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#Meetoinceste : Elles brisent le silence et dénoncent les viols commis par Marc Pulvar

Figure charismatique de la lutte syndicale en Martinique, Marc Pulvar est considéré par la classe ouvrière et paysanne de l'île comme un héros qui de son vivant savait se battre pour leurs droits. Pourtant, depuis samedi, l'image du syndicaliste est écornée par une affaire de pédo-criminalité. Trois femmes, des proches, ses nièces, l'accusent d'avoir abusé d'elles quand elles n'étaient que des enfants.



Il y a Audrey Pulvar, journaliste émérite, visage du paf français, au parcours professionnel sans faute, mais avant elle, il y avait son père, Marc. Figure charismatique de la lutte syndicale en Martinique. Marc Pulvar est considéré par la classe ouvrière et paysanne de l'île comme un héros qui de son vivant savait se battre pour leurs droits. En effet, jusqu'à ce jour, son nom résonne encore dans l'histoire contemporaine de la Martinique comme celui du défenseur des opprimés face au patronat généralement béké.


Vénéré par les classes ouvrières et paysannes de l'île des Caraïbes, véritable héros du monde ouvrier, acteur important de la lutte syndicale et même indépendantiste à la Martinique, Marc Pulvar a eu plusieurs casquettes. Professeur de Mathématiques de profession, il s’est fait connaître par ses activités de militant anticolonialiste, indépendantiste et syndical ainsi que pour son action en faveur de l’environnement. En 1962, il a été membre de l’organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique, et signataire du manifeste La Martinique aux Martiniquais, ce qui lui a valu d’être inquiété une première fois par les autorités de l'époque. A plusieurs reprises, des "milices" à la solde des grands patrons ont intenté à sa vie, car, il fût à la tête de plusieurs grands bras de fer, pour défendre le droit des ouvriers martiniquais. Accusé à plusieurs reprises par ses détracteurs de percevoir des rémunérations occultes, notamment des anciens camarades de combat, ce qu'il avait contesté à plusieurs reprises. Dans les années 1980, il co-fonde le mouvement «La Parole au Peuple», qui deviendra par la suite le Mouvement indépendantiste martiniquais. L'homme charismatique a tiré sa révérence en 2008, il avait 71 ans.


Treize ans après sa mort, l'homme est devenu un mythe dans les milieux syndicaux aux Antilles-Françaises. Pourtant, depuis samedi, l'image de l'indépendantiste est écornée par les accusations de trois femmes, ses nièces qui l'accusent d'être un pédo-criminel. Selon ces trois femmes, cet oncle qu'elles admiraient tant, aurait durant leur enfance, abusé d'elles alors qu'elles n'avaient que 7 et 10 ans. Ces révélations ébranlent l'ensemble de la Martinique.



Déclaration d'Audrey Pulvar :

Interrogée par l'AFP, sa fille Audrey Pulvar qui a été journaliste, figure majeure du PAF français, ayant travaillé pour plusieurs grandes chaînes locales comme nationales parmi lesquelles ATV ( désormais VIATV) LCI, TV5, France Télévisions, I Télé etc et qui est depuis le 3 Juillet 2020, conseillère à la ville de Paris et adjointe de la maire Anne Hidalgo, s'est exprimée au sujet des accusations dont fait l'objet de son défunt père. La journaliste a déclaré avoir été «été mise au courant des crimes commis» par son père «il y a une vingtaine d’années quand mes cousines nous en ont parlé [...] Cela a été un choc très profond pour mes proches et moi. Tant qu’elles ne souhaitaient pas s’exprimer publiquement, ce n’était pas à nous, à moi, de nous substituer à leur parole de victimes [...] Elles sont en mesure et ont décidé de le faire aujourd’hui: je les soutiens pleinement et admire leur courage. Je souhaite qu’elles soient entendues et que leur parole soit respectée», poursuit Audrey Pulvar.


Ces accusations tombent mal pour l'ancienne journaliste et femme politique d'origine martiniquaise qui est la tête de liste pour les prochaines régionales de 2021. Situation paradoxale, puisqu'elle a été l'autrice de vives critiques concernant la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l'intérieur et accusé de viol.


A lire les déclarations complètes de Barbara Glissant, Karine Mousseau et Valérie Fallourd :


Marc Pulvar (1936-2008), héros martiniquais, pédocriminel et violeur :


A l’âge de 7 et 10 ans, nos routes ont croisé celle d’un homme. Il était professeur de

mathématiques. On l’encense aujourd’hui encore en Martinique, parce qu’il a été un militant,

syndicaliste, défenseur des opprimés. Peut-être que cela n’est pas incompatible avec le fait d’être pédocriminel après tout. La perversité n’empêche sans doute pas de réfléchir. Mais quarante ans plus tard, nous nous demandons encore comment il a pu être professeur. Car vouloir aider un individu à devenir le sujet qu’il choisira d’être, tenter de le comprendre patiemment, en déchiffrant ses humeurs, en acceptant ses écarts, en s’agaçant de sa lenteur, de sa rapidité, en s’émerveillant de ses fulgurances, en riant de ses plaisanteries, en fulminant parce qu’il n’est jamais reconnaissant, ne dit pas merci en partant, et parfois même pas bonjour en arrivant, oui c’est cela être professeur, c’est apprendre de l’autre, humblement, et lui tendre la main, même quand on n’en a pas envie.


