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Jean-Marc Hunt : " Quand une oeuvre est accomplie c'est comme avoir fini de faire l'amour "

Mis à jour : juin 3

Son nom est une référence dans l'univers artistique Guadeloupéen, mais pas que. Artiste plasticien, promu au grade de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la culture et de la communication de la République Française en Janvier 2015, Jean Marc Hunt est une marque qui s'exporte à l'international. De la Caraïbe en passant par l'Amérique du Nord et l'Europe, le plasticien est un ambassadeur de taille. Lors de son exposition "En chaîne et en or" à la galerie L'art S'en Mêle, nous avons eu l'occasion d'en savoir plus sur lui.


Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo ELMS Photography


Il est fini le temps où l'art guadeloupéen et plus spécifiquement l'art des Antilles-Françaises n'était pas vendeur. Il faut dire qu'à l'époque, ils étaient peu à parvenir à la reconnaissance du marché national et international. Faute sans doute à une manque de visibilité de nos territoires. Ce qui entraînait une certaine méconnaissance de la part des commissaires ou des organisateurs d'expositions internationales. Pourtant, certains ont été des pionniers du genre et ont su sortir l'art guadeloupéen hors de ses frontières et se sont imposés comme des portes étendard de notre culture.


Parmi eux, il y a Jean-Marc Hunt. Son nom est synonyme de référence dans l'univers artistique Guadeloupéen, mais pas que. Artiste plasticien, promu au grade de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la culture et de la communication de la République Française en Janvier 2015, Jean Marc Hunt est une marque qui s'exporte à l'international. De la Caraïbe en passant par l'Amérique du Nord et l'Europe, le plasticien est un ambassadeur de taille. Lors de son exposition "En chaîne et en or" à la galerie L'art S'en Mêle, nous avons eu l'occasion d'en savoir plus sur lui.






The Link Fwi : Bonjour Jean-Marc, bienvenue sur The Link Fwi, premièrement qui es-tu, peux-tu te présenter à nos lecteurs (trices) ?



Jean-Marc Hunt : Bonjour à tous, je suis Jean-Marc Hunt, artiste-plasticien. Je vis et je travaille en Guadeloupe. J'ai plusieurs expositions à mon actif dont " en chaîne et en or " à l'Art S'en mêle où nous nous trouvons. Sinon, j'ai comme terrain de jeu, l'espace international où je déploie mes expositions un peu partout. La dernière en date, Paris le Grand Palais et je prépare mon exposition solo qui se fera à Paris au mois de Mai.


TLFWI : Parle nous de ton parcours ? Comment es-tu entré dans le monde artistique ?


J.M Hunt : Il faut savoir que mon parcours est rocambolesque. Je suis né à Strasbourg en France, j'ai fait mes gammes là-bas. J'ai commencé dans le street-art, donc le graffiti qui, faut le souligner n'était pas considéré comme de l'art à l'époque. Pas comme aujourd'hui, où le street-art s'expose et s'exporte. Face à cela, j'ai arrêté la peinture murale et je suis passé à la toile, donc le papier et j'ai commencé à m'intéresser à ce côté muséal de l'art. Je vendais mon travail dans la rue, cela a été formateur, car, j'ai pu comprendre les méandres à la fois de l'art et du public.


Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo Linsay Boraton

The Link Fwi : As-tu été soutenu par ta famille ? Qu’ont-ils dit ou penser quand tu leur a évoqué ton envie de faire de l’art ?


Jean-Marc Hunt : Evidemment que non. Il faut imaginer que tout simplement qu'à cette époque, être artiste, surtout pour mes parents, ils n'y voyaient aucun débouché. Je n'ai pas eu ce soutien familial, j'ai cru en moi, en mon potentiel. J'étais persuadé que j'avais quelque chose à accomplir dans ce milieu, je m'y suis mis. Je ne savais pas où l'art me conduirait, mais l'art m'a reçu avec toute la gratitude que je lui dois aujourd'hui.


TLFWI : Donc, tu n'as jamais pris de cours, peut-on dire que tu es un parfait autodidacte ?


J.M.Hunt : Exactement, l'art était une passion d'enfance, mais je dirais que ce fut un moyen pour moi de parler, de trouver mon expression car, j'étais extrêmement timide et le fait de faire des dessins, me permettait de communiquer avec le monde extérieur. Je n'ai donc pas fait d'école d'art, mais j'ai appris de part moi-même. Je me suis renforcé aussi bien que suis la philosophie que sur l'esthétique, son histoire, ses différents courants, son apport au monde et la manière de l'envisager.


