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Julien Silloray : " Je suis simplement passionné par le cinéma, mais plus encore par la Guadeloupe "

En l'espace de quelques années, la Guadeloupe est devenue une terre de tournages et de réalisation. Entre les séries, les longs et les court-métrages, l'industrie cinématographique prend son essor dans l'économie locale. Certaines de ces productions sont biens de chez nous. Parmi elles, il y a " Mortenol ", court-métrage réalisé par Julien Silloray. De passage en Guadeloupe, il nous a accordé une interview.




La Guadeloupe a tout pour plaire. Ses paysages luxuriants faits de plages de sable fin, de rivières et d'étendues verdoyantes font de l'île émeraude un choix de taille pour le tourisme mais, pas que. Depuis quelques années, l'archipel guadeloupéen tente de se démarquer de ses voisines en misant sur : l'industrie cinématographique.


En effet, en l'espace de quelques années, la Guadeloupe est devenue une terre de tournages et de réalisations. Entre les séries, les longs et les court-métrages, l'industrie cinématographique semble prendre son essor dans l'économie locale. Il est bien loin le temps des Siméon ( Euzhan Palcy), “ Le Radeau de la Méduse " " Antilles sur Seine ( Pascal Légitimus) ou " Nèg Maron".


Fini aussi le temps du désert cinématographique où les réalisateurs locaux étaient peu nombreux, citons par exemple, Christian Lara ( Jeu de Dame, Adieu Foulards, 1802 : L’épopée Guadeloupéenne) ou encore Jean-Claude Barny ( Neg Mawon, Le Gang des Antillais). Désormais, les tournages se multiplient sur l’île aux Belles Eaux. Certaines de ces productions sont le fruit du travail de réalisateurs bien de chez nous. Parmi cette nouvelle génération de réalisateurs, il y a Julien Silloray qui a récemment signé un chef d'oeuvre : " Mortenol". De passage en Guadeloupe lors du festival Nouveaux Regards, il nous a accordé une interview :



The Link Fwi : Bonjour Julien Silloray , bienvenue sur The Link Fwi, premièrement qui es-tu, peux-tu te présenter à nos lecteurs (trices) ?


Julien Silloray : Bonjour à tous, je suis Julien, réalisateur. J'ai grandi en Guadeloupe et j'y tourne des films depuis 8 ans, dont « Mortenol », mon quatrième court métrage.


TLFWI : Quel est ton parcours dans le cinéma ? As-tu étudié le cinéma ou es-tu autodidacte ?


J.S : Je suis un pur autodidacte. J'ai fait des études en sciences politiques mais j'ai changé de voie à la fin de ma scolarité. J'ai alors fait des stages dans des sociétés de production puis sur des tournages en France, apprenant sur le tas, jusqu'à me lancer à 28 ans dans l'écriture de mon premier court métrage. Le scénario de ce film (« Un toit pour mes vieux os ») a séduit les financeurs aussi bien en Guadeloupe qu'en France. Depuis, j'essaye de continuer à réaliser des fictions.


The Link Fwi : Quels sont les cinéastes qui t’ont donné l’envie de réaliser toi aussi tes propres productions ?


Julien Silloray : Je n'avais pas de cinéastes fétiches lorsque j'ai écrit mon premier film. J'étais simplement passionné par le cinéma, mais plus encore par la Guadeloupe et j'avais un désir très fort de raconter des histoires créoles. Au fil de mes différentes réalisations, mes goûts cinématographiques se sont affinés, et aujourd'hui les réalisateurs qui m'influencent sont de ma génération. Ils viennent d'Amérique du Sud et du Nord, ils ont la particularité de faire un cinéma « réaliste », héritier lointain du néo-réalisme italien et de la nouvelle vague française, et tournent leurs films avec des acteurs non-professionnels. Je pense notamment à Franco Lolli et Chloé Zhao, qui sont des modèles pour moi.


TLFWI : Tu as récemment réalisé un court-métrage : “ Mortenol “ peux-tu nous en parler ? De quoi parle t’il ?


J.S : « Mortenol » est un « coming of age » classique, c'est-à-dire un film sur le passage à l'âge adulte. On y suit la trajectoire d'un garçon de 11 ans qui grandit en traversant un deuil.


The Link Fwi : Pourquoi avoir choisi, le quartier populaire de Mortenol à Pointe-à-Pitre pour décor et lieu principal de l’intrigue de ton film ?


Julien Silloray : Je ne suis pas de Mortenol. J'ai grandi aux Abymes puis à Baie-Mahault. Mais comme tout le monde en Guadeloupe, je connais ce quartier. Après mon troisième court métrage, tourné dans la campagne de Morne-à-l'Eau, j'avais envie de faire un film à Pointe-à-Pitre avec des jeunes de la ville. A ce moment-là, un fait divers impliquant un garçon lié à Mortenol m'a touché et a inspiré mon écriture.




photo du tournage de Mortenol. source : Julien Silloray



TLFWI : Pourquoi avoir choisi d’aborder le thème de la violence, des gangs et des représailles sous fond de trafic de stupéfiants, le tout sous l’oeil d’un jeune garçon à peine adolescent ? Comment ce sujet t'est-il venu à l’idée ?



J.S : La violence ou la rivalité entre les jeunes des quartiers de Guadeloupe ne sont pas le sujet du film. Ils sont une partie de l'univers dans lequel le personnage évolue. « Mortenol » est avant tout un film sur le deuil. La question narrative qu'on se pose en regardant ce court métrage est « Dwayne va-t-il réussir à se venger ? », mais cette question en cache une autre, plus profonde : « Dwayne va-t-il réussir à faire son deuil ? ». Le thème du deuil m'obsède depuis mes premiers courts métrages et le fait divers qui a inspiré mon scénario était l'occasion de le travailler avec un décor et des acteurs différents de mes précédents films.


