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Lovelie Stanley Numa nous raconte le difficile métier de journaliste en Haïti.


Attaqués, intimidés, kidnappés, emprisonnés et même assassinés, disons-le, partout dans le monde, le journalisme est un métier à haut risque. Il y a des pays où la situation est vraiment plus dangereuse que d’autres pour les professionnels de l’information. Haïti fait partie de ces territoires où être journaliste équivaut à une mort certaine. Lovelie Stanley Numa est une journaliste Haïtienne, passionnée par son pays et par son métier. Fondatrice d’Impulse Webmedias, journal indépendant en ligne, elle nous raconte son parcours et le difficile métier de journaliste dans son pays qui traverse actuellement de grands troubles liés à l’insécurité.



Lovelie Stanley Numa. Photo privée.



Haïti, pays mythique entré dans l’histoire pour avoir été le premier pays noir indépendant suite à une rébellion menée par des esclaves africains. Premier pays à avoir dit non à la “ domination blanche” et à avoir refusé l’injustice raciale. Lumière dans la pénombre de la colonisation, pendant très longtemps Haïti a fait figure d’exemple pour nombres de nations opprimées désireuses de s’émanciper de quelconque domination occidentale. Pourtant, la Première République Noire a payé le prix de sa liberté chèrement acquise aux français, aux britanniques, aux espagnols et aux Etats-Unis. Deux cent dix-huit ans après ce haut fait d’armes, l’ancien pays précurseur de la liberté des peuples noirs esclavagisés n’est plus que l’ombre de lui-même. Depuis la fin du régime autoritaire des Duvaliers père et fils, François et Jean-Claude, la nation haïtienne lutte constamment pour sa survie.


Entre les cyclones destructeurs et les tremblements de terre meurtriers comme celui de 2010 de magnitude 7,0 à 7,3 dont le bilan est de deux cent quatre-vingt mille morts, trois cent mille blessés et 1,3 millions de sans-abris. Depuis cet événement tragique, le pays caribéen peine à se relever. Pire, il s’enfonce dans une crise sociétale sans précédent.

En effet, l’autre grand problème de la première république noire est bien entendu le mal développement. Pourtant le pays regorge de potentiels. A ce jour, le revenu d’un haïtien issu de la classe populaire est estimé à 3$ par jour. Cette pauvreté est accentuée par une économie en berne voire paralysée suivie d’une inflation galopante. Basée sur des données de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique ( IHSI) ( Inflation - Haiti Economie ) le taux d’inflation en Haïti est passé de 24,60% en novembre 2021 à 24,70% en décembre 2021. Tandis qu’en juillet 2022, l’inflation est établie à 30,5%. Ce qui a pour conséquences un accroissement des grandes difficultés pour les ménages haïtiens, déjà touchés par la précarité et le chômage endémiques. Disons-le clairement, l’économie haïtienne est en panne.


Autre difficulté rencontrée par les Haïtiens, le prix des carburants. Evalué il y a peu à 250 gourdes soit 2$ le gallon. Un prix astronomique pour un pays dont on connait les difficultés économiques quotidiennes d’une population qui peine à se nourrir correctement. La situation s’est même aggravée puisque le gouvernement a pris la décision de ne plus subventionner le carburant et même de l’augmenter de 128%, le faisant passer à 4$ le gallon. Une décision prise sous conseil du FMI (Fond Monétaire International) mais jugée inacceptable pour la classe populaire haïtienne obligée de recourir au système D. Une image revient souvent, celle de ces stations-services prises d’assaut par ces foules d’haïtiens, à moto, à pied, en voiture à attendre sous le soleil de longues heures que les stations-services n’ouvrent. Une image devenue malheureusement récurrente, signe visible de cette grave crise économique que traverse la nation caribéenne. Résultat, Haïti est régulièrement secouée par des manifestations d’ampleur qui virent souvent à l’émeute durement réprimée par les forces de police de la PNH (Police Nationale Haïtienne).

L’autre calamité d’Haïti est bien évidemment l’instabilité politique. Depuis son indépendance, la République caribéenne a connu de nombreuses tentatives de déstabilisation politique, des coups d’état sanglants ainsi que des renversements de régimes, même les plus démocratiques. Nous pouvons même parler d’un vrai fléau pour son développement. Comme la note sur le site Exemplaire, l’auteur Eric Sauray, avocat et auteur en 2006 de “ Haïti, une démocratie en perdition “ Depuis son indépendance, obtenue en 1804 après plus de dix ans de guerre contre l’armée française, Haïti n’a que rarement connu la sérénité. Dès 1806, le tout premier chef de l’Etat haïtien, l’Empereur Jean-Jacques Dessalines, est assassiné, ouvrant la voie à une guerre civile de treize années.” Les origines de ces troubles politiques sont nombreuses. Elles proviennent soit de l’intérieur même du pays, à savoir, la haute classe bourgeoise mulâtre, blanche ou syro-libanais à la tête d’industrie et de grandes fortunes, soit de l’étranger, notamment, les Etats-Unis qui ne se sont jamais cachés pour intervenir militairement chez leur voisin caribéen. Entre 1915 et 1934, Haïti a même été occupée par l’armée américaine. Une occupation restée dans les mémoires pour sa violence. Plus récemment, en 1991, Jean-Bertrand Aristide, tout premier Président démocratiquement élu dans l’Histoire d’Haïti est renversé par un Coup d’Etat, là aussi, soutenu par le gouvernement des Etats-Unis via la puissante CIA. Encore plus récemment, l’histoire s’est une nouvelle fois écrite dans le sang avec l’assassinat le 7 juillet 2021 du président Jovenel Moïse. A ce stade nul ne peut dire et si un jour on connaîtra le ou les commanditaires et les raisons de ce nouvel attentat contre la jeune démocratie haïtienne.

