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Judith Tchakpa / So Aguessy en composition hybride à l'Arawak.

Depuis le début de la crise Covid, la vie en générale est en suspend. Entre les annonces hebdomadaires, suivies des confinements, des déconfinements. Sans oublier les couvres feu, les restrictions sur les plages et les rivières, les fermetures des bars, restaurants, musées ainsi que les galeries d’art. Tout semble être comme au ralenti, l’économie en souffre. Parmi les grandes victimes de cette situation sanitaire et économique : les artistes qui doivent eux aussi s'adapter à la situation sanitaire. Cependant, le déconfinement par étape annonce le retour des sorties culturelles. On s’impatientait déjà de voir les nouvelles créations de nos artistes locaux. L’une des expositions les plus attendues de ce mois d’Octobre, la colorée “ Hybride” de So-Aguessy Raboteur et Judith Tchakpa. Ce vendredi, aura lieu le vernissage qui s’annonce déjà haut en couleur. l’image de ces deux artistes de talent.

crédit photo : ELMS Photographie

La crise sanitaire que nous traversons actuellement nous aura fait prendre conscience de la valeur de la vie et de l’importance de prendre soin de sa santé. Elle nous a aussi fait perdre une partie de notre liberté individuelle pour le sacro-saint principe de la protection collective. Nous avons aussi vu apparaître des divisions au sein même de la société civile entre ceux qui refusaient le port du masque, maintenant ceux qui refusent l’administration du vaccin et ceux qui la défendent. Disons nous vivons une époque troublée.


Par ailleurs, malgré les aides de l’Etat, les patrons des discothèques, des bars, les propriétaires des galeries d’art et tous ceux des commerces non-essentiels sont pour beaucoup en souffrance et nombreux sont ceux qui pensent fermer face à l’accumulation de dettes et l’impossibilité de rémunérer leurs employés.


L’art aurait pu être un bon remède mais, comme beaucoup de choses liées au monde du divertissement, il est passé au second plan. Depuis deux ans, il n’y a pas de concerts, pas de soirées nocturnes, pas d’expositions grand public et quand il y en a, il y a bien entendu des jauges à respecter notamment pour les galeries d’exposition. Désormais, il faut compter avec le pass-sanitaire qui risque fort bien d’être un véritable frein pour les entreprises rattachées aux secteurs culturelles ou du divertissement. Parmi les grandes victimes de ce contexte si particulier : les artistes qui eux aussi doivent composer avec les règles sanitaires et des décisions préfectorales. Difficile aussi pour certains de se produire ou de réaliser une oeuvre.L’inspiration n’est pas vraiment au rendez-vous.


Avec les assouplissements préfectoraux et le déconfinement par étape, on a vu le retour des sorties culturelles dont notamment les vernissages. L’une des expositions qui fait déjà sensation en cette rentrée artistique, c’est la colorée “ Hybride “ présentée par So-Aguessy Raboteur et Judith Tchakpa, deux artistes de talent que nous avons déjà reçu à The Link Fwi.



So Aguessy Raboteur devant ses oeuvres crédit photo : ELMS Photographie


En l’espace de quelques années, So-Aguessy Raboteur est devenue une valeur sûre de l’art contemporain guadeloupéen. Née à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, So a toujours évolué dans le domaine artistique. Après son BAC, elle s’est orientée vers un CAP de Dessinateur d’exécution graphique, ensuite un BAC artisanat des Métiers d’art. Par la suite, elle a intégré une classe préparatoire aux concours d’entrée des Beaux-arts, ce qui lui a permis d’intégrer l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de la ville du Mans pour enfin entrer à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design du Havre où elle a appris une multitude de techniques comme la photographie, la peinture acrylique la peinture numérique, la sculpture etc.


Aujourd’hui, So-Aguessy évolue dans un champs particulier de l’art, celui du graphic art ou l’art numérique. Quand nous l’avions interviewé, elle présentait ce style de la façon suivante : “ c’est la juxtaposition de différentes techniques d’expressions plastiques. L’art numérique utilise des logiciels de création d’images associées à des techniques de représentation dites classiques à savoir : la peinture acrylique, les crayons de couleurs, les stylos à billes, les aérosols de peintures etc. Ma technique expérimente différents supports, différents médiums, différents matériaux ainsi que différentes échelles de création. La production issue de ce mélange qui est le résultat de ces différents outils et moyens techniques, donne un résultat final que je considère être à mon image « bien-tissé », autrement dit bien mixé”

So Aguessy Raboteur devant une de ses oeuvres. Crédit photo : ELMS Photographie

La Guadeloupéenne puise son inspiration de ses origines béninoise-nigériane et juive polonaire du côté maternel et indien caraïbe du côté paternel. Ce qui lui permet de mener un travail sur les identités à travers des portraits ou des corps humains qu’elle considère comme une vitrine sur les origines. So Aguessy n’est pas à sa première exposition, puisqu’elle a participé au premier cycle d’exposition Eclats d’île à Paris avec Krystel Ann Art, mais aussi à la Clio Art Faire de New York. Au niveau local, elle a participé à plusieurs Pool Art Fair que ça soit en Guadeloupe et en Martinique ou la OFF en Guadeloupe et en fin d’année 2020, elle a exposé à BOA ( Beautiful Woman of Art).





