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" La crise sanitaire révèle un problème de santé publique qu'il faudra régler" Pr Emmanuel Gordien

Le flot de malades est quotidien. Les urgences Covid-19 aménagées des principaux hôpitaux et les cliniques des deux territoires sont saturées. Pourtant, malgré l’optimisme des Préfets, les personnes malades affluent encore, ce qui joue sur le moral des personnels soignants. Quant à la liste des personnes malades décédées, lue quotidiennement sur les ondes des radios locales, cela donne froid dans le dos. Ce bilan quotidien, nous rappelle celui d’un conflit armé. Sauf que cette fois l’ennemi est invisible. Il faut le dire, la quatrième vague de Coronavirus semble frapper durement la Guadeloupe et plus largement les Antilles-Françaises, puisque, la situation est similaire à la Martinique. Pour les spécialistes et la classe politique locale comme nationale, seule la vaccination pourrait freiner cette saignée. Pourtant, selon les chiffres, malgré un sursaut ces dernières semaines, la situation vaccinale est encore très faible, les Guadeloupéens et les Martiniquais sont encore très réfractaires à l’idée de se faire vacciner. Avec un taux vaccinal établi à 38% en Guadeloupe, environ 22% à la Martinique, nous sommes bien loin des 70% de l’Hexagone. L’un des inconvénients de cette politique vaccinale proviendrait des réseaux sociaux et principalement de la messagerie instantanée WhatsApp sur laquelle sont relayées continuellement des informations qui se révèlent fausses. Ce qui rend la situation ambiante insoutenable. Se faire vacciner ou ne pas à le faire, aux Antilles-Françaises, la question divise même au sein des familles. Le professeur Emmanuel Gordien va nous éclairer sur le virus Coronavirus, les différents variants, les vaccins ARN Messager, le rôle des rimèd razyé dans la tradition populaire et les fake news.


Le flot de malades est quotidien. Les unités Covid-19 aménagées dans les principaux hôpitaux et cliniques des deux territoires sont saturées. Pourtant, malgré l’optimisme des Préfets, les personnes malades affluent encore. Ce qui joue sur le moral des personnels soignants qui sont au front. Au front c’est le terme car, au regard de la situation sur le terrain, des scènes de personnes sous respirateurs, les dizaines de décès par jour et le flot continue de patients acheminés par les ambulances, pompiers ou encore le SAMU, nous plonge dans des scènes de films de guerre ou ayant pour sujet la pandémie. Quant à la liste des personnes malades décédées, lue quotidiennement sur les ondes des radios locales, cela donne froid dans le dos. Entre 80 et 100 noms tous les jours, même si beaucoup ne sont pas morts du Covid-19, de mémoire de présentateurs, ils n’avaient jamais à lire autant de noms. Ainsi, il faut le dire, ce bilan quotidien, nous rappelle vraiment celui d’un conflit armé. Sauf que cette fois, l’ennemi est invisible et redoutable. Autant d’images qui nous replongent au début de cette pandémie à Huwan en Chine ou encore dans les centres hospitaliers d’Italie. Sans doute, Guadeloupéens et Martiniquais se pensaient épargnés vu la situation géographique. Cependant, la réalité les a rattrapés.

Il faut le dire, la quatrième vague de Coronavirus semble frapper durement la Guadeloupe et plus largement les Antilles-Françaises, puisque, la situation est similaire à la Martinique. Pour les spécialistes et la classe politique locale comme nationale, seule la vaccination pourrait freiner cette hémorragie. Pourtant, selon les chiffres, malgré un sursaut ces dernières semaines, la situation vaccinale est encore très faible. Le nombre de personnes se rendant dans les centres de vaccination est encore trop bas. Guadeloupéens et Martiniquais sont même très réfractaires à l’idée de se faire vacciner. Avec un taux vaccinal établi à 38% en Guadeloupe, environ 22% à la Martinique, nous sommes bien loin des 70% de l’Hexagone.

Pourtant, malgré cette apparente hécatombe, beaucoup sont réfractaires à se faire vacciner bien que ces derniers jours, le nombre de personnes se rendant dans les centres de vaccination soit en constante progression. L’un des inconvénients de cette politique vaccinale proviendrait des réseaux sociaux et principalement de la messagerie instantanée WhatsApp sur laquelle sont relayées continuellement des informations officielles auxquelles se greffent de très nombreuses, fake news. Ce qui rend la situation ambiante insoutenable, que ça soit sur les groupes, ou dans les échanges interpersonnels. A ce jour, nul ne peut ignorer le flux de messages reçus, reposants sur des informations avérées mais très souvent douteuses ou même des propos non compris, très souvent détournés et tenus par des spécialistes concernant le vaccin, l’existence du Coronavirus. A vrai dire, on s’y perd.

De plus, une question taraude les Antillais, “ Se faire vacciner ou ne pas à le faire” ? Une question qui divise même au sein des familles. Celles et ceux qui osent le faire se font invectiver par leurs proches ou sur les réseaux sociaux. Celles et ceux qui ne se sont pas vacciner sont accusés à demi-mot d’être les responsables de cette pandémie. A ce stade, point de neutralité. Face à cette situation délétère et cet environnement anxiogène, nous avons tenté de comprendre cet ennemi invisible et les moyens mis en œuvre pour le combattre. Nous nous sommes tournés vers le professeur Emmanuel Gordien éminent virologue Guadeloupéen, chef de l’unité de virologie de l’Hôpital Avicenne de Bobigny et Maître de conférence à Paris II et de l’Université des Antilles qui a bien accepté de répondre à nos questions.

The Link Fwi : Bonjour monsieur Gordien, bienvenue sur The Link Fwi, premièrement qui êtes-vous ?


Emmanuel Gordien : Bonjour à tous les lecteurs et lectrices, je me présente Emmanuel Gordien, je suis originaire de Port-Louis en Guadeloupe, om j’ai fait mon enfance, mon adolescence jusqu’à l’âge de dix-sept ans où après je suis partis à Paris, j’ai fait des études de médecine à la Faculté de Lariboisière Saint-Louis à Paris. Je suis allé jusqu’à la Thèse. Par la suite, lors de mon service militaire, qui à l’époque était obligatoire, que j’ai effectué à la Guadeloupe en tant que volontaire à l’aide technique. Je suis resté dix-huit mois chez moi en Guadeloupe où j’ai été rattaché au Centre des Transfusions sanguines de la Guadeloupe. C’est comme cela que j’ai découvert cette discipline que je ne connaissais pas ou très peu. Il faut dire qu’à cette époque dans ce service, il n’y avait aucun Guadeloupéen. Il n’y avait que des gens comme moi, des gens qui faisaient leur service militaire et qui se relayaient, donc, des volontaires à l’aide technique qui se relayaient et c’est comme cela que ces volontaires, de succession en succession devenaient chef de service et, c’est aussi comme cela que je suis passé moi-aussi chef de service. Bien évidemment, je ne pouvais pas devenir chef de la sorte, c’est donc pour cela que j’ai décidé de faire une carrière en transfusion sanguine. Je suis donc parti à mes frais pendant plus d’un an apprendre la transfusion sanguine de haut niveau. En même temps, j’ai fait un diplôme d’immunologie, puis, un diplôme d’Hématologie pour essayer de mieux comprendre les questions liées à la transfusion sanguine. J’ai surtout appris la virologie car, c’était aussi l’époque où il y avait la flambée du SIDA et des Hépatites à la Guadeloupe, en tout cas, on venait de tout juste de découvrir l’Hépatite C. J’ai été parmi les premiers à implanter les diagnostiques de l’Hépatite C chez des donneurs de sang en Guadeloupe. Toutes ces omissions pour ce domaine, nous ont poussé tout naturellement à vouloir développer un centre transfusion sanguine de haut niveau en Guadeloupe. A l’époque, il était au centre l’Institut Pasteur où il était hébergé pour s’implanter au CHU de Pointe-à-Pitre et qui était le budget annexe du CHU et, c’est là que j’ai commencé une carrière en Guadeloupe pendant près de huit années. Le laboratoire du Centre de Transfusion sanguine était le laboratoire de virologie pour le CHU. C’est avec deux éminentes personnalités, malheureusement aujourd’hui décédées, à savoir le Professeur Camille Berchel qui était un pédiatre de renom et l’autre ponte de la médecine locale le Docteur Guy Mérault. Ils sont tous les deux connus pour leurs travaux sur la drépanocytose. Comme nous avions une exigence de qualité pour le Centre de la Guadeloupe, tous les deux m’ont encouragé à aller encore plus loin dans ma formation. C’est comme cela que je suis reparti en 1995 vers l’Hexagone avec ma famille, donc ma femme et mes trois enfants, pour faire un Doctorat en Science et, je me suis orienté bien évidemment sur la virologie. J’ai fait une Thèse de Science pendant quatre années ; j’ai appris des choses fortes intéressantes et j’étais entouré d’une très bonne équipe. C’est de là que plusieurs hôpitaux hexagonaux m’ont fait plusieurs propositions, j’ai accepté car à cette époque en Guadeloupe, il n’y avait pas de poste pour moi. En même temps j’y étais obligé, quand on a une famille, une femme et trois enfants. Surtout que j’étais parti sans argent, sans bourse, ce fût très compliqué, mais nous y sommes arrivés. J’ai tenu jusqu’au bout. J’ai donc intégré l’Hôpital Avicenne de Bobigny en Seine Saint-Denis.

C’est à partir de là que j’ai fait ma carrière en virologie et en parallèle j’ai été Maître de Conférence des Universités et praticien. Je suis aujourd’hui Chef de l’unité de virologie du laboratoire de l’Hôpital d’Avicenne. J’enseigne également la virologie à l’Université de Paris Nord à des étudiants en 3e, 4e, 5e et 6e année. J’ai encadré plusieurs Thèses de Sciences. Plusieurs de mes étudiants sont allés en Thèse et plusieurs de leurs travaux ont été récompensés au niveau international. Ce qui fait que, aujourd’hui, je suis le Chef du Centre National de Référence pour les Hépatites B, C et delta. Voilà en ce qui concerne ma carrière. J’ai gardé un contact étroit avec mon pays. Je suis également enseignant en médecine à l’Université des Antilles, à l’époque, nous disions Université des Antilles et de la Guyane mais maintenant, nous disons Université des Antilles. Du fait de l’éloignement, je fais des cours en visioconférence pour des étudiants de la 1ère à la 3e année, vu qu’en Guadeloupe, les cours de médecine s’arrêtent en troisième année.

