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Mort de Lucette Michaux-Chevry : Retour sur le parcours controversé d'un poids lourd politique

Il y a des personnes qu’on n’oubliera pas. Même dans la mort, elles font encore parler d’elles. Signe que de leur vivant, elles ont marqué les esprits de par leurs actions positives comme négatives. C’est le cas de Lucette Michaux-Chevry. Membre active du réseau Chiraqien, femme au charisme écrasant, baronne de la droite Locale, durant cinquante ans, la “ Dame de fer “ comme on la surnommait a régné sans partage sur la vie politique Guadeloupéenne et ultramarine. Cinq décennies, durant lesquelles, Lucette Michaux-Chevry a occupé tous les postes républicains, de la simple fonction de Maire d’une petite commune des Caraïbes, à des agendas ministériels d’une puissance mondiale. Modèle de réussite pour les femmes noires, fierté de son Archipel, Lucette-Michaux Chevry avait malgré tout une part d’ombre. En effet, sa belle carrière a été assombrie par des affaires politico-judiciaires, qui ont à plusieurs reprises entachées son image de “ mère du peuple “ Guadeloupéen. Retour sur un parcours atypique et controversé.






Au XXe siècle, la politique était une affaire d’hommes. Peu de femmes sont parvenues à se hisser au sommet de leur commune, leur région, ou de leur Etat. Nous sommes bien loin de l’époque d’Angel Merkel ou Ellen Johnson Sirleaf. A l’époque, les femmes jouaient le rôle de représentation. Bien que ce statut perdure. Souvent, elles étaient les conseillères de l’ombre, toujours aux côtés de leurs époux qui occupaient les fonctions de maires, présidents de région ou encore de Chefs d’Etat. Ce fût le cas d’Eleanor Roosevelt, femme de Franklin Delano Roosevelt, qui était la véritable architecte des lois sociales des années 1930 et grande conseillère de celui qui imposa les Etats-Unis sur la scène politique internationale après la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, Eleanor Roosevelt ne fût pas l’unique exemple. Ailleurs dans le Monde, d’autres femmes ont aussi joué un grand rôle aux côtés de leurs charismatiques maris. C’est notamment le cas en Argentine où une femme a conquis le cœur du peuple : Eva Perón, femme du général président Juan Perón, elle avait bâti sa popularité dans la lutte des Droits sociaux auprès de la classe ouvrière et la lutte pour le Droit des femmes. Evita comme la surnomment affectueusement les Argentins est encore adulée jusqu’à ce jour.

En Asie, deux femmes vont marquer l’histoire de l’Inde. La première, Kasturba Gandhi, femme et camarade de lutte du Mahatma Gandhi, joua un rôle actif pour l’Indépendance de son pays. La deuxième, figure importante de l’histoire du sous-continent et de sa modernisation, est Indira Gandhi. Fille du tout premier Ministre de la République indienne, Nehru, elle devint elle-même la 3e premier ministre de l’Inde et la première femme à accéder à ce poste, dans un pays où la femme n’a quasiment aucun droit.

Autre figure féminine charismatique, Benazir Bhutto, fille du charismatique premier ministre pakistanais, Zulfikar Ali Bhutto. A la mort de son père, pendu par les généraux de la Junte militaire qui l‘avait rendu, elle n’hésita pas à entrer dans l’arène politique et à défier ceux qu’elles avaient qualifié de meurtrier de son père, les militaires. Elle-même accéda à la fonction de premier ministre de la République Islamique du Pakistan et devint la première femme à avoir dirigé un pays musulman. On ne peut écrire cette introduction sans oublier, le rôle déterminant de Winnie Mandela dans la lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud et la libération de son mari Nelson Mandela.

