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Gregory Privat : mon nouvel album " Yonn" est beaucoup plus intime.

Virtuose du piano, artiste émérite, Grégory Privat n’est plus à présenter, tant son nom est synonyme de référence dans le milieu musical antillais. L’artiste martiniquais qui évolue depuis ses débuts dans le jazz teinté de sonorités créoles, est de retour sur le devant de la scène avec son nouvel album, “ YONN”. Un titre évocateur puisque le pianiste est seul sur ce sixième opus, onze titres, composé à Cologne, en Allemagne. Alors que nous étions de passage dans la capitale, nous l’avons rencontré dans la boutique Christian de Montaguère. Le temps pour nous d’en apprendre un peu plus sur son parcours.



Grégory Privat. Photo par Dan Béal.

Lorsque l'on parle de la musique antillaise, on pense bien souvent au zouk ou à la biguine. Ces deux styles musicaux ont eu le mérite de s’exporter à l’international et dans une moindre mesure, de faire connaître ces deux petits bouts de terres françaises des caraïbes aux quatre coins du monde.


Pourtant, la Guadeloupe et la Martinique sont des territoires regorgeant de talents qui sont bien décidés de s’affranchir des clichés dans lesquels les dits médias spécialisés hexagonaux ont enfermé la musique antillaise. A savoir, la Compagnie Créole, Francky Vincent et leurs tubes qui ont fait danser la France entière. Désormais la musique créole est désormais teintée de sonorités nouvelles, la musique antillaise bénéficie de l’apport des musiques jamaïcaines, nord-américaines et même africaines. Aujourd’hui, les musiques des Antilles-Françaises dépassent nos frontières et conquièrent de nouveaux espaces et de nouveaux fans grâce à l’apport du streaming vidéo ou audio.

Parmi ces nouvelles pépites musicales, un nom revient assez souvent : Grégory Privat. Véritable virtuose du piano, artiste émérite, le musicien originaire de l’île de la Martinique n’est plus à présenter, tant son nom est synonyme de référence dans le milieu musical antillais. L’artiste martiniquais qui évolue depuis ses débuts dans le jazz teinté de sonorités créoles, a signé son grand retour sur le devant de la scène avec son nouvel album, “ YONN" publié le 28 janvier prochain. Un titre évocateur puisque le pianiste est seul sur ce sixième opus, onze titres, composé à Cologne, en Allemagne. Avec “YONN”, Grégory Privat propose une musique intimiste qui prend ses sources dans la culture Antillaise, la musique classique et le Jazz. Lors de notre passage dans la capitale, nous l’avons rencontré dans la boutique Christian de Montaguère, plus grande cave à rhum de Paris. Face à nos caméras, le pianiste martiniquais est revenu sur son parcours et la composition de son nouvel opus.







The Link Fwi : Bonjour Grégory Privat bienvenue sur The Link Fwi, nous sommes dans la boutique Christian de Montaguère, que t’inspire ce lieu ?

Grégory Privat : Superbe endroit, qui met en valeur la qualité des rhums de tous les pays d’ailleurs, pas que des Antilles. Je ne connaissais pas, mais c’est vraiment un très bel endroit.


TLFWI : Mais pour ceux qui ne te connaîtraient pas, qui es-tu ? Peux-tu te présenter à nos lecteurs, lectrices ?

Grégory Privat : Je suis Grégory Privat, je suis pianiste de Jazz, né en Martinique. Je viens de réaliser un album qui s’appelle “ YONN “

The Link Fwi : Mais, quel est ton parcours musical, es-tu autodidacte ou as-tu fait des études de musique ?

Grégory Privat : Alors, c’est vrai que pour le Jazz je suis autodidacte mais en ce qui concerne la musique classique, j’ai pris des cours avec un professeur qui m’a longtemps accompagné à la Martinique. Cependant, je vais parler de mon amour pour la musique, qui vient de mon père qui est lui-aussi musicien. C’est le pianiste de MALAVOI. Il faut savoir que c’est un très grand fan de jazz et de musique en générale. De ce fait, à la maison, il y avait tout le temps de la musique. Ma passion pour ce genre, vient de là.

TLFWI: Quand t’es tu dit, c’est la musique que je veux faire ?

