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Quand Florence Naprix balance ses porcs.

Des studios d'enregistrement aux salles de spectacle et de concert, Florence Naprix a le mérite d'avoir tout fait. Voix d'or de la musique guadeloupéenne et plus largement du jazz-créole. Artiste talentueuse multi-facettes, la guadeloupéenne est capable aussi bien de chanter, de composer, d'écrire des mélodies que de jouer la comédie, Florence Naprix n'est donc plus à présenter, tant sa carrière est riche de plusieurs expériences. Avant de retrouver le chemin de la scène, la chanteuse a récemment décidé de lever le voile sur les violences sexuelles dont elle a été victime afin d'aider à libérer la parole de celles (et ceux ) qui souffrent. Entretien avec celle qui a décidé de balancer ses porcs d'une façon originale.



Alors que beaucoup de chanteuses de sa génération ont opté pour le zouk, Florence Naprix a quant à elle choisi le Jazz et la biguine comme musiques de prédilection. D'ailleurs, elle fait partie de ceux qui font rayonner le genre jazz créole au delà de ses frontières naturelles. Installée en région Parisienne pour sa carrière, cette Guadeloupéenne dans l'âme, fière de ses racines, sublime cette musique où se mélangent l'Afrique, la Caraïbe, l'Amérique, le tout chanter en créole.

Artiste talentueuse multi-facettes, Florence Naprix n'est donc plus à présenter, tant sa carrière est riche de plusieurs expériences. En effet, l'artiste guadeloupéenne qui a commencé la musique alors qu'elle n'était qu'une enfant, 8 ans pour être plus exact, est aujourd'hui une valeur sure de la musique antillaise. Des studios d'enregistrement aux salles de spectacle et de concert, elle a le mérite d'avoir tout fait. Voix d'or de la musique guadeloupéenne et plus largement du jazz-créole caribéen. la guadeloupéenne est capable aussi bien de chanter, de composer, d'écrire des mélodies que de jouer la comédie. D'ailleurs en parlant de comédie, depuis Mars 2019, elle est à l'affiche du spectacle " Dans la Peau de Mano" concert mis en scène par Alain Verspan et pensé par elle et qui est un hommage à Manuella Pioche, artiste biguine qui a eu le mérite d'avoir été la première chanteuse à intégrer des orchestres de bal, exclusivement composés d’hommes jusqu’alors, dans les années 1950, en Guadeloupe. La pièce qui a rencontré un franc succès a connu une pause involontaire du fait de l'actuelle pandémie de Coronavirus qui impacte jusqu'à présent le milieu artistique. Avant de reprendre le chemin des planches, la chanteuse a décidé de lancer une série de podcasts dans lesquels elle se confie et révèle au grand public les nombreuses violences sexuelles qu'elle a pu subir enfant mais aussi en tant que femme adulte. Des violences sexuelles qu'elle a décidé de révéler dans un objectif : libérer la parole de celles (et de ceux) qui ont eux aussi souffert de ces violences. Entretien avec celle qui a décidé de balancer ses porcs d'une façon originale.

The Link Fwi : Bonjour Florence Naprix, bienvenue sur The Link Fwi. Premièrement qui es-tu, peux-tu te présenter à nos lecteurs(trices) ?


Florence Naprix : Bonjour à toutes et à tous, je suis Florence Naprix, chanteuse guadeloupéenne, amoureuse de mon île, et décidée à en faire connaître les richesses partout où je passe.


TLFWI : Quel est ton parcours musical ? Comment es-tu entrée dans la musique ? Quand t’es-tu dit " je veux faire ça de ma vie" ?