A la lumière de l’histoire nationale contemporaine, les femmes ont toujours eu du mal à peser dans l’échiquier politique. Pourtant, à des milliers de km de l’Hexagone, une ancienne colonie a été un précurseur dans l’empouvoirement des femmes, notamment en matière de politique. A l’heure où nous parlons encore du manque de représentativité des femmes dans les cercles de pouvoir au niveau national, ou ailleurs dans les Outremers. En Guadeloupe, la question ne pose plus. Dans cet ancien territoire esclavagiste où la figure de la femme “ poto mitan “ est la pierre angulaire de la société, les femmes occupent des postes à pourvoir et, certaines se sont illustrées en politique en s’imposant dans ce milieu d’hommes. On peut citer notamment, Eugénie Eboué-Tell, femme du Gouverneur Félix Eboué, qui fut elle-même, Maire de Grand-Bourg de Marie-Galante et devint même Sénatrice de la Guadeloupe. Autre figure tutélaire, l’avocate Gerty Archimède, première femme avocate des Antilles-Françaises et première femme inscrite au Barreau de la Guadeloupe. Proche du peuple, membre du Parti Communiste, elle devint au même titre que sa rivale Eugénie Eboué-Tell, l’une des premières femmes députées de la Guadeloupe et est de ce fait, l’une des premières femmes françaises à siéger à l’Assemblée Nationale sous l’égide du Parti Communiste. Par la suite, d’autres femmes suivront les pas de ces modèles de réussite au féminin. Parmi elles, Lucette Michaux-Chevry. Son parcours force le respect.


Lucette Michaux Chevry, une carrière riche...

Depuis, l’annonce de son décès, les hommages continuent d’affluer. Membres de la classe politique locale, personnalités publiques, membres du Gouvernement, anciens collaborateurs du temps où elle occupait les hautes fonctions républicaines ou simples citoyens, tous se sont inclinés en saluant la mémoire de celle que l’on a surnommé un temps “ La Dame de Fer”. Non, il n’y a pas que Margaret Thatcher qui a porté ce surnom. Autre marque d’importance, l’hommage populaire qui lui a été accordé en pleine pandémie de la Covid-19 et qui ont rassemblé plus de deux mille personnes et des funérailles qui ont réuni deux cent personnes dans une Cathédrale pleine à craquer.

Lucette Michaux-Chevry faisait partie de ces personnes qui vous marquent et dont on aura peine à oublier. Même dans la mort, elles font encore parler d’elles. Signe que, de leur vivant, elles ont marqué les esprits de par leurs actions positives comme négatives. Grande dame, adulée pour les uns. Détestée pour les autres, elle était l’archétype du leader politique omnipotent. Comme pour toutes les personnalités politiques, elle a eu des partisans dévoués mais surtout des détracteurs qui pointaient du doigt ses manquements. Malgré tout, il faut saluer la longue carrière de “ Cecette “ pour les intimes.



Femme de réseau, amie personnelle du défunt président Jacques Chirac, leader au charisme écrasant, baronne de la droite Locale, durant cinquante ans, la “ Dame de fer “ comme on la surnommait a régné sans partage sur la vie politique Guadeloupéenne et ultramarine. Présente sur la scène politique locale et nationale depuis 1957, Lucette Michaux-Chevry a occupé presque toutes les fonctions républicaines. Au cours de sa longue carrière, elle a côtoyé tous les ténors de la droite française, de Jacques Chirac jusqu’à Nicolas Sarkozy, en passant par Edouard Balladur, Dominique de Villepin ou encore Alain Juppé. Pièce maîtresse de l’échiquier politique local, elle faisait aussi figure de conseillère et d’agent de liaison entre les pouvoirs décisionnaires entre Paris et Basse-Terre ou même ailleurs dans les Outremers. En effet, peu vont l’avouer mais, c’est vers Lucette Michaux-Chevry que l’on se tournait lorsqu’un éventuel conflit apparaissait ou quand il fallait rassembler les forces en vue des différentes élections présidentielles. Malheureusement ce si beau parcours a été entaché par de nombreux scandales politico-financiers. Cependant, avant de parler de ces frasques, évoquons avant tout de son parcours qui a été à plusieurs reprises encensé par les organes de presse, tant au niveau local que national.