Quand cette pandémie s’est déclarée, notamment cette quatrième vague qui frappe durement la Guadeloupe et la Martinique. En entendant tout ce que me racontaient mes proches. Il faut savoir comme tout le monde, le virus a emporté des proches, des connaissances et des cousins et cousines. Quand je voyais tous mes amis qui partaient en vacances et revenaient dépiter en disant qu’ils ne comprenaient pas notre peuple, les Guadeloupéens, j’ai donc décidé de réunir autour de moi, d’excellents médecins, des gens que je connaissais. Avec le Professeur Romana, le Professeur Plaisance, le Professeur Mathurin, le Professeur Hermine, moi-même ainsi que d’autres, nous avons décidé de prendre une initiative de faire une information scientifique qui vient de premier plan afin d’apporter à nos compatriotes, des éléments tangibles et quand je dis nos compatriotes je ne vise pas uniquement la population mais également nos élus etc et, ainsi avec ces médecins de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane et même de l’île de La Réunion, nous avons décidé de monter un petit groupe qui au départ réunissait 82 spécialistes, à signer un texte que nous avons diffusé dans le monde médical et scientifique de nos départements respectifs, pour inciter à la vaccination. Aujourd’hui nous sommes un peu plus de huit cent à l’avoir signé mais surtout nous voulions mobiliser en faisant une information la plus simple possible pour qu’elle soit accessible à tous sur les questions entourant le Coronavirus, la vaccination etc. Pour étailler nos arguments, nous avons donné les derniers éléments de toutes les recherches qui ont été faites dans le domaine. Avant cette interview avec vous, j’ai vu qu’il y avait 173 000 publications scientifiques sur le Covid-19. Je souligne qu’il s’agit de 173 000 publications réalisées en deux ans de pandémie. Nous avons donc rendu cela plus compréhensible afin de rendre compte du formidable travail qui a été fait surtout quand on voit le flot d’informations fausses qui circulent notamment à travers les réseaux sociaux. Même nos confrères par moment, ils disent des choses qui peuvent porter à confusion et donc avec tous ces professionnels, nous avons décidé de monter au créneau. Depuis, nous avons créé un site internet, nous avons aussi plusieurs structures de travail. Nous avons aussi fait plusieurs émissions, tenu des visioconférences avec des médias ou d’autres professionnels pour encore une fois apporter cette parole scientifique et surtout la simplifiée pour que tout le monde puisse comprendre les dernières recherches dans ce domaine.

TLFWI: Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’être médecin ?

Pr Emmanuel Gordien : Alors, c’est une vocation très ancienne. Je me souviens, quand j’étais à Port-Louis évidemment, avec mes amis, nous allions attraper les “ zandolis”, vous voyez nos petits lézards qu’on retrouve chez nous et dans le reste de la Caraïbe. Nous les attrapions et moi, je les prenais et je jouais à les opérer. Je les piquais avec épingles que je prenais dans les affaires de ma mère, je les coupais et je regardais battre le cœur, les intestins. Je regardais comment leur organisme était constitué. A l’époque, quand nous étions petits pas comme à présent, nous avions des encriers et donc je m’arrangeais pour prendre un peu d’encre dans les affaires de mes parents qui étaient enseignants et je m’amusais à faire entrer de l’encre dans le cœur ou les intestins de ces pauvres petits lézards. Puis, je me suis trouvé en admiration du médecin de la famille et je me suis dit que moi aussi je serai médecin généraliste à Port-Louis. C’est donc comme cela que je me suis orienté dans des études de médecine.

The Link Fwi : Comment expliquez-vous que la Guadeloupe mais aussi la Martinique et le reste des Outremers soient si durement touchés par la quatrième vague de Coronavirus ? Selon vous, les moyens sanitaires ont-ils été mis ? La population elle-même a-t-elle réellement pris conscience de la gravité de ce virus ?

Pr Emmanuel Gordien : Il faut le redire mais, ce virus-là, nous ne le connaissions pas il y a deux ans. Il faut se mettre ça en tête. Les chinois de la ville de Huwan, ont mis en évidence entre le mois d’Octobre et le mois de Novembre 2019, que plusieurs de leurs patients mouraient de pneumonie, donc de graves infections des poumons. Face à tous ces décès liés à des pneumonies sévères et ne comprenant pas les causes de tous ces décès, ils ont d’abord pensé à un microbe, pas de suite à un virus car, les virus sont plus petits. Comme ce sont les poumons, ils ont pensé aussi à un virus respiratoire. Ils ont commencé à faire l’hypothèse qu’il y avait un virus qui était responsable de ce mal qui affectait les patients qui affluaient dans les hôpitaux de la ville et de sa région. Pour confirmer leur supposition, ils ont récupéré de façon post-mortem, les poumons d’un des patients décédés, ils les ont analysés, ils ont mené des travaux très importants en matière de biologie moléculaire, ils sont arrivés à retrouver un virus responsable qui appartient à une famille de virus que nous connaissons, qui sont les Coronavirus. Ce sont des virus très particuliers puisque ce sont des virus principalement respiratoires. On les appelle corona car, ils ont une enveloppe qui a la forme d’une couronne, d’où la famille des Coronavirus. Par le passé, il y a déjà eu de grosses infections de coronavirus qu’on a classifié de type 1. Je ne sais pas si vos lecteurs et lectrices s’en souviennent mais en France, en 2002, ce virus avait déjà créé de gros troubles. On parlait du SRAS qui signifie Syndrome respiratoire aigu sévère. A cette période, le Gouvernement c’était embarqué dans une histoire de fabrication de vaccins pour contrer cette éventuelle épidémie. Sauf que ce SRAS s’est sabordé de lui-même, car, il a fait tellement de mutations en si peu de temps afin de pouvoir s’adapter à l’Homme, qu‘il est devenu en quelque sorte un virus infime et non dangereux. De ce fait, les vaccins qui avaient été développés à ce moment, n’ont pas servi à grand-chose vu que le virus a quasi disparu.

En 2012, il y a eu un deuxième cas d’un nouveau Coronavirus, qu’on a nommé le MERS, pour Syndrome respiratoire du Moyen-Orient vu qu’il était apparu à La Mecque en Arabie Saoudite. En plus, il s’était développé au moment où les personnes de confession musulmane se rendaient dans la ville Sainte pour le pèlerinage. Beaucoup de personnes sont décédées de ce virus Corona, mais là encore, il s’est adapté à l’Homme et, il est devenu un virus banal et non dangereux au final. Cependant, ce qui nous inquiète avec ce nouveau Coronavirus, le SRAS Cov-2 (Syndrome respiratoire sévère, lié au Coronavirus de type 2), est le fait que ce virus a donné une maladie qu’on a appelé en anglais COVID (Coronavirus Disease 2019) il est lié au coronavirus de type 2. Pourquoi COVID-19, tout simplement, parce qu’il a été découvert en 2019. Le problème de ce virus est le fait que non seulement, il ne faiblit pas mais aussi, il est capable de développer encore plus rapidement une mutation de son enveloppe pour pouvoir s’adapter à l’Homme. Pourquoi ces mutations ? Simplement que, à la base, ces virus sont ceux de la chauve-souris, donc ce sont des virus dits animaux. Chez l’animal, notamment la chauve-souris, ils se développent normalement, mais pour pouvoir rentrer dans l’organisme de l’Homme qui, n’est pas leur hôte naturel, ils sont obligés de modifier la protéine d’enveloppe qui leur permet de se fixer chez l’Homme et en modifiant cette protéine d’enveloppe, ils créent ce que nous appelons des variants. Nous avons vu la toute première souche de Coronavirus Covid-19 se développer mais, tout de suite après, dès début Janvier 2020, nous avons vu apparaître une deuxième souche nommée variant anglais, ensuite, la fameuse souche qu’on a appelé variant sud-africain. Puis, une souche brésilienne que l’on a détecté chez un patient malade qui allait au Japon et enfin nous avons vu se développer le fameux variant indien que l’on a nommé le variant Delta. Les chercheurs ont donc reclassifié tout cela, en les renommant Alpha, Beta, Delta, Gamma des noms issus de l’Alphabet grec afin de pouvoir mieux classifier ces virus.

Ce que je voudrais dire surtout c’est que ce virus, n’est pas tombé que sur la Guadeloupe mais sur l’ensemble de l’Humanité. C’est le Monde qui est touché par le virus. Personne ne s’attendait à ça. Personne ne savait quoi faire. Dans mon laboratoire, quand on a découvert le virus, en un mois, il nous a fallu connaître tout sur ce virus, pour pouvoir développer dans le laboratoire des tests et faire le diagnostic de ces patients infectés et permettre aux soignants, réanimateurs, pneumologues et personnes travaillant au service des maladies infectieuses, pour qu’ils puissent prendre en charge les patients de façon correcte. J’ai été un peu long mais il me fallait revenir en amont, dont à la genèse de cette pandémie et à la découverte de ce virus. Pour répondre à votre question, ce qui s’est passé chez nous. Au tout début de la pandémie, il n’y avait pas énormément voire très peu de cas. On a pu le voir dans plusieurs reportages. Il y a deux ans, comme en France Hexagonale, il y a eu un confinement très strict ce qui a limité les contaminations et leurs effets sur la population. Sauf que nous avons oublié qu’il y a à peu près 300 000 Guadeloupéens et à peu près 350 000 Martiniquais qui résident dans l’Hexagone et, à chaque vacance, Noël ou Grandes Vacances, ils rentrent en Guadeloupe et à la Martinique pour voir leurs familles. Des contaminations ont dû se faire lors de ces retours au pays, mais du fait des différents confinements, il n’y a pas eu de propagation du virus à plus grande échelle. Il circulait mais nous n’étions pas encore arrivés à ce stade.

