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Yeswoo Dini : De la Bretagne à la Guadeloupe avec le graffiti pour passeport.

Yeswoodini, un pseudo derrière lequel se cache un graffeur, mais surtout un style unique. Bercé par le mouvement Hip Hop depuis son adolescence, Yeswoo pour les intimes, s'en est inspiré pour créer sa touche personnelle que même les moins expérimentés reconnaissent. Ce spécialiste de l'art urbain s'est fait connaître en Guadeloupe en embellissant les murs et façades des bâtisses abandonnées par des portraits monumentaux généralement ceux de femmes. Face à nos caméras, l'artiste graffeur Yeswoodini nous livre des détails sur son parcours et par son art : le graffiti.

Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par ELMS Photography

Vandalisme pour les uns, œuvres artistiques pour les autres, bien souvent associés aux gangs qui pullulent les rues des grandes villes nord-américaines, les graffitis, sous domaine de l'art contemporain ont été injustement mal considérés. Ainsi, aux quatre coins du monde, ceux qui s'adonnent à ce champ artistique libre ont été pendant longtemps ( quoi que jusqu’à présent) catalogués, traqués même par les autorités de leur pays respectif. Leur seul crime, exhiber leur talent sur des édifices publics, des façades, ou sur les moyens de locomotion tels que les métros ou les trains.

Jusqu'à présent, si on prend le cas de la France, il est formellement interdit d'inscrire sans autorisation, des signes, des dessins ou des inscriptions sur les façades, les véhicules, les voies publiques et sur le mobilier urbain. D'ailleurs, c'est ce que stipule l'article 322-1 du code pénal : « le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ainsi que le mobilier urbain est puni de 3 750 € d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger »

Néanmoins dans la culture urbaine et populaire, le graffiti a été accueilli positivement. Tout simplement parce qu'il symbolise depuis ses débuts, la voix des sans voix. En effet, réalisés dans un contexte de tension politique ou suite à des faits de société ayant un grand impact sur la masse, ils se sont développés durant les révolutions, les guerres et les mouvements sociaux au cours de la fin du XXe siècle. Derrière ces œuvres, il y a bien une portée politico-sociale.

Bien que présent au cours de la Seconde Guerre Mondiale, le graffiti va connaître son âge d'or vers la fin des années 1960 notamment aux Etats-Unis, à l'époque empêtrés dans la sanglante guerre du Vietnam, qui déclencha des manifestations pour la paix. De plus, le pays de l'Oncle Sam était aussi secoué dans ses fondations ultra-conservatrices par les revendications de la population afro-américaine, le féminisme et les mouvements LGBTQ qui réclamaient une véritable égalité entre tous les citoyens. Autant d'éléments qui ont entraîné une multiplication des graffitis sur les murs des campus, des grandes et moyennes villes devenus de véritables lieux de confrontation avec la police, émanation de l'autorité publique.

D'ailleurs, dès que l'on parle des graffitis, on pense au métro de New York entre les années 1970 et 1990 dont la majorité des rames étaient recouvertes d'inscriptions, de noms et de dessins. En outre, nul ne peut ignorer le lien étroit entre l'émergence du courant hip-hop et le graffiti. A cette période, plusieurs grands noms sont associés à ce mouvement urbain tels que Jean-Michel Basquiat, DONDI, Wayne Robert connu sous le pseudonyme de Stay High 149, Michael Marrow ( Phase 2) et tant d'autres, connus ou anonymes qui ont fait de la Grosse Pomme, la capitale mondiale du street-art. La période des années 1970 a vu un changement radical du style, où les phrases revendicatrices ont laissé la place à de simples signatures, des pseudonymes ou des noms de " crew " ou collectifs inscrits sur les métros. Entraînant dans une moindre mesure la répression de la part des municipalités. Certaines imposaient une réglementation de l’achat des produits servant à peindre, tandis que d’autres ont été beaucoup plus catégoriques en punissant sévèrement tout artiste graffeur ayant peint dans un lieu public ou sur un monument, par exemple. Toutefois, la position vis à vis de l'art urbain diffère en fonction des Etats et des villes.