Sa carrière a pris fin par une lettre ouverte adressée au peuple Guadeloupéen, le 30 Janvier 2019. Dans ce courrier relayé en exclusivité par nos confrères de Guadeloupe La 1ère, l’ancienne présidente de Région, revenait sur son long parcours politique : " J'ai consacré près de 60 ans de ma vie au service de la Guadeloupe, mais surtout au service de chacune et chacun d'entre vous... Je l'ai toujours fait sans complexe, avec détermination et animée d'une réelle volonté de montrer que nous sommes un peuple fier, fier de notre histoire, fier de qui nous sommes...Parmi toutes les décisions que j'ai pu prendre au cours de ma vie publique, j'ai toujours défendu avec conviction la Guadeloupe, avec une seule obsession, celle de l'inscrire dans un parcours d'excellence ; Un parcours d'excellence où les Guadeloupéennes et Guadeloupéens trouveraient des opportunités pérennes.... Malgré les embûches, je l'ai fait à ma manière, parfois à mes dépens, mais toujours pour faire avancer la Guadeloupe.”

A la fin de ce courrier, l’ancienne présidente du Conseil Général, (désormais Conseil Départemental) avait souligné son souhait de se consacrer à sa famille et de jouer son rôle de grand-mère et arrière-grand-mère. "je me dois de leur consacrer le peu de temps qu'il me reste à vivre pour apaiser leurs souffrances". Reste à savoir si elle va démissionner de son poste d'adjointe au maire du chef-lieu. “ Une décision qu’avait salué l’ensemble de la classe politique ainsi que le peuple qui malgré la forte admiration pour l’ancienne Maire de Basse-Terre, se lassait de son omniprésence dans les cercles politiques débutée en 1957.

Née le 5 Mars 1929 dans une famille de dix enfants de Saint-Claude, Lucette est une élève brillante, à l'Externat de Saint-Claude puis au Lycée Gerville Réache. Une fois le Bac en poche, "Cecette" optera pour des études de Droit à Paris-Sorbonne. En 1954 elle retourne en Guadeloupe où elle fait son entrée au barreau la même année. C'est à partir de 1957, qu'elle entamera une carrière politique, aux côtés des socialistes en devenant conseillère municipale lors des élections municipales en 1959, alors que son fils avait à peine quelques jours. Occupant des rôles politiques stratégiques. En effet, en 1976, elle est élue conseiller général du canton de Saint-Claude/Gourbeyre. En 1982 : Elle devient président du conseil général de la Guadeloupe et, met en place la décentralisation. Puis, en 1983, elle conduit victorieusement les élections régionales. En 1985 : Elle est réélue conseiller général de Gourbeyre. Un an après, en 1986 : Elle est nommée secrétaire d’état à la Francophonie. Fonction qu'elle a occupé jusqu'en 1988 et qui ne l'empêcha pas de se présenter aux élections municipales de 1987 qu'elle remporta et resta maire de Gourbeyre de 1987 à 1995. L'autre année en 1988 : Elle est réélue député de la Guadeloupe.


Au cours de cette décennies, la Guadeloupe divisée entre les loyalistes qui préfèrent le statut quo et les indépendantistes soutenus par La Havane et Moscou, est traversée par une vague d'attentats et, c'est là que Lucette Michaux-Chevry s'est érigée comme un rempart à la violence et à une possible indépendance de l'Archipel, en jouant de son réseau au plus haut sommet de l'Etat pour que cessent toutes ces velléités d'Indépendance à l'égard de Paris.


