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L'Amérique face à ses vieux démons.

Mis à jour : 2 juil. 2020

Aux Etats-Unis la question des violences policières à l'encontre des minorités notamment la communauté afro-américaine refait surface. Une semaine après la mort de George Floyd, un afro-américain de 46 ans, arrêté mais mort étouffé lors de son interpellation par la police. La rue ne décolère pas. De Minneapolis à Washington en passant par New-York, Boston, Miami, Los Angeles, San-Francisco, les américains réclament justice et la fin des violences policières.


Depuis une semaine, l'actualité liée au Coronavirus a été supplantée par les violentes émeutes qui embrasent l'ensemble du territoire américain. C'est une Amérique en noire et blanc qui manifeste chaque jour dans les rues des principales villes. La raison principale de cette éruption de colère, la mort violente et filmée de George Floyd, afro-américain de 46 ans, arrêté mais mort étouffé lors de son arrestation par la police à Minneapolis. Avec cette nouvelle mort c'est toute la société américaine qui s'est retrouvée face à ses vieux démons, la violence et le racisme.


Que savons nous ?


Tout a commencé par une vidéo devenue virale : celle de l’arrestation par la police de George Floyd, un homme noir de 46 ans, filmée par une passante. Elle montre Derek Chauvin, agent de police déjà accusé en 2008 de violence policière, qui plaque George Floyd au sol en gardant pendant de longues minutes son genou sur son cou. Au cours de cette vidéo des plus choquantes, on y voit ce dernier répéter « Je ne peux pas respirer ». L’agent, un homme blanc, lui répond de rester calme. Un second policier tient à distance les passants qui commencent à s’emporter alors que l’homme appréhendé ne bouge plus et semble inconscient. « Il ne respire plus, il ne bouge plus, prenez son pouls », répète un témoin tandis que les policiers attendent une ambulance qui arrive après plusieurs minutes.Il a été transporté dans un hôpital où il est décédé peu après.

George Floyd était soupçonné d’avoir tenté d’écouler un faux billet de 20 dollars dans un magasin où il s'était rendu pour acheter un paquet de cigarettes. Comme la procédure le réclame en cas de suspicion de faux-billets, les responsables du magasin ont appelé la police. La suite de l'événement on la connait, George Floyd est décédé étouffer.


Dans une première version, les policiers incriminés affirmèrent que la victime résistait. De nouvelles vidéos semblent écarter la thèse mise en avant par la police. En effet, sur des images captées par les caméras du restaurant devant lequel il a été arrêté, il avait les mains menottées dans le dos et n’opposait aucune résistance quand un policier le conduit vers une voiture de patrouille. Mais, ce qui a choqué le plus les américains c'est le manque de réaction et de sensibilité de la part des policiers. On y voit, Derek Chauvin écrasé le cou de Georges Floyd pendant près de sept minutes et son collègue Tou Thao d'origine asiatique, répété à plusieurs reprises des blagues sur l'individu appréhendé : " Que veux-tu mec" ou " Ne prenez pas de drogue les enfants". C'est sans doute ce qui mis le feu au poudre, car, depuis lundi, des milliers de manifestants se sont rassemblés contre les violences policières avec pour slogan « I can’t breathe », « je ne peux pas respirer ». Face à la pression de la rue, les policiers incriminés ont été limogés.


Que savons-nous sur Derek Chauvin ?