Deux d’entre nous sommes devenues professeures à notre tour, l’une de sciences économiques et sociales et l’autre de philosophie. Quand Marc Pulvar a abusé de nous, nous étions trop petites pour penser à tout cela. C’était l’oncle de la famille, le favori, adulé déjà, par tous. Une confiance totale, qui dure encore aujourd’hui de manière posthume, et que nous avons décidé de briser, une fois pour toutes. Cela suffit. En finir avec cette héroïsation du personnage, ne plus jamais lui rendre un quelconque hommage à l’avenir et désormais penser à lui comme il le mérite : Marc Pulvar, alias Loulou pour les intimes, était un prédateur sexuel.

Les vacances d’été du tout début des années 1980 ont été pour nous le théâtre de ses exactions, particulièrement le camping sauvage sur l’une des plus belles plages de la Martinique, où il avait la gentillesse de nous emmener, avec la reconnaissance attendrie de nos proches. Dès le départ, une première ruse : nous installer derrière le siège conducteur pour pouvoir de la main gauche commencer ses caresses pendant qu’il conduisait, pas de temps à perdre, en cachette de la personne assise à la place du mort. Reconnaissons qu’au moins nous échappions, pour un temps, à cette place.

Il faut vous décrire les faits, et en rester là. C’est très difficile. Essentiellement parce que nos

enfants vont nous lire. Impossible de les faire souffrir, eux qui nous ont sauvés et à qui on dédie ce texte. Nos enfants vont lire jusqu’au bout, avec émotion mais en confiance, car ils ont eu de bons professeurs, en classe et ailleurs, ils savent donc que le silence tue.

Oui, en finir avec le silence, il faut donc parler, mais attention nous dit-on, il faut rester factuel, pour qu’on nous croie d’abord. C’est la première étape, la plus salvatrice. Etre crues.


En la matière, les faits sont donc importants, ceux-là même que l’on ressasse une vie entière, au détour de rien, à la moindre occasion, à chaque seconde en fait, les faits qui se rappellent à nous, dans la solitude, la honte, la culpabilité qui étouffent. Mais comment vous parler d’eux sans vous parler du reste ?

Le reste c’est la vie, celle que nous avons construite malgré tout, celle qui a surgi malgré les

dépressions, tentatives de suicide, amnésies post-traumatiques. Cette force que l’on sent toutes les trois en nous aujourd’hui, que l’on a mis quarante ans à consolider, grâce à l’amour de quelques-uns, c’est aussi de cela dont nous voudrions parler. Nous aurions pu ne jamais parvenir à le faire.

Longtemps il s’est agi surtout pour nous les victimes de survivre. Alors parler n’était pas l’urgence...Il faut se construire d’abord. On avance, et la confiance en l’autre s’installe. Nos rencontres nous ont sauvées. Parler a été possible peu à peu, grâce à ceux, si précieux, capables d’entendre. Finalement nous nous sommes retrouvées aussi toutes trois. Nous voulons vous dire, nos chers enfants, nos chers êtres aimés, vous êtes nos héros, car avec vous, la vie a pu commencer. Parler, Marc Pulvar le faisait très bien lui. Un grand orateur syndicaliste, un militant exemplaire qui défendait sans relâche la cause des colonisés exploités, aux Prud’hommes où il brillait, dans ses réunions politiques, devenues des modèles pour certains politiciens martiniquais d’aujourd’hui, une « figure » dans l’histoire de ce pays, notre pays. Marc Pulvar, le héros, savait parler. Mais quand Marc Pulvar parlait aux petites-filles, il s’y prenait autrement. Et cette histoire là il faut la connaitre. Il leur parlait doucement oui, comme si de rien n’était, pendant qu’il mettait ses mains

dans leur culotte, les masturbait. Il parlait si doucement que tout semblait normal. Il transpirait quand même beaucoup, émotion, peur d’être découvert, nous ne nous le demandions pas à l’époque, mais trouvions juste très désagréable cette odeur de bête. Il avait l’art de nous isoler, de nous faire penser que nous étions l’élue. Combien de bains de mer seules avec lui, il aimait nousporter et nous caresser sous l’eau, à quelques mètres d’adultes aveuglés. La nuit, quand nous voulions faire pipi, il nous accompagnait gentiment hors de la tente, et fixait le faisceau de lumière de sa lampe torche directement sur notre sexe. On trouvait cela étrange, moins efficace pour éloigner les crabes. Il n’hésitait jamais, toute occasion était bonne à prendre, et même les rencontres aux domiciles de nos parents ou de notre grand-mère.

Souvent, il réunissait tous les cousins, dans la maison prêtée par la famille qui l’aimait tant, et là, il retrouvait son rôle de professeur : apprenons les bases élémentaires du secourisme, disait-il. Il choisissait l’une ou l’autre, souvent l’une en fait, et c’était parti pour la leçon de bouche à bouche.


Barbara Glissant, Karine Mousseau et Valérie Fallourd







Leurs déclarations ne sont pas sans conséquence, certains accusent déjà les trois femmes de mensonge et de vouloir briser l'image de l'homme charismatique. La Martinique se divise, mais certaines personnalités prennent la défense des trois femmes :





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