De ce fait, en 1992 : Elle gagne les élections régionales et devient en Janvier 1993 : la première femme Présidente du Conseil Régional de la Guadeloupe (à la suite de l’annulation des élections Régionales) La même année, soit en Mars 1993, elle est réélue député de la Guadeloupe., elle est nommée ministre de l’Action Humanitaire et des Droits de l’Homme du Gouvernement BALLADUR. Elle y restera de Mars 1993 à Mai 1995. C'est durant cette période, plus exactement en 1994, qu'elle signa au nom de la France, la participation de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane à la création de l'Association des Etats de la Caraïbe. La Convention est signée par 25 membres - les États continentaux d'Amérique latine bordant la Caraïbe, Mexique, Colombie, Venezuela, notamment ainsi que toutes les petites îles États de la Caraïbe, de Trinidad aux Bahamas, en passant par Haïti et Cuba - et par plusieurs États associés dont la France au titre de ses départements d'outre-mer, Guadeloupe, Martinique, Guyane. Soit, au total, un ensemble de plus de cent millions d'habitants.




Lors des élections municipales de 1995, la grande figure Chiracquienne en Outre-mer, est élue maire de Basse-Terre et, cette même année, en 1995, elle est élue sénateur de la Guadeloupe ainsi que conseiller auprès du Président de la République Jacques Chirac.

En 1998 : Elle est réélue président du Conseil Régional. L’un de ses grands moments politiques aura été la "Déclaration de Basse-Terre" en 1999 qui posera la question statutaire des trois Départements français d’Amérique, à savoir la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane et qui prévoit un vote sur l’avenir constitutionnel de ces territoires français, en vue d’une possible autonomie.

En l’an 2000 : Elle devient présidente d’Objectif Guadeloupe. Un mouvement politique rangé à droite. Mais au début des années 2000, le vent semble tourner pour la femme politique. Déjà en 2003, les Guadeloupéens ne suivent pas les consignes de vote pour le référendum concernant le changement statutaire. Elle ne parvient pas à convaincre et finalement c'est le " Non " au changement de statut défendu par le socialiste Victorin Lurel qui l'emporte. C'est un véritable coup dur pour Lucette Michaux-Chevry, architecte de ce vote populaire. Si bien que le 23 mai 2004, affaiblie par le résultat du vote sur l’avenir constitutionnel de l’île, elle n'est pas réélue à la Présidence du Conseil Régional. Elle est battue par Victorin Lurel (PS) qui quittera ses fonctions lors des dernières régionales de 2016, qui l'opposait à Ary Chalus, candidat soutenu par Lucette Michaux-Chevry. Elle avait donc obtenu sa vengeance. Elle qui avait la défaite amère.

Longtemps en retrait de la vie politique locale Lucette Michaux-Chevry qui était alors sénatrice, fait son grand retour et annonce sa participation aux élections municipales. Bien avant que les votes aient lieu, Dominique de Villepin alors Premier ministre, la charge d'une mission sur la coopération avec les Etats de la Caraïbe afin de favoriser une meilleure intégration de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane et donc de la France cet espace de libre échange.


Lors des élections municipales de 2008, elle gagne largement les suffrages avec 50,06% des voix exprimées. Elle occupera le poste de Maire et de Président de la CASBT, jusqu'en 2014, date à laquelle sont prévues de nouvelles élections municipales. Ainsi, en 2014, elle se représente et gagne, mais stupeur ! Elle quitte le siège de Maire, pour, le donner à sa fille, l'ancienne Ministre des Outremers, Marie-Luce Penchard, après un vote interne au conseil municipal. Une action lourde de conséquences et que n’accepteront pas les basse-terriens qui ont eu le sentiment de s’être faits berner par la “ Grande Dame “ si bien qu’en Juillet 2020, sa fille alors deuxième Vice-Président de la Région, est largement battue par le grand rival socialiste, le cardiologue André Atalah.


Mais surtout des scandales financiers...


Néanmoins, parler de Lucette Michaux-Chevry, vanter ses mérites sans parler de ses démêlés judiciaires serait un manque de respect au travail des enquêteurs et surtout, ce serait une pure malhonnêteté intellectuelle vis-à-vis des citoyens qui avaient placé leur confiance et qui au final, ont été déçus. Ainsi, comme nous l’écrivions en novembre 2019, Lucette Michaux-Chevry aurait pu avoir une carrière politique d’exception. Malheureusement, le parcours de la “ Dame de Fer “ a été entaché par de nombreux scandales politico-financiers qui ont parfois été relayés jusqu’au niveau national. D’ailleurs, ces dix dernières années, c’est plus par ses scandales que par ses actions que “ Man Michaux” faisait parler d’elle. Plus de deux décennies de scandales où son nom apparaissait clairement.