Florence Naprix : J'ai découvert la musique en faisant du chant choral (et du piano) dans mes jeunes années en Guadeloupe. Plus tard, étudiante à Lyon, j'ai intégré le groupe Panach, qui reprenait principalement des standards du zouk. Arrivée à Paris pour poursuivre mes études de traduction, j'ai fait la connaissance de Willy Salzedo. Il m'a donné l'occasion de fouler mes premières scènes importantes et de rencontrer des musiciens exceptionnels. J'étais libraire en parallèle et j'ai compris, vers l'âge de 28 ans, qu'il était temps que j'assume pleinement cette envie de chanter qui se faisait de plus en plus pressante. J'ai donc bénéficié d'une rupture conventionnelle de contrat, j'ai quitté mon emploi et me suis mise à écrire et composer. Avec Stéphane Castry à la réalisation, j'ai proposé en 2012 mon premier album : Fann Kann.



The Link Fwi : Quels sont les artistes qui t’ont donné l’envie de faire de la musique ?


F.Naprix : Les premières à m'avoir fait chavirer sont Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan. Je trouvais fantastique leur faculté à me faire voyager alors même que je ne comprenais pas un mot d'anglais. Arrivée en France hexagonale, comme beaucoup d'étudiants et ultra-marins, je me suis raccrochée à ma culture pour survivre à l'exil. Le gwo-ka, le zouk, la biguine, Jocelyne Béroard, Tanya Saint-Val, Edith Lefel... Au fil du temps, et encore aujourd'hui, la liste des artistes qui me font vibrer s'étoffe et s'allonge.


TLFWI : Comment qualifierais-tu ta musique et d’où puises-tu tes inspirations ?


F.N : Je crois que j'ai imaginé Fann Kann en fonction de ce que j'avais envie d'entendre Quelque chose de spécial, une musique qui me ressemble, dans la diversité de mes influences, dans l'urgence de chanter certes l'amour, mais au-delà, l'amour de soi, la soif de liberté, la place d'une femme dans la société française actuelle, les multiples richesses du pays Guadeloupe. Cela a donné lieu à un album éclectique, bien planté dans la terre de chez moi et curieux du reste du monde. En 2019, je me suis lancé le défi de monter un spectacle pluridisciplinaire, dans lequel je chante et joue la comédie. Dans la peau de Mano, en hommage à Manuéla Pioche, chanteuse avant-gardiste de la Guadeloupe des années 1950 et oubliée de nos contemporains, réinvente les musiques d'antan aux sons de la basse, de la batterie, des violoncelles et de la voix, et raconte comment, entre adulation et rejet, nous avons détruit une figure extraordinaire de notre patrimoine culturel et historique.


The Link Fwi : Quels sont tes thèmes de prédilection ?


Florence Naprix : Je les ai énoncés un peu plus haut : j'aime vanter les mérites de la Guadeloupe, en chansons et en actes, d'ailleurs. Je m'interroge constamment sur ma place dans cette société, et plus largement, sur la place des femmes. Comment être pleinement nous-mêmes dans un monde qui nie de façon systématique notre droit à la liberté ? Cette question du sexisme est étroitement liée à celle du racisme (un groupe qui estime avoir le pouvoir sur les autres et en profite pour les opprimer) qui m'interpelle également, forcément. Et puis, il y a l'amour qui est toujours la clé. Je ne parle pas de l'amour niais et insipide des contes de fée. Je parle de celui qui, tourné vers soi d'abord, nourrit intensément, pour rejaillir sur tous ceux qui nous entourent et changer le monde. Oui, j'y crois.


TLFWI : Cette année a été une année plutôt particulière, du fait de la pandémie de Coronavirus, comment l’as-tu vécue ? As-tu profité de cette période difficile pour créer, composer ? Le public et la scène te manquent-ils ?


F.N : 2020 est sans conteste l'année la plus étrange que j'aie eu à vivre jusqu'à présent (comme c'est original...) ! Pleines incertitudes, notamment, de remises en question. Mais pleine de surprises aussi. J'ai profité du confinement pour me reposer. J'en avais besoin. Faire une pause et m'essayer à tout ce que je n'ai jamais le temps de faire quand " tout va bien" cuisiner, apprendre la basse, dormir à des heures indues, passer beaucoup de temps avec mon fils, lire... Bien sûr que la scène et le public me manquent cruellement ! J'ai hâte que les circonstances nous permettent à tous de reprendre sereinement les chemins des salles de spectacle, et que nous sortions de cette période de flou qui s'éternise...