Derek Chauvin quant à lui, il a été licencié dès le lendemain du drame et arrêté le 29 mai pour homicide involontaire. Depuis, l'ancien homme de loi est détenu à la prison d'Etat d'Oak Park Eights, le plus haut niveau de détention du système pénitentiaire du Minnesota. Avant ce drame, L'homme de 44 ans, qui a travaillé pour le département de police de Minneapolis pendant plus de 18 ans, est visé par 18 plaintes d'après CNN. Pour deux d'entre elles, il aurait reçu une lettre de réprimande. En outre, le policier aurait été impliqué dans trois fusillades, selon Le Parisien. En 2006, il aurait fait partie des six agents liés à la mort d'un homme abattu après avoir, selon les policiers, tiré au fusil de chasse sur eux. Deux ans plus tard, il aurait blessé par balle un suspect au cours d'une intervention pour violence domestique, ce qui lui aurait valu une médaille de bravoure. Enfin, en 2011 un jeune homme a été blessé pendant une course-poursuite avec une patrouille, à laquelle il aurait appartenu. Depuis la médiatisation de l'affaire dans laquelle il a joué un rôle central, Kellie Chauvin, son épouse de 45 ans a demandé le divorce le 30 mai, soit un jour après l'arrestation de son ex-mari, selon NBC News. Ensemble, ils n'auraient pas d'enfant commun et possédaient une maison de ville à Windermere, dans le comte d'Orange en Floride. Cette dernière, actuellement au chômage « actuellement au chômage», «elle subvient à ses besoins et n'a pas besoin de la pension alimentaire de son conjoint, et renonce à son droit de recevoir une pension alimentaire temporaire ou permanente», indiqueraient les documents de divorce. De plus, elle souhaiterait changer de nom, bien que le nom qu'elle souhaite utiliser n'ait pas été révélé.


Colère dans la rue à travers les Etats-Unis :


Au départ pacifiques,ces manifestations se sont très vite transformées en émeutes violentes. et, plus les jours passent, plus que les manifestations redoublent. En effet, la rue ne décolère pas. De Minneapolis à Washington en passant par New-York, Boston, Philadelphie, Atlanta, Miami, Dallas, Los Angeles, San-Francisco et Seattle, les mêmes scènes de pillages, d'affrontements avec les forces de l'ordre, des bâtiments publics saccagés et ravagés par les flammes ainsi que des voitures incendiées. Malgré l'actuelle pandémie qui a déjà fait plus de 100 000 morts, les américains manifestent leur mécontentement et réclament justice pour George Flyod. Ils demandent, la fin des violences policières à l'encontre des minorités en premier lieu, la communauté afro-américaine. De plus, nombreux sont les manifestants réclament que Derek Chauvin soit inculpé pour meurtre ou assassinat, et que ses trois collègues soient également poursuivis. Malgré les couvres-feux imposés dans plusieurs états, ils n'hésitent à braver les services de polices aidés de la Garde Nationale et par moment de milices près à tout à rétablir l'ordre.


Dans certaines villes, plusieurs médias font état de nombreuses bavures policières par exemple à Atlanta, où deux étudiants noirs scolarisés à Spellman et Morehouse ( deux établissements scolaires originellement noirs) alors qu'ils sortaient d'une rassemblement, ont été molestés par six policiers. Ces derniers n'ont pas hésité à utiliser la force pour interpeller ces deux manifestants. Ils ont depuis été renvoyés et inculpés pour usage excessif de la force. Autre exemple, à Louisville dans le Kentucky, David McAtee, afro-américain de 53 ans, propriétaire d'un restaurant situé dans la zone des manifestations, a été tué dans la nuit de lundi à mardi, par des tirs de policiers. Le chef de la police de la ville a été relevé de ses fonctions. Selon, Robert Schroeder, nouveau chef de la police de Louisville, " Les deux officiers qui ont tiré avec leurs armes ont violé notre politique en ne portant pas ou en n'activant pas leurs caméras (...) C'est complètement inacceptable et il n'y a aucune excuse... Nous examinerons tout l'incident pour déterminer si d'autres violations de notre politique se sont produites " Le gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, a déclaré lundi avoir autorisé la police de l'Etat à lancer une enquête sur la mort de David McAtee et le procureur a annoncé avoir saisi le FBI dans cette affaire.


