• ELMS

Zévallos, une habitation hantée par l'histoire

Mis à jour : sept. 26

Lorsque l'on s'aventure à travers les routes du Nord-Grande-Terre, on l'aperçoit, elle, cette grande bâtisse d'un autre temps qui rappelle un passé pas si lointain et qui nous ramène à des heures sombres de notre histoire. Selon la légende, l'habitation Zévallos serait hantée, mais au delà des croyances populaires il y a l'histoire. Envie d'en savoir un peu plus ? Alors embarquez avec nous pour ce premier épisode d'Istwa An Nou, la série de reportages consacrée à l'histoire des Antilles particulièrement de la Guadeloupe.



S'il y a bien une chose à laquelle les guadeloupéens ne peuvent échapper, c'est l'histoire. Une histoire qui bien souvent divise et échauffe les esprits. Il faut le dire, l'archipel guadeloupéen, ancienne colonie française qui est devenu un Département Français des Amériques en 1946, a été émaillé par divers épisodes tragiques qui ont créé malgré eux la société guadeloupéenne que l'on connait aujourd'hui.


En effet, en Guadeloupe, les traces de l'Histoire sont omniprésentes. Des plages du littoral où des restes humains, ( vraisemblablement ceux d'esclaves morts à la fleur de l'âge tant les tâches étaient pénibles), sont régulièrement découverts, en passant par les traces précolombiennes laissées par les populations amérindiennes, premiers habitants de ces îles aux belles eaux; puis, il y a ceux qui au fil des siècles ce sont fondus dans le décor. Parmi ces vestiges, on compte d'anciens moulins à bestiaux, à vent ou à eau, présents sur les vestiges des habitations sucrières et caféières que l'on retrouvent principalement sur l'île de Grande-Terre, Marie-Galante (surnommée l'île aux cents moulins) ou le Nord Basse-Terre.


Une histoire de l'habitation :


Sur ces terres de souffrance que l'esclavage a façonné durant ces quatre siècles d'exploitation humaine, on trouve de vieilles bâtisses, les habitations. Ces témoins d'un autre temps, visibles, entretenues ou totalement à l'abandon et à l'état de ruine du fait des passages des nombreux cyclones et ouragans qui balayent chaque année les îles de la Caraïbe sont pour beaucoup des lieux de violence où des êtres humains sont morts par millions pour des profits qui firent la grandeur de cette lointaine Europe. De la Louisiane (ancienne colonie française avant d'être vendue par Napoléon Bonaparte au Gouvernement des Etats-Unis) à Cuba, en passant par Hispaniola (aujourd'hui séparée entre la République d'Haïti et la République Dominicaine), et les îles des Petites Antilles, les habitations ou maisons coloniales ont été les bateaux amiraux de cette architecture typique des îles des Caraïbes.


Comme le rappelle le site https://kapeskreyol.potomitan.info/ " Aux débuts de l'établissement, l'habitation est matérialisée par un ouvrage défensif, souvent édifié en terrain plat et non rocheux, formé par un fossé, un rempart de terre couronné par une palissade de pieux jointifs. L'usage de ces retranchements en terre garnis de palissade, antérieur aux châteaux en pierres qui cessent d'être construits en Europe à la fin du XIIe siècle, est une survivance qui se maintient jusqu'au XIXe siècle sur les fronts pionniers de colonisation européenne. Il faut que la palissade soit un obstacle suffisant pour empêcher un homme de l'escalader, soit à pied, soit depuis un cheval. Cela conduit à une hauteur minimale de 2,5 à 3 m.


A la fin du XIXe siècle, sous l'influence de la littérature nord-américaine, le terme anglo-saxon plantation s'est substitué au terme français "habitation". Mais s'il est vrai que le mot anglais désigne d’abord, de façon générale, l'installation de colons outre-mer, quel que soit leur rapport au sol et le mode d'exploitation, puis la grande exploitation agricole coloniale, le mot français "plantation" ne désigne que le fait de mettre en terre des graines ou des plants. En outre, l'exploitation agricole dans les plus anciennes colonies tropicales de la France possède des traits originaux qui la distinguent nettement de ses homologues anglaises et hispano-portugaises. Il convient donc d'imposer à nouveau le mot "habitation" pour rendre compte du cadre spatial, monumental et social de la mise en valeur coloniale française.