Découvrez la précédente interview de So-Aguessy :





Judith Tchakpa quant à elle, est une artistique atypique dont le parcours dénote. Originaire de la République Centrafricaine mais installée depuis 2011 en Guadeloupe, elle a fait de l’archipel guadeloupéen, sa nouvelle terre d’accueil et d’inspiration. Ses créations uniques en leur genre à la croisée des chemins entre l’Afrique et la Guadeloupe sont un clin d’oeil à cette bi-culturalité qui façonnent son processus créatif. Artiste autodidacte, Judith Tchakpa se décline à la fois par des créations de vêtements, de bijoux à travers sa marque Emoi Créations. Elle a forgé sa notoriété grâce à la fabrication de masques symbolisant des entités spirituelles ( très souvent féminines) provenant de différents peuples d’Afrique. La créatrice n'est pas non plus novice en matière d’exposition, puisqu’en 2018, elle a eu l’occasion d’exposer au Pavillon de la ville de Pointe-à-Pitre ou encore elle a participé à Alli-

ance et Dissonnance en compagnie de Yeswoo Dini, Ruddy Marc Roquelaure, Bruno Metura, mais également à deux éditions de la POOL ART FAIR dont une en 2020 et au début de l’année 2021, elle a exposé avec Nicolas Nabajoth ( AMINA).



Judith Tchakpa posant devant Totoman pour ELMS Photographe



Ce n’est pas la première fois que les deux artistes collaborent ensemble. En effet, elles avaient pris part à l’exposition Instinct avec Elodie Bellejambe. Malgré les différences et les univers artistiques éloignés, elles se sont retrouvées pour une composition “ Hybride “ et hétéroclite de leurs influences. Femmes aux origines multiples, toutes deux portent un regard croisé sur le corps, l’humain et les identités. Hybride est avant tout une rencontre féminine dont les techniques. Elles nous en disent un peu plus :


The Link Fwi : Comment est née cette idée d’exposer à deux ?

So-Aguessy : J’ai eu une proposition d’exposer à l’Arawak et on m’a demandé si je voulais exposer avec quelqu’un d’autre. C’est que l’on m’a suggéré quelques artistes mais j’ai refusé car, dans un premier temps, je voulais le faire avec une artiste féminine. La première artiste femme qui m’est venue en tête, c’est Judith. Je savais que nos univers allaient correspondre et que cela allait être cohérent, même au premier abord on peu voir des différences mais, nous sommes parvenues à trouvers liens communs. En plus, on se connait bien et on s’apprécie.

Judith Tchakpa : C’est ça. Comme elle disait, quand elle m’a contacté, j’ai accepté car, c’est une personne que j’apprécie énormément. En tant qu’artiste sa démarche professionnelle et les réflexions autour de ses œuvres me plaisent beaucoup. J’ai vu ça comme une opportunité d’aller plus loin dans ma démarche artistique et de m’asssocier afin d’y faire cette juxtaposition, d’univers.

TLFWI : Justement en parlant d’univers, comment êtes-vous parvenues à combiner les deux ? Comment se marient-ils ?


So-Aguessy : Je dirais que nos deux univers bien que différents, se marient automatiquement bien. Premièrement, il y a de grosses références à nos origines; car, de par nos origines, nous venons toutes les deux de différents pays. Moi je suis née en Guadeloupe avec des origines indo-Guadeloupéenne mais j’ai des origines Nigériane-béninoise et juive du côté de ma mère, tandis que Judith est de la république Centrafricaine mais elle dispose d’origines variées. Nous avons donc l’Afrique en commun. On retrouve des sujets dans le travail de Judith qui se reflètent dans le mien. Pour moi, c’était logique que nous exposions ensemble. Puis, quand on combine les deux univers, nous ne sentons pas un décale, une relecture. J’ai l’impression qu’ils cohabitent naturellement.



crédit photo : ELMS Photographie

The Link Fwi : Quelles sont les œuvres que vous allez nous présenter ?

