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Jessica Laguerre de la photo au cinéma, il n'y a qu'un pas.

Connaissez-vous le film Muette? Non ? Alors découvrez Jessica Laguerre, la photographe et réalisatrice derrière ce chef-d'oeuvre. Le temps d'une rencontre à la galerie L'art S'en Mêle et face à nos caméras, elle est revenue sur son parcours tant personnel que professionnel, ses aspirations, ses photographies, son film et ses projets.



photo : @Yvan Cimadure Mery

Son nom ne vous dit sans doute rien; Mais dans le milieu de la photographie, c'est une valeur sûre. Passionnée de photo depuis sa jeunesse, c'est pourtant en 2009 que Jessica Laguerre franchit le pas et décide de se lancer de façon professionnel. Depuis, la jeune femme apporte sa touche à l'art photographique local. Artiste multifacettes, elle s'illustre désormais dans la production cinématographique avec son premier court-métrage : Muette récompensé du Prix Coup de Coeur du Jury, lors de la 4e édition du Cinéstar International Film Festival.


Le temps d'une rencontre à la galerie L'art S'en Mêle et face à nos caméras, elle est revenue sur son parcours tant personnel que professionnel, ses aspirations, ses photographies, son film et ses projets.





The Link Fwi : Bonjour Jessica , bienvenue sur The Link Fwi, premièrement qui es-tu, peux-tu te présenter à nos lecteurs (trices) ? Quel est ton parcours photographique ?


Jessica Laguerre : Bonjour, je me présente Jessica Laguerre, j'ai 35 ans, je suis d'origine guadeloupéenne, je suis photographe, vidéaste et désormais réalisatrice.


TLFWI : Comment es-tu entré dans le monde photographique ? Quand t’es tu dis que c’est la photographie que je ” veux faire de ma vie ? “


J.L : La photographie a toujours fait partie de ma vie, j'ai toujours eu un petit appareil ou une petite caméra sur moi, que ce soit un petit appareil jetable ou un petit appareil compact numérique. Au départ, j'immortalisais les souvenirs simplement par plaisir. Je crois que c'est en 2009, que j'ai eu mon premier appareil réflex et de là j'ai commencé à découvrir un peu plus l'aspect technique. A me renseigner sur la façon dont fonctionne un appareil. En réalité, la photo n'était juste une passion, car je travaillais à côté et petit à petit elle a pris un peu plus de place dans ma vie jusqu'à ce que j'en fasse mon métier.



The Link Fwi : Quels sont les photographes qui t’ont donné l’envie de faire de la photo ?


Jessica Laguerre : Je ne pense qu'il y en ait eu tant que ça. Il y a des artistes photographiques que j'admire, mais ce n'est pas ce qui m'a motivé à devenir photographe professionnelle. En fait, l'aspect professionnel est venu bien après. Je pense que je me suis mal orienté au départ. Je n'ai pas fais des études dans l'audiovisuel car, c'est ce qui me plait le plus. Je n'ai pas eu vraiment de mentor qui m'a poussé à faire de la photo, c'est simplement l'amour de l'image, l'amour de faire de belles images.


TLFWI : Comment qualifierais-tu ta technique photographique et d’où puises-tu tes inspirations ?


J.L : C'est une très bonne question(rires). Non mais je suis encore à la recherche de mon style. Je sais que j'aime faire des photos des choses qui sont animées, qui sont en vie. J'aime saisir les émotions des gens lorsqu'il s'agit de personnes. J'aime voir et saisir les détails que l'on peut observer dans la nature. Pour moi, le monde est à photographier. En fonction de l'endroit où je me trouve, je vais peut-être trouver quelque chose qui va m'intéresser et je vais la figer dans une photo, mais sans pour autant me définir dans un style particulier. A mon avis, c'est quelque chose qui prend du temps.


The Link Fwi : Pour toi, qu’est-ce qui est plus important ? L’esthétique d’une photo ou le message qui s’y dégage ?


Jessica Laguerre : J'ai envie de dire l'esthétique...

The Link Fwi : Plus que le message ?


Jessica Laguerre : Mais en même temps une photo sans message ne fonctionne pas, et une photo sans esthétique mais avec un message peut éventuellement avoir un impact. Je pense que tout dépend du moment que l'on va faire la photo, tout dépend de l'intention que l'on a au moment où l'on prend la photo. En fait, pour moi, les deux sont liés, le message et l'esthétique. Honnêtement je n'ai jamais réfléchis à cela. (rires)


TLFWI : Du coup tu es plus photographie en couleur ou photographie en noir et blanc ?