Traversé dans les années 1960 par de nombreuses contestations sociales et politiques telles que la Guerre Froide et les manifestations étudiantes de 1968, le vieux continent va lui aussi être touché par le phénomène. Des villes comme Paris, Londres ou encore Berlin vont vite être envahies par ces inscriptions, dessins, slogans et autres signatures. Depuis, elles sont même imposées comme des références mondiales en la matière. Comme pour les Etats-Unis, les street-artistes européens vont aussi être associés à la culture hip-hop et au mouvements contestataires. Comme à New York, ils vont aussi se regrouper en collectifs, sur le même modèle que ceux retrouvés Outre-Atlantique. De plus, s'inspirant des nord-américains, les artistes européens vont eux aussi pratiquer le graffiti sauvage. Taguant à tout va, les mobiliers urbains, les métros, les bus et les façades des bâtiments abandonnés ou non. Engendrant là aussi une forte répression des autorités des villes. Cependant, à l'image des Etats-Unis, là aussi, les positions au sujet du graffiti diffèrent en fonction des pays et des villes. Si on prend l'exemple de Paris où le graffiti a été et continue d'être sévèrement réprimé, à Berlin ou Hambourg, il est plus toléré. Encore une fois, la question historique revient.

La fin des années 1970 va marquer un tournant dans l'acceptation du graffiti. Ce dernier va quitter la rue pour intégrer les galeries d'art. C'est encore une fois à New York que la visibilité artistique autour du graffiti va s'opérer. Comme le souligne le site guide-artistique Les galeries Fashion Moda, Sydney Janis Gallery, Tony Shafrazi Gallery ainsi que la Fun Gallery de l’actrice Patti Astor sont les premières à avoir exposé le graffiti. Des artistes comme Keith Haring vont investir les salles d'exposition.

La démocratisation du graffiti en Europe s'opère quant à elle, au milieu des années 1980. Là aussi, le genre quitte la rue pour les musées et les galeries d'art. Si bien que sur le vieux continent des artistes vont parvenir à se hisser au sommet de ce nouveau courant artistique. On peut citer en autre Bansky, les jumeaux Os Gêmeos , Vhils, Blu. Des français vont eux aussi devenir des références internationales tels que Invader, JR, Seth ou encore Jef Aérosol.

Malgré ces évolutions, des ambiguïtés au sujet de l'acceptation du graffiti subsistent au niveau des autorités publiques qui permettent dans un premier temps à ces artistes d'exprimer leur talent en leur accordant des espaces spécifiques, dents creuses, bâtiments désaffectés etc tout en continuant de poursuivre les contrevenants. Point positif, aujourd'hui, plusieurs pays considèrent certaines oeuvres comme étant de l’art contemporain et tolèrent le graffiti avec une pointe de plaisir et d’admiration envers ces artistes qui jouent un rôle clé dans la liberté d’expression.



Yeswoo Dini au World Kreyol Art Festival Photo par ELMS Photography.

Des graffitis sauce créole :