The Link Fwi : Tu as grandis dans la banlieue strasbourgeoise, mais tu vis désormais en Guadeloupe, pourquoi avoir effectué ce retour au pays ? Etait-ce lié à ta carrière artistique ?


Jean-Marc Hunt : Disons que j'avais beaucoup d'interrogations auxquelles je ne trouvais pas de réponses à Strasbourg. J'avais besoin d'avoir un retour sur moi-même, comprendre d'où je venais. Savoir quels étaient les enjeux réels en tant qu'artiste guadeloupéen et réunionnais. Je voulais approfondir toutes ces recherches qui pour moi étaient des interrogations et le retour au pays s'est fait naturellement mais, il faut le dire, ce n'est jamais simple, surtout quand on est artiste. En 2003, donc retour et il n'y avait que quelques artistes sur la scène artistique locale. Aujourd'hui, dix-huit ans plus-tard, il y a des artistes au km2 (rires) Pour moi, ce retour a été à la fois bénéfique puisque j'apprends énormément mais aussi j'apport que j'ai fait à la Guadeloupe en tant qu'artiste et en tant que commissaire d'exposition en découvrant des talents de chez nous et en leur permettant d'exposer à l'international.


Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo Linsay Boraton

TLFWI : Te souviens-tu de tes premiers pas dans le monde du street art ? Un souvenir ou une anecdote de ses débuts difficiles ?


J.M.Hunt : Bien-sûr ! Alors comme je le disais, je peignais et je dessinais énormément, j'avais presque oublier qu'il fallait travailler pour vivre et à un moment je me suis retrouvé avec une liste incroyable d'huissiers qui m'envoyaient du courrier et qui voulaient prendre presque tout ce que j'avais, enfin le peu que j'avais. J'étais avec ma femme et face à cette situation, je lui ai dit que comme j'avais beaucoup de dessins, de peintures etc que j'allais les vendre au centre ville de Strasbourg car il fallait payer les dettes. J'ai donc fait ce que j'avais dit et j'ai exposé mes toiles. Elles étaient sur le sol. Elles ont trouvé preneurs rapidement. Je suis donc retourné à la maison pour en récupéré d'autres et pareil, je l'ai ai vendu dans la rue et encore une fois, elles sont parties très vite. (rires) et le Lundi avec l'argent des ventes de mes premières toiles, nous avons pu payer les huissiers (rires). Voilà petite anecdote exclusive (rires), mais il y en a tellement ( rires).



The Link Fwi : Quels sont les artistes, street-artistes ou peintres qui t’ont le plus inspiré ?


Jean-Marc Hunt : Alors, ils sont nombreux (rires). Beaucoup viennent du mouvement expressionniste, mais aussi du Pop-Art. Ce sont d'ailleurs deux courants différents mais qui se rejoignent sur plusieurs plans. L'expressionnisme est apparu au cours de la Seconde Guerre Mondiale mais dont le développement s'est opéré après le conflit. A cette période, on parlait d'artistes aliénés, ça m'a de suite parlé et plus. En plus, la puissance des oeuvres que l'on retrouvait chez certains artistes allemands, finlandais, cela m'a beaucoup inspiré. En ce qui concerne le Pop-Art, il est beaucoup plus dans l'actualité du moment, je le conçois comme un courant plus en lien avec notre monde contemporain et j'ai voulu mixer les deux pour en faire ma propre expression. Après, pour répondre à la question si des artistes m'ont inspiré, sans prétention, j'en connais tellement que je n'ai pas envie de les citer, car la liste serait longue et après le public va se référer à cela et non plus à mon travail.



TLFWI : Justement, comment qualifierais-tu ton art et d’où puises-tu tes inspirations ?


J.M Hunt : Aujourd'hui, je me définirais comme un peintre néo-expressionniste avec cette tendance caribéenne pour les couleurs et ce rapport aux symboles. J'aime que ces symboles soient matériels et immatériels comme ne serait-ce la mémoire collective, comment jouer avec ces matériaux et donc l'Expressionnisme s'interrogeait à la base à cette psychologie d'après-guerre et moi je m'intéresse à cette psychologie post ou néo-colonialiste.