Après l'installation d'une autorité permanente dans les territoires occupés par les Français, Compagnie des Indes, Seigneurs propriétaires, puis Administration royale, les hommes libres recevaient une concession appelée "place" d'une étendue de 20 ha environ d'abord, de 10 ha environ ensuite. La concession avait la forme d'une lanières limitée en aval par "le battant des lames" de l'océan et en amont par le "sommet des montagnes". Aux Antilles sont très vite apparus les "étages" sans accès à la mer, limités par une rivière ou une ravine. Pour conserver sa "place", le concessionnaire devait "s'habituer" c'est-à-dire, en ancien français, construire sa demeure et résider sur sa terre, la défricher et la mettre en culture. Le concessionnaire résidant et exploitant prenait alors le nom d'habitant2 et la concession mise en valeur celui d'habitation.


L'exploitation domaniale appelée "habitation" n'est pas nécessairement de vaste étendue ni cultivée par de nombreux esclaves, elle se consacre à diverses cultures et spéculations selon le lieu et le temps. On distingue la petite habitation vivrière familiale sans esclave, l'habitation en pétun (tabac) exploitée par d'ancien engagés associés, l'habitation sucrière esclavagiste, l'habitation caféière, l'habitation cacaoyère et plus récemment l'habitation bananière mécanisée. En revanche, les rares domaines consacrés à l'élevage n'ont jamais porté le nom d'habitation mais ceux de "ménagerie" (pâturages enclos) et de "hatte" (équivalent du ranch). Il est vrai que le concessionnaire n'y résidait pas.

Chaque concession est partagée à l'origine en trois secteurs consacrés, des hauteurs vers la mer, aux bois debouts, aux savanes, puis aux cultures avec les cases. Cette distribution rappelle les tenures du Moyen Ages pense J. Petitjean Roget.


A la Martinique, le nombre d'habitations est resté stationnaire de 1671 à 1685, celui des sucreries a augmenté de 54 %, celui des esclaves de 57 % pour atteindre 10.343 âmes. Dans les même temps, la population blanche a augmenté de 21 % pour atteindre 4.882. La culture du pétun qui avait été la base de l'occupation des îles d'Amérique n'impliquait pas l'utilisation d'esclaves. Les besoins de l'extraction et de la transformation du sucre exigeant une organisation protoindustrielle a provoqué un besoin de main-d'œuvre que l'on n'a su trouver que dans les esclaves. Comme le constate Gilberto Freyre "l'esclavage suit la sucrerie".

En revanche, on ne constate pas une importante concentration des terres entre les mains des habitants sucriers. D'ailleurs toutes les habitations sucrières ne sont pas équipées d'un moulin. Dès 1671, on constate que 118 contre 109 cultivent la canne et des vivres sans posséder un moulin et un fourneau pour faire le sucre. Elles livrent leurs cannes à un voisin équipé d'une sucrerie selon des modalités fixées par contrat. On le voit, l'usine n'innovera pas au XIXe siècle en achetant les cannes d'anciennes habitations privées de moyens techniques modernes.

