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Jovenel Moïse assassiné. Portrait d'un président contesté.

Tôt ce matin, la nouvelle a ébranlé la République d'Haïti mais plus largement, l'ensemble du bassin Caribéen et du continent américain. Dans la nuit du 6 ou 7 Juillet, le président Jovenel Moïse a été assassiné par un commando, dans sa résidence. Sa femme grièvement blessée dans l'attaque, a été héliportée vers Miami. Le premier ministre a déclaré l'Etat d'urgence Cet attentat risque d'accroître les tensions à Haïti, pays gangréné par l'insécurité.





Vingt ans après le retour de la démocratie, onze ans après le terrible tremblement de terre de 2010, Haïti semble plonger de plus en plus dans le chaos. Pauvreté extrême, violence, kidnapping et guerre des gang sont le lot quotidien des haïtiens. Une situation incontrôlable qui donne à la population un sentiment d'abandon de la part des autorités. Aujourd'hui, la première république noire a atteint le point du non retour avec l'assassinat du président Jovenel Moïse, 53 ans, à la tête du pays depuis 2017 mais dont le mandat est fortement décrié par la population et notamment l'opposition.



Que savons-nous ?


Selon plusieurs informations basées sur le communiqué du premier ministre Claude Joseph, un commando d'hommes lourdement armés parlant l'anglais et l'espagnol avec des traducteurs en créole pour s'adresser aux membres de la sécurité présidentielle. Selon Jean-Josué Pierre, ambassadeur d'Haïti en France, pour pénétrer dans la résidence du président, les membres du commando auraient déclaré faire partie de la DEA ( agence anti drogue américaine détaché pour inspecter la maison du président de la République et une fois à l'intérieur ils auraient ordonné aux agents de sécurité de déposer leurs armes sous menace de faire feu sur eux. Une fois la garde présidentielle neutralisée, ils se sont dirigés à l'intérieur de la maison dans laquelle ils ont tiré à plusieurs reprises sur Jovenel Moïse qui a succombé sur place tandis que sa femme a été grièvement blessée. Hospitalisée dans un premier temps aux soins intensifs dans un hôpital de Port-au-Pitre, elle a été transportée à Miami.


Jovenel Moïse, monsieur Banane :


Issu d'une famille modeste, un père mécanicien et agriculteur, une mère couturière et commerçante, natif de Trou du Nord, dans le département du Nord-Est, il poursuit des études jusqu'à la Faculté des sciences de l'éducation à l'université haïtienne Quisqueya.

Sa famille s'était installée dans la capitale Port-au-Prince en 1974. En 1996, tout jeune marié avec sa camarade de classe Martine, il retourne dans son département natal avec un rêve : refaire de Haïti une contrée "essentiellement agricole" en développant l'arrière-pays. Père de deux enfants, Jovenel Moïse a commencé sa carrière dans le monde des affaires en créant, grâce à des fonds de capital-investissement, un commerce de pièces détachées automobiles et une première plantation de bananes de 10 hectares. Le succès sera au rendez-vous puisque sa dernière bananeraie biologique est la plus vaste du pays (près de 1 000 hectares).


Malgré sa réussite économique, il n'oublie pas d'où il vient. Sensibilisé à l'importance de l'eau potable, il noue un partenariat avec le spécialiste Culligan et ouvre en 2001 une usine de distribution dans les régions du Nord-Est et du Nord-Ouest. Puis il s'intéresse à l'électrification régionale, créant en 2008 avec des associés une société ad hoc.

En 2012, il lance la première zone franche agricole d'Haïti, et y installe sa société Agritrans pour laquelle il a décroché un prêt participatif de six millions de dollars auprès du gouvernement de son prédécesseur, Michel Martelly. Un dispositif qui a permis de développer des dizaines de projets agricoles et "de créer près de 3 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects". Des résultats qui lui permettront de rentrer dans le coeur des haïtiens les plus pauvres.



Jovenel Moïse, homme d'affaires et désormais président :


Proche du président Martelly, qui ne pouvait briguer un second mandat mais également membre de son parti le PHTK ( Parti Haïtien Tèt Kale), ce dernier le choisit pour représenter le parti aux élections présidentielles de 2016. "Nèg Bannan nan", soit "l'homme-banane" en créole surnom que lui avaient attribué les haïtiens les plus pauvres deviendra le slogan de sa campagne durant laquelle, il joue la carte de la proximité avec le peuple. La campagne électorale très active centrée sur lui, notamment sur les réseaux sociaux encore sous-exploités par la classe politique traditionnelle, financée par de grands industriels et des membres de l'élite économique, la même minorité aisée qui entourait Michel Martelly, fera de lui le candidat favori de ces présidentielles.


Au terme d'un marathon électoral mouvementé, où le scrutin avait été reporté à plusieurs reprises, cet inconnu du grand public au printemps 2015 lorsqu'il est apparu sur la scène politique, est élu président de la République en 2016.


Dès les premiers mois de sa présidence, Jovenel Moïse s'engage à assainir le pays, miné par la corruption. Mais, assez vite, ce sont certains de ses propres collaborateurs qui se retrouvent soupçonnés de détournements de fonds publics.


Année après année, des enquêtes parlementaires, des enquêtes d'ONG ou des enquêtes de la Cour des comptes confirment que la corruption continue d'imprégner les institutions haïtiennes, malgré la valse des ministres et hauts fonctionnaires. Autre ombre au tableau, le scandale Petrocaribe, programme initié par l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez, qui permet à plusieurs pays d'Amérique latine et des Caraïbes d'acquérir des produits pétroliers à un coût avantageux. Incapable, de rendre des comptes sur la façon dont a été utilisé l'argent prêté dans le cadre, il a dû faire face des manifestations d'ampleur inédites. Ces derniers mois, le gouvernement Entraînant une grande instabilité politique.


Ces derniers mois, Haïti a connu une flambée de violence avec des kidnappings ( près de 20 cas de kidnapping par semaine.) et une guerre des gangs qui ensanglante les rues de Port-au-Prince. Une situation incontrôlable qui donne à la population un sentiment d'abandon de la part des autorités. Fortement décrié face à son silence sur la situation économique et sécuritaire de son pays , Sa fin de présidence a été marquée par une autre vive controverse, lui estimant que son mandat prendrait fin le 7 février 2022, alors que pour l'opposition et une partie de la société civile celui-ci s'était achevé le 7 février 2021. Ce désaccord tenait au fait que Jovenel Moïse avait été élu à l'issue d'un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.



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