Souvenez-vous de ce que je disais au sujet des variants et notamment concernant le variant Delta. Celui-ci s’est tellement bien adapté à l’Homme qu’il est beaucoup plus efficace pour se propager et pour infecter l’Homme. Au début, c’étaient les personnes âgées qui étaient atteintes, puis les personnes un peu plus jeunes, disons entre 50 et 70 ans et maintenant, nous voyons que même des jeunes sont touchés par le Covid-19 variant Delta. Désormais, il n’est plus question de jeunes et de vieux, tout le monde est concerné et peut-être infecté, car, tout simplement, le virus s’est tellement bien adapté à l’Homme qu’il se transmet aussi rapidement. Notre combat aujourd’hui en tant que chercheurs est qu’il ne puisse pas s’adapter encore mieux et muter. Pourquoi il affecte autant la Guadeloupe et les Antilles ? Nous étions des terrains vierges pour le virus. C’est la raison pour laquelle il se développe assez facilement et se propage aussi rapidement chez nous. C’est là que je voulais attirer votre attention, si on ne freine pas la propagation de ce virus, il est possible qu’un jour, nous parlions d’un Variant Antillais. Surtout que les gens ne sont pas vaccinés donc il va s’adapter encore mieux. Il s’adapte en fonction du sujet qu’il rencontre devant lui. Un exemple que je peux vous donner, il y a un animal que l’on connait bien, le vison. Cet animal n’étant pas habitué au coronavirus, a été quasiment éradiqué par ce dernier. Un autre exemple, le virus s’est aussi implanté chez un autre mammifère dont les médias en ont parlé au début de la pandémie, le pangolin. Le virus a tué beaucoup de membres de cette espèce. Certains ont résisté mais beaucoup en sont morts. Pour l’être Humain s’est pareil. Il y en a qui vont être infectés mais survivre tandis que d’autres vont mourir malheureusement. Ainsi, tant que nous n’allons pas bloquer ce virus, tant que l’hécatombe va continuer. Pour le bloquer, il y a deux façons. Le confinement strict. On bloque le pays pour un long moment, personne ne bouge, tout le monde reste chez soi. Avec cette méthode, c’est vrai que le virus ne circulera pas mais, à long terme les gens ne le supporteront pas. Soit on prend un autre moyen donc, la vaccination. Je rappelle qu’il y a quand même 173 000 publications scientifiques qui ont été publiées depuis le début de la pandémie. Je lisais une de ces études et j’ai appris qu’il y a soixante-quatre vaccins différents en étude pour l’Homme et sur ce virus-là, il y a cent quatre-vingt-deux qui sont à l’étude sur ce virus-là. C’est pour dire comment il y a une recherche extraordinaire qui se développe avec des résultats extrêmement intéressants sur ces différents vaccins et, ces recherches-là permettent de mieux comprendre ce virus pour savoir comment l’aborder. Grâce à ces recherches, nous savons comment le virus se développe, se multiplie dans l’organisme. On sait notamment que lorsqu’il rentre chez nous, il se multiplie et il ira infecter tout ce qu’il trouve autour de lui. Il aime bien les poumons, il va donc les envahir. Il aime bien aussi le muscle qui entoure le cœur, conséquence, vous pouvez faire des atteintes cardiaques. En terme scientifique, on appelle ça myocardiopathie. Il aime beaucoup les intestins, raison pour laquelle il y a des patients qui ont des diarrhées. Il aime également, les cellules du nez et du goût et de ce fait, qu’il affecte l’odorat, et le goût. C’est pour cela que beaucoup de personnes infectées, ne savent pas qu’elles sont malades car, elles ont une forme qui est plus intestinale et qui rappelle la gastro entérite. C’est après avoir perdu le goût et l’odorat qu’elles se rendent compte qu’elles ont développé le Coronavirus. Toujours grâce aux recherches, nous savons que les personnes qui ont été infectées par le virus mais qui n’ont développé aucun symptôme grave, ces personnes-là sont capables de développer ce que nous nommons le covid long. Elles vont développer toute une série de troubles. Troubles de la concentration, elles seront au travail mais elles ont comme des absences. Elles auront aussi des troubles musculaires, des troubles neurologiques, elles auront du mal à marcher. Il y a donc des atteintes cérébrales, musculaires et neurologiques mais les recherches ne sont pas encore très précises là-dessus, donc elles sont en cours. Ce covid long concerne même les personnes qui n’ont pas eu de signes. Ce n’est que maintenant, que nous savons que lorsque ce virus rentre dans notre organisme, il fait des dégâts très importants et c’est pour cela qu’il faut l’empêcher de rentrer chez nous.


TLFWI : Pourquoi voyons-nous l’apparition de tous ces variants, tous plus virulents les uns que les autres ? Récemment encore, les revues scientifiques ont parlé d’un nouveau variant le C.1.2 ? Pour nos lecteurs et lectrices afin qu’ils ne soient pas perdus qu’est-ce qu’un variant et en quoi sont-ils différents les uns des autres ?

Pr Emmanuel Gordien : Je vois que vous vous êtes bien informé en évoquant ce fameux variant C.1.2. L’article qui est sorti autour de ce nouveaux variant est une prépublication mais qui sera validé uniquement quand il sera passé dans le Reviewing du Chercheur. Il faudra que les chercheurs prennent cette étude, ce qui est en cours, l’approfondissent et disent si oui ou non, cette étude est sérieuse et qu’elle mérite d’être apportée à la communauté scientifique. Il y a de nombreux articles qui ont été présentés en prépublication mais qui au final ont été retirés du circuit scientifique après des analyses et que l’on s’aperçoive qu’il n’était pas bon. Par exemple, de nombreuses études sur l’hydroxychloroquine n’ont pas été validées et donc elles ont été si je peux dire “ mises à la poubelle”, parce qu’elles n’étaient pas bien faites.

Pour revenir au C.1.2, comme je le disais, le coronavirus était un virus de la chauve-souris, et nous savons qu’il y a plus de cinq cent espèces de chauves-souris et il peut y avoir des infections entre elles et des recombinaisons entre différents virus de différentes chauves-souris. C’est l’une d’entre elles qui auraient infectées l’Homme. Pour le moment nous ne connaissons pas la façon dont cela s’est produit. Il y a beaucoup de débats dessus. Néanmoins, une chose est sûre, pour qu’il s’adapte chez l’homme il a fallu qu’il se modifie, qu’il y ait un variant qui soit adapté à l’Homme et comme au début il était imparfaitement adapté, il a dû tuer les premières personnes infectées. J’en parlais en début d’interview, c’était les premiers malades à Huwan en Chine qui sont décédée de pneumonie sévère. C’est à partir d’un de ces cas de personnes décédées que nous avons pu isoler le virus. Qu’est-ce qu’il se passe après quand il se transmet d’Homme à Homme ? Il va s’adapter de mieux en mieux. Ainsi une fois qu’il va rencontrer une population, il va se développer en masse. C’est le cas quand on a découvert le variant anglais. Il y a une personne qui a été infectée et qui elle-même a transmis le virus à des personnes et au final, les Anglais ont été infectés en masse. Face à cette flambée des contaminations, les chercheurs Anglais ont développé un vaccin, celui que l’on appelait Astra Zeneca, ils ont réagi et ont demandé à ce que l’on vaccine massivement les populations du Royaume. Pourquoi variant anglais ? Car, on a isolé celui-ci en Angleterre. Ce qu’il faut savoir, c’est nous, même au sein de notre petit laboratoire de l’Hôpital d’Avicenne en Seine-Saint-Denis, nous avions déjà isolé ce variant chez la population française. En gros, pour mieux comprendre, le virus pour mieux se développer et s’adapter à l’Homme, il doit se modifier, qu’il modifie ses protéines afin de mieux rentrer chez l’être humain. A la question, quelle est la différence entre le variant Delta que nous connaissons aujourd’hui et le variant anglais Alpha du début ? Le premier variant, la maladie se développait beaucoup plus tard, il fallait que le virus entre, se multiplie donc, la maladie prenait du temps à envahir le corps humain, mais comme le virus Delta est bien développé chez l’Homme, en deux ou trois jours, vous êtes déjà infecté massivement et donc vous êtes malade car, le virus se multipliant dans votre organisme.

Les variants sont donc des évolutions que nous connaissons parfaitement. Si je peux dire à vos lecteurs et lectrices, les variants viraux sont banals. Le virus pour se développer, il faut que régulièrement il s’adapte pour qu’il puisse être beaucoup plus à l’aise chez l’Homme et qu’il se développe plus aisément. Un virus a besoin d’un hôte dans lequel il va trouver tout ce dont il a besoin afin de pouvoir se répliquer, se multiplier et pour pouvoir se multiplier. Le Covid-19, chez les chauves-souris, chez le pangolin il a su faire, chez le vison il ne sait pas encore le faire d’où la forte mortalité chez cette espèce il sait faire et chez les Hommes il le fait. C’est donc cela, la vie d’un virus, ce sont des mutations. C’est pour cela que je crains que comme il va se développer vu qu’environ 70% des Guadeloupéens et 80% des Martiniquais ne sont pas vaccinés, il va encore une fois mieux s’adapter et, il n’est pas à exclure qu’un jour apparaisse un Variant Guadeloupéen, un variant Martiniquais ou tout un simplement un variant Antillais. Ce sera terrible, car s’il s’adapte chez les Guadeloupéens, les Martiniquais, ce sera une véritable catastrophe et nous le voyons déjà avec tous ces décès. J’ai moi-même perdu des proches, une de mes cousines, un voisin qui vivait à même pas cent mètre de chez moi à Port-Louis a été amené en réanimation et la mère de ce voisin est morte la semaine dernière, l’oncle de ce voisin a lui-même succombé au virus deux jours après sa sœur. C’est terrible, mais c’est la “ Loi “ de ce virus-là, il tue.

The Link Fwi : Depuis plusieurs mois, les Institutions sanitaires ont imposé la vaccination, nous sommes perdus par toutes les informations et contre-vérités qui circulent sur les réseaux sociaux au sujet du vaccin ARN Messager et le Gouvernement quant à lui ne donne pas le change et semble lui-même perdu, mais, question, qu’est-ce qu’un virus ARN et quelle est sa composition ?

Professeur Emmanuel Gordien : Je rappelle que la vaccination n’est pas obligatoire pour les personnes lambda mais elle l’est pour les professionnels de la santé et pour celles et ceux en contact avec le public, et en tant que médecin, cela me parait logique. Par rapport à ma profession, je suis vacciné contre l’Hépatite B, le DT Polio mais aussi contre le tétanos, la diphtérie, cependant, pour notre profession le vaccin contre l’Hépatite B est obligatoire. Il n’est pas question de soigner des gens et de leur donner de la maladie. Imaginons qu’un brancardier qui ne veut pas qu’on le vaccine et qu’il transporte un malade, non seulement il peut contaminer le patient qu’il transporte au bloc opératoire mais le malade lui-même peut le contaminer. Il a donc intérêt à se faire vacciner.