Grégory Privat : A vrai dire, je pense que depuis petit, j’ai su que la musique allait jouer un grand rôle dans ma vie car, tout simplement, j’ai toujours été passionné par elle. Depuis petit, j’ai aimé le piano. Néanmoins, malgré mon attrait pour la musique, mes parents ont toujours souhaité que je fasse des études. Même mon père, musicien, membre de MALAVOI, me le conseillait. Il me disait que : “ la musique c’est super, mais il est très difficile de gagner sa vie avec. “ Tout en continuant ma passion, j’ai fait des études d’ingénieur à Toulouse, où j’ai eu mon diplôme. Ensuite, j’ai travaillé dans le domaine durant quatre ou cinq ans, en tant qu’ingénieur à Paris. Il y avait toujours cette question qui me revenait sans cesse : “ puis-je vivre de ma passion ? “ Je devais avoir vingt-six ou vingt-sept ans, j’ai quitté mon travail d’ingénieur et je me suis lancé. Le fait de quitter mon travail a été un réel questionnement sur mes attentes, mes envies etc. Par la suite, je me suis dit que j’étais jeune, que je n’avais rien à perdre, que je n’avais pas de responsabilité et donc que je devais continuer de croire dans mes rêves. J’ai donc quitté mon emploi et donc depuis huit ans, je suis musicien à plein temps.

The Link Fwi : C’était donc une question de prise de confiance en soi pour te lancer ?


Grégory Privat : Non, je ne dirais pas cela. En fait, c’était plus une question financière. Savoir si j’allais pouvoir payer mon loyer et manger. Il faut savoir que j’avais déjà fait des albums. A cette période, j’étais à mon deuxième albums si mes souvenirs sont bons, je ne me suis pas dit, “ que voilà ça fonctionne je deviens musicien à plein temps.” C’était loin d’être le cas. Ce fut un grand saut dans l’inconnu. Il me fallait le faire [quitter mon travail] pour savoir ce que c’est que de vivre de la musique. Cela a pris du temps, car, tout était psychologique. Je me suis posé beaucoup de questions. Je me demandais ce que c’était que d’être artiste et de se consacrer pleinement à son art. Quelque part, j’avais l’impression de culpabiliser. Je pensais à mes collègues de travail avec qui je m’entendais bien et qui allaient continuer à travailler. J’ai pris environ un an avant pour comprendre ce que c’est qu’être artiste pour enfin prendre une décision mais surtout être en phase et accepter ce que vivre de sa musique incombe. Tout ceci m’a permis de progresser, de me pousser dans mes retranchements et d’aller encore plus loin. De plus, il faut savoir que pour entrer dans la musique, il faut être organisé. Il faut savoir s’entourer. Trouver un label, un distributeur. On est souvent amené à être son propre chef d’entreprise. Je pense qu’à ce niveau, mes études d’ingénieur m’ont été bénéfiques en me servant de cadre pour pouvoir m’organiser, rencontrer des professionnels, une équipe solide, avec une attachée de presse, un tourneur, un manager, en tout cela m’a permis de comprendre ce que c'est que de vivre de sa musique.

TLFWI : Quelles sont vos influences et surtout quels sont les artistes ou pianistes qui t’ont donné l’envie de faire de la musique ?

Grégory Privat : A cette question, je vais citer un musicien que mon père adore et qui est déjà décédé, c’est Michel Patrick Chouani. De son vivant et à travers ses mélodies et ses compositions, il avait une sensibilité énorme. Pour moi, dans la musique, ce qui est important, c’est la mélodie et ce même si nous ne sommes pas intéressés par le style musique. Par exemple, je sais que le Jazz est assez rebutant etc, beaucoup de personnes quand elles l’écoutent, elles ont du mal à rentrer dedans. Me concernant, ce qui m’a permis de rentrer dans ce style, c’est la mélodie justement. C’est grâce à ce musicien dont les mélodies sont très fortes. C’est le genre d’artiste qui sert de pont entre deux genres musicaux différents. En l’écoutant, j’ai vraiment aimé ce style, j’ai donc voulu aller encore plus loin, creuser et comprendre le jazz. Après, au-delà de Patrick Chouani, j’ai pleins d’autres artistes qui m’ont inspiré. Il y a eu des pianistes américains tels que Herbie Hancock, Chick Corea ainsi que des artistes antillais parmi lesquels Alain Jean-Marie, Mario Canonge, Marius Cultier. Tous ces pionniers de ce que l’on nomme le jazz antillais, m’ont vraiment inspiré.