Souvenez -vous, la première remonte à 1995 à cette époque Madame Michaux-Chevry, maire de Basse-Terre, est éclaboussée par "l'affaire dite du comité de gestion des oeuvres sociales de la commune de Gourbeyre." Cette association, non déclarée recevait des dons de sociétés en lien avec la commune et une partie de ces fonds transitait sur un compte bancaire à son nom. La chambre régionale des comptes découvre à ce moment qu'elle avait bénéficié de retraits en espèces et de virements bancaires sur son compte personnel à Paris, de même que son secrétaire général de mairie, alors financier de la fédération RPR (ancien Les Républicains). Une commission douteuse avec une somme de : 860 000 francs versée par la commune à Michel Pacary. Durant l'enquête, Lucette Michaux-Chevry était dans l'incapacité de répondre aux questions des juges.

Puis, il y a eu l'affaire David Janky. Souvenez-vous, dans un accès de colère, "Cecette" avait licencié le directeur des services financiers de la région parce qu'il avait, comme la loi l'y oblige, fourni des documents budgétaires aux magistrats de la chambre régionale des comptes. Cette affaire a profondément divisé énormément la Région, mais après un procès houleux, le Dr Janky obtient gain de cause de la part du Tribunal administratif et du Conseil d'Etat et sa réintégration à son poste. Par la suite, il attaqua Lucette au pénal, l'accusant d'avoir produit une fausse délibération du Conseil Régional. Elle fut mise en examen pour faux en écriture publique.


N'oublions pas l'affaire dite de l'office du tourisme de Guadeloupe, aux mains de l'un des proches de Lucette Michaux-Chevry, Philippe Chaulet ancien maire de Bouillante. A cette époque, la Chambre Régionale des comptes estimait que cet organisme, pourtant subventionné par la Région, était en cessation de paiement de façon permanente, accumulant les dettes envers les organismes sociaux et les emprunts bancaires pour assurer sa trésorerie, tout en entretenant, avec quelques sociétés, des relations financières. La société CEP Euro Editions, avait reçu près de 20 millions de francs(de l'époque) sans aucune mise en concurrence, sans aucun contrat signé pour des actions de promotion du tourisme en Guadeloupe. De même, une autre société, Lana Consultants, située près de la frontière suisse avait pour unique client, l'office du tourisme de la Guadeloupe. Épinglés par les magistrats, les responsables étaient dans l'incapacité de fournir des documents relatifs aux actions menées en faveur de l'office pour des sommes allant de 1 million à plus de 2 millions de francs chaque année.

Loin de faire profil bas, Lucette Michaux-Chevry récidive mais cette fois, elle est condamnée en 2002, pour favoritisme dans l’attribution de marchés publics. Elle dû payer une amende de 20.000 euros à l'issue du procès Gepremo, une entreprise dont la Région Guadeloupe était le seul client. Cette condamnation, une première dans sa carrière politique portera préjudice à sa candidature lors des élections régionales.


Après sa défaite aux régionales de 2004, c'est une région surendettée, désorganisée, en faillite morale et économique, avec un déficit cumulé de 100millions d'Euros, que son successeur, le socialiste Victorin Lurel a su diminuer.

Longtemps en retrait de la vie politique, Lucette Michaux-Chevry fait son grand retour lors des élections municipales de 2008, qu'elle gagne largement. En 2014, elle se représente et gagne, mais stupeur, elle quitte le siège de maire, pour, le donner à sa fille, l'ancienne ministre des Outremers, Marie-Luce Penchard, après un vote interne au conseil municipal. Ce qui constitue une faute morale, voire un acte de trahison envers les électeurs, qui ne pardonneront pas vu la cuisante défaite qu'elle subit lors des départementales de 2015.