Judith Tchakpa : Comme le disais Soil y a différentes œuvres. Certaines sont vraiment une part de nous, au sens où l’on aborde nos origines africaines communes. Par exemple mo, j’aborde la question du masque ethniques de différents peuples du continent mais aussi des entités ou des divinités. So quant à elle, elle est allée loin dans sa généalogie. Elle est remontée aux entités et aux chefs spirituels de son clan. Du coup, cela fait un lien avec nos origines. L’autre chose que je trouve pertinentes est que, au-delà des techniques que nous utilisons, il y a la couleur qui revient. Il y a une harmonie, un assemblage qui s’est fait assez naturellement. Sur cette exposition, nous n’avons pas eu de contraintes, nous étions libres de nous exprimer. Nous devions juste être d’accord sur la thématique de travail et je pense que chacunen respectant la démarche de travail de l’autre a produit un sens et le tout s’est assemblé naturellement. Cela a été un vrai plaisir de collaborer avec elle et nous invitons tous vos lecteurs et lectrices à venir visiter l’exposition. Elle a commencé le premier et elle dure jusqu’au 28 Octobre 2021.

TLFWI : En terme de créations, quels sont les masques Judith Tchakpa que vous présenter ?

Judith Tchakpa : Alors, pour cette exposition, j’ai voulu présenter que les masques pas les costumes. Par ailleurs, certains masques ont changé de dimension. Ils sont passés de la 3D à la 2D. Il y a donc une découverte. Une évolution au niveau des visages, des faces, des identités, des divins que je visite. Il sera possible de voir SURMA, Mosi, et également Zeu qui est pour le coup plus un totem et j’ai aussi décidé de représenter une forme de totem, Ototoman.




Judith Tchakpa posant avec SURMA et Mosi crédit photo : ELMS Photographie


The Link Fwi : Quelles sont les toiles que l’on peut découvrir dans cette exposition So-Aguessy ?

Me concernant, alors il y a déjà une toile qui est aussi présente sur le flyer et l’affiche de l’exposition. Elle représente la cérémonie des Eguns, cérémonie des revenants. C’est une part de l’historie de ma famille que je présente. C’est un culte qui vient du Nigéria que la famille du côté de ma mère a gardé. Il y a aussi l’explication sur mes origines à travers ces masques et costumes. Il y a aussi une vidéo qui va montrer quelques scènes de ces cérémonies. J’invite donc le public à venir.

TLFWI : Ces œuvres les aviez vous déjà confectionné ? Ou vous les avez réalisé pour l’exposition ?

So-Aguessy : Il y avait quelques-unes qui existaient déjà que j’avais utilisé pour d’autres expositions. Pour celle-ci, j’ai quatre nouvelles toiles que le public pourra découvrir.

Judith Tchakpa : Une partie était déjà existante, en tout cas celle des masques en 3D. Tandis que la nouvelle partie est une projection plutôt murale comme des toiles accrochées. Je vais dire qu’il y a six nouvelles pièces et, toutes les deux nous avons une pièce commune : KIMPA qui est notre référence donc un hommage à Kimpa Vita, une prophétesse de l’ancien Royaume Congo. Il y a différentes symboliques dans la construction de l’oeuvre que So-Aguessy avait complété moi j’y ai rajouté des éléments que le public peut découvrir. Nous sommes restés sur les mêmes techniques individuelles, à savoir pour So l’art numérique et moi le textile mais nous avons su combiner nos façons de travailler sur une même pièce, donc venez vois KIMPA.





Judith Tchakpa & So Aguessy Raboteur devant KIMPA. Crédit photo : ELMS Photographie


The Link Fwi : Le Covid-19 vous a t’il empêcher de travailler ?

So-Aguessy : Personnellement, oui , la Covid-19 m’a bloqué pendant trois semaines car, j’ai moi-même contracté le virus. J’ai respecté un certain délai pour être sûre de ne pas contaminer mon entourage. Du coup, pendant trois semaines, je suis resté chez moi.

Judith Tchakpa : Pas de maladie pour ma part, je me suis isolé dans mon espace pour confectionner, mais n’empêche les restrictions m’ont empêcher à mes matières premières vu que les commerces de tissu étaient fermés. Néanmoins, cela a été stimulant car, j’ai dû adapter certaines choses en attendant les nouvelles mesures.



Judith Tchakpa avec SURMA. Crédit photo : ELMS Photographie

TLFWI : Votre exposition dure combien de temps ?


Judith Tchakpa : Elle a commencé le 1er Octobre, le vernissage aura lieu le vendredi 8 à partir de 17h avec une journée porte ouverte où nous allons recevoir toute la journée le public et en soirée, il y aura une performance avec une interprétation masquée donc sans doute une interprétation d’une cérémonie de rituelle, donc venez la voir. (rires) Après, l’exposition en elle-même dure jusqu’au 28 Octobre. So et moi organisons des permanences quotidiennes et il est donc possible de venir visiter.

The Link Fwi : Merci beaucoup So et Judith.

So-Aguessy : C’est nous qui vous remercions et n’oubliez pas de venir.

Judith Tchakpa : Merci à votre média pour la couverture et comme disait So, n’hésitez plus, venez.



Visite guidée de l'expo :







(re)découvrez l'interview de Judith Tchakpa sur The Link Fwi




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