D'autres territoires vont eux aussi connaître le développement du graffiti, c'est le cas des Antilles-Françaises. Situées à mi-chemin entre l'Europe et les Etats-Unis, mais surtout fortement influencées par la culture nord-américaine, les antillais, comprenez les Guadeloupéens et les Martiniquais vont réadapter le graffiti à leur façon. Façon sauce créole. Comme en Europe et aux Etats-Unis, il va apparaître dans les moments de conflits sociaux, notamment lors des émeutes de 1967 ou 1974 en Guadeloupe et à la Martinique, on a pu y voir sur les clichés de l'époque des inscriptions contestataires sur les murs. Certaines appelant à l'insurrection, d'autres dénonçant le système colonial comme la dénonciation du Bumibom. Par la suite, le graffiti antillais va lui aussi connaître une évolution à partir des années 1980 avec encore une fois, une forte influence du street-art new-yorkais et de la diffusion du hip-hop. En effet, dans les deux îles, on observe un ancrage indéniable dans la culture hip hop telle que nous la connaissons à l’origine. Ce sont les mêmes codes et les mêmes fonctionnements. Comme dans les grandes métropoles nord-américaines ou européennes, ces artistes investissent des surfaces, murs, façades de maisons. Seule différence, pas de tags sur les bus. Autre similitude que l’on retrouve, l’existence de crews : 4KG, RN5, Wall Dogz et bien d'autres qui ont eu le mérite de représenter la Guadeloupe ou la Martinique aux quatre coins du Monde, car si vous ne le saviez il existe une connexion entre les graffeurs des différents pays.

D'autre part, les artistes des îles de Guadeloupe et de la Martinique se démarquent en abordant des problématiques qui sont propres à leurs territoires, notamment les questions identitaires. Le fait d'être un peuple aux origines diverses. La vie sur une île, département français entourée d'Etats indépendants. Le fait d'être français mais éloignés du centre névralgique, à savoir la France. La considération que celle-ci a pour ses territoires, vestiges de son ancien Empire colonial. Le mal être social ainsi que la question historique ( esclavage, colonisation) sont aussi abordés à travers ces œuvres picturales. Autre thème cher aux graffeurs locaux, l'afrocentrisme qui est assez récurrent dans leurs réalisations.

L'autre particularisme du graffiti antillais, c'est la reconnaissance de la part des collectivités locales qui n'hésitent pas à démarcher des graffeurs pour apporter leur touche artistique aux nouveaux aménagements urbains. De Pointe-à-Pitre à Basse-Terre en passant par Fort-de-France, le paysage urbain devient leur terrain de jeux et donc la toile de fond de peintures variées. La population quant à elle, semble de plus en plus réceptive à cet art ou du moins plus encline à accepter la présence de ces œuvres à ciel ouvert et, elle est malgré elle, spectatrice d’œuvres d’art hors du commun. Le graffiti est si accepté que dans les deux îles, notamment en Guadeloupe, ces dernières années, nous avons vu se développer des événements culturels ou des festivals tournés autour de ce courant artistique. C’est d’ailleurs au cours du World Kréyol Festival que notre route à croiser celle de Yeswoodini. Un acteur majeur de la scène graffiti en Guadeloupe et plus largement des Antilles-Françaises.


Derrière ce pseudo se cache un graffeur, mais surtout un style unique. Bercé par le mouvement Hip Hop depuis son adolescence, pour les intimes, s'en est inspiré pour créer sa touche personnelle que même les moins expérimentés reconnaissent. Ce spécialiste de l'art urbain s'est fait connaître en Guadeloupe en embellissant les murs et façades des bâtisses abandonnées par des portraits monumentaux généralement ceux de femmes. Face à nos caméras, l'artiste graffeur Yeswoodini nous livre des détails sur son parcours et par son art :


The Link Fwi : Bonjour Yeswoodini, bienvenue sur The Link Fwi. Nous sommes à coeur du Centre des Arts et de la culture, que t’inspire cet endroit ?

Yeswoodini : C’est vraiment un lieu de création, de partage et de résistance aussi. Des valeurs qui me plaisent beaucoup. C’est ce qui m’inspirent à venir ici et créer.

TLFWI : Comment t’est venu l’idée de venir et de mettre sur ces murs tes réalisations ?

Yeswoodini : Cela s’est fait assez naturellement dans la mesure où je n’étais pas là lorsque l’occupation du lieu a été lancée. Ensuite, j’ai vu des camarades venir faire des peintures. Puis, en tant que graffeur avoir un lieu vierge, qui plus est un squat à sa disposition, ça m’a déterminé à venir ici. C’est ainsi qu’avec un autre camarade artiste Rudy Marc Roquelaure, nous nous sommes rendus au Centre des Arts et nous avons réalisé notre première peinture dans une des salles du bas et c’est comme cela que tout a commencé.