Cette fois, c'est l'affaire de trop pour " Cecette". Elle est soupçonnée d'avoir fait rénover son appartement du 17e arrondissement de Paris en surfacturant des travaux de réfection d'une école primaire de Basse-Terre, alors qu'elle était encore maire de la ville. Les aménagements avaient été effectués afin d'adapter l'appartement aux besoins de la femme de son petit-fils, devenue handicapée. A la tête du chef-lieu jusqu'en 2014, Lucette Michaux-Chevry aurait sollicité deux prestataires de la mairie pour prendre en charge financièrement et physiquement les travaux de l'appartement. Dans cette affaire, les gérants des deux sociétés ont été placés en garde à vue en avril 2015. L'enquête est menée dans le cadre d'une information judiciaire ouverte par le parquet de Basse-Terre qui avait saisi la brigade financière de la Direction interrégionale de la police judiciaire, à la suite d'une lettre anonyme envoyée au procureur, après la fin de son mandat de maire.


Deux ans après, en 2017, interrogés par le juge d'instruction du Tribunal de Basse-Terre, la " Dame de fer " fait un malaise. Elle est transportée à l'Hôpital de Basse-Terre. Suite à cela, l'audition est donc interrompue, puis suspendue en raison de l'état de santé de la présidente de la CASBT.

Sauf que voici qu'en ce début d'année 2019, plus exactement le 15 Janvier, les instructions reprennent à la demande du Parquet de Paris. Cette fois-ci, ce n'est pas seulement Lucette Michaux-Chevry qui est interrogée par les inspecteurs, mais il y a aussi, sa fille Marie-Luce Penchard ( 2e Vice-Présidente de la Région) et son petit-fils Alexandre Penchard. Après, 24h de garde à vue, l'ancienne secrétaire d'Etat et sa famille sont relâchés.


Pourtant, c'est un autre scandale qui a sonné le glas de la carrière de l'ex-président de la Communauté des communes du Sud Basse-Terre Grand Sud Caraïbes. Elle comparaissait devant la justice pour favoritisme dans la passation de marché public mais également pour quatre autres infractions autour de l’eau. Elle était jugée pour n’avoir pas contrôlé la production et distribution d’eau en zone polluée par la chlordécone, une eau tirée d’un captage illégal de surcroît, pour pollution de l’environnement en raison d’un défaut d’équipement d’assainissement, et pour une affaire de favoritisme dans l’attribution d’un marché public relatif au transport. Absente lors du délibéré, l’ancienne ministre de Jacques Chirac, était condamnée à cinq ans d’inéligibilité et se voit interdire définitivement d’exercer une fonction publique. Le tout était assorti d’une amende de 100 000 €, somme alourdie par le juge. Lors du procès mi-octobre, le parquet avait requis 45 000 € d’amende.


Le 8 Décembre 2020, après avoir fait appel de cette décision, celle qui faisait trembler la scène politique Guadeloupéenne et bien au -delà, était une nouvelle fois condamnée par la Cours d’Appel de Basse-Terre qui avait confirmé le jugement rendu un an auparavant par ce même tribunal. L'ex-présidente d'agglomération était poursuivie en 2019, pour des faits présumés de favoritisme dans les transports et des infractions relatives à la gestion de l'eau. Une condamnation qui l’a sans doute poussé à quitter définitivement l’arène politique.

Son décès marque la fin d’une ère durant laquelle ont régné sans partage, les Grandes familles politiques de l'Archipel. Un chapitre semble s'être ouvert avec de nouveaux visages, plus jeunes et dont la plupart n'avait jamais gagné une élection. Cependant, tous s'accorderont à dire que, malgré sa mort, l'ombre de Lucette Michaux-Chevry continuera de planer dans les arcanes du pouvoir entre Paris et les Antilles-Françaises, c'est dire le poids qu'avait cette figure marquante mais controversée de l’Histoire politique française.