Pour revenir au virus, il faut savoir qu’il y a plusieurs genres de microbes sur la Terre, des pathogènes que l’on appelle ça, donc des maladies infectieuses. Vous avez des bactéries, des champignons et vous avez des virus qui est le plus petit pathogène qui infecte l’Homme parce qu’on ne le voit pas à l’oeil nu. Pour le voir, figurez-vous qu’il vous faut un microscope électronique, une sorte de grosse loupe qui grossit plus de 50 000 fois. On ne le voit pas mais les techniques de biologie moléculaires permettent d’identifier les virus extrêmement rapidement les virus, car, un virus est constitué d’un matériel génétique, comme nous d’ailleurs avec nos chromosomes qui contiennent tout ce dont nous avons besoin pour pouvoir vivre et nous multiplier et nous développer. C’est pareil pour le virus, sauf qu’à la différence de l’individu, le virus a un matériel génétique qui est soit un matériel génétique de type ADN pour les virus ADN ou bien il est de type ARN pour les virus ARN. Ce matériel génétique qu’on appelle le génome est enveloppé dans une capsule que l’on nomme la capside qui est très solide et rigide va protéger le génome du virus. Beaucoup de virus n’ont que ça, un matériel génétique et une capside. Néanmoins, il y en d’autres qui, en plus de la capside, ont une enveloppe autour, c’est le cas du Coronavirus. Celui-ci a un matériel génétique qui est l’ARN, c’est d’ailleurs l’un des plus gros virus ARN que nous connaissons, et autour de sa capside, il y a cette fameuse enveloppe semblable à une couronne et les épines de cette couronne sont ce que nous nommons le Spike ou spicule. Ces piquants iront se coller sur vos poumons, votre cœur, vos intestins, ils vont donc entrer et faire différents dégâts dans les organes dans lesquels ils sont entrés. Voilà ce que c’est un virus et donc un virus ARN.

TLFWI : Au sujet de la vaccination, pareil, les polémiques abondent autour du vaccin ARN Messager mais personne n’est réellement en mesure d’apporter une explication claire sur ce que c’est. Pouvez-vous nous dire de façon encore une fois simple, ce qu’est un vaccin ARN messager ?

Professeur Emmanuel Gordien : Tout d’abord, il faut dire qu’il y a beaucoup d’explications qui sont claires. Il y a beaucoup de schémas qui montrent la composition de l’ARN Messager. Il est sans doute plus facile pour l’internaute de regarder les Fake News que de trouver les bonnes informations au sujet de ce vaccin. Lorsque l’on tape Coronavirus sur Google, il y a de très belles photos du virus. Aussi, il y a de très belles choses qui ont été dites à ce sujet. Alors, pour répondre à votre question. Je vais vous donner un élément simple. La première chose que j’ai envie de demander est de savoir si les gens, vos lecteurs et lectrices savent ce qu’est la vaccination ? J’ai déjà la réponse, selon moi, ils sont nombreux à ne savoir ce qu’est la vaccination. Très récemment, un de mes amis me téléphone, il me dit qu’il est embêté vu que sa femme vient de se faire vacciner à l’instant, peut-il aller la chercher ? Je suis étonné, je lui demande pourquoi ? Figurez-vous qu’il me demande si son épouse après la vaccination ne va pas le contaminer ? Alors que, c’est totalement l’inverse. Par rapport à sa demande, j’ai compris qu’il avait pensé que sa femme parce qu’elle était allée se faire vacciner, elle avait le virus. C’est l’inverse. Le principe premier du vaccin est de permettre à l’organisme humain de fabriquer des éléments de défense spécifiques contre un microbe donné. Ce qui signifie qu’à moins d’avoir rencontré ce virus, on vous donne une particule du virus dont on sait qu’elle va permettre à votre système de défense de se développer et dans un même temps développer les outils spécifiques dirigés contre le virus et donc dans notre cas contre le Coronavirus

De plus, il est important de rappeler aux lecteurs et lectrices ce qu’est un système de défense immunitaire. Il faut savoir que tous les êtres vivants, donc les Hommes, les animaux et même les virus, même les bactéries, tous les organismes vivants ont un système de défense qui leur permet justement de se défendre contre les agressions venant d’un corps étranger. Par exemple, dans notre système immunitaire des moyens de combattre les cancers. Lorsqu’une cellule cancéreuse apparaît, notre système de défense immunitaire ira éliminer la cellule malade. Sur quoi repose le système de défense immunitaire ? Il y a deux éléments principaux. Premièrement, nous faisons des anticorps, ils sont semblables à des bataillons, ce sont des protéines particulières qui vont se fixer sur le virus pour l’envelopper et le détruire. Ces anticorps sont fabriqués par une catégorie de globules blancs, ce sont les lymphocytes qui vont permettre fabriquer ces fameux anticorps. Le deuxième élément de défense immunitaire, ce sont les cellules tueuses. Nous avons des lymphocytes particuliers, qui vont aller tuer directement toutes les cellules qui sont infectées par le virus. Face aux agressions, nous avons deux réponses, les anticorps et les lymphocytes tueurs.

En ce qui concerne le vaccin, je vous ai parlé du Coronavirus, j’ai insisté sur la couronne, le spicule et nous savons que c’est celui-ci que l’on va se fixer. Qu’elle fût l’idée des chercheurs ? Bien que ça soit un principe que nous connaissons depuis longtemps, même lorsque Pasteur a inventé le principe du vaccin, il connaissait le principe depuis longtemps. Les chercheurs sont donc allés récupérer ce spicule pour l’injecter. On ne prend que le spike, on ne vous donne pas le virus, c’est le spicule purifié, donc un petit bout de l’enveloppe du virus, pas la totalité, que l’on administre dans le vaccin On va donner le petit bout par lequel il se fixe sur vos poumons ou sur vos intestins ou sur le cœur. On prend ce petit bout là, on le met dans une petite capsule de graisse et c’est cela l’élément principal de l’agent vaccinal. En 48h, il se met à en fabriquer, cela va prendre un peu de temps, on va vous donner un premier vaccin, vous allez fabriquer des anticorps, anti-spike. Ensuite, il y a la deuxième injection, un mois après avec laquelle vous allez augmenter de façon très importante, votre taux d’anticorps anti-spike. C’est cela, le principe d’un vaccin. Pour celles et ceux qui se demanderaient si, tous les vaccins fonctionnent de la même façon ? Sachez qu’il y a quatre types de vaccins différents. Je vais faire très simple pour ne pas perdre les lecteurs et lectrices.


  • Le premier type de vaccin, qui remonte aux premières techniques de vaccination, consistait à prendre le virus et, on va inactiver ce virus. On va rajouter à la préparation d’un virus, des produits qui vont soit le tuer complètement soit l’inactiver ce qui consister à retirer tout ce qui est mauvais dedans et qui entraîne des maladies. Il s’agit donc d’une préparation vaccinale avec du virus entier inactivé ou atténué. Avec cette méthode, vous fabriquez les anticorps nécessaires comme ça, le jour où le virus arrive, vous avez déjà les moyens de défense nécessaires dans votre organisme pour pouvoir le tuer. C’est ce que les chinois ont fait et l’ont utilisé avec des populations au Chili. Le Gouvernement chilien a acheté ce virus entier et les chercheurs ont fait des études et la protection qui a été décrite dans l’article qui a été publié sur le sujet, indique 65% de protection chez les personnes. Donc 65% des gens feront des anticorps dirigés contre le Virus. 35% ne sont pas protégés. L’efficacité vaccinale est tout à fait correcte. Ce vaccin n’a pas reçu d’autorisation de mise sur le marché en France, parce que l’Agence Française du Médicament mais aussi l’Agence Européenne du Médicament ont demandé aux chercheurs chinois de leur fournir plusieurs éléments sur la composition de leur vaccin malheureusement, ceux-ci ne les ont pas fournis. Les études sont très intéressantes mais le vaccin n’est pas encore utilisé chez nous.

  • Le deuxième type de vaccin, c’est quasi la même méthode que les vaccins de DT Polyo etc. Comme évoqué précédemment, il y a des virus chez la chauve-souris qui sont inoffensifs pour elle. C’est pareil pour nous les Hommes, nous possédons des virus que l’on nomme les adénovirus et ils nous donnent aucune maladie. Le principe de vaccin est que l’on va prendre ce virus et on va mettre dans le génome de cet adénovirus, le gène qui favorise la fabrication du spike et vous obtiendrez un adénovirus qui est capable de fabriquer cette fameuse protéine de spicule. C’est cet adénovirus purifié qui est mis dans une capsule de graisse qui va être la préparation vaccinale. On va injecter cet adénovirus qui contient le gène qui fabrique le spicule et pendant que l’on va vous l’injecter, il va fabriquer du spicule et votre organisme dire “ tient, un étranger” et il ira casser cet étranger. De là vous allez fabriquer les anticorps et des cellules tueuses contre le spicule qui est dans l’adénovirus humain. Il existe un vaccin avec ce principe, c’est Astra Zeneca dont on a beaucoup parlé.

  • Le troisième type de vaccin proposé, est fabriqué directement en laboratoire où l’on créé le spicule avec des préparations qui contiennent des spicules du Coronavirus. On prend cette préparation purifiée, comme pour l’Astra Zeneca, on l’entoure dans une capsule de graisse. Sauf que la préparation vaccinale, est de la protéine spicule que l’on va injecter chez l’Homme et une fois dans l’organisme, celui-ci va produire des anticorps contre le spicule.


  • Le quatrième type de vaccin fabriqué, c’est le fameux vaccin ARN. Précédemment, je l’ai évoqué, il y a gène dans le génome présent chez tous les virus qui leur permet de fabriquer tous leurs composants, ce gène va fabriquer ce spicule dont sait que si on le neutralise, on neutralise le virus. Le gène pour fabriquer le spicule, il passe par un intermédiaire qui est un messager et qui contient l’information uniquement pour fabriquer le spicule. C’est cet intermédiaire que l’on appelle ARN Messager et qui donne le spicule. Depuis plus de vingt-cinq, il y a eu de nombreux travaux qui ont porté sur l’ARN Messager. Grâce à cette “ technologie “ là, nous sommes désormais capables de guérir certains cancers notamment celui de la peau, du sein. Aujourd’hui, il y a toute une recherche qui est développée sur ce principe de l’ARN Messager. Avec le début de l’épidémie de Coronavirus et la saturation des centres hospitaliers, des laboratoires qui connaissaient le principe de l’ARN Messager, se sont lancés dans la fabrication d’un vaccin utilisant la technologie de l’ARN Messager vu que cela marchait pour les cancers, donc pourquoi pas pour le coronavirus.