The Link Fwi : Parle-nous de ton parcours. As-tu fait des études en art plastique où comme presque tous les graffeurs tu as commencé dans la rue ?

Yeswoodini : Yeswoodini, j’ai vint-deux ans(rires) Je suis originaire de Rennes en Bretagne et je suis arrivé en Guadeloupe en 2003. Avant de commencer le graffiti, j’ai évolué en premier lieu dans le milieu Hip Hop sur Rennes. La discipline que je maîtrisais le plus c’était le graffiti. Mes premiers pas dans ce domaine ont été sur Rennes et Brest. A mon arrivée en Guadeloupe, j’ai monté 4KG avec des amis; c’est en Guadeloupe que ma carrière de graffeur a réellement commencé. Je suis resté dans ce collectif jusqu’en 2019. Depuis trois ans environ, je suis en solo.

Je n’ai donc jamais étudié l’art, je suis complètement autodidacte. Au collège, je voyais des camarades qui déjà maîtrisaient leur art, en les regardant, je me disais “ jamais je ne pourrais pas le faire, jamais je ne pourrais dessiner comme ils le font. “ Après, avec le côté Hip Hop où il fallait jamais persévérer dans les différentes disciplines, cela m’a donné envie de continuer dans cette voie et par la suite, j’ai développé des techniques par moi-même. La rue est arrivée assez naturellement, au sens où pour faire des tags, nous n’avons pas trop le choix (rires), il faut être dans la rue. Ensuite, de la simple écriture, je suis passé au lettrage, mais comme j’étais plutôt personnages, je me suis orienté vers le dessin de personnages et après tu développes pour arriver sur des fresques et maintenant, le public me qualifie plus comme street-artist alors que je me considère plus comme un graffeur et que je n’aime pas forcément ce terme.



Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par ELMS Photography.

TLFWI : Te souviens-tu de tes premiers pas dans le monde du street art et surtout où as-tu commencé ?

Yeswoo dini : Oh oui ! ! J’ai une ou deux anecdotes sur le sujet. Je me souviens à mes débuts, avec des compagnons de graff nous avions tagué toute une station-service, on s’est fait attraper par la police, ça m’a un peu calmé. Je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans. L’autre souvenir, c’est avec mon le petit frère d’une ex copine qui devait avoir treize ou quatorze, qui avait vraiment aimé mes dessins sur papier et qui m’a en quelque sorte encouragé à reprendre le graffiti sur Rennes. Il s’avérait que sur place, il y avait des magasins qui vendaient des bombes spéciales graffiti, c’est comme cela que je me suis remis au graffiti.

TLFWI : Mais d’où vient le pseudo de Yeswoodini ?

Yeswoodini : Non ce n’est pas mon nom, c’est le verlan de mon nom que je ne donnerais pas, il faudra chercher (rires). Puis, il y a un jeu de mot avec Woo dini du fait des origines italiennes et ce côté magicien des murs.

TLFWI : Un souvenir ou une anecdote de ses débuts difficiles ?

Yeswoodini : A vrai dire, je n’ai pas des souvenirs si difficiles que ça. Il y a eu même des moments plutôt sympathiques. Les moments les plus drôles on va dire, c’est lorsque j’étais une période on va dire “ arrache “ où je partais la nuit mettre des tags avec des équipes après je ne suis le plus grand vandale du monde non plus mais c’est cette période qui m’a conduit à faire d’autres choses par la suite. Je me souviens sortir à 3h du matin, tu allais dans la ville à pied ou en voiture, il y avait par moment une montée d’adrénaline, du stress car il arrivait que l’on se fasse poursuivre par la police, on se mettait à courrir. J’en garde un bon sourire.