A la veille de la Révolution, en 1787, on compte 324 sucreries ayant en moyenne 51 esclaves et produisant en moyenne 74.000 livres de sucre. Jamais les sucreries n'auront à la Martinique ou à la Guadeloupe des dimensions comparables à celles de Saint-Domingue. Dès 1671 on distingue deux groupes différents: les habitants sucriers et les petits habitants qui péniblement du pétun ou simplement des vivres. Les rois de France s'efforceront toujours de protéger les petits habitants et, tout en cherchant à développer la culture de la canne, d’éviter qu'elle ne devienne une monoculture. Des ordonnances prescrivent sans cesse de ne pas négliger les vivres et l'on voit, après la disparition du pétun et du gingembre, apparaître celle du cacao, du café, avec quelques périodes consacrées au coton et à l'indigo. En 1787, on compte à la Martinique 937 habitations caféières, 123 habitations cacaoyères et 260 vivrières avec un peu de casse et de coton. A l'abolition de l'esclavage succèdera l'ère industrielle. Période durant laquelle, la main d'oeuvre humaine et pendant longtemps servile est remplacée par les machines. Cette période de modernisation engendrée par l'afflux d'importants capitaux venus de Martinique ou de la Métropole coloniale sonna le glas de la grandeur de ces lieux, car le salariat remplaça l'esclavage. Puis, virent les crises économiques qui influèrent sur la disparition des habitations.


Les Habitations, structure de base de la société antillaise :


Ces terres de souffrance que l'esclavage a façonné durant ces quatre siècles d'exploitation humaine, sont à la fondation de la société antillaise que l'on connaît aujourd'hui. En effet, ces témoins d'un autre temps, entretenus, totalement à l'abandon et à l'état de ruine du fait des passages des nombreux ouragans qui balayent chaque année les îles de la Caraïbe sont pour beaucoup des lieux de violence où des êtres humains sont morts par millions pour des profits qui firent la grandeur de cette lointaine Europe. De la Louisiane (ancienne colonie française avant d'être vendue par Napoléon Bonaparte au Gouvernement des Etats-Unis) à Cuba, en passant par Hispaniola (aujourd'hui séparée entre la République d'Haïti et la République Dominicaine), et les îles des Petites Antilles, les habitations ou maisons coloniales ont été les bateaux amiraux de cette architecture typique des îles des Caraïbes.


Dès que l'on évoque la " Maison coloniale " dite la " Maison du maître", on pense bien souvent à la grande bâtisse du XVIe, XVIIe, XVIIIe ou du XIXe siècle, mais comme l'explique Christophe Charlery dans son étude " Dans l’imaginaire collectif, la « maison coloniale » évoque une grande demeure, confortable et luxueuse, mais la réalité est souvent différente. Pourtant, de nombreuses maisons de maître restent somme toute assez modestes et ressemblent plus à des fermes françaises moyennes qu’à des châteaux..." De plus, l'habitation ne se résume donc pas simplement à la maison de maître ou à un édifice spécifique, mais comprend l’ensemble des bâtiments, domestiques et industriels, ainsi que les terres, les cultures, les esclaves, le bétail et tous les ustensiles nécessaires à la vie sur l’exploitation. On y cultive d’abord le tabac, puis l’indigo, la canne à sucre, le coton, le café et le cacao.


Pour la petite histoire, dès l’établissement des premiers colons aux Antilles et en Amérique au XVIIe siècle, le principal objectif est de faire fortune afin d’acquérir une certaine aisance avant de revenir en France. Il faut donc se lancer dans la culture de produits de luxe exotiques dans l’espoir de produire rapidement des revenus tout en limitant les dépenses d’établissement. Dans les premiers temps coloniaux, les investissements de départ sont modiques, les constructions légères et provisoires, d’autant que charpentiers, maçons et menuisiers font alors défaut. Mais l’habitation est avant tout un lieu de travail et les premières maisons sommairement construites en matériaux périssables trouvés sur place. La plupart des colons projette de revenir en métropole une fois fortune faite. Bien avant l'emploi de la main d'oeuvre servile originaire d'Afrique, les premiers colons exploitaient en premier lieu les amérindiens mais, les conditions difficiles sur la plantation poussèrent les grands propriétaires à faire venir d'Europe des paysans très pauvres venus des quatre coins de la France et même d'Europe et que l'on nommait les engagés mais, les conditions de travail bien éloignées de celles que nous connaissons de nos jours périssaient par milliers. Jugés faibles et inefficaces, ils furent très vite remplacés par des millions d'esclaves africains vus par les autorités coloniales de l'époque comme plus résistants sous ces latitudes. Une fois les abolitions déclarées, les esclaves africains furent remplacés sur les plantations par une main d'oeuvre, cette fois originaire d'Asie et principalement du sous continent indien. Arrivés en Guadeloupe, le 24 décembre 1854, soit six ans après l'abolition de l'esclavage, ces travailleurs hindous envoyés dans l'archipel pour remplacer les esclaves africains devenus " libres". Ce sont pas moins de cinq cent mille personnes qui ont ainsi été transportées de l'Inde vers les Iles de la Caraïbe avec 21 805 en Guadeloupe et 13 653 en Martinique.