The Link Fwi : On te connaît en tant que chanteuse et compositrice mais depuis le début du mois d’août, tu publies régulièrement sur les réseaux sociaux une série de podcast [Re]Belle est la bête. Dans ces podcasts, tu partages à tes auditeurs des aspects personnels de ta vie (intime), peux-tu nous en parler en détail ?



Florence Naprix : Le podcast [Re]belle est la bête est né du confinement, une période où les violences envers les femmes et les enfants se sont multipliées. Alors que je cherchais quoi faire de concret et d'utile pour contribuer à ce que ces crimes diminuent sensiblement, je me suis rendu, compte que je ne pouvais pas attendre des victimes qu'elles dénoncent leurs bourreaux si je n'étais pas en mesure de le faire moi-même. L'idée de le faire publiquement s'explique par l'urgence de libérer la parole, de faire entendre à la fois que ces horreurs existent et touchent énormément de monde et d'amener chacun à s'interroger et se positionner sur sa vision des rapports entre les hommes et les femmes. Je crois que les violences et autres abus commencent là. Toutes les deux semaines, je raconte un épisode de ma vie personnelle lié aux violences que j'ai pu subir de la part des hommes : attouchements, viols, coups... Ces histoires sont difficiles à entendre mais méritent d'être hurlées pour qu'on ne les passe plus jamais sous silence.


TLFWI : A l’écoute des audios, on constate que chaque titre s’apparente à celui d’un conte de fée que les petites filles affectionnent. Pourquoi ce choix et est-ce volontaire ?


F.N Mon imaginaire s'est forgé, dès l'enfance, dans les contes de fée version Disney, où les princesses endormies (inactives donc) sont réveillées par des princes charmants (qui n'apparaissent qu'à la fin de l'histoire, pour leur faire des enfants). Il me semble que les valeurs défendues par ces histoires n'ont pas grand-chose à voir avec la réalité et tendent à nous maintenir dans l'illusion que nos vies devraient correspondre à tel ou tel schéma. Ils sont les relais d'une société qui ne souhaite pas voir exceller les individus qui la composent. Or nous les intégrons et tentons inconsciemment (les anciennes petites filles autant que les anciens petits garçons, d'ailleurs) de les mettre en œuvre dans notre quotidien, dans nos rapports aux autres.


The Link Fwi : Comment t’est venue l’idée de briser certains tabous et d’aborder ces thématiques que beaucoup préfèrent taire ?


F.Naprix : Je me suis imaginée à une fête, où on vient d'annoncer l'ouverture du buffet et où, par politesse, personne n'ose se servir le premier. Eh bien, je me dévoue ! Les violences faites aux femmes, qu'elles soient sexuelles ou non, sont légion. A tel point que nous avons tendance à les normaliser, pour mieux les vivre. Il est temps que cela cesse. Sur nos territoires, en particulier, on fait mine de respecter les femmes (chansons, poèmes et hommages en tous genres), en les "élevant" notamment au rang de potomitan (le statut ultime). Pourtant, ce n'est que du vent, ainsi qu'en témoignent les violences quotidiennement exercées sur cette partie de la population, au sein des familles, dans l'environnement professionnel ou simplement dans la rue !


The Link Fwi : Dans cette série d’audios, tu dévoiles des aspects intimes de ta vie, qu’est-ce que cela te procure de parler à coeur ouvert des violences que tu as subies par le passé ?


Florence Naprix : Pour pouvoir parler aussi franchement et ouvertement de ce que j'ai subi, il fallait d'abord que je sois réconciliée avec moi et avec ces événements. Le podcast n'est donc pas une thérapie. Il intervient après. Me dire n'est pas destiné à m'attirer la compassion ou la pitié des auditeurs. L'intérêt de m'exposer ainsi est multiple. Je sais que mes histoires sont celles d'un nombre incalculable de femmes. Je leur donne, dans une certaine mesure, l'opportunité. de savoir qu'elles ne sont pas seules, et de se raconter à leur tour. Je mets la lumière sur les victimes, certes, mais je propose également un angle de vue dans lequel les bourreaux (qui ne sont pas toujours des hommes, d'ailleurs), avérés ou potentiels, sont invités à questionner leurs propres regards et agissements. Je ne suis ni sociologue ni psychologue. J'aimerais simplement que nous apprenions à agir en connaissance de cause, plutôt que de seulement nous laisser porter par des certitudes.