The Link Fwi : Quels sont les artistes, street-artistes ou peintres qui t’ont le plus inspiré ?

Yeswoodini : Les premiers noms qui me viennent en tête quand on me demande mes inspirations, je dirais, LAZOO qui travaillait pour Lafiche à l’époque. J’ai tellement de noms que je suis incapable de les citer, faut dire que je ne suis pas très fort en “name dropping.”Je suis influencé par beaucoup de courants artistiques et au niveau des artistes plus classiques, je peux citer Jérome Bosch, Pierter Brueghel L’Ancien, Picasso bien que son passé ait été assez trouble. J’aime beaucoup Léonardo Da Vinci dans sa manière de travailler. Au niveau du graffiti, il y a énormément de noms. Personnellement, j’évite de rester sur une personne pour éviter de copier le style. Après, il suffit que l’artiste fasse quelque chose de “ sympathique” et ce qu’il soit jeune ou qu’il ait plus de cinquante ans, je n’ai pas de références précises.


Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par ELMS Photography.

TLFWI : Vandalisme pour les uns, œuvres artistiques pour les autres, bien souvent associés aux gangs qui pullulent les rues des grandes villes nord-américaines, les graffitis ont été injustement mal considérés. Pourtant aujourd’hui, ils suscitent l’engouement et sont même exposés dans les plus grandes galeries, de ton regard de graffeur peux-tu nous apporter ta vision du graffiti ?

Yeswoodini : Quand je vivais dans l’Hexagone et depuis mon jeune âge, j’ai toujours été habitué à aller dans les musées pour voir de l’art et voir que le graffiti soit exposé dans ces musées ou galeries, je suis satisfait que ça puisse arriver et puis, voir que les graffitis sont là et qu’ils ne bougent pas, puisque de base le graffiti est quelque chose d’éphémère et lorsque j’ai débuté, je faisais des graffiti, ils ne restaient que quelques jours puis ça disparaissait. En Guadeloupe ça a changé car j’ai des pièces qui ont une vingtaine d’années et qui sont encore visibles, en France Hexagonale, ce n’était pas le cas. Par ailleurs, comme tous les arts, de moment qu’il y a de l’argent qui entre en jeu les choses s’améliorent. Je dis donc tant mieux car cela permet à l’artiste de pousser son art à l’extrême, sauf qu’en contrepartie, nous avons perdu en spontanéité dans la mesure, si on prend l’exemple de la Guadeloupe, il n’y a plus trop de jeunes qui font du vandale, il reste une ou deux équipes mais ce n’est plus l’engouement comme il y a une vingtaine d’années. Ensuite, je trouve que l’aspect compétition a aussi disparu puisque quand nous faisions du vandale, on voulait prendre le meilleur mur, la meilleure façade ce qui conduisait à des conflits avec d’autres crews pour la place. Après, c’est vrai qu’à partir d’un certain âge, on a plus trop cette envie. Il est vrai que le fit d’avoir institutionnalisé le domaine mais c’est toujours intéressant. Après, l’institutionnalisation du graffiti a amené toute une frange de la population, notamment celle du milieu artistique à voir que par les murs, ils pouvaient dès la sortie des écoles développer leur art et que c’était un moyen de se faire connaître et c’est mon seul regret. Les nouvelles générations n’ont pas à passer à par la rue, le vandale, ils investissent des lieux dédiés puis, il y en a aussi qui prennent des murs et qui recouvrent des graffitis qui ont vingt vingt-cinq ans. Il y a donc un côté positif et un côté négatif, c’est comme la musique.




Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par Linsay Boraton

The Link Fwi : Tu es de l’Hexagone où tu as évolué, mais aujourd’hui tu es en Guadeloupe, comment as-tu connu la Guadeloupe et que t’inspire t-elle ?