Pour le financement, j’ai entendu beaucoup de personnes criées au scandale et dénoncées la “ collusion” entre les grands laboratoires pharmaceutiques et les Gouvernements, mais auparavant, lorsqu’un chercheur venait avec une technologie, personne ne le suivait, donc les financements étaient rares mais cette fois avec l’extrême urgence de la pandémie, les financements ont abondé et ces chercheurs ont eu la possibilité de développer leur travail et créer ces vaccins basée sur l’ARN Messager qui je souligne est une “ technologie “ très simple. On n'utilise ni de virus, ni la protéine du virus, ni le gène du virus et il n’y a pas d’utilisation de l’adénovirus du chimpanzé ou humain. On prend directement la copie de l’ARN Messager, que l’on sait fabriquer depuis vingt-cinq ans en laboratoire. Ainsi donc, on prend cet ARN Messager, on le met dans une capsule de graisse et c’est ce principe qui est la préparation vaccinale. Lorsque vous injectez l’ARN Messager chez la personne à vacciner, une fois dans le corps de cette personne, le Messager va produire de façon très rapide la protéine du spicule et, sachant que cette protéine est un étranger, l’organisme va alors produire des anticorps contre ce spicule qui a été fabriqué par l’ARN Messager. C’est donc cela le vaccin ARN dont tout le monde parle sans savoir. A la question pourquoi c’est cette méthode qui est préconisée, tout simplement, elle est plus facile à fabriquer. Dans mon laboratoire, nous avons et nous continuons de fabriquer des ARN Messagers. J’ai moi-même fabriqué des vaccins ARN Messagers en laboratoire pour mener à bien mes recherches scientifiques. Le seul problème que les chercheurs ont rencontré au tout début de la découverte de ce principe, il était dégradé trop vite et, il n’avait pas le temps de produire suffisamment de spicules et de donner un taux suffisant d’anticorps. Tout l’enjeux de la recherche autour de cette technologie a été de savoir comment le faire rester plus longtemps afin de favoriser la fabrication d’anticorps et se protéger contre ce virus.

Donc pour vos lecteurs, je synthétise, il y a quatre systèmes de virus : 1) le virus entier inactivé ou tué. 2) l’adénovirus dans lequel on met le gène du spicule et donne cette préparation à l’Homme. 3) On fabrique directement le spicule et on le place dans une capsule de graisse ce qui donne le vaccin et enfin, 4) l’ARN Messager dont l’explication a été plus longue mais qu’il fallait faire pour que tout un chacun puisse comprendre.

L’objectif de la vaccination est de permettre de fabriquer des moyens de défense spécifiques au cas où si nous rencontrons le virus et le jour et l'empêcher de se fixer, de nous infecter et de nous rendre malade.

The Link Fwi : Concernant les tests, pareil, il y a aussi beaucoup de polémiques, certains disent même que les tests sont falsifiés, beaucoup critiquent le principe mais encore une fois, peu sont en mesure de donner une explication précise, donc pour nos lecteurs et lectrices, quels sont les différents tests existants ? Pouvez-vous nous en faire une description simple mais précise ?

Professeur Emmanuel Gordien : En ce qui concerne les tests, ma propre équipe a comparé plus de trente tests différents. Les résultats de ces comparaisons, nous ont montré que parmi ces tests-là, il y en qui étaient faussement positifs sur des patients qui avaient la Dengue et le Chikungunya. Vous comprenez que c’est une étude très importante qui a été menée vu que chez nous, il y a beaucoup de Dengue, de Chikungunya et autres maladies tropicales. Ces tests-là, n’ont pas été utilisés. Maintenant, je vais vous expliquer comment on fait le diagnostic en virologie. La première chose, on met en évidence le virus grâce à une technique très importante, la biologie moléculaire avec laquelle nous sommes capables d’amplifier le matériel génétique d’un virus, c’est à dire que lorsque nous connaissons le virus soit à ADN ou à ARN donc en l’occurrence le Coronavirus est un virus ARN et que grâce aux travaux des chercheurs chinois qui ont séquencé le virus ainsi que toutes les autres équipes qui se sont penchées sur ce virus, même notre propre laboratoire a été en mesure de le faire. Nous avons donc tous accès à ce matériel génétique et, il y a une technique que nous nommons la PCR ( Polymerase Chain Reaction) en français Réaction de polymérisation en chaînes. Par cette technique, nous sommes capables de prendre une partie du génome de ce virus et de faire un test, donc le test PCR qui permet de dépister le matériel génétique du virus dans les selles, dans les poumons et même dans le sang. Ces tests sont effectués sur des prélèvements dont on sait que le virus est présent. Nous savons depuis le début comment le virus se transmet, quand on parle, il y a des postillons, des crachats donc des aérosols naturels qui sortent de notre bouche, et c’est dans ces aérosols que nous trouvons ce virus. Pour pénétrer dans l’organisme, le virus passe par le nez et par la bouche. Pour faire simple quand une personne vous parle, elle lâche des aérosols et si elle a le virus, celui-ci passera par votre nez et votre bouche pour se loger dans la zone entre le nez et la bouche, le larynx, le pharynx, dans les poumons et même dans les intestins. C’est la raison pour laquelle, nous insistons pour le respect des gestes barrières avec notamment le port du masque sur la bouche et sur le nez comme cela, une personne qui serait contagieuse et qu'elle vous parle, vous ne serez pas contaminés. Pour revenir à ce test, nous venons avec cette fameuse tige que l’on appelle écouvillon, pour effectuer le prélèvement dans les narines, c’est le principe du prélèvement nasopharyngé mais nous pouvons aussi prélever les échantillons dans la gorge comme cela se fait beaucoup en Allemagne, technique de prélèvement pharyngé donc dans le pharynx, la gorge. Par la suite, pour ces deux techniques de prélèvement, nous mettons l’écouvillon dans un liquide qui va contenir le virus, nous allons le tester avec le test PCR.

Le deuxième type de test est l’antigène. Pour cette technique contrairement au PCR, ce n’est pas le matériel génétique du virus que nous cherchons mais directement son spicule ou sa protéine d’enveloppe ou encore la protéine de capside. Pour cette méthode, pareil que pour la PCR, nous allons prendre l’écouvillon et nous allons soit chercher dans le nez soit dans la gorge et, au lieu de chercher une polymérisation en chaines, nous ferons un test pour nous permettre de trouver l’antigène. La différence entre les deux est que le PCR est très sensible, tandis que l’antigène est moins sensible, c’est à dire, que vous pouvez avoir un test antigène négatif mais une fois que vous ferez un test PCR, il sera positif. Le test PCR est tout simplement beaucoup plus fiable et plus sensible que l’antigène.

Il y a des personnes qui disent par exemple, qu’elles ont fait un test PCR qui était négatif elles ont refait un il était positif et pour finir elles refont un dernier qui s’avère négatif. C’est vrai cela peut arriver. Au début, je l’ai évoqué, il y a des formes de COVID-19 qui sont digestives, donc des diarrhées, symptômes d’une gastro-entérite. Ce qui veut dire que le virus s’est directement logé dans les intestins donc, lorsque l’on recherche le virus dans le nez ou la gorge, il n’y est pas. La personne est pourtant malade, elle tousse, elle a parfois perdu l’odorat et le goût mais à chaque test effectué, il s’avère qu’elle soit négative au COVID-19, mais le virus a développé une forme digestive principale. Quand nous recherchons le virus dans les selles, on le découvre. Dans mon laboratoire, nous réalisons des tests PCR dans les selles. Au début, nous ne connaissions pas ce virus, raison sans doute pour laquelle nous ne parvenions pas à la détecter de suite mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les tests sont de plus en plus performants et nous arrivons à mieux le dépister.

De plus, il existe une autre méthode de test, c’est celle des anticorps. Je l’ai souligné, quand on est infecté par un virus, une bactérie, un champignon un parasite, on fait des anticorps spécifiques qui se trouvent dans le sang. Pour ce faire, nous faisons une prise de sang pour détecter le virus dans le sang et nous recherchons si la personne infectée à développer des anticorps dirigés contre le virus Corona. La recherche d’anticorps est une preuve indirecte de la présence du virus dans votre organisme. Ce test a son importance puisque l’on peut mesurer dans le sang des personnes qui ont été vaccinées et celles qui ont été infectées par le virus, le taux d’anticorps donc avec ce test, nous pouvons quantifier le niveau d’anticorps dans le sang des personnes analysées. Tout simplement, si vous avez développé des anticorps, vous avez vu le virus ou vous avez été vacciné.



TLFWI : Pour nos lecteurs et lectrices qui se demanderaient, comment se fait-il que malgré la vaccination, on trouve encore la présence de virus dans leur sang ?

Professeur Emmanuel Gordien : C’est une très bonne question. Pour revenir à ce que je disais, pour le vaccin on vous donne une petite partie du spicule dirigée contre le virus et vous faites des anticorps anti-spicule. On fait donc une première injection, un mois après, il y a la deuxième injection. Vous n’êtes protégés que quinze jours après la deuxième injection parce qu’il faut y avoir un niveau d’anticorps au cas où le virus essayerait de rentrer dans le corps ou bien vous arrivez à le neutraliser de façon brutale pour qu’il ne puisse pas se développer. Cependant cet exemple est pour les personnes ayant un bon système immunitaire, mais, pour les personnes qui sont greffées du rein, et elles sont nombreuses en Guadeloupe et à la Martinique. Aux Antilles-Françaises, nous faisons beaucoup d’insuffisances rénales et beaucoup de gens sont en dialyse donc qui sont en attente d’une greffe d’un rein, trois fois par semaine, ils doivent se rendre à l’Hôpital pour purifier leur sang car, c’est le rôle du rein, de purifier le sang. Ces personnes en dialyse ou qui ont subi une greffe, prennent des médicaments, les immunosuppresseurs. Sans ces médicaments, ils vont faire un rejet et comme vous le savez, le rein greffé est un corps étranger et donc pour le gars, il faut diminuer leur immunité. Par définition, vous ne ferez pas d’anticorps ou très peu. De ce fait, même quand on va vous administrer une dose, deux doses, quinze jours après les deux doses, on va doser vos taux d’anticorps et vous verrez que votre système immunitaire sera trop affaibli pour produire ces anticorps nécessaires pour combattre le virus. C’est le cas de Jacob Desvarieux qui avait subi une greffe de rein, qui prenait ses médicaments et qui malheureusement malgré la vaccination est décédé. Il n’avait tout simplement par le taux d’anticorps qu’il fallait pour combattre le virus. Il se savait condamné même s’il a pris le vaccin et qu’il a fait un clip “ Vaccin la sé sèl médikamen nou ni “. Pour moi, c’est un message de vie extraordinaire et je lui serai reconnaissant pendant longtemps. Face à des cas comme celui de Jacob et toutes celles qui suivent ces traitements, nous avons proposé une troisième dose, pour stimuler le système immunitaire et donner une chance à ces personnes de produire le taux d’anticorps suffisant pour combattre le virus. Sont concernées les personnes transplantées, qui prennent des médicaments immunosuppresseurs, mais aussi les personnes âgées de plus de 65 ans vu que ces personnes d’un certain âge, l’immunité est moins réactive que pour les sujets jeunes (enfants et jeunes adultes). Si vous ou quelqu’un qui est dans ce cas de figure, êtes dans ce cas de figure, avec un système immunitaire déficient, vous pouvez attraper le virus et, si vous avez un taux d’anticorps trop bas, le virus risque de vous tuer.