TLFWI : Reçois-tu des témoignages similaires d’auditrices qui ont sans doute peur de parler ?


F.N : Systématiquement. Des femmes principalement, mais aussi des hommes, me contactent pour me dire que mes mots racontent leurs histoires. D'ailleurs, à terme, le podcast les relaiera. Depuis 2 épisodes, je reçois aussi les témoignages d'hommes qui se sont retrouvés à la place du bourreau ou de l'agresseur. Je me dis que le travail dont je rêve, celui où on se remet en question, a véritablement démarré.


The Link Fwi : Tes podcasts sont-ils un écho à toutes ces femmes qui subissent en silence ces violences sexuelles ?


F.Naprix : Forcément, ils parlent d'elles mais pas que. Il ne s'agit pas d'un "truc" de femmes victimes d'hommes violents. Il est question d'une société et de principes/certitudes qui nous poussent dans des postures qui, à terme, nous tuent et nous détruisent. Littéralement. Oui, ce sont les femmes qui subissent le plus violemment les effets de notre éducation patriarcale. Mais fatalement, nous en souffrons tous.


TLFWI : Quelles sont les réactions du public ? Sont-elles positives ou mitigées ou même assez négatives ?


Florence Naprix : Toutes les réactions qui me parviennent sont encourageantes et pleines de gratitude. Je suis moi-même heureuse de contribuer à mon échelle à ce que la parole se libère sur ces sujets, d'une part, et qu'elle suscite de profondes réflexions d'autre part. Je m'attendais à essuyer des crachats et du mécontentement. S'il y en a, ils ne sont pas arrivés jusqu'à moi. Ouf !


The Link Fwi : Et la gente masculine dans tout ça ? Qu’en pense-t-elle ? Reçois-tu des témoignages et des encouragements de leur part. Sont-ils conscients de leurs agissements ?


F.N : Les hommes qui me contactent sont généralement touchés par la démarche. Ils sont heureux que je ne les fustige pas d'emblée et ont bien compris que l'idée est de construire ensemble une société dans laquelle ils auraient enfin le droit d'être eux-mêmes, libérés de toutes ces injonctions qui les entravent et nous brisent, nous les femmes, par ricochet. Cela favorise - je crois - leurs envies de creuser, de se regarder en face, et d'envisager, enfin, de se dire en toute simplicité. Je le disais plus haut : des hommes victimes de ces violences réagissent aussi à ce qu'ils entendent. Ils sont peu nombreux. Et depuis peu, des hommes

coupables de ces agissements répréhensibles viennent également vers moi, me faire part de leurs histoires.


TLFWI : Sinon quelle est ton actualité musicale ou artistique ? Et surtout où pouvons-nous la suivre et où pouvons-nous suivre [Re]Belle est la bête ?


Florence Naprix : Avec le Covid en circulation, l'activité artistique n'est pas au beau fixe. Mais certaines représentations se maintiennent, fort heureusement. Le spectacle Dans la peau de Mano sera au festival du Mois Kréyòl le 16 octobre prochain à la Maisons des Arts de Créteil. Nous devrions également avoir le plaisir de participer au festival d'Avignon en juillet. Toutes les informations sont disponibles sur le site internet www.danslapeaudemano.com www.florence-naprix.com vous donnera les dates de concert où vous pourrez me retrouver. Enfin, vous pouvez entendre le podcast [Re]belle est la bête sur la plupart des plates- formes dédiées, en passant par Anchor notamment (https://anchor.fm/florence-naprix0), ainsi que sur Instagram via @re.belle_est_la_bete.




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