Grégory Privat posant pour Roch Armando



The Link Fwi : On sait que tu as débuté dans le registre classique puis tu t’es intéressé au jazz, mais aujourd’hui, dans quel style évolues-tu ?

Grégory Privat : Je dirais que c’est assez hybride. Comme tous les enfants qui commencent la musique, j’ai débuté par le classique en étudiant les pièces classiques, ce qui permet d’avoir de la technique pour mieux appréhender l’instrument. J’ai très vite bifurqué par le jazz car je savais que je voulais créer ma propre musique et apprendre à improviser. Aujourd’hui, je suis plus rangé dans la catégorie jazz mais, j’écoute beaucoup de musique classique, même plus maintenant que lorsque j’étais enfant. Je pense que cela se retrouve dans mon dernier album “ YONN “ qui mêle justement les influences classiques au jazz, avec un clin d’œil à la musique antillaise. C’est en tout cas, ce mélange que je veux créer.


TLFWI : Justement d’où viennent tes inspirations pour composer ces belles mélodies que l’on peut écouter dans tes six albums ?

Grégory Privat : Les inspirations lors de la composition de mes différents titres est un process assez particulier que je ne maîtrise pas vraiment. J’écoute beaucoup de musique, du jazz, beaucoup de musique classique, de la musique antillaise, mais pas que, puisque j’écoute des chansons plus populaires. J’essaie de rester assez ouvert à tous les styles dans mes approches de composition et lorsque je compose je suis devant mon piano et c’est lui qui parle, je me laisse guider par lui et, si je vois que le morceau sonne juste quand je joue en piano solo, pour moi c’est une très bonne composition que je pourrais arranger avec d’autres instruments, basse, batterie etc. L’inspiration vient aussi quand je suis en plein exercice ou quand je suis simplement seul, parfois sans l’instrument, je marche dans la rue, j’ai une mélodie qui me vient en tête, je m’enregistre avec mon téléphone. C’est quelque chose de très naturel que j’essaie de maintenant comme c’est. J’ai déjà essayé de me forcer à composer mais le résultat n’est pas aussi fort que lorsque je me laisse guider par mon inspiration.

The Link Fwi : Et tu ne joues que du piano ?

Grégory Privat : Je chante également. Sauf que c’est beaucoup plus récent que la maîtrise du piano. Le chant est venu beaucoup plus tard. Quand j’improvisais, j’ai toujours chanté mes notes. Quand je joue, les micros sont placés près de moi et l’on m’entend fredonner les notes. Je pense donc que c’est parti de là. Sur l’album précédent, “ Soley “, il y a deux titres chantés dont un qui s’appelle “ LAS”. Au départ, il s’agissait d’un titre fredonner, par la suite, je me suis rendu compte que cela pouvait donner une chanson. J’ai donc cherché des paroles pour transformer cet instrumental en chant et c’est comme cela que j’ai commencé à chanter et j’assume encore plus le fait de chanter dans mon nouvel album “ YONN “.

TLFWI : Quels sont les thèmes que tu abordes à travers tes textes ?


Grégory Privat : Je pense qu’il y a un thème prédominent dans chacun de mes albums, c’est la recherche d’identité. Aux Antilles, c’est une question récurrente...


The Link Fwi : Tu penses que c’est comme une quête ?

Grégory Privat : Tout à fait. Mais en même temps, c’est lié à notre histoire et tout ce qui est lié à l’esclavage, à la question de nos origines vu l’arrivée de tous ces peuples qui se sont retrouvés sur ces terres à cause des conditions très sombres que nous connaissons et tout ceci a donné quelque chose que nous appelons la culture créole et quelque part, je me demandais comment quelque chose de très sombre a pu donner une si belle chose qu’est la culture créole. Ce sont donc ces thèmes, la créolité, le métissage, l’histoire car, l’idée est de savoir qui nous sommes. Grâce au jazz, j’ai la chance de voyager, de me confronter à des cultures différentes ou parfois des choses similaires notamment dans la manière de voir les choses. C’est comme cela que le questionnement sur qui nous sommes a commencé à etre assez important dans ma musique. Pour preuve, j’ai même fait un titre qui se nomme DNA sur l’album précédent “ SOLEY” dans lequel j’annonce avoir fait mon test ADN pour connaître mes origines. Du coup, j’ai découvert que j’ai des origines qui viennent des quatre coins du globe.


TLFWI : Tu as fait le test en France ou à l’étranger ?