Raison pour laquelle et j’insiste dessus, il faut respecter les gestes barrières, les distances et porter son masque. Imaginons que vous vous rendez dans une fête, je suis de Port-Louis, dans ma commune, nous affectionnons le boul a gyèl, vous allez dans une soirée boul a gyèl et qu’il y a quelqu’un d’infecté et qu’elle postillonne sur vous, vous serez contaminé et on vous détectera le COVID-19 alors que peut-être que la personne qui vous contaminé elle, si on la teste, on ne détectera rien, parce qu’elle a déjà développé les anticorps nécessaires pour combattre le virus. Celui qui n’a pas été vacciné et en plus, il s’avère qu’il est diabétique, obèse, hypertendu et qui se trouve lui aussi dans la veillée boul a gyèl, cette personne risque fort bien d’aller en réanimation. Ainsi, le vaccin va vous protéger d’une infection grave, d’une hospitalisation et va vous protéger de la mort. C’est aussi pour cela que se faire vacciner, c’est se protéger soi mais aussi protéger les autres.

Par ailleurs, je profite de cet entretien pour dénoncer ces personnes, professionnels qui vendent des pass-sanitaires pour 300€. Pourquoi c’est dangereux ? La personne qui a un faux pass-sanitaire et qui va partout. Si elle est infectée vu qu’elle n’a pas de vaccin, elle risque de contaminer les autres. C’est pareil pour les personnes qui ont le virus mais, qui feignent d’ignorer de l’avoir et qui vont voir leur famille, sortent avec leurs amis et ne portent pas le masque, elles contaminent des gens qui pourront faire des formes graves. Je connais un monsieur qui maintenant vit avec les regrets, il avait contracté le virus, il ne l’a pas dit et figurez-vous qu’il a contaminé sa sœur qui est décédée en trois jours.

Mon message en plus de celui de la vaccination et des éléments techniques pour comprendre le virus et le vaccin, est un message citoyen, que tout un chacun doit comprendre. Je vois qu’il y a des élus ou des syndicats qui veulent expliquer comment traiter un patient ou les politiques de santé, mais depuis quand, politiques et syndicats s’y connaissent en soins ou en politique de santé hospitalière ? Depuis quand un syndicat sait ce que c’est que la science et les vaccins ? C’est pareil pour les internautes qui relaient toutes ces fake-news, où prennent-ils leurs informations ? Au début de l’interview, je le disais, il y a près de 173 000 publications scientifiques sur le Coronavirus. Toutes ces personnes ont-elles lu un seul de ces articles ? Savent-elles de quoi parlent-ils ? Tout comme les personnes qui disent qu’il faut donner de l’Ivermectine, ou de la Chloroquine alors que des publications ont définitivement rayé la prescription de l’Hydroxychloroquine pour les traitements anti-covid. Concernant l’Ivermectine, les études sont toujours en cours. C’est vrai qu’en Guadeloupe, terre tropicale, vous le savez sans doute, il y a beaucoup de parasites, des anguilluloses par exemple, donc quand on a des patients en réanimation et qu’on leur administre des traitements lourds et si cette personne a des parasites dans les intestins, elle va faire une infection parasitaire importante en plus du Covid-19, en tant que professionnels de santé, nous ne pouvons laisser cela se faire, donc sachant que l’Ivermectine marche sur les anguillules, nous administrons à cette personne une injection d’Ivermectine pour éliminer les éventuelles anguillules qu’elle aurait développé afin d’éviter une complication supplémentaire en plus du Coronavirus. L’Ivermectine n’a en aucun d’effet, enfin pour le moment, démontré pour le traitement du Coronavirus. Quant à l’Hydroxychloroquine, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a carrément demandé à ce que l’on arrête l’administration de ce produit pour les traitements anti-covid. Elle sert pour des gens qui ont la Malaria qui est une autre parasitose, elle peut aussi être utilisée pour des gens atteints de polyarthrite rhumatoïde (inflammation des articulations). Qui plus est, nous savons aussi que l’Hydroxychloroquine agit sur le cœur, donc vous imaginez, comme je vous l’ai dit, le Covid-19 agit sur le cœur et que vous rajoutez un médicament qui a des effets indésirables sur le muscule cardiaque, cela risque d’être fatale pour la personne en traitement. Raison pour laquelle, je m’insurge quand j’entends des gens dire qu’il faut laisser les médecins administrer ce médicament, d’où prennent-elles que ces médicaments sont efficaces pour le traitement du Coronavirus ? Surtout quand on sait qu’il y a plus de 173 000 publications qui ont été réalisées avec des suivis de patients avec des modélisations, avec un travail de haut niveau fait par des chercheurs qui prennent leur temps pour essayer de trouver les bonnes molécules pour sauver les patients, quand entend des personnes issues de petits groupuscules extrémistes dire à nous médecins d’administrer de l’Hydroxychloroquine, cela me parait une escroquerie intellectuelle et je le dis haut et fort ! Ces personnes devraient parler que de ce qu’elles connaissent et nous laisser travailler.

The Link Fwi : Une question que, sans doute nos internautes se poseront, Professeur Gordien, êtes-vous vaccinés contre le Coronavirus ?

Professeur Gordien : Je suis probablement l’un des premiers vaccinés dès que le vaccin a été autorisé en France, le 26 Décembre 2020, donc j’ai reçu ma première dose le 5 Janvier 2021 à 9h30 et ma deuxième dose, le 4 Février 2021 à 10h30. Je pense même faire une troisième dose car, il me paraît intéressant de faire un rappel. J’ai aussi dosé mes anticorps dans mon sang pour avoir une idée de leur niveau, il s’avère qu’ils sont très élevés. Ce qui fait que j’ai une bonne protection contre ce virus. Malgré le fait que je sois vacciné, je continue de porter mon masque au travail donc à l’Hôpital, dans la rue, dans le métro, au supermarché. Evidemment quand je vais me balader ou faire mon footing, je ne le mets pas, vu que je fais un effort physique.

TLFWI : Les gens sont un peu perdus, quant au nombre de doses. Au début, on préconisait une dose, deux doses et désormais, certains Etats parlent de trois doses et pourtant, les Instances Européennes se sont désengagées quant à la troisième dose ? Pourquoi en France c’est sous la base du volontariat ?

Professeur Emmanuel Gordien : C’est une très bonne question. Vous savez que tous les Guadeloupéens et Martiniquais sont vaccinés contre le DT Polyo. Nous avons tous été vaccinés à la naissance contre le Tétanos, Diphtérie etc. Vous avez sans doute déjà pris un vaccin, auquel vous avez administré une première dose et on vous a dit de revenir l’année d’après pour faire un rappel. Puis un rappel cinq ans après, un autre dix ans après ? Donc, le schéma vaccinal, est le suivant mois 1, mois 2, mois 6, mois 12 etc. C’est un schéma qui se fait en fonction de l’évolution du taux d’anticorps que vous avez dans le sang. Quand on vous vaccine, vous avez un taux d’anticorps et quand celui-ci descend trop bas ou parfois même indétectable, on vous demande de faire un rappel pour restimuler vos lymphocytes pour qu’ils puissent fabriquer de nouveau des anticorps afin de vous protéger. Pour le vaccin anti-covid c’est exactement la même chose. Le schéma vaccinal va s’affiner en fonction du suivi que l’on aura, donc en fonction de l’évolution du taux d’anticorps dans le sang mais aussi en fonction de l’âge des patients, comme je l’ai souligné, les patients plus âgés avaient un système immunitaire moins efficace, donc pour ces personnes, il faut faire une dose de rappel et comme dans les pays où l’on a vacciné, il y a un suivi des patients. Il y a une phase numéro 4 qui est la phase dite de pharmacovigilance ce qui veut dire, que l’on analyse ce qui se passe chez les individus vaccinés. Bien évidemment, on fait remonter tous les effets secondaires, ainsi que les taux d’anticorps que l’on retrouve. En fonction de cela, on statut sur une troisième dose (ou pas) pour encore mieux protéger les patients les plus fragiles. C’est donc lié à l’évolution des défenses immunitaires des personnes vaccinées. C’est donc l’évolution de la réponse de votre système immunitaire à la vaccination.



The Link Fwi : Très récemment, aux informations, il a été dit que le COVID-19, il a été évoqué la découverte de nouveaux traitements tels que les traitements monoclonaux et que de nouveaux médicaments anti-covid seraient distribués, pouvez-vous nous en parler ? Sont-ils des traitements alternatifs à la vaccination ?

Professeur Gordien : Vous savez, il y a un seul virus que l’on sait traité par des médicaments et que l’on élimine par médicaments, c’est le virus de l’Hépatite C, le virus qui attaque le foie qui fait des jaunisses, des cancers etc. Figurez-vous que ceux qui ont trouvé le traitement ont reçu tout récemment, le 5 Octobre 2020, le Prix Nobel. Comment ont-ils trouvé ce médicament ? Tout simplement en étudiant la façon le virus se multiplie. Ils connaissent exactement tout dans le développement du virus et, ils ont imaginé des molécules, donc des médicaments qui sont capables d’interférer avec le cycle de multiplication du virus. Cela suppose une très bonne connaissance du cycle de multiplication de ce virus. Pour le Coronavirus, nous chercheurs, nous connaissons très bien son cycle de multiplication. En moins de six mois, nous savions déjà comment le virus Corona se multipliait. Vous savez combien d’ARN Messager il fabrique ? Vingt-deux ARN Messagers. Ce qui veut dire que lorsque vous êtes infectés, vingt-deux ARN Messagers du virus sont entrés dans votre organisme. Je pense aux personnes qui ne veulent pas le vaccin ARN, alors que s’ils le prennent, ils auront non seulement celui-là mais aussi les vingt-un autres. C’était une parenthèse pour expliquer aux gens qui ont peur de ce vaccin mais qui n’ont pas peur d’avoir le virus, mais revenons à la question. Comme je le disais, aujourd’hui, nous connaissons la façon dont le virus se multiplie. Il y a plusieurs médicaments qui ont déjà été testés. Certains n’ont pas marchés ont même été un flop total, mais bon c’est aussi ça la recherche. Sans doute la raison pour laquelle, on rechigne à financer la recherche et que, les laboratoires ont besoin de chercheurs de très haut niveau pour leur soumettre la création d’une molécule qui va agir sur tel aspect du virus et avec laquelle ils auront des gains et non des pertes. C’est pour cela qu’il y a des liens d’intérêts entre les chercheurs et les grands laboratoires pharmaceutiques. Moi, en tant que chercheur, j’ai ma connaissance scientifique mais, je n’ai pas l’argent. Ce n’est l’Hôpital pour lequel je travaille qui va me financer. Encore moins le Ministère de la Recherche. Je serais obligé de me tourner vers les Laboratoires privés pour avoir les financements afin de mener à bien mes recherches et quand je vois que l’on critique que tel ou tel scientifique a perçu des sommes d’argent importantes, j’ai envie de dire que c’est normal, qu’il faut bien de l’argent pour mener les essais, la recherche, pour développer la synthèse de la protéine et des vaccins. Puis, selon moi tout travail mérite salaire, surtout quand on sait que des millions de personnes seront sauvées grâce au développement de ces molécules, donc ces médicaments.