Mais les conditions de travail pour ces nouveaux travailleurs ne différaient pas de celles des africains. Envoyés dans les champs, pour accomplir les pénibles tâches que les créoles noirs refusaient désormais de faire. Ils s'occupaient de l'entretien des plantations de cannes, des troupeaux de bovins notamment des taureaux qui tiraient sous joug (de trait) le cabouèt (cabrouet, la charrette) de canne à l'usine. Les femmes, elles, assuraient les services ménagers chez les planteurs blancs. La plupart de ces immigrés habitaient sur les habitations et vivaient dans des conditions d'hygiène inhumaines. Ils commençaient à travailler le matin, de 4H30 à 12H et l’après-midi, de 13H30 à 18H30. A ce rythme, ils n’avaient même pas le temps de préparer le repas de midi. Ces hommes et femmes devaient aller, après le travail, couper de l’herbe et apporter des paquets de fourrage pour les bestiaux de l’habitation. Pour l'occasion, ils recevaient une portion de nourriture insuffisante à leurs besoins. Elle se composait de racines, de féculents et de poisson salé, mais pas de viande ni d’huile et autres condiments et encore moins de lait.

Concernant, la paye, ils recevaient leurs salaires avec beaucoup de retard (2 à 3 mois). Certains colons les obligeaient à travailler jour et nuit. Les dimanches et jours de fête, ils devaient travailler jusqu’à midi. Celui qui se plaignait était mis en prison.. Et si par malchance il devait être hospitalisé (sur l’habitation), il devait balayer les alentours du bâtiment, enlever le fumier des écuries. Nombreux sont ceux qui rompaient les contrats, fuyaient les habitations pour se réfugier dans des zones inaccessibles. Dans un rapport daté de 1888, on dénombrait, 482 Indiens en rupture de contrat en Guadeloupe sur 42 326 travailleurs indiens présents de 1854 à 1888.

Les planteurs devaient compter sur la main d'oeuvre restée sur l'île. Nombreux sont les colons de l'époque qui faisaient pression sur leur "ouvriers" et leurs familles pour qu'ils se rengagent dans les plantations, mais rapidement les hindous se révoltèrent, se constituèrent en syndicat. C'est sans compter, sous la pression du Royaume-Uni, informé des mauvais traitements de ses sujets dans les îles françaises, plus la crise économique de 1880 que l'envoie massif d'engagés vers les Antilles-Françaises s'arrêta définitivement.

Cette pénurie de main d’œuvre a vite tourné à l’avantage des travailleurs indiens. C’est ainsi que de nombreuses primes, même cumulables, leur étaient offertes. Des primes venant du Conseil général, mais aussi de fortes primes versées par les planteurs eux-mêmes. De plus les planteurs tentaient de retenir les Indiens sur les habitations comme travailleurs libres. Aussi, on les encourageait à résider sur ou à proximité de l’habitation, en leur offrant une case et un lopin de terre pour cultiver. En échange, ils devaient fournir des journées de travail sur les habitations.


ISTWA AN NOU EP 1 : Zévallos, une habitation hantée par l'Histoire à découvrir ici :




Zévallos, plus qu'une légende une histoire :


Lorsque l'on s'aventure à travers les routes du Nord-Grande-Terre, plus précisément les routes de la zone dite des Grands Fonds, on l'aperçoit, elle, cette grande bâtisse d'un autre temps qui rappelle un passé pas si lointain et qui nous ramène à des heures sombres de notre histoire. Telle une majesté, elle trône au milieu de cette rurale où les champs de canne s'étendent à perte de vue. Selon la légende, l'habitation Zévallos serait hantée, mais au delà des croyances populaires il y a l'histoire.


