “






Il y a eu aussi des rencontres inopinées déterminantes pour son cheminement artistique et qu’il garde en mémoire. C’est le cas lors de son installation à Dordives, petite commune du Loiret et sa collaboration avec le Musée du verre et de ses métiers, où justement on l’on retrouve quelques-unes de ses réalisations “ Avec mon ex-épouse, nous avons décidé de s’éloigner de la Capitale et nous nous sommes installés à Dordives, dans le 45, petite commune charmante qui abrite le Musée du verre et de ses métiers. J’ai été très bien accueilli par les habitants. J’ai aidé à la création du Musée etc grâce à ces personnes j’ai pu développer mon art. J’ai pu m’épanouir artistiquement, j’ai aussi pu exposer. Grâce à eux, j’ai pu prendre conscience et confiance dans mon don. “

Après 46 années passées en France Hexagonale, Éric décide de tout quitter et de retourner vivre chez lui, en Guadeloupe. Fini donc la monotonie, métro, boulot dodo, fini les hivers froids et les étés caniculaires. Un climat qui ne lui manque pas et un retour bénéfique qu’il considère comme un tournant pour sa démarche artistique. “ Je suis né en Guadeloupe plus précisément à Vieux-Habitant, comme beaucoup d’enfants, j’allais me baigner à la rivière, j’allais à l’école à Basse-Terre, à l’école du Carmel. J’ai quitté l’archipel alors que je n’avais que douze ans et j’ai vécu quarante-six ans en France, notamment en région parisienne et dans le Loiret. C’est là que tout a commencé. J’ai appris beaucoup de choses durant ma période dans l’Hexagone, c’est vrai, il est bien de sortir du pays un moment, mais mon temps était venu de partir. Ces douze années de mon enfance passées en Guadeloupe m’ont influencé pour ce retour au pays. Durant toute ma période en France, j’avais cette nostalgie et j’ai toujours eu l’envie de revenir en Guadeloupe, parce que ma pensée entretenait mes souvenirs d’enfant. Je suis donc retourné en Guadeloupe après mon divorce. Au départ, j’hésitais, je me posais énormément de questions sur ce retour, s’il fallait que je le fasse etc mais au final, sur un coup de tête, je suis rentré et, je ne regrette pas. A mon retour, évidemment je me suis intéressé à ce qui se faisait au niveau artistique. J’ai rencontré du monde mais cela ne m’a pas inquiété plus que ça, tout simplement parce que je ne suis pas en compétition. Ma vie en Guadeloupe me plaît énormément. Le fait d’être chez moi, en retrait, je vais à la plage, à la rivière. Puis, on ne me connaît pas spécialement dans le paysage artistique, j’ai fait un ou deux passages à la radio et à la télévision mais, pour moi, ce n’est pas le principal. L'essentiel, est de se sentir bien, là où l’on est et, me concernant, je me sens bien en Guadeloupe."



Lorsqu’il évoque son travail du verre, une lueur brille dans ses yeux, preuve de cette passion qui l’anime depuis une trentaine d’années. Ainsi, de la sélection de la matière brute à la réalisation, Éric ne compte pas vraiment les heures passées tant il prend plaisir à matérialiser sa créativité “ Au début, j’ai sélectionné du verre, car j’étais passionné par cette matière, la couleur etc. Puis, après réflexion, je me suis dit que si on aime une matière, on se doit de la travailler sur toutes ces formes. Je travaille donc, tous les types de verre. Cependant, si je veux avoir un rendu avec des verres épais etc, il y a une façon de façonner. Si j’ai une vision sur un projet dont j’ai l’idée en tête, je sais quelles sont les choses dont j’ai besoin. Bien souvent, j’ai une idée des couleurs qui seront dominantes. Après en termes d’heures, il est vrai que si on me demande “ combien de temps que je prends pour réaliser une œuvre ? “ Je ne saurais répondre car, à vrai dire, je n’aime pas cette question. Je peux passer six heures sur une pièce. Il y en a qui me prennent des centaines d’heures de travail. De plus, si on compte le temps que nous prenons à matérialiser une part de notre imagination, ça ne mènera à nulle part. Pour moi, ce n’est pas intéressant, puisque pour créer une œuvre, il faut la penser, à ce stade, il n’y a pas de prise contact avec la matière. Ensuite, il y a l’esquisse. On couche sur papier l’idée. A ce niveau, soit je dessine directement, soit j’imagine les différentes pièces qui constituent l’œuvre. Enfin, il y a la découpe du verre. Mais, c’est très important d’imaginer l’œuvre déjà terminée ce qui facilite la démarche créative. Par ailleurs, un élément que je prends en compte, c’est l’état d’esprit dans lequel on se trouve au moment de la création de l’œuvre. Là aussi, c’est important.



Sa palette de créations est très large allant des trophées, à la boîte à bijoux en passant par les lampes et les sculptures monumentales. Vous l’aurez compris, Éric ne se pose aucune limite, bien qu’il admette préférer la confection de luminaires. Depuis son retour au pays, il a décidé de se consacrer exclusivement à son art. Fini donc les réveils matinaux, les embouteillages et les humeurs des collègues ou du patron. Une vie d’artiste qu’il ne regrette vraiment pas.

Pour contacter Éric Julienne : 0690 635323.