Ces manifestations d'envergure inégalée dans l'histoire contemporaine de la jeune nation, tombent au plus mal pour le président Trump, qui s'est lancé dans la course à sa réélection. Au plus bas dans les sondages, fortement critiqué pour sa gestion calamiteuse de la crise sanitaire liée au Covid-19, Donald Trump a à plusieurs reprises utiliser un langage violent à l'encontre des manifestants. Aujourd'hui encore lors de son point presse, il a menacé d'appeler l'armée pour " régler le problème ". Un message qui pourrait une nouvelle fois attirer les foudres de la foule.


Les afro-américains plus exposés par les violences policières :


Ce que dénoncent les milliers de manifestants c'est la violence exercée par les policiers contre la minorité noire. Une violence systémique et historique. Au cours du deuxième mandat de Barack Obama, plusieurs affaires de violence policière ont été très médiatisées : on parle de Tamir Rice, Korryn Gaines, Michael Brown, Eric Garner, Sandra Bland, Rekia Boyd, Stephen Lawrence, Alton Sterling, Philando Castile, Aiyana Stanley-Jones, Trayvor Martin, Bobby Hutton, Antwon Rose et bien d'autres encore.


Selon une étude publiée en 2019 se base sur les chiffres compilés par Fatal Encounters, un consortium de journalistes, et ceux du National Vital Statistics System, qui collecte annuellement toutes les données sur la mortalité aux Etats-Unis. Les Afro-américains constitueraient la population la plus à risque, les chercheurs estimant que 1 sur 1 000 d'entre eux mourra à cause de violences policières.  Les hommes noirs ont 2,5 fois plus de chance que les blancs d'être tués par la police. Chez les femmes, ce taux est de 1,4. Les Amérindiens ont approximativement 1,5 fois plus de chance d'être tués par les forces de l'ordre que les Blancs (1,6 fois plus pour les Amérindiennes). La probabilité pour les hommes d'origine hispanique est 1,4 fois plus grande. En revanche, les femmes hispaniques ont légèrement moins de chance d'être tuées par des policiers que les blanches. Les personnes originaires d'Asie et d'Océanie présentent le risque le plus faible. Chez les jeunes, les chiffres sont encore plus importants: les morts de 1,5% des Noirs entre 20 et 24 ans sont causées par la police, une des causes de mortalité principales pour cette catégorie démographique, après le cancer.


Les vieux du démon du passé resurgissent :


Les huit ans de présidence du premier président noir à la tête des Etats-Unis d'Amérique, pays rongé par les inégalités et la haine raciale, a ravivé les tensions d'autrefois. Sous la présidence d'Obama, il y a eu plus de noirs abattus par la police que sous les mandats de ses prédécesseurs. Ainsi, le mythe du premier président noir américain a vite été rattrapé par la réalité du contexte socio-culturel des Etats-Unis,ancien pays esclavagiste, ségrégationniste,où les préjugés raciaux sont encore très forts. Ce ne sont pas les deux mandats de Barack Obama qui auront changé la donne. En effet, le second mandat de Barack Obama (2013-2017) a vu naître le mouvement Black Lives Matter ( les vies des Noirs comptent), mouvement, né à la suite de l’acquittement en juillet 2013 de George Zimmerman, accusé de l’assassinat de Trayvon Martin, un adolescent noir, mobilisa de nombreux militants noirs et libéraux blancs contre le racisme et les violences policières dont sont tout particulièrement victimes les citoyens afro-américains. S'en suivirent une longue liste de victimes afro-américaines toutes tuées par balle par la police ou par des blancs. On peut par exemple parler de la mort d’Eric Garner à New York et ou celle Michael Brown à Ferguson durant l’été 2014 (tous deux tués par des policiers) amplifièrent le mouvement et divisèrent la société américaine.Autre exemple, le massacre de Charleston du 17 juin 2015, perpétré par Dylann Roof dans une église noire où périrent neuf fidèles, a pu être perçu comme une forme de réponse d’un terrorisme suprémaciste blanc au mouvement Black Lives Matter.