Yeswoodini : J’ai connu la Guadeloupe par le biais de ma défunte marraine a vécu en Guadeloupe à la période de l’ouragan Hugo. Par la suite, avec son mari, ils se sont installés à Sainte-Lucie, d’ailleurs sa sœur est encore sur la Martinique, du coup grâce à cela, j’ai pu connaître les îles. Mes parents, eux n’étaient pas trop îles (rires) Pour eux, faire des vacances, c’était allé en Grèce, ou l’Espagne, là où il y a de vieilles pierres. C’est donc grâce à cette branche de ma famille que nous sommes allés d’abord à la Martinique c’était un an avant que j’arrive en Guadeloupe. De là, de par mon métier, il fallait choisir les Académies d’attribution et je me souviens avoir mis Guadeloupe, Martinique, Guyane-Française, La Réunion. Je voulais m’éloigner de Bretagne comme beaucoup de bretons qui sont partis aux quatre coins du monde. Au final, ce fut la Guadeloupe, donc voilà comment je me suis retrouvé ici.

TLFWI : Toi qui es installé en Guadeloupe, penses-tu qu’elle est aussi un haut lieu du graffiti français, caribéen ou international ?

Yeswoo Dini : Oui, largement. Quand je suis arrivé en Guadeloupe, je m’étais donné un an et si au bout d’une année je ne trouvais pas de bombes pour peindre ou que je ne trouve que des bombes de bricolage et que par la même occasion, si je n’avais connu la scène graf en Guadeloupe, je pense que je serais parti. C’est aussi grâce à la Guadeloupe que j’ai vraiment développé mon art, nous avons vraiment une scène artistique active par rapport à d’autres territoires de la Caraïbe. Certes il y a Puerto Rico qui est un peu plus avancé sur le domaine mais c’est dû au lien entre New York et Porto Rico. La Guadeloupe n’a donc pas à rougir, nous avons énormément de graffeurs talentueux ici. Nous avons aussi des endroits dédiés au graffiti où nous pouvons acheter ce dont nous avons besoin. Il y a un marché et une scène active, en espérant qu’elle se renouvelle avec une nouvelle génération mais bon, vu qu’ils sont plus intéressés par les mangas (rires).

The Link Fwi : Du coup, tu penses qu’il y a un manque de réappropriation du mur avec la nouvelle génération ?

Yeswoo Dini : Je pense oui. Puis, il faut y aller dehors quand même. Ce n’est pas quelque chose de naturel, sortir le soir, peindre le mur des gens qui ne vont pas forcément apprécier. C’est une certaine démarche. Selon moi, c’est bien plus facile d. rester chez soi à dessiner des mangas que de prendre des bombes et peindre des murs en pleine nuit. Après, au Centre des Arts où nous sommes, je vois qu’il y a pas mal de jeunes qui je pense font leurs premiers murs ici, mais ce ne sont pas des graffeurs au sens premier du terme. Cependant, de par le street-art, cela à démocratiser le graffiti et l’art du mur et tu vois des artistes de différents courants venir et peindre sur des murs, ça change, ça amène d’autres techniques, ça enrichi le domaine mais, il y a toujours une frange d’irréductibles, des puristes et ce n’est pas négligeable de les avoir puisqu’ils te ramènent aux bases de cet art.




Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par ELMS Photography.

TLFWI : Vois-tu une différence entre le graffiti créole antillais et celui de la France Hexagonale, des USA, de l’Occident en général ?