Le domaine de Zévallos tire son nom d’un mariage fructueux entre deux propriétaires terriens :Philippe Dominique de Parisis de Zévallos et Renée-Adélaïde Van Shalchwick (descendante de réfugiés hollandais). Au fil des années, le domaine s’étend. Au fil des années le domaine s’étend au point de devenir l'une des plus grandes habitations de la zone du Nord Grande-Terre En 1802, le domaine s’étend sur près de 1000 hectares. En retraçant l’Histoire de ces familles de colons européens, on peut lire en filigrane l’Histoire de France et l’Histoire de l’esclavage. La révolution industrielle se retrouve sur le site de Zévallos après le tremblement de terre de 1843. La première usine centrale de Guadeloupe est construite en 1844, sur les terres de Zévallos. Les vestiges sont aujourd’hui les dernières traces de cette époque industrielle, pré et post esclavagiste. Après l’abolition de l’esclavage en 1848, l’immigration indienne joue un rôle important dans l’économie Guadeloupéenne.


En 1853, l’usine à sucre de Zévallos intègre la Société des Usines Centrales de la Guadeloupe, avant d’être revendue au docteur Placide Duchassaing de Fontbressin puis, à son fils Auguste.  Au début du XXème siècle, le Crédit Foncier Colonial exproprie les héritiers Duchassaing et l’usine est tour à tour, rachetée par la Colonie puis, par une succession de propriétaires privés, jusqu’en 1929. Aucun d’entre eux ne parvient à améliorer le mauvais bilan de production de l’usine, qui ferme en 1945. La propriété est alors abandonnée puis, rachetée en 1971 par le docteur Ernest Roche qui la revend en 1999 à Monsieur Débibakas René Ruffin entrepreneur de travaux publics et ancien propriétaire de la distillerie Delisle. A son décès en 2013, l’Habitation est transmise à ses enfants Eric et Patrick Débibakas qui mènent depuis 2012, une démarche globale de conservation et de valorisation de ce joyau patrimonial.


La légende précède l'histoire :


La remarquable bâtisse (appelée « Maison Coloniale de Zévallos » ou « Maison Hantée ») qui se dresse encore aujourd’hui sur le Domaine fut achetée par Auguste Duchassaing de Fontbressin, maire du Moule et colistier de Victor Schoelcher. Le Sieur Edouard Placide Duchassaing de Fontbressin (père) était médecin et naturaliste.


La Maison de Zévallos et le Musée St-John Perse à Pointe-à-Pitre sont des « maisons jumelles ». Elles auraient été commandées par un riche planteur de coton Louisiannais pour doter ses filles jumelles. Les deux maisons ne seraient jamais arrivées à bon port. Sur leur route, une tempête endommagea gravement le navire qui les transportait. Ce serait au port de Pointe-à-Pitre qu’elles auraient été vendues aux enchères. La légende raconte que la structure métallique de la demeure proviendrait des ateliers Eiffel. Elle apparaît sur les plans du Domaine à partir de 1870.


Composition de l'Habitation :





Située sur la RN5 qui relie la ville du Moule à celle de Saint-François, l'Habitation se décline au sein d’un bel écrin paysager et planté d’arbres fruitiers, une élégante maison de maître, une cheminée industrielle, les vestiges de la plate-forme de retournement des trains approvisionnant la sucrerie  en cannes à sucre, une ancienne balance à bascule ainsi que diverses traces de sa période sucrière.


La maison de maître s’élève sur quatre niveaux : une case à vent au sous-sol permettant de s’abriter des cyclones, un rez-de-chaussée, un étage et un niveau de combles. Une galerie périphérique assure au niveau du rez-de-chaussée et de l’étage, une libre circulation autour du noyau rectangulaire.