Le constat est là, la plus longue période de stabilité qu’a connu la république haïtienne est le fait de la dictature des Duvalier, qui ont régné sans partage sur l’ancienne “ Perle des Antilles” de 1957 à 1986 : à sa mort en 1971, le père, François Duvalier, transmet le pouvoir à son fils Jean-Claude, ainsi que le contrôle d’une milice redoutable, les Tontons Macoutes qui ont, le temps de leurs règnes respectifs, terrorisé la population. Un règne là aussi, soutenu par les Etats-Unis, alors engagé dans une lutte d’influence à travers le monde, avec le grand rival soviétique. Certains aiment à dire qu’Haïti est une colonie des Etats-Unis. Une colonie qui ne dit pas son nom.


Entre pauvreté grandissante, économie entravée, instabilité et violence politique, l’autre affliction d’Haïti est bien entendu la violence orchestrée par les gangs qui se disputent le territoire de Port-au-Prince. Le pays francophone des Grandes Antilles connaît depuis environ une décennie une situation d’insécurité grandissante et alarmante.


Vingt-cinq ans après le retour de la démocratie. Douze ans après le terrible tremblement de terre de 2010, Haïti semble plonger de plus en plus dans le chaos. Pauvreté extrême, violence, kidnapping et guerre des gang sont le lot quotidien des Haïtiens. Mais il en va sans dire que, depuis la mort du président Jovenel Moïse tué par un commando armé, la situation déjà très difficile, est devenue incontrôlable. Les forces de la PNH (Police Nationale Haïtienne) peinent à endiguer le problème des 162 gangs et leurs 3000 membres actifs. Deux grosses organisations criminelles se démarquent de leurs rivaux pour leur extrème brutalité, le G9 Fanmi e Alyé dirigé par un ancien policier répondant au nom de Jimmy Cherizier alias Babekyou ( Barbecue) surnom qui lui vient du fait qu’il brule ses victimes alors qu’elles sont encore en vie. L’autre gang, tout aussi violent, c’est le 400 Mawozos qui contrôle la route principale menant de l’aéroport. Dans leur guerre de territoire, ils sèment la mort et le chaos. Cela donne à la population un sentiment d'abandon de la part des autorités.


En effet, la lutte pour le contrôle des territoires que se font ces gangs politisés et proches de certains partis politiques, a des accents de guerre civile qui ne dit pas son nom. Longtemps cantonnés dans les zones très défavorisées du bord de mer de Port-au-Prince, les groupes armés ont grandement accru leur emprise à travers la ville et certains gagnent même l’intérieur du pays depuis l'automne 2020. Multipliant assassinats et enlèvements crapuleux. Ils n'ont pas de peine à recruter massivement parmi les jeunes chômeurs des quartiers défavorisés des villes et communes de la partie francophone d’Hispaniola. La Cellule d’Observation de la criminalité ( COC) du Centre d'Analyse et de Recherche en Droits de l'Homme (CARDH) a recensé depuis janvier 2022, deux cent quatre-vingt-dix enlèvements d'Haïtiens ; 36 étrangers de neuf pays, bien que les estimations seraient de quarante depuis le mois de janvier à ce jour ainsi que 15 enlèvements collectifs.


Face à toute cette violence, ils sont des milliers à fuir leurs habitations pour se réfugier dans des zones de la Capitales encore sécurisées. Des réfugiés dans leurs propres pays.


En première ligne de cette flambée de violence, les journalistes tentent tant bien que mal de faire leur travail. Toutefois, leur métier n’est pas sans risque. Entre les menaces à leur intégrité physique qui débouchent bien souvent à des enlèvements ou des tentatives d’assassinats voire carrément des assassinats. Les gangs ne sont pas la seule menace. Même la police assassine les professionnels de l’information. Nul ne va sans dire qu’en Haïti, être journaliste est un métier à très haut risque. Pour nous en parler, nous avons donné la parole à la journaliste Haïtienne Lovelie Stanley Numa, fondatrice du média en Ligne Impulse Medias journal indépendant qui fait un véritable travail de terrain dans ce pays en proie à ses propres démons.



The Link Fwi : Bonjour Lovelie, bienvenue sur The Link Fwi, vous êtes une journaliste haïtienne et vous vivez toujours en Haïti. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’être journaliste mais surtout une journaliste dans un pays aussi troublé qu’Haïti ?

Lovelie Stanley Numa : Bonjour, merci de me donner la possibilité de m’exprimer à travers votre média. Je voudrais remercier vos lecteurs et lectrices ainsi que tous les internautes qui liront cette interview. Comme vous l’avez dit, je suis Lovelie Stanley Numa, je suis journaliste, je suis une femme et je suis également la fondatrice du média en ligne Impulse Web Medias. Le journalisme est un domaine transversal qui nous permet d’aller à la rencontre du public et comme vous le savez, l’objectif ultime de ce métier est de fournir aux citoyens les faits qui leur permettent de mieux connaître et mieux comprendre le monde dans lequel ils évoluent. Le journalise est pour moi plus qu’un métier mais une passion. Je l’aime parce qu’à travers lui, je peux mieux comprendre les différentes facettes de la vie. A savoir la politique haïtienne ainsi que la géopolitique dans son ensemble. De plus, j’aime surtout développer cette proximité avec les gens parce que nous traitons des sujets qui font partie de leur quotidien.

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