Yeswoodini : Etant donné que je suis en Guadeloupe depuis plus de vingt ans, je ne saurais le dire. Je regarde ce qu’il se fait sur Instagram mais comme je l’ai dit, je ne m’attache pas trop à ce qui se fait afin de ne pas reproduire ce que les autres font, donc difficile d’avoir du recul.Je considère que je fais partie de cette scène graffiti guadeloupéenne, avec les autres nous apportons cette touche qui est celle de l’île mais par exemple du temps où j’étais membre du collectif 4KG, nous étions allés à New-York, où l’on défendait un graffiti coloré d’où le nom 4 K G ( 4 Koulè Grafik ) l’idée était de mettre de la couleur sur nos murs et arrivé à New-York, on se démarquait avec notre graffiti particulier car nous avons apporté de la couleur tandis que les leurs sont assez sombres même quand ils font dans la couleur vive, c’était quand même sombre. A l’heure actuelle avec le street art mondial, tu retrouves ce côté coloré. Les murs pètent dans la couleur. Je n’ai pas assez de recul pour évoquer les différences, il faudrait que les graffeurs de l’extérieur qui connaissent différentes scènes graff de l’extérieur qu’ils viennent voir la nôtre et qu’ils disent les différences qui subsistent entre celle de la Guadeloupe et celles des autres territoires.

Le seul reproche que je pourrais formuler aux graffeurs locaux est que nous pourrions aller plus vers les plasticiens et laisser des messages plus développés. Evidemment, je m’inclus dans la critique. En gros, nous pourrions ne pas faire que dans l’esthétisme et aller plus loin. Après, un graff beau sur un mur délabré est aussi un message, il ne faut pas l’oublier. Bien que j’ai participé à ça, je ne suis pas très fan de ce que je nomme les murs doudouistes, avec des rivières, des plages, des hibiscus. Les murs clichés. C’est vrai que ce sont des commandes des mairies, mais je trouve qu’elles nous ont enterré dans cette case. Nous aussi nous nous sommes sans doute auto-censurés en réalisant ces fresques commandées mais quand je vu la scène brésilienne qui est très développée, tu y trouves de l’art abstrait, des graffiti hyper réalistes. Ils ne s’attardaient pas à faire de la déco, même si elle est utile à se nourrir. Néanmoins, si c’est ça le principe du graffiti, pour moi, nous avons raté ce que c’était le graff (rires) Après heureusement quand tu vois le Centre des Arts et le nombre d’artistes graffeurs qui viennent et qui peignent, les gars vont plus loin et c’est rassurant.

The Link Fwi : Est-ce difficile de vivre du graffiti et particulièrement en Guadeloupe ?

Yeswoo Dini : Je ne vais pas le cacher, nous sommes une scène assez petite avec beaucoup de graffeurs, donc vivre exclusivement du graffiti en Guadeloupe, ne suffira pas et ce même si nous avions de grosses commandes au bout d’un moment, le nombre de murs serait limité. Pour rappel, nous sommes quand même nombreux à le faire donc, oui vivre du graffiti en Guadeloupe est difficile. Il faudrait peut-être que la scène se professionnalise au niveau des œuvres et des tableaux cela pourrait être un moyen d’en vivre mais pour l’instant nous n’en sommes pas là et même au niveau des arts plastiques, il y en a très peu qui vivent de ça, du moins en Guadeloupe. Quoi que peuvent dire les gens, il faut un travail à côté pour pouvoiren vivre.

TLFWI : Selon toi qu’est-ce qui est le plus difficile dans le fait de concevoir une œuvre : est-ce la réflexion ou la conceptualisation, la réalisation de celle-ci ? Comment procèdes-tu ? Et combien de temps prends-tu pour réaliser une œuvre ?

Yeswoo Dini : Je dirais que la partie où tu fais du remplissage. C’est du vraiment du travail à la chaîne entre guillemets. C’est difficile au niveau du corps, c’est physique, car quand tu as de gros murs, il faut monter, descendre. Il faut ramener son matériel, là c’est difficile mais au niveau de la conception et de la réalisation, c’est plaisant à voir. Tu vois les différentes étapes. Tu dessines en fonctions de ton instinct. Pour moi, la peinture est salvatrice. Si je ne dessine pas pendant une semaine ou quinze jours, je commence à me sentir mal. (rires)

The Link Fwi : Tu es très prolifique, en une semaine tu remplis un mur, d’où vient ton inspiration ? Comment qualifierais-tu ton art et quelles sont ses particularités ?