Grégory Privat : Oui, depuis la France. Le site c’est myheritage : (Arbre généalogique, généalogie, antécédents familiaux et tests ADN gratuits (myheritage.fr) ) tu envoies un peu de salive, qui part aux Etats-Unis et on te renvoie le résultat qui est au passage assez impressionnant. J’ai découvert que j’avais même 3% d’origine scandinave. Voilà, pour répondre à la question de départ, c’est tout cela que j’essaie de mettre en avant dans ma musique et quelque part, bizarrement, en tant que créoles, nous ne nous rendons pas compte mais, nous avons une ouverture sur le monde. Pour moi, nous sommes un peuple ouvert sur le monde et j’aime ce côté-là, tout en ayant, une culture propre et caractéristique que l’on ne retrouve nulle part à ailleurs que chez nous.

En ce qui concerne, le nouvel album “ YONN”, il est un peu plus intimiste. Il a été composé en grande majorité durant le premier confinement de 2020. Comme tout le monde, j’étais enfermé chez moi, je ne savais pas quoi faire, j’étais seul, j’ai donc commencé à composer quelques mélodies et pour cet album, j’ai voulu aborder des thèmes plus personnels, l’enfance, la famille, les scènes que j’ai eu et vu quand j’étais enfant. Je parle également d’amour. J’ai aussi dédié un morceau à un oncle dont j’étais très proche et qui s’intitule “ Jojo “ et j’ai aussi un autre morceau “ Tonalité “ et qui aborde les différentes étapes de vie que l’on peut avoir de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Pourquoi tonalité ? Car je suis parti du principe de la fréquence ou quand on est aligné et quand on grandi soit on a tendance à perdre cette fréquence qui nous animait lorsque nous étions petit. Cela peut être dû aux difficultés de la vie. De ce fait, à travers ce morceaux, l’idée est de se réaccorder avec cette fréquence.


Grégory Privat posant pour Roch Armando

The Link Fwi : Comment qualifierais-tu ta musique actuellement notamment dans “ Yonn “ ? Est-elle la même qu’à tes débuts où a-t-elle évolué ?

Grégory Privat : C’est compliqué car, c’est un album où il y a vraiment des styles différents. Disons qu’il y a des morceaux qui vont directement vers le Jazz, d’autres encore qui seront plus vers le classique et quelques-uns qui selon moi s’aventurent dans la Pop. Il y a aussi de vraies chansons. Cependant, je pense que ce qui les relie, c’est ce que je mets dedans. J’essaie de rester vrai dans ma musique, c’est la raison pour laquelle, je dis que c’est ma personnalité qui fait le lien entre tous ces styles.

C’est vrai que durant ma carrière, j’ai eu la chance de voyager à travers différents styles. J’ai fait des musiques différentes. J’aime beaucoup de choses et je n’aime pas me limiter. Ainsi, quand j’ai fait cet album, je voulais que l’auditeur soit comme dans une bulle. Au début de l’album, il y a le morceau “ Respire” qui est comme une respiration, ensuite viennent les autres et pour clôturer tout cela, il y a le morceau “ Expire” mais ma volonté est que nous restions tous dans la même bulle et ce, même s’il y a pleins de références différentes qui vont du jazz à la musique classique en passant par la musique traditionnelle antillaise mais qu’il y ait ce fil conducteur qui nous tient.

TLFWI : Pour revenir à “ Yonn” justement quelle est son histoire ? Quand et comment l’as-tu composé ? Où tu l’as composé et avec qui tu as collaboré ?

Grégory Privat : Yonn est un album solo. C’est d’ailleurs mon tout premier album solo. C’est quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps et comme je le disais, il a été composé principalement durant le confinement. La majorité des titres en tout cas l’ont été, ainsi que le concept. Pour ceux qui s’en souviennent, les artistes avaient l’occasion de faire des “ Live session” ou des vidéos postées sur les réseaux sociaux et le public nous voyait faire nos performances live. Parmi ces personnes qui interagissaient sur mes vidéos, il y avait une personne qui se nomme Ralph Kemper et qui m’a contacté à l’époque de “ SOLEY”. Il m’a affirmé aimer ma façon de composer mes chansons et, il m’a proposé de venir faire un Live session avec Tilo Berthelo (de la Martinique) et Chris Jennings (du Canada), dans son studio à Cologne en Allemagne. J’ai accepté. Ensemble, nous avons réalisé ces Live sessions et à la suite de ces sessions, Ralph Kemper m’a demandé si je n’avais pas d’autres projets à enregistrer ? J’avais déjà l’idée du piano solo sur lequel je commençais à travailler. J’ai fait deux sessions d’enregistrement dans son studio “ Riverside Studios Cologne”. La première a été faite en fin d’année 2020 et la deuxième au début de l’année 2021. C’est donc comme cela qu’est né l’album “ YONN”.