Par ailleurs, même si je ne viens pas moi-même d'une cité comme Mortenol, ces rivalités et les morts qui en découlent parfois me touchent et me violentent. Ces tragédies restent heureusement rares, mais j'avais envie de les sublimer en travaillant avec des jeunes connaissant ces problématiques pour délivrer un message simple de pacification.



photo du tournage de Mortenol. source : Julien Silloray


The Link Fwi : Comment la sélection des acteurs s’est-elle opérée ?


Julien Silloray : Pour le personnage principal, je suis allé dans différents quartiers de Pointe-à-Pitre, des Abymes et de Morne-à-l'Eau, à la rencontre de jeunes pouvant correspondre au rôle. C'est ainsi que j'ai trouvé Chris Baltimore. Quant à Lil Low, il m'a été présenté par le chanteur Daly qui le connaissait, c'est comme cela que la connexion s'est faite. Lil Low est quelqu'un de généreux et ouvert, on a vite sympathisé et je lui ai proposé de jouer le rôle du cousin, mentor du personnage principal.


TLFWI : Comment as-tu procédé pour la réalisation de film ? Ecriture des scénarii, tournage des plans et de scènes, post-production as-tu réalisé tout toi-même où étais-tu entouré d’une équipe de scénaristes, d’une équipe de tournage ainsi que d’une équipe de post-production ?



J.S : C'est différent à chaque étape. J'écris mes scénarios seul, chapeauté par mon producteur qui est mon principal interlocuteur artistique à ce moment-là. Il me fait des retours critiques et m'aide à améliorer mon histoire. Puis je tourne le film avec une dizaine de techniciens. Je suis également accompagné pour toute la post-production. Hormis l'écriture du scénario, chaque étape est donc un travail d'équipe.




photo du tournage de Mortenol. source : Julien Silloray



The Link Fwi : Qu’est-ce qui t’a été le plus difficile, écrire le sujet, à savoir trouver les idées, comment les agencer ? ou les jours de tournage ?


Julien Silloray : Je trouve que tout est difficile. Le plus dur pour moi est le montage. On se retrouve face aux rushes du film, à monter des scènes qui parfois ne fonctionnent pas alors qu'elles semblaient évidentes et simples à l'écriture puis au tournage. Il faut alors se dépatouiller avec une matière qu'on ne peut plus changer.



photo du tournage de Mortenol. source : Julien Silloray


TLFWI : En combien de temps, ( jours, semaines) le tournage a t’il été fait et avec qui as-tu collaboré ?


J.S : Au total, nous avons tourné le film en neuf jours. Au moment du tournage, entre 50 et 60% de l'équipe était composée de techniciens guadeloupéens, les autres venaient de France.


The Link Fwi : Quels ont été les retours, en matière de critiques ? Mortenol “ a t’il pu bénéficier d’une bonne couverture médiatique ?


Julien Silloray : Le court métrage reste un format plutôt confidentiel. « Mortenol » a tout de même bénéficié d'une bonne visibilité : il est passé à la télévision en Guadeloupe, en France, et a été montré dans de nombreux festivals internationaux. Il m'a permis de confirmer une reconnaissance dans le milieu que j'avais déjà reçue avec mon précédent court métrage (« Féfé limbé »), très diffusé et primé à l'international. « Mortenol » a également fuité sur les réseaux sociaux ; il a ainsi été beaucoup vu et, à en croire les commentaires, très apprécié.



photo du tournage de Mortenol. source : Julien Silloray



TLFWI : Mortenol a été sélectionné mais aussi récompensé dans plusieurs festivals cinématographiques en Guadeloupe et ailleurs, quels sont-ils ? T’attendais-tu à recevoir ces récompenses et ses titres ?



J.S : Le film a plutôt bien circulé et a en effet reçu quelques prix, principalement dans la Caraïbe et en France. Je suis content d'avoir pu le présenter en Guadeloupe au festival Nouveaux Regards, un très bon festival avec une équipe engagée et cinéphile qui offre la possibilité aux Guadeloupéens de découvrir un cinéma différent du cinéma commercial habituellement diffusé sur l'île. Sinon, hormis les festivals caribéens que nous connaissons déjà, je voudrais citer la sélection de « Mortenol » au festival de Clermont-Ferrand en France. C'est la référence en matière de festival de court métrage dans le monde, l'équivalent du festival de Cannes pour le long métrage, la preuve que le film a un réel niveau ou potentiel cinématographique. Cette sélection a donc été très importante pour moi, mon équipe et mes acteurs. Tout comme sa sélection aux César quelques mois plus tard. Pour ce qui est des récompenses, c'est bien sûr toujours agréable, elles donnent une reconnaissance et de la motivation pour continuer. Mais on ne fait pas des films pour recevoir des prix. On veut simplement raconter de belles histoires, toucher le public, et les titres gagnés ne doivent pas leurrer un jeune réalisateur sur le travail qu'il doit encore accomplir pour maîtriser pleinement son langage cinématographique. Je pense que quasiment tout le monde peut faire un court métrage. Passer au long métrage, c'est une autre paire de manches.



The Link Fwi : Quelle est ton actualité ? As-tu prévu de sortir un autre projet ?


Julien Silloray : Ah Ah mystère ! Non plus sérieusement, je travaille sur un autre film, toujours en Guadeloupe. Mais il est encore trop tôt pour en parler malheureusement. La suite donc au prochain épisode ( rires)


TLFWI : Où pouvons-nous suivre ton actualité ? Es-tu sur les réseaux sociaux ?


J.S : J'ai une page Facebook et une chaîne Youtube sur laquelle mes courts métrages sont visibles. Jetez-y un œil si le cœur vous en dit : Julien Silloray