J.L : Les deux. Tout dépendra du sujet. Je suis née à l'époque de la couleur donc voilà je fais des photos en couleur. Après je ne sais pas si ce sont tous les photographes, mais nous avons une grosse affection pour ce style et nous ne savons pas pourquoi. Est-ce parce que la photo a commencé en noir et blanc ? Est-ce que les plus belles photos sont de cette façon. Je ne sais pas. Parfois la démarche photographique nous la faisons en noir et blanc ou pas du tout. " On part en reportage, on fait des photos, elles sortent en couleur sur le logiciel et il y a une qui fonctionne beaucoup mieux en noir et blanc." Me concernant, je ne pourrais l'expliquer mais je sais que cette photo sera faite pour du noir et blanc. Pour répondre à cette question, je suis encore en grande réflexion (rires). Cependant, je dirais que j'aime beaucoup les deux. Juste que selon moi il y a des choses qui seront plus esthétiques en couleur et d'autres en noir et blanc; sachant que le noir et blanc va moins détourner le regard par rapport à la couleur.


TLFWI : Tu as récemment réalisé un court-métrage : “ Muette “ peux-tu nous en parler ? De quoi parle ce premier court-métrage ?


J.L : "Muette" dénonce les violences sexuelles faites aux enfants. C'est un sujet qui évidemment est très tabou chez nous aux Antilles. Je l'ai traité en Guadeloupe car, c'est de là que je viens, c'est l'île que je connais le mieux. Du coup, j'ai voulu aborder ce sujet dont on ne parle jamais mais qui existe. Pour moi, il est important de libérer la parole quant à ce problème, notamment pour les victimes d'abus qui bien souvent et même trop souvent restent dans le silence. Certaines arrivent à en parler des dizaines d'années après ou d'autres n'en parleront jamais.




The Link Fwi : On peut donc dire que Muette donne la parole à celles et ceux qui ont subis ou qui subissent ces violences ?


Jessica Laguerre : Je ne sais pas s'il donne la parole, mais dans tous les cas, il dénonce ces faits et cela amène le débat. Suites aux différentes diffusions publiques qui ont eu lieu, j'ai remarqué qu'effectivement, le film libérait la parole. Des personnes sont venues me voir à chaque fin de séance pour me dire que cela leur était arrivé etc. En ce sens, je pense que c'est le vrai but de ce film.


TLFWI : Pourquoi avoir choisi d’aborder le thème de l’inceste, de la pédophilie pour ce premier projet cinématographique ? Comment cette idée t'est-elle venue ?

J.L : En 2019, il y a eu un gros tournant dans ma vie, j'ai quitté mon CDI, pour vivre de la photographie. J'avais donc plus de temps pour créer, me consacrer, on va dire à mon art. Le court-métrage Muette est donc né à cette période. Le faire par l'image était pour moi nécessaire...


The Link Fwi : Il t'a donc fallu plus d'un an de réflexion, de travail pour le réaliser ?


Jessica Laguerre : Pas vraiment. Il est arrivé au moment de ma reconversion professionnelle. On va dire que j'ai travaillé six mois dessus avec des moments de pause, des moments de procrastination (rires). J'ai réellement commencé les démarches au mois de décembre (2019) et j'ai pu tourner en Janvier 2020 et ensuite, la post-production m'a pris presque huit mois. Il faut savoir que nous n'avions pas de budget, mais j'ai eu énormément de chance parce que toutes les personnes qui ont travaillé dessus ont été bénévoles. La plupart en tout cas. C'est sans doute la raison pour laquelle il a pris plus de temps que prévu, peut-être que si nous avions plus de budget, nous aurions été plus vite. Néanmoins, j'ai quand même réussi à le terminer et je suis très contente et je tenais à remercier toutes les personnes qui m'ont aidé à le réaliser.


TLFWI : En combien de jours vous avez tourné ?


J.L : En deux jours. Initialement, le tournage était prévu pour une journée car, je ne voulais pas mobiliser toutes ces personnes, je me suis dis " yo ja ka ban mwen fos la" faut pas que j'exagère (rires). Au final une journée n'était pas suffisante, nous n'avions pas terminé les tournages. Elles ont bien voulu revenir pour tout finir. Finalement cela nous a pris un week-end pour le tournage et la partie dance a été tournée en une journée mais, nous l'avons réalisé bien après.


The Link Fwi : Et pour la petite fille, personnage principal de l'histoire comment les tournages se sont déroulés pour elle ?


Jesica Laguerre : Tout comme moi, Muette était son premier film. A mon avis, c'est une vocation pour elle. Elle s'est dévoilée en fait. Au départ, je devais tourner avec sa soeur qui est un plus âgée, mais lors du casting, j'étais avec la maman et les filles, armé de mon appareil photo, la grand soeur ne voulait pas jouer, elle ne voulait rien faire. C'est la petite qui était plus motivée. Ce fût une révélation tant pour elle que pour moi, mais j'hésitais vu son âge, quatre ans, je la trouvais trop jeune. Mais finalement cela fût incroyable. Le tournage a été comme un jeu pour elle. Il nous fallait trouver des techniques, des jeux pour la maintenir dans son rôle et pas qu'elle, mêmes pour tourner avec les autres enfants.