En ce qui concerne, le nouvel album “ YONN”, il est un peu plus intimiste. Il a été composé en grande majorité durant le premier confinement de 2020. Comme tout le monde, j’étais enfermé chez moi, je ne savais pas quoi faire, j’étais seul, j’ai donc commencé à composer quelques mélodies et pour cet album, j’ai voulu aborder des thèmes plus personnels, l’enfance, la famille, les scènes que j’ai eu et vu quand j’étais enfant. Je parle également d’amour. J’ai aussi dédié un morceau à un oncle dont j’étais très proche et qui s’intitule “ Jojo “ et j’ai aussi un autre morceau “ Tonalité “ et qui aborde les différentes étapes de vie que l’on peut avoir de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. Pourquoi tonalité ? Car je suis parti du principe de la fréquence ou quand on est aligné et quand on grandi soit on a tendance à perdre cette fréquence qui nous animait lorsque nous étions petit. Cela peut être dû aux difficultés de la vie. De ce fait, à travers ce morceaux, l’idée est de se réaccorder avec cette fréquence.




The Link Fwi : Ton nouvel album se nomme “ Yonn” si on devait traduire, “ Un” est-ce parce que pour celui-ci tu es seul au chant et au piano ? Mais qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’être seul pour ce projet ?

Grégory Privat : Disons que le piano solo, c’est assez particulier pour un pianiste. En général, les pianistes attendent pendant longtemps avant de s’y mettre voire ne le font jamais. Me concernant, c’est une chose qui m’a toujours intéressée. J’ai toujours voulu être seul face à mon piano et de me laisser porter par la musique sur l’instant. J’ai attendu six albums pour le faire, non pas parce que j’avais peur, mais, je pense qu’avant de sortir le solo, je voulais avant réunir des gens autour de moi, parce que quand même quand on fait de la musique, c’est important que d’être entouré et de partager avec d’autres. La musique est un moyen de communiquer, j’irais même plus loin, socialement, c’est important pour un musicien de communiquer avec d’autres, de faire des groupes et c’est donc pour cela que j’ai pris du temps à faire un album où je suis tout seul. Ensuite, il me fallait penser cet album. Je me suis demandé à quoi il ressemblerait, quelle direction artistique prendre et qu’est-ce que je vais pouvoir dire à travers lui. Ce sont donc toutes ces questions-là auxquelles il était pour moi important d’y répondre.

TLFWI : Tu l’as appelé “ Yonn “ parce que tu es seul où ça va beaucoup plus loin dans l’idée du nom ?

Grégory Privat : Evidemment, il y a l’idée très basique du “ YONN” en créole qui est le chiffre “ un “ mais, comme je le disais, il y a un lien social quand on fait de la musique et personnellement, ce que j’aime, c’est que sur scène, le public et moi, nous ne faisons qu’un. Souvent, c’est à l’artiste de créer cette atmosphère et de réussir à créer une harmonie avec les gens. Qu’ensemble, nous ayons le même tempo et que le temps s’arrête dans la salle. Il y a donc cette idée mais également, cela repose sur l’envie que, les gens qui vont écouter l’album ou le live est que nous sommes sur la même longueur d’onde. Ce n’est pas toujours qu’il en va ainsi, mais quand cela se passe, on ressent l’énergie du public et on rentre comme dans une méditation collective, jusqu’à ce que ça s’arrête et qu’il y a des ovations.

The Link Fwi : Justement, toi qui es artiste, tu montes sur scène, comment as-tu vécu la période Covid-19 ? L’as-tu mal vécu ?