Le rez-de-chaussée décline deux séquences, un salon et une salle à manger, séparées par une belle arcade moulurée en bois et, qui se distinguent l’une de l’autre, par une présentation singulière des lambris de hauteur qui décorent leurs parements.  Les façades extérieures présentent une succession d’arcades stylisées en fonte de fer qui rythme les galeries haute et basse.

Le monogramme « AD » aux initiales de Auguste Duchassaing le maître d’ouvrage, est inséré dans un motif à volutes en fonte de fer et fixé, en rive de la marquise sud.


L’ancienne cheminée de la sucrerie en briques pleines présente la superposition d’un fondement semi-enterré et d’un âtre dont les plans ont une forme proche du carré. Ces ouvrages sont prolongés en hauteur par un conduit de fumée de plan circulaire dont le diamètre décroit vers le haut. Il est à noter que cet ouvrage fera l’objet, à compter d’octobre 2018, d’un chantier de mise en sécurité financé par la Direction des Affaires Culturelles de la Guadeloupe, les fonds propres des propriétaires, une quinzaine de mécènes et un financement participatif recueilli grâce à l’opération « Adopte une brique » qui a pour objectif, de donner aux citoyens, la possibilité de participer concrètement, à la conservation de la cheminée de Zévallos.


Ravagée par le temps, l'habitation a fait l'objet de plusieurs restaurations. Par exemple, en 2019, l'association les Amis de Zévallos ont lancé " Adopte une Brique", une opération qui avait pour but de donner le pouvoir aux guadeloupéens de participer de manière concrète à la préservation de ce patrimoine historique. Ce sont donc 200 personnes qui ont permis de préserver de la destruction ce symbole de Zévallos. A la construction de l'usine en 1845, la cheminée de la sucrerie faisait 25 m de hauteur. Aujourd'hui, elle n'en fait plus que 15m. Plus récemment, l'Habitation était au coeur d'une prospection pour sa sauvegarder .Retenue comme site emblématique par la Mission pour la sauvegarde du patrimoine, conduite par Stéphane Bern. En jouant au Loto du patrimoine, il était possible pour les citoyens d'agir pour la protection de ce lieu de mémoire.


Ce samedi, une cérémonie était organisée, afin de remettre un chèque de 500 000 euros pour aider à la rénovation du site. Une restauration financée, en partie par la fondation du patrimoine, partenaire de la troisième édition de la Mission Bern. Le partenariat avec la Française des Jeux a permis de récolter cette somme, via le loto dédié nommé Mission Patrimoine. C'est donc en présence des propriétaires, la famille Débibakas, le directeur départemental de la Française des jeux, Georges Gaydu, du président de la Communauté d'agglomération du nord Grande-Terre, Jean Bardail, de représentants des affaires cultures que s'est tenue cette petite cérémonie, en raison de la situation sanitaire de l'île.


Le projet autour de Zevallos, doit, à terme, devenir un véritable levier de développement. Il prévoit la réhabilitation de la maison grâce à la mise en place :

- d'un chantier vivant revalorisant les savoir-faire ancestraux (tailleur de pierre, forgeron, etc.), ouvert au grand public et à des publics en réinsertion professionnelle ;

- d'un projet culturel et un travail de scénographie pour accueillir un public plus large dans le cadre de visites (touristes et population locale) ;

- d'un spectacle de son et lumière (vidéo-mapping) pour créer une animation nocturne dans le Nord Grande-Terre ;

- d'un projet économique viable autour d’une brasserie artisanale.


D'autres concernant la restauration de la maison doivent suivre. A savoir : 

- la restauration de l’ensemble de la structure métallique (remplacement de 70% des éléments) ;

- la démolition des coursives extérieures et planchers intérieurs et remplacement par un sol en bois ;

- la restauration des boiseries intérieures et éléments de décoration (lustres, zinguerie, etc.) ;

- la démolition des ouvrages tardifs en pierre ;

- la restauration de la charpente.


Des travaux qui devraient prendre fin en 2023. 


ISTWA AN NOU EP 1 : Zévallos, une habitation hantée par l'Histoire à découvrir ici



















































































© 2023 by Success Consulting. Proudly created with Wix.com