Pour le Coronavirus, il y a des molécules (médicaments) qui sont en cours. Notamment ceux qui vont jouer sur la réplication du génome viral, donc il y a deux molécules en pré-essai Une étape qui consiste à tester sur des animaux. Il y a eu des essais sur des hamsters. Par exemple, il y a eu des tests d’un vaccin aérosol, au lieu de donner par piqûre, on passe directement par le nez, en spray. Pour le moment sur les hamsters, les résultats sont très intéressants mais comme nous ne sommes pas des animaux et encore moins des hamsters, l’idée serait de trouver un groupe de volontaires pour entamer la phase 1 des tests sur les humains. Ces tests ne se font pas sans leur consentement. Il y a des documents qui sont signés avant de les réaliser. Des personnes saines seront sélectionnées pour pouvoir le faire et on va tester chez eux, la toxicité et l’efficacité. Une fois que sur un petit groupe, on constate que ça marche, on passe à une échelle beaucoup plus grande. On passe à la phase 2 et pour finir, il y a la phase 3 qui consister à administrer le produit à l’ensemble de la population et c’est donc l’avant-dernière étape des tests. C’est après la phase 3 qui a été faite sur des dizaines de milliers de gens que l’on obtient des résultats. On passe à l‘autorisation de mise sur le marché. Nous sommes à cette étape pour les médicaments anti-covid et je peux vous dire qu’il y a deux molécules qui sont très intéressantes.

Dans votre question, vous parlez des anticorps monoclonaux. Pour vous expliquer ce que sont les anticorps monoclonaux, imaginons qu’il y ait un patient qui a été infecté par le virus, il a guéri de son infection, il a développé des anticorps. Qu’est-ce que nous allons faire sur ce patient volontaire ? Nous allons prélever son plasma dans lequel, il y a ses anticorps. A partir de cela, nous sélectionnons uniquement les anticorps anti-covis qu’il a développé et nous faisons une préparation pharmaceutique que nous nommons les anticorps monoclonaux. On dit monoclonal, parce qu’il est dirigé vers une molécule anti-covid. Pour qu’ils soient efficaces, les anticorps monoclonaux doivent être donnés moins de cinq jours à des patients qui sont immunodéprimés, donc ceux qui ne pourront pas faire d’anticorps. Vous voyez que là encore, il y a des contraintes très précises. Les personnes à qui l’on administre ces anticorps monoclonaux ne sont donc pas de la même catégorie. Pour en bénéficier, il y a des protocoles très précis qui passent par connaître la maladie ou les maladies de la personne à qui l’on va administrer ces anticorps, savoir son niveau d’immunité, combien de temps qu’il a développé la maladie. Vous l’aurez compris, la clé pour combattre le virus est de faire des anticorps contre le virus et c’est exactement ce que le vaccin fait, il permet de fabriquer des anticorps contre le virus. C’est un non-sens, quand les gens disent qu’ils ne veulent pas le vaccin mais préfèrent les anticorps monoclonaux, car, le vaccin fait la même chose que les monoclonaux qui produisent des anticorps lorsque vous avez été malades. Pourquoi attendre d’être malade ? Quand il y a un vaccin qui vous protège et qui favorise la création des mêmes anticorps. Pour résumer, les anticorps monoclonaux, ce sont simplement les anticorps qu’ont développé les malades et qui ont échappé à des formes graves de la maladie puisque, les personnes décédées, nous ne pourrons pas récupérer leur plasma.

TLFWI : Malgré des chiffres de la mortalité et des hospitalisations toujours en hausse, il y a encore des personnes qui ne croient pas au COVID-19, certaines prétendent même que l’actuelle pandémie est une épidémie de Dengue, puis, il y a ceux qui n’hésitent à menacer sur les réseaux sociaux ; d’autres qui accusent d’éminentes personnalités scientifiques, médiatiques de collaboration avec le système et l’Etat français. Selon, les Fake news sont-elles une difficulté pour vous dans le traitement de cette maladie ?

Professeur Emmanuel Gordien : Vous savez, le virus Coronavirus va tuer plus chez nous que dans d’autres territoires français, parce que la population antillaise a des facteurs de risque extrêmement importants. A savoir le diabète, l’hypertension, l’obésité, des cancers qui sont nombreux chez nous, là aussi c’est très affolant. Il faut aussi parler des maladies psychiatriques qui sont aussi très nombreuses chez nous. Le Coronavirus a entraîné chez des gens déjà fragiles, des troubles psychiatriques à cause de cette angoisse ambiante, ces bulletins d’information mortifères, des avis d’obsèques à rallonge qui durent plus de 2h. De quoi vous donner froid dans le dos. Aussi, comme il a été dit à plusieurs reprises dans la presse, les patients Antillais (Guadeloupéens et Martiniquais) viennent trop tard. C’est vrai que nos territoires sont devenus depuis quelques années des déserts médicaux, puis il faut savoir si les téléconsultations sont suffisantes ou vraiment développées.

Cependant, tout le monde doit le savoir, ce n’est pas qu’en Guadeloupe qu’il y a des Fake News, des antivax. Ce n’est pas qu’en Guadeloupe qu’il y a des gens qui disent tout et n’importe quoi, même des personnalités issues du monde scientifique, il y a même un Prix Nobel, le Professeur Montagnier qui a découvert le VIH qui a dit énormément de bêtises. C’est aussi le cas de Mr Raoult que j’admirais beaucoup. Mon équipe et moi-même avons publié des articles scientifiques dans la revue dont il est le directeur des publications, pourtant, Mr Raoult fait des sorties sur le vaccin ARN que nous ne comprenons pas mais quand vous lisez bien entre les lignes, Didier Raoult, n’a jamais dit qu’il était contre la vaccination. Il n’a jamais dit non plus que le vaccin ARN n’était pas une révolution technologique, cependant, quand il dit ça dans d’autres considérations, nous sommes nous-mêmes perdus, nous ne comprenons pas. Souvent cela met de la confusion chez les gens, surtout quand il s’agit d’un grand professeur de médecine qui le dit. Même moi, quand je dispense mes cours à mes étudiants de 4e, 5e, 6e année de médecine, j’ai du mal à leur expliquer, ce n’est vraiment pas quelque chose de facile à comprendre donc imaginez le simple citoyen qui sera perdu et qui pourtant va relayer des informations incorrectes. Du coup quand je vois des gens qui n’ont aucune compétence pour en parler, et dans leurs théories invraisemblables, ils citent Didier Raoult ou monsieur Montagnier, cela démontre jusqu’où la malhonnêteté intellectuelle peut aller. Face à cela avec le collectif de médecins, chercheurs et soignants des Outremers nous avons décidé de monter au créneau, dans l’optique de dire les choses de la façon la plus simple possible. C’est aussi pour cela, que j’ai accepté cette interview et pour donner aux gens un minimum de connaissance sur la question. Nous savons pertinemment que les gens n’iront pas lire les 173 000 articles sur le Coronavirus, même s’ils le voudraient, ils ne le pourraient car, ils seraient perdus, surtout que ces articles scientifiques sont très souvent rédigés en anglais. Mes étudiants mêmes n’y parviennent pas. Notre rôle est d’informer la population, en apportant nos connaissances avec le plus d’humilité possible pour que les gens puissent comprendre facilement et nous espérons que nos interventions serviront à faire reculer cette catastrophe sanitaire et humaine. Je pense malheureusement qu’avec cette quatrième vague, nous aurons beaucoup de morts et je tiens à dire aux familles courage. Il faut que nous empêchions la cinquième vague qui va venir vu qu’il y a trop de gens qui ne sont pas vaccinés et notre population n’y résistera pas. Empêchons surtout l’émergence d’un variant Guadeloupéen qui va faire des dégâts.

The Link Fwi : Vous pensez que nous sommes proches d’un variant Antillais, Guadeloupéen ou Martiniquais ?

Professeur Gordien : Non. Nous ne pouvons pas dire avec exactitude quand il apparaîtra. Je prends souvent l’exemple de la grippe qui est un virus qui mute rapidement. Il y a un variant qui peut-être circulait, il est allé se combiner avec un autre variant donc on suppose que la souche à avenir sera plus virulente. Aussi, il y a des modèles mathématiques qui permettent de prédire et d’imaginer quelles seront les mutations dans un virus donné et, il faut savoir qu’il y a 24 000 combinaisons mathématiques. Après, ils peuvent se tromper vu que c’est un calcul. Donc pour les vaccins réalisés chaque contre la Grippe, ce sont des vaccins hypothétiques. Pour ce faire, nous faisons des vaccins prédictifs dans lesquels nous avons mis plusieurs molécules dont on pense que ce seront-elles les dominantes. Parfois, il y a des résultats positifs, parfois ça ne marche pas. C’est comme cela, un vaccin est imparfait. Soit, nous ne faisons rien et nous aurons quinze mille morts soit nous faisons quelque chose et nous aurons cent morts. Puis en s’améliorant nous aurons un mort au lieu de cent et selon moi, c’est toujours que cent. Depuis qu’elle a été inventée, la vaccination a toujours été le moyen qui a permis de faire reculer les grosses maladies et si nous arrêtons la vaccination contre ces maladies, Rougeole, DT Polyo, la Coqueluche, nous verrons le retour de ces maladies et même d’autres qui apparaîtront.

TLFWI : Sur les réseaux sociaux, nous voyons aussi des informations émises par des personnes suppliant les personnes atteintes de comorbidité ou d’obésité à ne pas prendre le vaccin. Est-il dangereux pour ces personnes de prendre le vaccin ? Que disent les recherches dessus ?