Grégory Privat : En fait, ça a été difficile pour beaucoup de gens, y compris pour moi. En tant que musiciens, ce que nous aimons faire, c’est la scène, aller à la rencontre du public, nouer un lien avec lui et on ne le remplacera jamais. Durant le confinement, j’ai voulu maintenir le lien avec mon public en faisant des lives, des concerts diffusés en ligne depuis mon salon. Je donnais rendez-vous aux abonnés qui interagissaient pendant que je performais. Les réseaux sociaux ont remplacé les concerts physiques, j’ai apprécié, néanmoins quelque part ça ne se remplacera pas. Quand bien même, il y avait des moments marquants, des moments d’émotion, quelque part, le concert terminé, on coupe la connexion et c’est vraiment bizarre que de se retrouver là dans son salon. (rires) On ne remplacera jamais les concerts. Autant qu’à ce niveau, j’ai trouvé la période difficile, question créativité, au contraire, je n’ai jamais fait autant de choses que durant le confinement. Je n’ai jamais autant créé que durant cette période et pas que dans la musique. Toujours pour maintenir le lien avec mon public, j’avais l’envie de créer des contenus assez originaux. J’ai voulu me filmer, j’ai commencé à faire un peu de montage vidéo. Puis, comme bon nombre de personnes, j’ai découvert que j’avais plus de temps à faire des choses ce qui m’a permis de pousser ma créativité à son maximum. C’est là que bizarrement, ça ne m’a vraiment pas dérangé de rester chez moi. (rires). Après, pour tout vous dire, j’ai ce côté casanier où je reste chez moi, je compose, je travaille mon instrument etc.



Grégory Privat posant pour Roch Armando

TLFWI : En parlant d’un public plus jeune, quel serait ton message pour les jeunes artistes antillais qui veulent conquérir le Monde comme toi, que leur conseillerais-tu ?

Grégory Privat : Le meilleur conseil que je leur donnerais, serait premièrement de toujours savoir pourquoi, nous sommes artistes ? De toujours aimer faire ce que l’on fait de mieux. De toujours garder une connexion avec son art. Aussi, de toujours prendre plaisir à monter sur scène et prendre plaisir à le faire afin de donner du plaisir aux personnes qui viennent pour nous écouter. Je leur dirais aussi de toujours garder ce rêve d’enfant qui a fait que nous soyons des artistes aujourd’hui. C’est vrai que lorsque l’on grandi et que la musique devient plus sérieuse, avec tout le côté financier on doit, comme je le disais, être son propre chef d’entreprise. Si on n'a pas d’équipe, on fait tout par soi-même. On créé tout. On devient graphiste, on doit démarcher soi-même les studios, trouver une ou un manager etc; moi j’ai la chance d’être très bien entouré pour parler de ma musique et distribuer mes albums et faire le lien avec la presse, mais malgré tout ce côté administratif, de toujours garder sa passion afin de prendre du plaisir. Par exemple, moi, je sais que j’ai connu les deux. J’ai travaillé en tant qu’ingénieur pour une grande entreprise, on n'a pas toujours du plaisir à se lever le matin, à se préparer pour aller au travail, rencontrer ses collègues. A cette période, je me disais que si jamais j’arrêtais mon métier d’ingénieur, ce n’est pas pour retrouver cette monotonie, mais de toujours garder ce côté fantaisiste quelque part. Pour finir, je leur dirais, de toujours rester curieux sur tous les styles de musique. Savoir d’où l’on vient mais d’être ouvert à tous les genres. C’est vrai qu’avec les réseaux sociaux, il y a pleins de choses qui passent et qui ne sont pas forcément bonnes mais par contre grâce à eux, on peut s’enrichir de beaucoup de connaissances sur le net qui permettent de justement d’informer, d’apprendre. Par exemple, de nos jours, s’il on veut apprendre d’un instrument, il y a de nombreux tutoriels sur internet pour mieux aborder la musique. Voilà mes conseils.

The Link Fwi : Avec la fin des restrictions sanitaires en France ou dans les Outre-mers, penses-tu remonter sur scène ?

Grégory Privat : Absolument. Pour l’instant les dates aux Antilles ne sont pas encore définies, mais ça ne saurait tarder. Ma toute première date en Live physique a eu lieu le 30 mars au Bal Blomet à Paris.


TLFWI : Où pouvons-nous suivre ton actualité, êtes-vous sur les réseaux sociaux ?

Grégory Privat : Je suis évidemment présent sur les réseaux sociaux. J’ai mon site internet : Grégory Privat Website (gregoryprivat.com) Je suis également présent sur :

Instagram : Grégory Privat (@gregoryprivatmusic) • Photos et vidéos Instagram

Facebook : Grégory Privat | Facebook

Twitter : (1) Grégory Privat (@GregoryPrivat) / Twitter

The Link Fwi : Merci beaucoup Grégory Privat.

Grégory Privat : Merci beaucoup !


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