Toiles réalisée par Jean-Marc Hunt. Photo : ELMS Photography



The Link Fwi : Te souviens-tu de tes premiers pas dans le milieu artistique et de tes premières expositions ? Un petit souvenir ou une anecdote ?


Jean-Marc Hunt : Alors, je vais parler de ma première exposition en Guadeloupe. C'était en 2003, je venais d'arriver. J'étais un jeune artiste, profondément artiste, difficile d'intégrer le milieu. J'ai dû prendre le train en marche comme on dit, il y avait déjà des artistes connus de ce fait, je me suis mis à créer des expositions pour exposer ces artistes et en même temps pour exposer mes oeuvres et me faire connaître. C'est delà qu'est partie l'idée de " curating " car comme je l'ai évoqué, je suis aussi commissaire d'exposition avec cette envie de faire du bien aux autres en créant des expositions.

Après, ma première exposition solo en Guadeloupe, c'était en 2005, si je m'en souviens bien. A ce moment là, je n'avais pas d'argent, j'avais tout investi dans l'art. A savoir, les peintures, les pinceaux, les châssis et tout ce qui en suit et qui est extrêmement cher surtout aux Antilles. J'ai fait cette exposition à pertes. Au bout du troisième jour, toute l'exposition était vendue. Il y avait une cinquantaine de tableaux. J'ai pu construire mon atelier avec l'argent de cette première exposition en Guadeloupe. Elle s'appelait " Instinct Caraïbe"


TLFWI : Tu parles beaucoup de la Caraïbe, de la Guadeloupe sont-elles de véritables sources d'inspiration pour toi ?


J.M.Hunt : Ah oui complètement ! Lorsque l'on commence à fouiller dans cette histoire et puis même dans ces paysages qui ont encore les marques de l'esclavage et du colonialisme, on s'aperçoit qu'il y a encore énormément de choses, qui ne sont pas abordées. On ne cherlkche pas à parler de ces choses. La Caraïbe et la Guadeloupe, je les vois comme de grands laboratoires où les sujets sont les autochtones, les habitants, les Guadeloupéens, les Caribéens, mais aussi les touristes, les personnes qui s'installent comment ils perçoivent et interprètent la Guadeloupe et la Caraïbe. Dans la pensée commune, Guadeloupe est un beau pays avec ses plages, ses cocotiers et mon rôle est de pouvoir montrer qu'il y a bien plus qu'une simple carte postale et qu'elle regorge de champions du Monde, qu'elle a une diversité avec une faune et une flore incroyables, c'est donc tout ceci qui me pousse à développer mon art ici.




Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo ELMS Photography


The Link Fwi : Justement quelles sont les expos ou show solos auxquels tu as participé, peux-tu nous parler des plus marquants ?



Jean-Marc Hunt : Oui. Après, j'en ai pas fait tant que ça. J'ai fait beaucoup de " group shows" des expositions collectives. Celles où j'expose seul sont très rares parce qu'on a besoin d'être une unité pour amener un langage artistique à l'heure où la Guadeloupe est encore à des balbutiements de la création. Pour moi, le collectif est très important. Après, mes expositions solos, j'en ai fait quelques unes. Elles m'ont permis de me faire connaître, de me faire une place, et de me faire une audience. Depuis une vingtaine d'années, je vis de l'art, que ça marche ou pas, je continue et je ne suis pas près de m'arrêter.



Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo Linsay Boraton

TLFWI : Aujourd’hui nous sommes à l’Art S’en Mêle où tu exposes, peux-tu nous parler de cette exposition, quel est le sujet principal les thématiques abordées à travers tes oeuvres exposées ?


Jean-Marc Hunt : J'ai intitulé cette positon " En chaîne et en or", de base il s'agissait d'une "punchline " du rapper français Booba dans un de ses titres et il dit cette phrase. Depuis longtemps cette phrase m'a poursuivi. J'avais cette envie de comprendre ce que signifiait cette phrase " en chaîne et en or". Je l'ai un peu traduite à travers cette exposition et le fait d'avoir cette résonnance à l'histoire et en même temps au contemporain, cela m'a plus et je me suis dit que c'était la phrase qu'il me fallait : " en chaîne et en or " c'est mortel ! (rires). Cela reste comme une sorte d'exutoire poétique de mon identité et de mon rapport au monde. J'ai pensé cette exposition comme une expérience à vivre. Que ça soit par la scénographie, puis la circulation dans l'espace qui est important, il y a un cheminement, une histoire racontée. Chaque titre résonne et est un clin d'oeil à cette phrase " en chaîne et en or". Il y a toute cette subversion dans le titre mais également dans l'exposition en général.




Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo ELMS Photography



The Link Fwi : Selon toi qu’est-ce qui est le plus difficile dans le fait de concevoir une oeuvre : est-ce la réflexion ou la conceptualisation, la réalisation de ces oeuvres ? Comment procèdes-tu ? Et combien de temps prends-tu pour réaliser une œuvre ?


J.M.Hunt : Selon moi, le plus difficile est l'exposition. Au sens où une fois qu'elle est en place, il faut savoir la défendre, ce qui n'est pas chose facile. Être présent, ce n'est pas facile surtout me concernant vu que je suis plutôt du genre à rester dans mon atelier où je passe une grande partie de mon temps. Selon moi, faire une exposition c'est faire une sorte de montée sur scène. J'appréhende le regard du public, je me demande comment mes oeuvres vont interagir avec les personnes qui viennent à l'exposition. La création est la partie qui me fait du bien. Je dirais que c'est un peu mon exutoire. C'est le moment où j'existe en tant qu'être humain. De part mes oeuvres, je peux porter un regard sur le Monde et je définis à ma façon les codes. Toute cette partie c'est ce qu'apprécie le plus.



Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo ELMS Photography



TLFWI : Mais en amont, tu fais un travailles de recherches ?


Jean-Marc Hunt : Oui. Ne serait-ce que pour élucider les choses qui me viennent et restent floues, car, rien n'est écrit à l'avance dans la démarche créatrice. Personnellement, je ne me réfère à rien mais plutôt à ce que je vis. C'est là que l'enjeu est intéressant. Je dois me surpasser, le me dépasser même. Je marche limite sur un fil et je dois réussir car, quand une oeuvre est accomplie, c'est comme avoir fini de faire l'amour et l'on sait quand on a fini. (rires)



The Link Fwi : Combien de temps, te faut-il pour réaliser un tableau ?


J.M.Hunt : Bonne question (rires). Je vais te surprendre mais, ça va très très vite. Ce n'est pas une question d'être pressé. Une idée me vient, les premières couleurs arrivent. Une couleur en amène une autre et je peins. En fait, je n'ai pas le problème de la feuille blanche, je dessine tout le temps. Après si je fais du collage, cela demande plus de temps mais en terme de peinture, je suis très rapide. Après, le temps n'existe pas vraiment (rires).



TLFWI : Quelle est ton actualité ? As-tu prévu de sortir un autre projet ?


Jean-Marc Hunt : Alors, j'ai une oeuvre qui tourne en ce moment à travers les Etats-Unis, il s'agit d'un lustre fait à partir de vraies bananes, il a été présenté à New-York, puis Miami ensuite Los-Angeles etc. Elle est sponsorisée par Chiquita, la marque américaine c'est vrai que j'aurais préféré la " Banane de Guadeloupe et de Martinique" mais bon voilà (rires), je suis très content, puisqu'il faut changer les bananes toutes les semaines ( rires). J'ai mon exposition solo à Paris vers le mois de Mai dans ma galerie, le 193 Gallery à la rue Beranger 75003 au coeur du quartier du Marais. Ensuite, j'ai différentes foires à venir comme Art Brussels, Aka qui est une Art Fair. Je dois aussi me rendre à Ibiza pour une exposition collective à la Gallery Gervais & Gautret et enfin il y a celle la foire de Monte-Carlo.



Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo Linsay Boraton


The Link Fwi : Tu figures parmi les artistes Guadeloupéens qui s'exportent le plus à l'international. Te considères tu comme un porte-voix de l'art contemporain Guadeloupéen, comme un ambassadeur de notre culture ?


J.M.Hunt : Oui, tout à fait, vu que je le défends volontairement. Que ce soit part mon origine, quand on me voit où quand on voit ma peinture, on comprend que je ne peins pas de manière académique, ce n'est pas familier. Cela interpelle, les personnes s'interrogent, c'est un peu de cette manière que je représente mon île, avec son côté atypique et toutes ses valeurs et tout ce qu'elle a de beau à offrir, donc oui, je me sens comme un ambassadeur quand je voyage. Il y a quelques années, j'ai eu l'honneur de recevoir le grade de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la culture et de la communication de la République Française, c'était en Janvier 2015. Pour moi, la mission est encore plus importante de représenter mon pays quand je voyage ou que j'expose hors de ses frontières.