Professeur Emmanuel Gordien : C’est absolument l’inverse. La Guadeloupe et plus largement les Antilles, ont une population avec des risques majeurs. Diabète, hypertension, obésité, cancers, problèmes rénaux etc, Il faut comprendre que ces personnes vont exprimer sur leurs cellules des protéines et c’est sur ces protéines que le virus Corona va se fixer pour entrer par son spicule. C’est connu. C’est cet enzyme qui est impliqué notamment dans les problèmes d’hypertension et de régulation. Raison de plus pour ne pas attraper le virus et se faire vacciner. Pour les personnes qui ont des comorbidités, il faut qu’elles se vaccinent et je rappelle que 40% des personnes qui sont conduites en réanimation vont décéder et ce sont principalement les personnes qui ont des comorbidités qui vont décéder. Raison pour laquelle, ces personnes doivent être protégées en priorité et qu’elles prennent conscient de ce fait.

The Link Fwi : Pareil, beaucoup d’informations prétendent que les femmes enceintes ne devraient pas prendre le vaccin car elles développeraient des complications et mettraient en danger leur santé. Pourtant, très récemment les informations ont révélé que les chercheurs ont remarqué que les femmes enceintes ont développé des formes de Covid-19, même asymptomatiques, leurs nourrissons naissaient avant-terme. Au départ, il était dit que cette population n’était pas touchée par le virus, pouvez-vous nous en dire plus ?Est-il donc dangereux pour elles de prendre le vaccin ? Encore une fois que nous disent les recherches dessus ?

Professeur Gordien : Encore une fois, c’est exactement l’inverse. Justement, il y a deux éléments intéressants. On se dit que voilà on donne une protéine étrangère, à quelqu’un. Cette protéine-là va nous permette de produire des anticorps et elle sera détruite par ces derniers. L’objectif est de surtout permettre au système immunitaire de connaître cette protéine étrangère et à la détruire. C’est ce que le vaccin fait. De plus, il y a un deuxième intérêt à vacciner les femmes enceintes, j’y viens. Prenons un exemple. Votre femme est enceinte, elle va chez son gynécologue car elle va bientôt accoucher. Elle n’est pas vaccinée, son gynéco est un antivax, après j’espère que ça n’existe pas. Il contamine votre femme. Votre enfant naît avec le COVID-19, vous serez content ? C’est ce que je disais au départ quand je parlais de l’obligation vaccinale des soignants, pour qu’ils ne transmettent pas à leurs patients des maladies et qu’eux-mêmes soient protégés des maladies que peuvent leur transmettre leurs patients. Autre chose sur laquelle je vais bien insister. Sachant que la femme enceinte fabrique des anticorps pour combattre le virus, ces anticorps vont aller directement sur l’enfant qui est dans son ventre, mais une fois que ces anticorps vont faire “ leur vie”, ils vont disparaitre dans le corps du nourrisson. Pour le moment, il n’y a pas de vaccin pour eux. J’espère qu’en vaccinant le maximum de gens, les anticorps vaccinaux qui circuleront chez la mère iront vers son nourrisson pour le protéger contre le COVID-19.

The Link Fwi : Votre mobilisation a fait des émules, beaucoup de personnalités médiatiques, politiques, même des personnalités issues des milieux nationalistes ont appelé à la vaccination de la population. Evidemment beaucoup ont crié au complot, ils parlent de traitrise. Des insultes ont été proférées, des mépris même à l’égard de Monsieur Serge Romana. Quelle est votre opinion dessus ?

Professeur Emmanuel Gordien : Vous savez, les mêmes qui le salissent citent des personnes douteuses dans leur position politique. Monsieur Romana. Monsieur Romana est l’un des plus grands généticiens de France. Il est chef de service du Pôle de génétique de l’Hôpital Necker Enfants-Malades. Les gens ne s’imaginent pas ce que c’est. Il a près de vingt ans de service dans c’est Hôpital qui est l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand hôpital de France. Monsieur Cotellon qui est le directeur de l’Hôpital CHU en Guadeloupe, a été directeur des ressources humaines de l’A P H P (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris) qui regroupe les 39 Hôpitaux de la Région Île-de-France. Il a été l’un des meilleurs directeurs des Ressources humaines de France. Il retour travailler dans son pays et se met au service de ses compatriotes, les gens le critiquent, le méprisent et les syndicalistes veulent même se battre avec lui et veulent l’attaquer en Justice. C’est extraordinaire. Cette année encore, les Guadeloupéens dénonçaient le manque de présence de compatriote à la tête des instances décisionnelles locales et lorsque l’on place des Guadeloupéens ou Guadeloupéennes à la tête, on leur tape dessus. Je dénonce cela. Chaque personne a son domaine de compétence et, il faut quand même rester dans le respect. Soyons respectueux entre nous.

TLFWI : En Guadeloupe, nombreux sont les gens qui ne se rendent pas chez le médecin ou n’appellent pas les services d’urgence, pompiers, ambulances privées ou encore le SAMU, ou beaucoup se rendent aux Urgences trop tard, comprenez-vous leur scepticisme ?

Professeur Gordien : Nous avons vu cela, dans la région où j’exerce, la Seine Saint-Denis qui, faut le souligner est l’une des Régions les plus pauvres de France avec des personnes issues de l’immigration et c’est vrai que toutes ces personnes-là sont très loin du système de santé. Ces personnes préfèrent rester chez elles, ne pas se rendre aux Urgences et ne pas appeler les services de secours. Beaucoup d’entre-elles refusent d’aller à l’Hôpital pour ne pas attraper de maladies. C’est l’une des raisons de cette augmentation de la mortalité dû aux Infarctus du Myocarde. Il y en a aussi qui n’ont pas confiance au système de santé, qui craignent de ne pas être prises en charge. Sans oublier l’impact des messages provenant des réseaux sociaux, comme la dernière fois, une dame prétendait qu’on ne voulait pas la laisser voir sa mère, elle dénonçait la façon dont les soignants avaient “ maltraité “ sa mère etc., c’est possible qu’il y ait des cas comme cela, je ne remets pas en cause les propos de cette femme, mais dans cette situation, il est important que les familles ou les proches n’aient pas accès directement au malade, pour ne pas avoir cette détresse, que va donner la vision de son parent malade, sous perfusion, sous respirateur avec des tuyaux partout, ce n’est pas facile à accepter, déjà pour les soignants qui sont en première ligne, c’est difficile, donc imaginez les parents. Dans mon hôpital, il y avait une cellule psychologique permanentes pour le personnel soignant. Ils vont chez le psychologue et même chez le psychiatre afin de se reconstruire et se ressourcer car, les images sont dures. Beaucoup prétendent que, nous professionnels nous ne faisons rien, qu’on ne s’occupe pas du malade, alors que nous avons déjà tout fait. Le bilan a été fait, nous sommes juste dans l’attente du bilan. Mais pour les parents nous ne faisons pas suffisamment. Certains vont même jusqu’à dire que si c’était un patient d’origine européenne, nous aurions fait plus. Sauf que nous oublions que nous avons un même ennemi commun qui est ce virus, le COVID-19 SRAS COV-2 qui pose problème à tous nos systèmes de santé, sociaux, à toute notre vision du Monde, nos fantasmes etc.


The Link Fwi : Il y a quelques semaines, les Antillo-Guyanais ont été critiqués, méprisés même par certains intervenants sur les chaînes de télévision nationale, par rapport au fait que nous nous tournions vers l’usage des plantes médicinales, en kréyol “ Rimèd Razyé “, nous avons été traités d’illétrés etc quelle est votre position concernant les “ Rimèd Razyé “ ?

Professeur Emmanuel Gordien : Très récemment, je suis allé en Bretagne avec une amie qui est originaire de cette belle région. Elle me dit que sa mère a 103 ans, et que celle-ci n’est jamais allée à l’Hôpital et qu’elle n’a jamais pris de médicaments. J’étais étonné. Mon amie rajoute que sa mère a pris des feuillages, qu’elle lui donnait des extraits de décoction de telle ou telle plante etc donc ce n’est pas qu’aux Antilles-Guyane et à la Réunion qu’il y a ces techniques traditionnelles. Il y a un savoir populaire basée sur des croyances populaires. Chez nous nul n’ignore que, durant l’esclavage, sur les plantations quand le maître n’allait pas bien, il se tournait vers les esclaves pour le soigner, car ce sont eux qui connaissaient les plantes. A Marie-Galante par exemple sur la plantation Murat et pas que dans presque toutes les habitations, il y avait un jardin de plantes médicinales. Quand le maître était une terreur, les esclaves n’hésitaient pas à l’empoisonner. Le poison était à l’esclave ce que le fouet était au maître. C’était un moyen de guérir mais aussi un moyen de résistance de nos ancêtres. C’était une parenthèse. Vous savez, quand les gens quand ils n’ont pas de moyen, de faire les choses, ou de comprendre certaines choses, ils font des essais comme une démarche scientifique. Quand ils ont vu que ce que la plante nommée “ zèb a fè “ baissait la fièvre quand ils avaient une parasitose, ils la prenaient. Même moi, quand j’étais petit, je n’ai jamais pris de médicaments. Quand mes frères et moi n’allions pas bien, notre mère nous donnait “ Zèb a fè”, “ té péyi “, “ fanbwazin”, “ mil flè “, “ Koklaya”, j’ai des amis, pour leur tension prennent du “ té a bol “ et effectivement le “ té a bol “ est très efficace pour baisser la tension. Sauf qu’il y a un problème. Premièrement, il faut savoir le principe actif de la plante et ses effets. Deuxièmement, il faut connaître le bon dosage. Troisièmement, avoir une idée de la toxicité possible. Avec ces tests beaucoup de gens ont dû mourir. Par ailleurs, pour nos anciens, la mortalité infantile, ici était très importante, elle était de 40/ 1000. Alors que de nos jours, elle comme en Europe, 7 ou 8/1000. Tandis qu’au regarde de certains pays, comme le Bénin que je connais bien, elle est jusqu’à présent de 50/1000. Alors pour celles et ceux qui se demanderaient comment et quand utiliser les “ Rimèd Razyé “ ? Si, c’est quand on a le virus, pour combattre la fièvre, pour récupérer plus vite, bien sûr ! Par contre si c’est pour empêcher au virus de rentrer, je ne vois comment un traitement de plantes va empêcher au virus de pénétrer notre corps, d’autant plus que nous connaissons la façon dont il entre dans notre organisme. Nous savons que c’est le spicule qui se fixe sur les poumons. Ma réflexion concernant le savoir populaire, il faut le sauvegarder mais aller encore plus loin que cela. Il faut rajouter du savoir scientifique par-dessus, donc combiner les deux. Ainsi, partons de ce que nous avons, à savoir notre pharmacopée qui est très riche et voir ce qu’il y a dedans, savoir comment nous pourrions l’utiliser à des fins scientifiques pour le développement économique...