Lors des élections présidentielles de 2017, les américains ont amorcé un virage à droite toute, en votant massivement pour le sulfureux magnat de l'immobilier Donald Trump, déjà connu pour sa proximité avec les milieux de l'extrême droit. Piqûre de rappel; en 2012, alors qu'il prétendait vouloir se présenter contre le président Obama, Donald Trump l'avait accusé de mentir sur son lieu de naissance, ce qui est important pour briguer un mandat présidentiel aux Etats-Unis. Il lui enjoignit de fournir un certificat de naissance et de citoyenneté américain. Puis en 2016, à la suite de l'attentat d’Orlando en Floride, le candidat Républicain prétendait que le président B. Obama était un sympathisant de l’organisation État islamique (Daech), ce qui alimenta la rhétorique d'une extrême droite qui fit son grand retour dans l'échiquier électoral. Ensuite, Donald Trump avait principalement axé sa campagne sur l'immigration clandestine des latinos et la violence dans les quartiers afro-américains. Ce qui entraîna le soutien à peine cacher de la droite radicale généralement blanche et du Sud, proche des groupuscules radicaux tels que le KKK. Au cours de cette campagne, D.Trump choisit comme proche conseiller Steve Banon, lui aussi connu pour ses liens avec l'extrême droite et les suprématistes blancs. La campagne électorale tourna d'ailleurs au drame,le 12 Août 2017, à Charlottesville, une manifestation particulièrement violente des groupuscules de l’extrême droite américaine fut à l’origine de la mort d’une femme renversée par une attaque à la voiture-bélier lancée dans la foule des contre-manifestants par un jeune néonazi. Dans un premier temps, D. Trump refusa de condamner l’attaque en renvoyant dos à dos la violence des manifestants et des contre-manifestants, mais face à la polémique que suscita cette posture, y compris dans son propre camp républicain, le candidat à la Maison Blanche finit par condamner fermement " cet acte terroriste". Au même moment, le leader du mouvement d’extrême droite Alt-Right, Richard Spencer, et celui du KKK, David Duke, remercièrent D. Trump pour la "mesure" de ses propos.


Bien qu'il se soit défendu de tout racisme, D. Trump a par le passé tenus des propos limites racistes et très virulents, ( lors de l'affaire de la joggeuse de Central Park en 1989, il tint des propos virulents contre les suspects noirs qui seront acquittés sept ans après.) Plus récemment, son ancien avocat et conseiller Michael D. Cohen a récemment déclaré, tandis qu’il était sous serment devant une commission du Congrès, que D. Trump était, dans le privé, raciste et aurait affirmé que "les Noirs étaient trop stupides pour voter pour lui". De plus, une de ses anciennes éphémères conseillères de communication à la Maison-Blanche, Omarosa Manigault, a quant à elle affirmé dans ses mémoires, publiés peu après sa démission, que D. Trump était ouvertement raciste et qu’il utilisait régulièrement le terme de " Nigger" qui signifie "nègre" en français. Des positions ambiguës qui ont réconforté la droite radicale américaine.


Néanmoins, ce n'est pas une élection ou un président qui donne son caractère raciste à un pays. Peu importe le candidat qui sera à la Maison Blanche ou le parti au pouvoir au Congrès Fédéral, les Etats-Unis restent un pays marqué par les divisions raciales. En effet, au pays de l'Oncle Sam, quand on est issu d'une minorité, il n'y a pas grand chose que l'on puisse faire. La moindre de nos actions est suspecte et génère des réactions violentes de la part des blancs ou des contrôles violents de la part de police. Une situation qui puise ses sources dans l'histoire même du pays où l'esclavage, la ségrégation, les lynchages et le racisme systémique ont forgé les mentalités et donné ce caractère raciste au pays des libertés individuelles.









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