TLFWI : Où pouvons-nous suivre ton actualité ? Es-tu sur les réseaux sociaux ?


Jean-Marc Hunt : Je suis présent sur les réseaux sociaux. J'ai un site qui est régulièrement mis à jour. Il y a mes actualités, les expositions auxquelles j'ai participé, par exemple la Biennale de Venise : jeanmarchunt.fr je suis également présent sur Instagram : Jean-Marc Hunt et Facebook aussi : Jean-Marc Hun.


The Link Fwi : Justement tu parles de la Biennale de Venise, qui est l'une des plus grandes manifestations d'art contemporain en Europe et dans le Monde, nous savons que les îles de Guadeloupe étaient représentées et avaient son pavillon, quelles furent les réactions du public italien ? qu'est-ce que c'est ?


J.M.H : Cela fut une véritable découverte pour eux. La grande majorité ne savait pas et ne sait pas où se situe la Guadeloupe. Après, les oeuvres présentées fasaient écho à cette relation entre la Guadeloupe et le reste du Monde, c'est-à-dire, comme nous nous définissons en tant que Guadeloupéens, descendants d'histoire tragique et chaotique et comment nous nous interprétons. Les vénitiens et plus largement les italiens ont découvert une nouvelle forme d'expression. Pendant longtemps nous avons été mis de côté, limite ballonnés, mais aujourd'hui, la parole artistique a ouvert différents questionnements aussi bien que sur la domination etc et cela a donné une nouvelle manière de percevoir les antillais. Sur cette Biennale, chaque artiste avait un pôle, me concernant, j'étais à la fois dans les jardins avec une sculpture inspirée du travail d'Albert Camus sur qui concerne l'aliénation à la façon du Mythe de Sisyphe que j'ai repris et donc j'ai créé une oeuvre qui fait près de trois mètres de haut et que l'on peut arpenter. Cette oeuvre renvoie toujours au point de départ, on a l'impression de tourner en rond et elle est en forme de point d'interrogation. A côté de cela, j'étais avec les autres artistes au Palazzo Mora dans lequel nous exposions de la peinture, de la sculpture et tout ça a fait que nous pouvions nous présenter comme une nouvelle vague d'expression artistique.



Jean-Marc Hunt dans son atelier. Photo ELMS Photography


TLFWI : Et comment passe-ton d'un artiste qui a connu des " galères" financières à Chevalier des Arts et des Lettres ? Si tu pouvais donner un conseil aux jeunes qui débutent quel serait-il ?


J.M.Hunt : je dirais premièrement qu'il faut être très prétentieux. Avoir de vraies prétentions et un égo solide, car nous évoluons dans un monde qui s'est fait sans nous, l'histoire de l'art s'est faite sans nous. Il faut avoir cette prétention à être un artiste et s'inscrire dans ce grande monde de l'Art. Aujourd'hui, nous devons nous interpréter avec à peine deux cent ou trois cent ans d'histoire. Puis, c'est la ferveur au travail qui fera la différence, la manière dont on s'éduque artistiquement et surtout toujours croire en soi, au delà de tout ce qui peut être annoncé comme difficile tout simplement. Soyez très ambitieux. Je pense que c'est comme cela que j'ai réussi à abattre certains mûrs qui se dressaient devant moi.


The Link Fwi : Et aujourd'hui, ta famille en pense quoi ?


Jean-Marc Hunt : Elle en est fière (rires) D'abord mes enfants qui sont extrêmement fiers, l'art pour eux est une vrai source de recherche. Ils se réfèrent à l'histoire mais aussi à l'art pour comprendre ce tout système sociétal, historique et mondial pour s'envisager dans le futur. Je suis content de pouvoir les représenter d'une certaine façon, vu que je porte mon vrai nom et ce n'est pas un pseudonyme, donc c'est ce nom que je véhicule à travers mon travail, ma personne et mes expositions. Je suis gratifié par ma famille.


TLFWI : Merci beaucoup Jean-Marc Hunt.


J.M.H : Merci à vous, votre platerforme.