TLFWI : Tu parles souvent des personnes qui t'ont aidé mais qui sont-elles ?


J.L : Il ne faut surtout pas j'oublie des gens (rires). Non mais, il y a énormément de gens qui m'ont aidé, si je parle du tournage, au niveau de l'équipe technique, je peux citer Alex MEIGNAN qui a été le cadreur, grâce à lui, le projet s'est concrétisé. De plus, grâce à lui Vitamine C nous a passé des objectifs cinéma, il a aussi amené un super assistant caméra Adrien VALET qui finalement a tout fait, de chef opérateur à étalonneur. Je pense aussi à Yohan DESIR au son, mais aussi Audrey ZEPHO à la régie et au clap, Andy SONGO au montage, Ludovic SADJAN au mixage son, Christophe SALIBUR qui a été plus qu'efficace en backstage . Au niveau des acteurs, il y a Théo DUNOYER, Louana BRARD LALANNE, Jimmy FRANCOIS, Nloana TAMI que je connaissais pas et que j'ai rencontré durant le tournage, et bien évidemment les enfants Stacy, Edgard, Camille et Maxime. Je remercie surtout Esther MYRTIL qui nous a passé le lieu. Sans oublier les parents Alexandra LALANNE, Estelle HENRY, Harold CLAVIER, Wallly FALL, Pascal Théophile, Yannick MAILLARD, Marianne MATHEUS, Xavier LOUISOR, Pascale ERBLON, Cécile PEZERON, Dominique VENERE, Murielle THIERRIN. Je remercie aussi Stéphanie MELYON REINETTE et Lucie BESLE qui m'ont aidé pour la seconde partie du film qui est une partie dansée. Nous étions à trois, nous avions une idée précise, nous avions écrit le scenario, nous savions où nous voulions aller. Je remercie surtout Jean-Michel LESDEL qui a signé la musique, c'est un grand honneur pour moi qu'il ait accepté.


The Link Fwi : Grâce à Muette tu as été récompensé du “ Prix coup de cœur Mcdonald's" lors de la 4e édition du Cinéstar International Film Festival, t’attendais-tu à recevoir ce prix ?


Jessica Laguerre : Absolument pas. Je ne m'attendais même pas à ce que le film soit diffusé. Il faut savoir que j'ai dû terminer le film rapidement pour le festival. Les organisateurs l'ont vu dans une version où il n'était pas fini. C'est la raison pour laquelle, il n'était pas programmé. Je l'ai envoyé vraiment trop tard. Mais, ils ont quand même voulu le faire passé parce qu'il rentrait bien dans le thème grâce au documentaire " Scolopendre et Papillon" qui était également diffusé, c'est donc pour cela que Muette a été diffusé, juste avant. j'ai tellement travaillé sur ce court-métrage que recevoir ce prix a été une énorme satisfaction, une belle récompense pour mon travail.


TLFWI : Quels sont les autres Festivals auxquels tu as participé ?


J.L : Muette a été diffusé à l'île de la Réunion au Festival Court-Derrière, je crois qu'il a été très apprécié, mais je n'ai pas eu d'échange avec le public, mais selon mes sources, il a été bien accueilli. Plus récemment, il a été diffusé au Festival des Droits Humains Monde en Vue. Voilà pour le moment.


The Link Fwi : Quelle est ton actualité ? As-tu prévu de sortir un autre projet ?


Jessica Laguerre : Premièrement j'aimerais faire vivre Muette encore longtemps, l'inscrire à d'autres festivals ici ou ailleurs dans le Monde. Deuxièmement, j'aimerais vivre de mon activité de photographe. Nous sommes en ce moment dans une période assez compliquée, la Covid-19 tout ça, donc mon objectif premier est de manger (rires). Mais sinon oui, je suis en train de travailler sur un nouveau projet. Je suis en phase d'écriture. Cependant, je préfère ne rien dire dessus.

TLFWI : Il y aura t'il une suite à Muette ? et à quand un long métrage ?


J.L : Honnêtement non il n'y aura pas de suite à Muette (rires) mais en ce qui concerne le long-métrage, après plusieurs courts-métrages (rires). Peut-être que là je me lancerais dans un long-métrage mais pas maintenant.


The Link Fwi : Où pouvons-nous suivre ton actualité ? Es-tu sur les réseaux sociaux ?


Jessica Laguerre : Alors oui, je suis présente sur Facebook et Instagram sur Jessica Laguerre Photography.


TLFWI : Merci Jessica.


J.L : Merci à vous, l'équipe The Link Fwi