Yeswoodini : A la base, j’aime les visages. J’aime le côté science-fiction. Ce que j’aurais aimé faire dans une autre vie, c’est de la bande dessinée style SCI FY. Dès que j’ai du temps libre, je vais peindre. Chaque minute qui peut être exploitée pour peindre, je le fais puisque le reste de la semaine, je n’ai pas vraiment ce temps libre. Plus j’ai d’oeuvres, plus je vais m’appuyer sur des choses dans le futur, cela me donne des références que je peux suivre. Puis, j’aime ce côté rencontre, être avec des gens, voir de nouvelles images à paraître. Cependant, je l’avoue, je n’ai pas encore assez de temps pour produire plus mais si je pouvais j’aurais réalisé beaucoup plus. (rires)




Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par ELMS Photography.

TLFWI : As-tu déjà fait des expositions si oui lesquelles ?

Yeswoodini : Honnêtement, j’en ai fait beaucoup. Entre le collectif et les expositions solo. Je dirais que j’ai au moins une trentaine d’expositions, même si cela fait deux ou trois ans que je n’en ai pas fait. Les expositions les plus importantes furent lorsque, avec le collectif, nous étions à Sao Paulo et à Rio. Les dernières plus grosses que j’ai pu faire, c’est Octobre Rose que l’on fait au Mur Galerie. C’est vrai qu’avec la période actuelle, tout s’est un peu calmé. Là, j’attends d’avoir le temps de remettre sur toile ce que j’ai mis sur mur. Sauf que, comme je le dis, on ne peut pas être sur mur et en même temps sur toile.

The Link Fwi : Quel serait ton message pour celles et ceux qui veulent graffer sur des murs ?

Yeswoo Dini : Kon nou ka di : An nou ay, pa lagué biten la (rires). Il faut peindre tous les jours. Si tu le fais une fois et que ça ne te satisfait pas et que tu t’arrêtes, forcément, à un moment où un autre, tu vas te démotiver. J’ai moi-même des périodes où, je n’ai pas l’envie de peindre, il faut les prendre comme telles, ce sont des moments qui te permettes de te ressourcer mais à partir du moment où tu sens que l’inspiration revient, il faut recommencer et y aller. Il faut s’accrocher comme n’importe quel type de métier. J’ai connu beaucoup de bons dessinateurs qui ont finalement abandonné. C’est vrai que, au moment où je les ai rencontré, nous avions 25 ou 30 ans, ils ont eu des enfants, ils ont arrêté. Enfin voilà, il y a pleins de facteurs qui interviennent, mais me concernant, peu importe les vies que j’ai eu, je n’ai jamais lâché ça, donc PA LAGUE ! (rires)

TLFWI : Tu nous a parlé de ta prochaine exposition, peux-tu nous en parler en détail ?

Yeswoodini : C’est une exposition faite par les Murs Galerie en partenariat avec le collectif Culture Tour. C’est une exposition autour du cancer du sein, il y a différents types d’art en rapport avec le thème du cancer, mais nous sommes deux graffeurs et le reste ce sont des plasticiens.

TLFWI : Où pouvons-nous la suivre ? Es-tu sur les réseaux sociaux et comment les utilises-tu ?

Yeswoodini : Je suis présent sur Instagram et Facebook. Je suis assez présent dans la mesure où je poste des choses régulièrement mais je n’arrive pas trop à comprendre, le principe. Tu as des gens qui vont poster des trucs hypers bizarres qui vont avoir des milliers de vues et de “ j’aime” tandis que toi, tu vas poster ton travail tu auras vingt ‘j’aime”. Puis, tu vas poster des peintures que tu n’aimes pas, tu auras deux cent ou trois cent. C’est un peu trop aléatoire, mais grâce à ça, j’ai rencontré énormément de gens donc ce n’est pas négligeable.

Yeswoo Dini au Centre des Arts. Photo par ELMS Photography.

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